Définition dans Jewish Encyclopedia

Dan

DAN

Données bibliques : 1. Le nom du cinquième fils de Jacob (Gen. xxx. 6), dont la mère était Bilhah, la servante de Rachel (ib. xxx. 3, xxxv. 25). Il était donc le frère utérin de Nephtali (xxx. 8). Le nom de Dan se rencontre encore en Gen. xlix. 16 sq. ; Juges xviii. 29 ; 1 Chron. ii. 2, et dans tous les passages où ses fils sont mentionnés (Gen. xlvi. 23 sq.).

2. « Dan » désigne l’une des douze tribus d’Israël, tant dans les passages poétiques (Deut. xxxiii. 22 ; Juges v. 17) que dans les passages en prose (Nombres i. 12 ; ii. 25, 31 ; Deut. xxvii. 13 ; Juges xiii. 25, xviii. 12 ; Ezéch. xlviii. 1, 32 sq. ; 1 Chron. xxvii. 22 ; 2 Chron. ii. 13) ; mais il se rencontre généralement dans des combinaisons telles que « les fils de Dan » (Num. i. 38, ii. 25, vii. 66, x. 25, xxvi. 42 ; Jos. xix. 47), « les générations de Dan » (Num. xxvi. 42), « la tribu des fils de Dan » (Num. xxxiv. 22 ; Jos. xix. 40, 48), ou, simplement, « la tribu de Dan » (Ex. xxxi. 6, xxxv. 34, xxxviii. 23 ; Lévit. xxiv. 11 ; Num. i. 39, xiii. 12 ; Jos. xxi. 5, 23). Voici quelques détails isolés de l’histoire de la tribu donnés dans l’Ancien Testament. L’artisan Aholiab ou Oholiab, qui participa à la construction du Tabernacle (Ex. xxxi. 6, xxxv. 34, xxxviii. 23), était membre de cette tribu, de même que la mère d’un homme qui blasphéma le nom de YHWH (Lév. xxiv. 11). Au temps de Moïse, Dan est représentée comme l’une des tribus plus importantes des enfants d’Israël, et comme comptant 62 700 hommes de vingt ans et au-dessus capables de porter les armes (Num. i. 39, ii. 26). Quelque temps plus tard, alors que la tribu de Benjamin, par exemple, est donnée comme n’ayant que 35 400 (Num. i. 37) ou 45 600 hommes (ib. xxvi. 41), le nombre dans la tribu de Dan est indiqué comme 64 400 (ib. xxvi. 43). Ses hommes capables de porter les armes faisaient partie des trois tribus (Dan, Aser et Nephtali) dont l’armée couvrit le flanc nord dans le désert du Sinaï (Num. ii. 25-31, x. 25-27). Ammiel, l’un des douze espions (ib. xiii. 12), appartenait à Dan ; et son prince était Bukki (ib. xxxiv. 22). En entrant en Canaan, les représentants de Dan, avec ceux de Ruben, Gad, Aser, Zabulon et Nephtali, prirent position sur l’Ebal, la montagne de la malédiction (Deut. xxvii. 13). Dans la bénédiction de Moïse, Dan est caractérisé comme « un lionceau ; il bondira de Basan » (ib. xxxiii. 22). Cette dernière clause, toutefois, ne convient pas à Dan, puisque cette tribu ne s’installa pas dans la bien connue plaine de Basan à l’est du Jourdain.

Territoire. La terre assignée à la tribu de Dan se trouvait dans l’ouest de Canaan ; ses diverses villes et limites sont énumérées en Jos. xix. 40-46. Parmi les villes notables figurent Sora (Zorah), Eshtaol, Timnathah ou Timna, Ajalon (près de laquelle eut lieu la fameuse bataille décrite en Jos. x. 12), et Ekron, qui se retrouve dans les inscriptions cunéiformes sous la forme « Amkarruna ». Au nord, le territoire de Dan se terminait en face de Joppé, le moderne Jaft’a. Ce territoire, à l’origine peu étendu, fut bientôt diminué par ses voisins dangereux, les Philistins. Il n’est donc pas surprenant que les Dénites eussent de grandes difficultés à conquérir le pays qui leur avait été assigné (Jos. xix. 47 ; Juges xviii. 1). En conséquence, ils envoyèrent une délégation pour trouver un district convenable à l’accueil d’une partie de la tribu. Ce district fut trouvé à la proximité de la ville de Laish (Juges xviii. 7-27 ; voir ci-dessous, 3). Une autre indication que la tribu de Dan était harcelée se trouve dans la sentence « Pourquoi Dan demeura-t-il sur les navires ? » (Juges v. 17). Ceci faisait probablement référence au fait que des membres de la tribu de Dan s’étaient enrôlés sur les navires des Phéniciens (voir Budde, Kurzer Handcommentar, 1897, et Nowack, Handcommentar, 1900).

La détresse de Dan s’accrut lorsque, vers la fin de la période des juges d’Israël, les Philistins, recevant des renforts de leur ancien foyer (Guthe, Geschichte des Volkes Israel, 1899, p. 65), s’efforcèrent d’envahir les territoires moyens de Canaan (Josèphe, Ant. V, 8, § 1). Alors survint pour Dan l’aide en la personne du héros Samson (Juges xiii. 2-xvi. 31), dont l’œuvre fut brillamment poursuivie par Samuel (1 Sam. vii. 11), puis par David et d’autres rois. Cela explique pourquoi la tribu de Dan est mentionnée dans les récits de David (1 Chron. xxvii. 22) et de Salomon (2 Chron. ii. 13), et à des époques ultérieures (Ezéch. xlviii. 1, 2, 32).

3. Désignation postérieure pour la cité cananéenne Laish (Juges xviii. 7, 14, 27, 29) ou Leshem (Jos. xix. 47), ce dernier nom étant probablement dérivé de « Leshani ». La ville était située dans une vallée profonde près de Beth-rehob (Juges xviii. 28), à la frontière septentrionale de la Palestine, à l’endroit où « les hommes viennent à Hamath » (Num. xiii. 21). Selon Josèphe (Ant. V, 3, § 1), elle n’était pas loin des sources du petit Jourdain, et, selon l’Onomastica Sacra (s.v. « Dan »), à trois ou quatre milles romains de Paneas. Dans le Livre d’Hénoch (xiii. 7) il est dit que « Dan était au sud du versant occidental du mont Hermon ». Habité à l’origine par des Cananéens, il fut capturé par une partie de la tribu de Dan, dont le territoire du sud-ouest de la Palestine avait été envahi par les Philistins (Jos. xix. 47 ; Juges xviii. 1 sq.), et qu’ils nommèrent d’après leur ancêtre tribal (Jos. xix. 47). La mention du nom de Dan dès l’époque d’Abraham et de Moïse (Gen. xiv. 14 ; Deut. xxxiv. 1) est donc anticipée par le chroniqueur postérieur (comparer « Beth-el » en Gen. xii. 8 et xxviii. 19). Par conséquent, il n’y a aucune raison de supposer, d’après Gen. xiv. 14 et Deut. xxxiv. 1, l’existence d’une autre ville de Dan.

Le lieu semble être identique à Dan-jaan (2 Sam. xxiv. 6), qui se trouvait à l’est du lac de Genésareth vers Sidon ; et comme c’était la route par laquelle Laish-Dan se trouvait (Juges xviii. 7, 29), il est probable que « Dan-jaan » soit une corruption de « Dan-jaar » (Dan dans le bois), et qu’il s’agisse simplement d’une désignation occasionnelle de la ville de Dan.

Le lieu est souvent mentionné dans les expressions « de Dan jusqu’à Beer-cheba » (Juges xx. 1 ; 1 Sam. iii. 20 ; 2 Sam. iii. 10 ; xvii. 11 ; xxiv. 2, 15 ; 1 Rois iv. 25 ; Amos viii. 14) et « de Beer-sheba jusqu’à Dan » (1 Chron. xxi. 2 ; 2 Chron. xxx. 5) ; tandis que dans Jér. iv. 15 et viii. 10 il est mentionné comme ville frontière septentrionale de la Palestine.

Dan est aussi mentionné en relation avec le culte ; car, selon Juges xviii. 31, une image sculptée y resta jusqu’à la destruction du sanctuaire à Shiloh, sanctuaire mentionné pour la dernière fois en 1 Sam. iv. 12. Jéroboam Ier installa à Dan l’un des deux veaux d’or qu’il entendait ériger comme symboles pour YHWH (1 Rois xii. 29). Beaucoup de personnes des tribus du Nord d’Israël firent donc pèlerinage à Dan (Amos viii. 14 ; 2 Rois x. 29) ; mais la ville tomba bientôt aux mains des ennemis du Nord d’Israël (1 Rois xv. 20 ; 2 Chron. xvi. 4).

Une colline près de la vallée où se trouvait l’ancienne cité de Dan s’appelle aujourd’hui Tallal-Kadi — c.-à-d. « colline du Juge » — le nom étant peut‑être un souvenir du nom Dan = « juge ».

Bibliographie : Stade, Geschichte des Volkes Israel, i. 124, 146 ; Cornill, Gesch. des Volkes Israel, 1898, p. 32 ; Guthe, Gesch. des Volkes Israel, 1899, pp. H sq. ; Winckler, Gesch. Isr. in Einzeldarstellungen, 1900, ii. 63 sq. ; Holzinger sur Gen. xxx. 24, in Kurzer Handcommentar, 1898 ; Gunkel sur Gen. xxix. 2 ii, in Handcommentar, 1901 ; Cheyne, in Encyc. Biblic. s.v. Dan ; Buhl, Geographie des Alten Palästinas, 1896, § 124.

E. G. n. E. K.

Dans la littérature rabbinique et hellénistique :

Dan joue un rôle particulier dans la tradition rabbinique. Du fait que son nom, comme celui de la tribu, est lié au blasphémateur (Lév. xxiv. 11) et à l’idolâtrie d’Israël du Nord (Juges xviii. 30 ; 1 Rois xii. 29 ; Amos viii. 14), tandis que Samson, le juge ou la tribu de Dan, manqua à son naziréat (Juges xiii. 2), Dan en vint à être considéré comme la brebis galeuse de la maison de Jacob. Sa haine envers Joseph, parce que celui-ci apporta à leur père de mauvais rapports contre les fils de Bilhah et Zilpa, l’incita à conspirer contre la vie de Joseph, et il conseilla aux frères de tromper leur père en lui disant qu’ils avaient trouvé la tunique de Joseph plongée dans le sang (Test. Patr., Zabulon, 4 ; Dan, 1 ; Gad, 1). Dan et Gad étaient de connivence avec le prince héritier d’Égypte contre Joseph et Asénath (voir Asenath, Prayer of).

Dès les jours de Moïse la tribu de Dan adorait des idoles, de sorte que la colonne de nuée cessa de la protéger, et par conséquent Amalek frappa Dan, qui était le « dernier » et « faible » parce qu’il ne craignait pas Elohîm (Targ. Yer. à Deut. xxv. 18 ; Pesik. iii. 27b ; Pesik. R. xii. ; Tan., Ki Teze). Étant « l’arrière de tous les camps » (Num. x. 25), Dan tomba victime du « feu qui dévora l’extrémité du camp à cause de l’idole qui provoqua la colère du Seigneur » (Targ. Yer. à Num. xi. 1, Hebr.). Ce fut aussi l’idolâtrie de Dan qui poussa Balaam à ordonner l’autel et les sacrifices pour la ruine d’Israël (Targ. Yer. à Num. xxii. 41, xxiii. 1). L’idolâtrie de Dan retint Abraham dans sa marche contre les rois de Babylone (Gen. xiv. 15 ; Gen. R. xliii.) et consterna Moïse dans sa vision de l’avenir (Targ. Yer. à Deut. xxxiv. 1 ; Sifre, Devarim, 357). Les enfants de Dan enseignèrent à leurs fils les pratiques idolâtres amorrites contenues dans les livres cachés sous le mont Abarim (Gaster, Chronicles of Jerahmeel, 1899, p. 167).

La bénédiction de Jacob sur Dan, dans laquelle il est comparé à un serpent (Gen. xlix. 16-18), est rapportée à Samson (Gen. R. xcviii.), et le serpent aurait été fait emblème de la tribu sur son étendard (Num. R. ii.).

Mais Dan devint le type même de l’agir malfaisant. Il fut placé au nord (Num. ii. 25), région des ténèbres et du mal (Jér. i. 14), Dan, type du monde à cause de son idolâtrie qui enveloppait d’obscurité (Num. R. ii.).

Antéchrist. Plus loin va une tradition qui identifie le serpent et le lion (Gen. xlix. 17 et Deut. xxxiii. 22) avec Belial (voir la littérature dans Bousset, Antichrist, 1895, pp. 87, 113). Irénée (Adversus Haereses, v. 302), Hippolyte (De Christo et Antichristo, pp. 14, 15), et d’autres Pères de l’Église ont une tradition, qui ne peut qu’être d’origine juive, que l’Antéchrist vient de la tribu de Dan, et la fondent sur Jér. viii. 16 : « On entendit le hennissement de ses [de l’ennemi] chevaux depuis Dan » — un verset qui est aussi renvoyé dans Gen. R. xliii. à l’idolâtrie de Dan. Irénée note que Dan n’apparaît pas, selon cette tradition, dans l’Apocalypse (Apoc. vii. 5-7) parmi les 144 000 sauvés des douze tribus. De même, l’omission de Dan en 1 Chron. iv. sq. n’est pas fortuite. Bousset, qui consacre un chapitre spécial à la légende de l’Antéchrist issu de Dan (l.c. pp. 112-115), estime que le lien de Dan avec Belial dans Test. Patr., Dan, 5 renvoie à la même tradition. Cela semble trouver corroboration dans le Targ. Yer. à Deut. xxxiv. 3, où la guerre contre Ahriman (AU^OnN) et Gog ou Magog dans la vision de Moïse semble se reporter à Dan, 1 (comparer Sifre, l.c. à jnnNn D'H ; voir aussi Dan, dans Ten Tribes, the Lost). K.

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Source

The Jewish Encyclopedia, Funk & Wagnalls (1901-1906), domaine public aux États-Unis ; sélection partielle, traduction française et réadaptation éditoriale À l'ombre du figuier, d'après les scans Internet Archive.