Définition dans Jewish Encyclopedia
Livre de l'Exode
EXODUS, BOOK OF
Données bibliques : Le
second livre de la Torah ou du Pentateuque est appelé par
les Juifs d’après les mots d’ouverture, ou
brièvement SiDEf’- — Le nom grec est 'Efodof (chez Philon
aussi ’E^ayuy^), c.-à-d. « départ » ; le latin, « [Liber] Exodus. » Il contient, selon la Massorah,
1 209 (?) versets en 164 sections (« parashiyyot »), 69
se terminant au milieu de la ligne (« petuhot » =
« ouvertes »), et 95 avec un espace au milieu de la
ligne (« setumot » = « fermées »), en 29 chapitres (« sedarim »), et 14 sections (« piskot »), pour la lecture du
Sabbat, en 11 leçons. La division commune en 40 chapitres est empruntée à la Vulgate.
Le second livre de la Torah est la continuation organique du premier livre. Il raconte le départ des descendants des Patriarches, augmentés en peuple, de la servitude en Égypte,
Nom et leur voyage jusqu’à Sinaï, et les révé-
Contenu. lations et lois qu’ils y reçurent. C’est une œuvre bien conçue et bien ordonnée, montrant beaucoup d’art littéraire tant dans la maîtrise de vastes masses de matière que dans le groupement des faits. Elle est homogène dans ses
idées, et n’est pas alourdie d’inutiles répétitions, bien que sa suite ne se trouve que dans les livres suivants. Il se divise en deux sections principales : (1) ch. i.-xviii., racontant la délivrance d’Israël hors d’Égypte ; (2) ch. xix.-xl., la promulgation de la Loi. Celles-ci peuvent encore être divisées en sous-sections.
Ch. i.-iv. : L’Appel de Moïse. Les Israélites
vivant en Égypte sont opprimés par les corvées
Exode
imposées à eux par un nouveau Pharaon qui veut les détruire (i.). L’enfant mâle exposé d’une famille lévite (dont le nom, afin de ne pas détourner l’intérêt de l’histoire principale, n’est pas ici donné), est trouvé par la fille du Pharaon, qui l’appelle « Moïse » et l’adopte. Moïse, arrivé à l’âge d’homme, sympathise avec ses frères souffrants, et fuit le pays parce qu’il a tué un surveillant égyptien. Il se rend au Madian, devient berger chez le prêtre Jéthro, et épouse la fille de ce dernier, Séphora (ii.). Tant qu’il garde les troupeaux sur le mont Horeb, il a une expérience merveilleuse. Elohîm lui apparaît d’un buisson épineux qui, quoique en feu, n’est pas consumé. Il se révèle comme le Dieu des Pères d’Israël, et ordonne à Moïse d’aller devant Pharaon et d’exiger la délivrance de ses frères. Elohîm surmonte la réticence de Moïse par Ses promesses d’aide suprême, et nomme son frère Aaron pour être son assistant. Moïse retourne alors en Égypte.
Ch. v., vi. : La Préparation. Comme Pharaon non seulement refuse la demande de Moïse, mais opprime encore davantage le peuple, Moïse se plaint à Elohîm, qui lui annonce alors qu’Il va maintenant manifester Sa puissance et libérer sûrement Israël. À ce point la généalogie de Moïse et de sa famille est insérée, afin qu’elle ne vienne plus tard interrompre ou affaiblir d’aucune manière l’histoire qui suit.
Ch. vii.-x. : Les Plaies : les preuves de la
puissance d’Elohîm. Après qu’Elohîm a assigné leurs tâches à Moïse et Aaron, et prédit l’obstination de Pharaon, et après qu’ils eurent attesté leur mission en opérant un miracle devant Pharaon (vii. 1-13), Elohîm envoie neuf plaies sur Pharaon et son pays : (1) la transformation des eaux du Nil en sang (Dt. vii. 14-25); (2) les grenouilles (vii. 28-viii. 11); (3)
vermines (D''J3, viii. 12-15); (4) animaux nuisibles (3lj;, viii. 16-28); (5) la mort du bétail ("I3T, ix. 1-7);
(6) des furoncles sur les hommes et les bêtes (pnt^, ix. 9-12); (7) tempêtes, tuant hommes et bêtes (ix. 13-35); (8) sauterelles qui dévorent toute végétation (n31X. x. 1-20); (9) ténèbres épaisses pendant trois jours (IC’n. x. 21-29). Ces plaies, qui témoignent de la puissance d’Elohîm sur la nature, deviennent progressivement plus pénibles et dangereuses, et sont disposées de telle sorte que chaque troisième plaie (donc narrée plus brièvement) confirme les deux précédentes (racontées plus en détail), et chaque groupe suit naturellement le précédent. Le récit présente un habile crescendo, rythme et variété. Pharaon, toutefois, n’est pas ébranlé par la première plaie, que ses magiciens peuvent imiter ; après la seconde plaie, qu’ils peuvent reproduire mais non enrayer, il commence à supplier ; après la troisième plaie il permet à ses magiciens de le réconforter ; à partir de la troisième il fait de nouvelles promesses après chaque plaie, mais les révoque quand le danger est passé, et demeure obstiné.
Ch. xi.-xiii.16 : Le Départ. Le dernier coup décisif, à savoir la mort de tous les premiers-nés des Égyptiens (nnOi n^D), et le départ sont annoncés. Pour la protection de leurs maisons, les Israélites reçoivent l’ordre de tuer un agneau (HDD) et de le manger rapidement avec du pain sans levain (nVD) et des herbes amères (D'HID), le 14e du premier mois, et d’être prêts au départ immédiat. Les premiers-nés de tous les Égyptiens meurent. Pharaon renvoie les Israélites. Au nombre de 600 000 hommes, sans compter femmes et enfants, ils quittent le pays, après un séjour de 430 ans, emportant avec eux des présents riches de la part d’Égyptiens bienveillants. Ils vont d’abord de Ramsès à Souccoth. Les chaps. xii. 43 — xiii. 16 contiennent des prescriptions complémentaires concernant la future observance de la Pâque.
Ch. xiii.17-xv.21 : La Mort de Pharaon. Revenant sur sa clémence, Pharaon, avec chars et cavaliers, poursuit les Israélites, qui ont atteint les rives de la mer Rouge (FilD D'), guidés divinement le jour par une colonne de nuée, et la nuit par une colonne de feu. Les Israélites traversent à pied sec les eaux, qui se retirent miraculeusement devant eux tout en engloutissant Pharaon et toute son armée. Moïse et son peuple chantent un cantique de louange à Elohîm.
Ch. XV.22-xviii. : La Marche vers Sinaï. Les
Israélites cheminent dans le désert de Shur, jusqu’à Mara. Le peuple, se plaignant du manque d’eau, est satisfait. Ils atteignent Elim. Dans le désert du Sin ils se plaignent du manque de nourriture. Elohîm leur envoie des cailles, et à partir de ce moment, sauf le Sabbat, leur envoie chaque jour une pluie de manne. À l’arrivée à Réphidim le peuple se plaint de nouveau du manque d’eau. Elohîm leur donne de l’eau d’un rocher (« Massah et Méribah » = « lieu de tentation et de querelles » ; xvii. 7). Amalek attaque Israël et est vaincu par Josué. Elohîm ordonne la guerre éternelle contre Amalek. Le beau-père de Moïse, Jéthro, ayant appris la délivrance d’Israël, rend visite à Moïse, lui apportant sa femme Séphora et leurs deux enfants, que Moïse avait laissés chez lui. Sur le conseil de Jéthro, Moïse nomme des juges subalternes.
Ch. xix.-xx. : L’Appel d’Israël : la promulgation
des Dix Commandements au mont Sinaï. Au troisième mois, les Israélites arrivent dans le désert du Sinaï et campent au pied de la montagne. Elohîm leur annonce par Moïse que, les ayant libérés par Sa puissance, Il va maintenant les constituer Son peuple, faisant d’eux une nation de sacrificateurs et un peuple saint. Les Israélites acceptent cet appel d’un commun accord, et après s’être préparés dignement, Elohîm, par la médiation de Moïse, et avec tonnerre et éclair, nuées de fumée et bruit de trompettes, se révèle à eux sur le mont Sinaï et prononce les dix commandements fondamentaux de la religion et de la morale, suivis d’un commandement concernant l’autel.
Ch. xxi.-xxiv. : La Loi et l’Alliance.
Les Dix Commandements, déclarant formellement la volonté divine à l’égard de l’attitude de l’homme envers Elohîm et envers toutes Ses créatures, sont suivis d’édits relatifs au droit civil ; (1) indemnités pour blessures causées à un semblable ; (2) devoirs envers des personnes qui n’ont pas de prétentions actuelles, bien qu’elles dépendent de la bonne volonté d’autrui. En conclusion il y a la promesse du pays de Canaan comme récompense de l’obéissance, et l’avertissement contre les habitants païens. Elohîm entre ensuite en une alliance solennelle avec le peuple, par l’entremise de Moïse. Il appelle Moïse à monter sur la montagne pour recevoir les tables de pierre de la Loi et d’autres instructions.
Ch. xxv.-xxxi. : Le Sanctuaire et les Prêtres. Afin qu’Elohîm puisse demeurer de façon permanente parmi les Israélites, il leur est donné des instructions pour ériger un sanctuaire. Les directions prévoient : (1) une arche en bois, dorée à l’intérieur et à l’extérieur, pour les Tables de l’Alliance, avec un couvercle également doré comme « propitiatoire » pour la Présence Divine ; (2) une table dorée pour le soi-disant « pain de proposition » (D'JS DD^) ; (3) un chandelier d’or pour une lumière ne devant jamais s’éteindre ; (4) l’habitation, comprenant les tentures pour le toit, les parois faites de planches reposant sur des pieds d’argent et maintenues par des gonds de bois, le rideau pourpre voilant le Saint des Saints, la table et le chandelier, et le rideau extérieur ; (5) un autel sacrificiel fait de planches de bronze ; (6) la cour extérieure formée de piliers reposant sur des socles de bronze et reliés par crochets et traverses d’argent, avec des tentures brodées ; (7) la préparation de l’huile pour le chandelier. Viennent ensuite les instructions pour les vêtements des prêtres : (1) un épaulet (épham) avec deux pierres d’onyx, sur chacune lesquelles sont gravés les noms de six des tribus d’Israël, ainsi que des chaînes d’or pour tenir le pectoral (« hoshen ») serti de douze pierres précieuses, en quatre rangs ; (2) une robe pour l’épham, ornée de clochettes et de grenades autour de la bordure ; (3) une plaque de tête en or avec l’inscription « Sainteté à YHWH » ; (4) un manteau ; (5) une mitre ; (6) une ceinture. Toutes ces choses sont pour Aaron. Pour ses fils seront faites des robes, bonnets, ceintures et culottes de lin. Suivent ensuite les prescriptions pour l’ordination des prêtres, comprenant l’habillement, l’onction (d’Aaron), et sept jours de sacrifices ; l’institution des offrandes quotidiennes du matin et du soir ; indications pour confectionner un autel d’or d’encens, à être placé devant le rideau intérieur, en face de l’Arche de l’Alliance, et sur lequel un expiatoire doit être fait une fois l’an avec le sang du sacrifice pour le péché ; indications pour une taxe annuelle d’un demi-sicle à payer par chaque Israélite compté au recensement pour les frais de ce culte ; indications pour la confection d’un bassin et d’un support de laiton, à placer entre le Tabernacle et l’autel des holocaustes ; la préparation de l’huile sainte pour l’onction et de l’encens sacré ; la nomination des maîtres-ouvriers Bézaleel et Oholiab pour diriger le travail ; l’observation du Sabbat.
Le point le plus remarquable dans cette énumération est la place accordée aux directives concernant l’autel d’encens, qui, pour s’accorder avec l’arrangement décrit aux chaps. xxxv.-xl., devrait suivre les directions pour faire le chandelier d’or (xxv. 31-40). Cela a été un casse-tête pour les critiques, qui en ont fait la base des hypothèses les plus vastes. Le passage fut non seulement supposé être une interpolation ultérieure, mais on présuma qu’à l’origine il n’y avait pas d’autel d’encens, pas même dans le temple d’Hérode ! L’énigme peut se résoudre ainsi : Dans xxxv.-xl. les objets sont énumérés dans l’ordre où ils furent installés, tandis qu’ici ils sont énumérés selon leurs usages. L’autel d’or d’encens se tenait plus tard dans le Tabernacle, entre la table et le chandelier, fait qui conduisit à supposer que, comme eux, il appartenait au Tabernacle. Mais comme, dans la littérature ancienne, les offrandes de sacrifice et d’encens sont deux actes de culte indépendants et coordonnés, l’autel d’encens était, à tous égards, une exigence autonome du culte aussi importante que le reste de l’appareil. Pour cette raison, tout ce qui est nécessaire pour l’habitation d’Elohîm et les sacrifices qui garantissent Sa présence est décrit d’abord, et l’autel d’encens après (comp., spécialement Lévitique xvi. 16-17 : d’abord l’expiation pour le Saint des Saints et le « tabernacle . . . qui demeure au milieu d’eux dans leurs impuretés » ; puis, le nettoyage et la sanctification de l’autel d’encens « des impuretés des enfants d’Israël »).
Le sacrifice présuppose la présence d’Elohîm, tandis que l’objet de l’encens est d’assurer la continuation de Sa présence. Les choses, encore, qui doivent être renouvelées à répétition sont placées les dernières, à savoir : l’huile pour l’éclairage ; la taxe annuelle ; le bassin avec son support, consistant en miroirs, qui étaient de nouveau démontés après l’usage du bassin, et ne sont, par conséquent, pas énumérés en Nombres iv. 14 ; l’huile pour l’onction ; et l’encens. En conclusion, viennent les directives pour l’atelier, la nomination du maître-ouvrier, et l’arrangement du travail. Ces instructions sont admirablement pensées, jusque dans le moindre détail.
Ch. xxxii.-xxxiv. : Le Péché du Peuple
avec le Veau d’Or. Pendant que Moïse est sur la montagne le peuple s’impatiente et presse Aaron de leur faire un veau d’or, qu’ils adorent avec une joie idolâtre. Elohîm informe Moïse et menace d’abandonner Israël. Moïse intercède d’abord pour le peuple, mais quand il descend et voit leur licence, il brise avec colère les deux tables renfermant l’écriture divine. Après avoir prononcé le jugement sur Aaron et le peuple il remonte auprès d’Elohîm pour implorer le pardon pour eux, car Elohîm est sur le point de retirer d’eux Sa présence bienheureuse et de les laisser sans guide dans le désert. L’intercession de Moïse l’emporte. Quand il demande à Elohîm qui les accompagnera, ce qu’Il a l’intention de faire, et comment Il manifestera Sa splendeur, Elohîm lui commande de faire de nouvelles tables, et Se révèle à Moïse comme un Elohîm d’amour et de miséricorde inépuisables. Il assure Moïse qu’en dépit de leur inconstance Il conduira Israël dans la Terre Promise, donnant à Moïse en signe de cela de nouveaux commandements applicables seulement à ce pays. Il commande aux Israélites de n’avoir aucune relation avec les autochtones païens, de s’abstenir de toute idolâtrie, et de paraître devant Lui lors des trois fêtes de pèlerinage. Moïse revient ensuite auprès du peuple, qui l’écoute dans un respect muet.
Ch. xxxv.-xl. : Le Sanctuaire et les Vêtements des Prêtres (presque dans les mêmes termes que dans ch. xxv.-xxxi.). Moïse rassemble la congrégation, leur enjoint le respect du Sabbat, et demande des dons pour le sanctuaire. Tout le peuple, hommes et femmes, grands et petits, répond de bon gré et promptement, et sous la direction du surintendant ils fabriquent : (1) l’habitation, y compris les tentures, les parois et le voile ; (2) l’Arche et le propitiatoire ; (3) la table ; (4) le chandelier d’or ; (5) l’autel d’or d’encens ; (6) l’autel des holocaustes ; (7) le bassin ; (8) la cour extérieure. Suit une estimation du coût du matériel. Vient ensuite la préparation des vêtements des prêtres, comprenant : (1) l’épham avec les pierres d’onyx, conjointement avec le pectoral et ses douze pierres précieuses et ses chaînes d’or ; (2) la robe de l’épham ; (3) les manteaux pour Aaron et ses fils ; (4) la plaque et les bonnets ; (5) les culottes ; (6) la ceinture ; (7) la plaque d’or de la couronne. Moïse inspecte l’ouvrage quand il est achevé et le loue, et le sanctuaire est dressé le premier du second mois.
En relation avec cette section (xxxv.-xl.) surgissent les questions : Pourquoi la longue répétition de ch. xxv.-xxxi. dans ch. xxxv.-xl. ? et Pourquoi la différence dans l’ordre où divers objets sont décrits ? À la première question la réponse est : Quand le peuple dévia et qu’Elohîm renonça à eux, les tables de l’alliance semblèrent être devenues inutiles, c’est pourquoi Moïse les brisa. Mais après que le peuple eut été pardonné de nouvelles tables furent faites et les promesses relatives au pays durent être répétées. De plus, la promesse donnée par Elohîm qu’Il habitera parmi Israël, dans un sanctuaire érigé par eux et dans lequel ils adoreront, ne doit pas demeurer sans accomplissement ; et c’est pourquoi la construction du sanctuaire qui avait été planifiée est entreprise de nouveau, mais selon l’idée originelle. Ainsi ch. xxxii.-xxxiv. appartiennent nécessairement entre ch. xxv.-xxxi. et xxxv.-xl. À la seconde question on répond que dans xxv.-xxxi., qui contiennent le plan, les objets sont énumérés selon les usages auxquels ils sont destinés, tandis que dans xxxv.-xl. (ainsi que dans les plans de travail donnés aux surintendants en xxxi. 7 et suiv.), qui narrent le progrès des travaux, ils sont énumérés selon leur disposition.
Exode renferme les révélations les plus fondamentales et sublimes sur la nature et la volonté d’Elohîm, et décrit les débuts de la Religion, la constitution théocratique du peuple israélite et les fondements de son éthique, de son droit, de ses usages et de son culte. Elohîm, tel qu’Il se révèle dans Exode, n’est pas un Dieu nouveau et jusqu’alors inconnu : Il est le Dieu d’Abraham, d’Isaac et de Jacob — les Pères du peuple — qui les a protégés et qui a été adoré par eux (Ex. ii. 24 ; iii. 6, 13-18 ; iv. 5 ; vi. 3, 8 ; xv. 2 ; xxxii. 13). Il se désigne Lui-même par le nom sous lequel Il doit être invoqué ; “mn’ [YHWH], le Dieu de vos pères, le Dieu d’Abraham, le Dieu d’Isaac et le Dieu de Jacob” (iii. 15). Le livre, toutefois, a expressément pour but de révéler, ou de développer pleinement, pour la première fois certains aspects de la nature divine qui n’avaient pas encore été notés. Quand Elohîm apparaît à Moïse dans le buisson ardent, et le charge d’annoncer aux Israélites leur imminente libération, Moïse demande avec hésitation (iii. 13) : « Voici, quand j’arriverai aux enfants d’Israël, et que je leur dirai : Le Dieu de vos pères m’a envoyé vers vous ; et ils me diront : Quel est Son nom ? que leur dirai-je ? » Moïse cherche à savoir, non le nom d’Elohîm, mais ce que le nom d’Elohîm, qu’il sait plein de signification, exprime en ce cas particulier. Moïse est bien conscient que le nom « YHWH » signifie « l’Omnipotent », et que le salut dépend d’Elohîm ; mais dans son angoisse, qui est en vérité un manque de foi, il veut savoir tout de suite comment Elohîm sauvera. Elohîm, cependant, ne veut pas l’annoncer maintenant ; Il le console simplement en disant (iii. 14) rihlX n'HX (« Je serai là [aidant quand il faudra] de la manière que je jugerai convenable » ; Version Autorisée King James « I AM THAT I AM »). « Je me prouverai comme l’Omnipotent, le
sauveur infaillible. » Sur ce passage, si on l’interprète correctement, repose le passage vi. 2, où Elohîm encourage Moïse — qui est déçu parce que la référence à ce nom ne lui a rien servi — en disant : « Je suis Elohîm! J’ai été révélé comme un Elohîm fidèle [« El Shaddai »] à Abraham, Isaac et Jacob, sans qu’ils m’aient connu sous mon nom YHWH. » Et maintenant Elohîm accomplit Ses miracles, tous dans l’intention expresse que le peuple « sache que Je suis YHWH » (vi. 7 ; vii. 5, 17 ; viii. 6, 18 ; ix. 14, 25, 29 ; x. 2 ; xiv. 18 ; xvi. 12). Ainsi, Elohîm est, comme Son nom YHWH implique, le sauveur tout-puissant, sujet seulement à Sa propre volonté, indépendant, au-dessus de la nature et la commandant ; le Dieu des miracles ; le Dieu secourable, qui emploie Sa puissance à des fins morales afin d’établir loi et liberté dans le monde, en détruisant les méchants et en sauvant les opprimés (iii. 8 ; vi. 6 ; vii. 5 ; xv. 2, 3, 11), en Qui sont données le jugement et le salut (iii., iv., vi. 1-8).
Dans ch. xxxii. et suiv. un autre côté de la nature d’Elohîm se révèle. Israël a mérité Sa colère destructrice à cause de son péché avec le veau d’or. Mais Elohîm non seulement s’abstient de la destruction et de rappeler Sa parole concernant la terre promise ; Il écoute même les prières de Moïse pour accorder Sa présence de nouveau au peuple. Quand Moïse demande encore : « Montre-moi ta gloire », Elohîm répond : « Je ferai passer devant toi toute ma bonté, et je proclamerai le nom de YHWH devant toi, et je serai gracieux envers qui je veux être gracieux, et j’aurai compassion de qui je veux avoir compassion » (xxxiii. 18-19). Et encore, « Tu ne peux pas voir ma face ; car l’homme ne me verra point et vivra ; . . . tu verras mon arrière-train ; mais ma face ne sera pas vue » (ib. 20, 23, King James Version Révisée). Quand Elohîm apparaît à Moïse Il Se révèle comme « YHWH, YHWH Elohîm, miséricordieux et compatissant, lent à la colère, et grand en bonté et en fidélité, gardant miséricorde pour mille générations, pardonnant l’iniquité, la transgression et le péché, et qui ne tiendra point le coupable pour innocent ; visitant l’iniquité des pères sur les enfants et sur les enfants des enfants jusqu’à la troisième et la quatrième génération » (xxxiv. 6-7). Dans ces paroles Elohîm s’est révélé comme un être rempli d’un saint zèle contre l’iniquité — un zèle cependant contrebalancé par la puissance infiniment supérieure de Son amour, Sa miséricorde et Son pardon, car ceux-ci sont inépuisables. Mais même cela ne constitue pas Sa nature entière, qui dans toute sa profondeur et sa clarté dépasse la compréhension de l’homme.
Ces deux révélations contiennent l’aperçu le plus élevé et le plus béni de la nature d’Elohîm jamais atteint ; et autour d’elles peuvent être groupées les autres déclarations au sujet d’Elohîm que contient le livre de l’Exode.
Elohîm est l’Être absolument Élevé, qui ne peut être comparé à aucun autre dieu ; même le Madianite Jéthro reconnaît que YHWH est plus grand que tous les dieux (xv. 1, 11 ; xviii. 11).
Dieu absolument élevé. Le monde entier appartient à Elohîm : Il a créé le ciel et la terre et tout ce qui s’y trouve ; Il règne éternellement ; Il accomplit des merveilles ; rien de comparable à Lui n’a jamais existé ; d’où Il est objet de vénération (xv. 11, 18 ; xix. 5 ; xx. 11 ; xxxiv. 10). Il donne la parole à l’homme, ou le laisse sourd et muet ; Il donne la vue, ou rend aveugle (iv. 11). Il a pouvoir sur le cœur des hommes, les encourageant tantôt à faire le bien (iii. 21, xi. 3, xii. 36), tantôt, ayant des fins plus larges en vue, ne les empêchant pas de faire le mal (« durcir le cœur », iv. 21 ; vii. 3 ; X. 1, 20 ; xiv. 4, 17). Elohîm est omniscient ; Il connaît le lointain, l’avenir, ce qu’on peut attendre que l’homme fasse selon sa nature (vi. 4-13, 29 ; viii. 11, 15 ; ix. 12, 35 ; xxiv. 20 ; xxxiv. 10-12). De Elohîm procèdent l’inspiration artistique, la sagesse, l’intuition, la connaissance et l’habileté (xxxi. 3 ; xxxv. 31, 34 ; xxxvi. 1, 3).
Elohîm est Providence (ii. 25) ; Il récompense les bonnes actions, qu’elles soient accomplies par crainte ou par amour pour Lui (i. 21, xx. 6). Il n’est pas indifférent à la misère humaine ; Il voit, entend et intervient au moment opportun (iii. 7 ; iv. 31 ; vi. 5 ; xxii. 22, 26) ; Il fait des promesses qu’Il tient (ii. 24, iii. 16, iv. 31, vi. 5, xxxii. 13). Elohîm est jaloux et ne laisse rien impuni (xx. 7, xxxiv. 7) ; mais Il punit toujours le pécheur Lui-même, n’admettant aucune mort vicariante, même si elle est offerte (xxxii. 33). Sa grande indignation morale (« colère ») contre le péché serait destructive (xxxii. 10, 33) si Son amour pardonneur n’était pas encore plus grand (xx. 5, xxxii. 14, xxxiii. 19). Il est gracieux et plein de miséricorde (xv. 13, xxxiv. 6). Sa présence signifie grâce ; elle sanctifie ; car Lui-même « est glorieux en sainteté » (xv. 11, xxix. 43).
L’homme ne peut percevoir Elohîm dans Sa nature entière ; il ne peut que regarder Elohîm lorsqu’Il est passé et l’imaginer (Dillmann à Ex. xxxiii. 22).
Pourtant Elohîm Se révèle à l’homme ; c’est-à-dire, Il informe l’homme de Sa présence et de Sa volonté de manière visible et audible. Elohîm, qui s’est déjà montré aux Pères, apparaît dans le buisson ardent, dans la colonne de nuée et de feu sur la marche, dans les nuées sur lesquelles Il descendit au Sinaï, dans le feu sur la montagne, dans la nuée dans le désert, dans la colonne de nuée sur la tente de Moïse, dans la nuée d’où Il appelle Moïse Ses attributs de grâce, dans la nuée et le feu qui servent de signaux aux Israélites pour partir ou pour camper (vi. 3 ; xiii. 21 ; xiv. 19 ; xix. 11 ; xx. ; xxiv. 15, 17 ; xxxiii. 9 ; xxxiv. 5 ; xl. 34-36). Cette apparition divine est appelée le message d’Elohîm (xiv. 19 ; xxiii. 20, 23 ; xxxii. 34 ; xxxiii. 2) ou Sa gloire (xvi. 7, 10 ; xxiv. 16-17 ; xxxiii. 22 ; xl. 34).
Elohîm apparaît afin de Se faire connaître, de donner des commandements, et d’impartir la vénération menant à l’obéissance (xvi. 10, xix. 9, xx. 20). Elohîm parle principalement avec Moïse ; Il met les paroles dans la bouche de Moïse, et lui dit quoi dire ; Il converse avec lui face à face, comme un homme avec son voisin, et lui donne un bâton en signe de sa fonction (iii. 15 ; iv. 17 ; vii. 2, 17, 20 ; ix. 23 ; x. 13 ; xxxiii. 11). Mais Elohîm parle aussi du ciel à tout le peuple (xx. 22), et ordonne pour Lui-même une demeure permanente parmi eux dans le tabernacle dressé selon Ses directives (xx. 22, xxv. 8, xxix. 45) ; Il en descend afin de parler avec Moïse, Son lieu spécial étant le propitiatoire de l’Arche de l’Alliance, entre les deux chérubins (xxv. 22, xxix. 43).
