Définition dans Jewish Encyclopedia
Qayin
CAIN
1. Données bibliques : Premier-né d’Adam et d’Ève, nommé « Cain » (Kayin) parce qu’il fut « acquis » (racine kanah) « avec l’aide de YHWH ». Il devint cultivateur de la terre, et fit une offrande de ses fruits que YHWH n’accepta point, bien qu’il eût accepté celle d’Abel. Cain se mit en colère, et YHWH l’assura alors que l’acceptation divine dépendait de la conduite. Cain tua Abel, et fut maudit par YHWH de sorte que le sol ne rendrait plus produit à son travail, et il serait chassé pour errer sur la terre. À l’appel de Cain, YHWH « fit pour lui un signe, afin que quiconque le rencontrant ne le meurtrît point ». Cain partit pour le pays de Nod (Errance), à l’est d’Éden; sa femme lui donna un fils Enokh, d’après qui il nomma une ville qu’il avait bâtie. De lui descendent Lamech, qui est enregistré comme ayant épousé deux femmes; Yabal, qui institua la vie nomade; Yubal, qui inventa la musique; et Tubal-Cayin, inventeur des armes en métal — c’est-à-dire les auteurs du progrès matériel et social.
Dans la littérature rabbinique : Cain, le meurtrier de son frère Abel, donna lieu chez les rabbins à deux types différents. L’un le représente comme un pécheur qui céda à ses passions, avare, « offrant à Elohîm seulement des portions sans valeur; les restes de son repas ou de son huile »; sincère néanmoins dans son repentir quand il dit : « Trop grand est mon péché [A.V., “punition”] pour le supporter » (Genèse iv. 13). Et ainsi la marque que le Seigneur plaça sur lui fut un signe de pardon. Tel un homme ayant tué quelqu’un sans préméditation, il fut envoyé en exil pour expier son péché (Sanh. 37b); et son crime fut finalement expié lorsqu’il trouva la mort sous l’effondrement de sa maison (Livre des Jubilés, iv. 31), ou aux mains de son arrière-petit-fils Lamech, qui le prit pour une bête sauvage au loin et le tua d’un trait (Tan., Bereshit, éd. Vienne, p. 6b, et Yalkut i. 38).
Cain fut aussi vu comme un type de perversion absolue, enfant de Satan (Pirke R. El. xxi.), « fils de colère » (Apoc. Mosis, 3), un rebelle sans loi qui disait : « Il n’y a ni jugement divin ni juge » (Midr. Lekah Tob et Targ. Yer. à Gen. iv. 8), dont les paroles de repentir étaient insincères (Sanh. 101b; Tan.), dont la fuite devant Elohîm était un déni de Son omniprésence (Gen. R. xxii.), et dont le châtiment était d’un caractère extraordinaire : pour chaque cent ans des sept cents ans qu’il devait vivre il subissait une autre punition; et toutes ses générations devaient être exterminées (Test. Patr., Benjamin, 7, d’après Gen. iv. 24; Hénoch, xxii. 7). Pour lui et sa race restera toujours « le désir de l’esprit du péché » (Gen. R. xx., d’après Gen. iv. 7). Il est le premier de ceux qui n’ont point de part au monde à venir (Ab. R. N. xli., éd. Schechter, p. 133).
Les sept générations de Cain, en tant que progéniture de Satan, sont représentées comme types de rebelles (Gen. R. xxiii.). Tandis que les hommes pieux descendaient tous de Seth, il surgit de Cain tous les méchants qui se révoltèrent contre Elohîm et dont la perversité et la corruption amenèrent le déluge : ils commirent toutes abominations et crimes incestueux publiquement et sans honte. Les filles de Cain furent celles « filles belles des fils des hommes » dont la lubricité causa la chute des « fils de Dieu » (Gen. vi. 1-4; Pirke R. El. xxii.; comp. Sibyllines, i. 75). Le Livre éthiopien d’Adam et Ève et la Caverne des Trésors syriaque — deux ouvrages méchisédo-ciens christianisés fondés sur un original juif — relatent l’histoire de la chute des descendants de Seth en tant que « fils de Dieu » qui vivaient en pureté comme saints sur la montagne près d’Éden, suivant le précepte et l’exemple de Seth et d’Hénoch, leurs chefs, mais furent attirés par la mode de vie gaie et sensuelle où s’adonnaient les enfants de Cain ; ceux-ci passant leurs jours au pied de la montagne, en orgies sauvages, accompagnées de la musique des instruments inventés par Yubal, et par des femmes en parure somptueuse, séduisant les hommes à commettre les pratiques les plus abominables. Aux jours de Jared (« descente ») les Sethites (« fils de Dieu ») descendirent la colline pour rejoindre les Cainites, sans tenir compte des avertissements de Jared; et aucun de ceux qui marchaient dans la voie du péché ne put revenir. Cela se répéta aux jours d’Hénoch, de Mathusalem et de Noé; toutes les admonitions de ces chefs saints ne purent empêcher la chute des fils de Seth, pour lesquels les filles de Cain avaient des désirs (voir The Book of Adam and Eve, trad. par S. C. Malan, 1882, pp. 115-147; Dillmann, Das Christliche Adambuch, 1853, pp. 82-101; Bezold, Die Schatzhöhle, i. 10-23). Josèphe (Ant. i. 2, §2; i. 3, §1) parle aussi de l’extrême méchanceté de la postérité de Cain, qui s’aggrava d’intensité à chaque génération ; tandis que la postérité de Seth resta vertueuse pendant sept générations, après quoi la chute des anges survint et ils furent séduits par leur postérité gigantesque. Pour Philon encore Cain est le type de l’avarice, de la « folie et impiété » (« De Cherubim », xx.), et de l’amour-propre (« Do Sacrificiis Abelis et Caini »; « Quod Deterius Potiori Insidiari Soleat », 10). « Il bâtit une ville » (Gen. iv. 17) signifie qu’« il bâtit un système doctrinal d’anarchie, d’insolence et d’indulgence immodérée au plaisir » (« De Posteritate », 15); et les philosophes épicuriens sont de l’école de Cain, « prétendant avoir Cain pour maître et guide, qui recommandait l’adoration des puissances sensuelles plutôt que des puissances d’en haut, et qui mit en pratique sa doctrine en détruisant Abel, l’exposant de la doctrine opposée » (ib. 11).
Il semble donc qu’une doctrine des Cainites existât dès l’époque de Philon; mais on n’en sait rien de précis. Au IIe siècle de notre ère un secte gnostique nommée « Cainites » est fréquemment mentionnée comme formant une branche des hérésies antinomistes qui, adoptant quelques vues du christianisme paulien, prêchait et pratiquait l’indulgence pour les plaisirs charnels. Tandis que certains gnostiques juifs divisaient les hommes en trois classes — représentées (1) par Cain, l’homme physique ou terrestre; (2) par Abel, l’homme psychique (la classe moyenne); et (3) par Seth, l’homme spirituel ou saint (voir Irénée, Adversus Haereses, i. 7, 5; comp. Philon, De Gigantibus, 13) — les gnostiques païens antinomistes déclarèrent Cain et d’autres rebelles ou pécheurs comme leurs prototypes du mal et de la licence. Cain, Ésaü, Koré, les Sodomites, et même Judas Iscariote, furent par ces gnostiques conçus comme les propagateurs de la « sagesse » du serpent en rébellion contre Elohîm (Gen. iii. 5), le serpent primordial, Nahash ha-Kadinoni (Gen. R. xxii. 12). Il est difficile de déterminer combien de ces doctrines pernicieuses furent déjà formées en pré-chrétien et combien se développèrent durant les premier et second siècles chrétiens (voir Jude ii, « la voie de Cain »; Irénée, loc. cit. i. 31, 1; 26, 31; 27, 3; Hippolyte, Adversus Omnes Haereses, v. 11, 15, 21; Clément d’Alexandrie, The Cainists, Stromata vii. 17; Eusèbe, Hist. Eccl. iii. 29; Épiphane, Hares. XXV., XXVI., XXXVIII. 2). Blau rattache à bon droit à de telles doctrines cainites l’Haggadah du blasphème mentionnée en Sanh. 99b, telle qu’enseignée par Manassé ben Hezekiah, le type du faussaire de la Loi dans le sens de la licence.
Bibliographie : A. Honig, Die Ophilen, Berlin, 1889; M. Friedländer, Der Vorchristliche Jüdische Gnosticismus, 1898, pp. 19 et s.; idem, Der Antichrist, 1901, pp. 101 et s.; Hilgenfeld, Die Ketzergeschichte des Urchristentums, 1884, pp. 824 et s.; Ginzberg, Die Haggada bei den Kirchenvätern, pp. 59-70.
