Définition dans Jewish Encyclopedia

Ephraim

EPHRAIM

Données bibliques : 1. Fils de Joseph. Le nom est connecté avec la racine prh (« être fécond » ; Gen. xli. 52). Il était le plus jeune des deux fils nés à Joseph avant la famine, Manassé étant l’aîné (Gen. xli. 51). Néanmoins, Jacob, en bénissant les deux, confère à Éphraïm les droits de l’aînesse, « comme à Ruben et Siméon » (Gen. xlviii. 1-20), Joseph tentant sans succès d’empêcher la préférence du plus jeune. Cet épisode met en forme l’idée historique que Éphraïm et Manassé (et Benjamin) constituaient originellement une seule tribu (voir Gen. xlix. 22-26 ; Deut. xxxiii. 13-17) sous la forme d’une expérience personnelle dans la famille du patriarche. De Joseph, Manassé se sépara d’abord ; d’où il était l’aîné ; mais Éphraïm, augmentant en importance et en nombre, dépassa le clan frère. Le fait que le droit d’aînesse de Ruben soit donné aux fils de Joseph, comme indiqué en 1 Chron. v. 1, traduit la désintégration progressive de la tribu de Ruben et la montée en puissance de la fraction de Joseph. Le développement successif de ces conditions se reflète aussi dans le fait que, dans les énumérations des tribus, Manassé précède parfois Éphraïm (Num. xxvi. 34) ; quelquefois l’ordre est inversé (Num. i. 32).

Holzinger (Genesis, p. 199) et Guthe (Geschichte des Volkes Israel, 1899, pp. 2 sq.) déclarent qu’Éphraïm fut une personnification postérieure (comparer Gunkel, Genesis, ii. 427). Pour des arguments contre cette théorie voir Koenig, Einleitung in das Alte Testament, pp. 183-185. En bénissant, Jacob croise ses mains pour placer sa main droite sur la tête d’Éphraïm. Ce verbe, qui n’apparaît qu’à ce passage, a donné lieu à des interprétations rabbiniques curieuses. Le Targum d’Onkelos, le rattachant à sekel (esprit, sagesse), le conçoit comme indiquant que Jacob agit en pleine connaissance (voir aussi Rachi et Ibn Ezra sur le verset). Selon R. Juda, on lit réellement « shikkel », et cela signifie que Jacob dépouilla Manassé au profit d’Éphraïm (Pesik. II. 3 [éd. Friedmann, p. 12a, note 85]). R. Nehemiah prétend que l’expression dénote le pouvoir de Jacob d’« instruire » et de guider l’esprit saint (ib.). Il est intéressant de noter que les paroles de la bénédiction de Jacob (Gen. xlviii. 16) constituent l’un des pesuke derahame, versets de supplication de protection qui, selon le dicton d’Abaye (Ber. 5a), furent ajoutés au Shema récité au moment du coucher. E. G. H.

2. La tribu ; nommée d’après son éponyme Éphraïm, le second fils de Joseph (Gen. xli. 50 sq.). De son histoire ancienne, une glosse obscure (1 Chron. vii. 21, 22) ne conserve qu’un vague souvenir d’un raid de bétail au cours duquel la tribu fut honteusement battue par le peuple aborigène de Gat. Au temps de l’Exode, Éphraïm paraît numériquement être l’une des tribus plus petites (40 500 guerriers, tandis que Juda est crédité de 74 600, Zabulon de 57 400, Manassé de 52 700, et Benjamin de 35 400 : Num. i. 32-37). Mais Éphraïm, Manassé et Benjamin, descendants de Rachel, marchèrent ensemble, Éphraïm en tête, et campèrent à l’ouest du Tabernacle (Num. ii. 18). Le chef d’Éphraïm, qui offrit pour ses frères, fut Élishama, fils d’Ammihud (Num. i. 10, vii. 48-53). Parmi les espions envoyés en Canaan se trouvait Hoshea d’Éphraïm, dont le nom fut changé en « Josué » (Num. xiii. 9, [R. V. 17]), et sa succession à la direction après Moïse prouve qu’à l’invasion Éphraïm s’était élevé à une influence dominante, bien que les chiffres du recensement, qui le créditent de seulement 32 500 guerriers contre 52 700 pour Manassé et 45 600 pour Benjamin, montrent un recul (Num. xxvi. 34 sq.).

À la répartition du pays, Éphraïm fut représenté parmi les commissaires par Kemuel, fils de Shiphtan, ainsi que par Josué (Num. xxxiv. 24). D’après Jos. xvii. 14-18, xviii. 5, il ressort clairement qu’à la conquête et à la colonisation du pays Éphraïm et Manassé (et Benjamin : comparer Ps. lxxx. 2 ; 2 Sam. xix. 20 ; Num. ii. 18 sq.) furent considérés comme une seule tribu — celle de Joseph. En effet, dans l’ancien poème tribal, le soi-disant Chapitre des Bénédictions de Jacob (Gen. xlix. 22 sq. ; comparer Deut. xxxiii. 13 sq. ; Juges i. 22), Joseph est nommé à la place de Manassé et Éphraïm par les critiques modernes attribuant ce texte à la partie ancienne de la période des Juges. En raison de la nécessité d’acquérir davantage de territoire pour subvenir à sa population croissante, ce groupe de Joseph força son chemin vers le nord à travers un territoire hostile (Jos. xvii. 1 sq.). Ce mouvement entraîna l’isolement de Manassé et d’Éphraïm (Jos. xxi. 5), bien que les lignes de démarcation entre leurs possessions séparées ne fussent nullement définies de manière constante ni continue, chacun ayant des établissements dans le district de l’autre (Jos. xvi. 9 ; xvii. 8, 9). Les limites méridionales de la portion de Joseph, qui constituait aussi la frontière sud d’Éphraïm, sont les suivantes : partant du Jourdain, près de Jéricho et de ses sources à l’est, et suivant le désert de Beth-aven, qui s’élève de Jéricho à la colline de Beth-el, la ligne passa de Beth-el à Luz ; de là vers la limite des Archites (‘Ain ‘Arik) jusqu’à Ataroth, descendant vers l’ouest jusqu’à la frontière des Japhletites à la limite de Beth-horon inférieur et jusqu’à Gézer (Tell Jezer), se terminant à la mer (Jos. xvi. 1-3).

Dans Jos. xvi. 5 sq., toutefois, il est dit que la limite orientale d’Éphraïm coulait d’Ataroth-addar à Beth-horon supérieur, se courbait vers l’ouest à Michmethath au nord, puis, tournant vers l’est jusqu’à Taanath-shiloh (le moderne Ta‘na), passait le long de celui-ci à l’est de Janoah (moderne Yanun), redescendait à Ataroth et à Naarah (moderne Khirbat Tamiyyah), atteignant finalement Jéricho et se terminant au Jourdain. De Tappuah la ligne se dirigeait vers l’ouest jusqu’au ruisseau Kanah (probablement le Nahr al-Falek) et jusqu’à la mer (la Méditerranée : la Vulgate, à tort, « la Mer Morte »). Ces indications sont confuses et pas toujours cohérentes ; elles prouvent que pendant de nombreux siècles les délimitations furent incertaines et les traditions à leur sujet contradictoires (voir Holzinger, Joshua, pp. 66-67).

La région occupée par Éphraïm était montagneuse mais très fertile (Hosea ix. 13 ; Gen. xlix. 22 ; Deut. xxxiii. 13-16 ; Isa. xxviii. 1). Sa position géographique, au milieu entre Dan, Benjamin et Manassé au-delà du Jourdain, contribua puissamment à faire de son possesseur, Éphraïm, l’élément dominant dans le développement politique des tribus du Nord. Les montagnes offraient protection ; le Jourdain et la mer étaient à portée de main ; et les routes naturelles de communication entre le nord et le sud y passaient. À l’intérieur de ses frontières se trouvaient les anciens centres de la vie politico-religieuse : Sichem, Arunia et Shiloh, siège du Sanctuaire.

Le caractère imputé à Éphraïm reflète la configuration accidentée de son pays (Gen. xlix. 23-24). Éphraïm est doté « des cornes du buffle » (Deut. xxxiii. 17).

Les actions de la tribu rapportées dans le Livre des Juges confirment ce caractère. Elle prit part à l’expédition contre Hatsor et le roi Jabin (Juges iv. 2 ; Jos. xix. 36). La Déborah d’Éphraïm est représentée comme résidant dans les frontières de son pays (Juges iv. 5 ; voir, pour des vues critiques modernes, Budde, Das Buch der Richter). Dans le Cantique de Déborah la tribu est louée comme parmi les premières ayant répondu à l’appel aux armes (Juges v. 14). Éphraïm, jaloux de ses rivaux pour la direction, eut un différent avec Gédéon à propos d’être négligé au début de sa campagne contre les Madianites (Juges vii. 24, viii. 1) ; mais son mécontentement fut apaisé par un compliment habilement tourné sur « l’égrugeage du raisin d’Éphraïm meilleur que la vendange d’Abiezer » (Juges viii. 2). Sous Jephté, les hommes d’Éphraïm se plaignirent de nouveau d’un tel affront (xii. 1), mais avec des conséquences funestes pour eux-mêmes. Les Gileadites, ayant une vieille rancune contre eux (Juges xii. 4), les frappèrent, et l’entreprise coûta à la tribu 42 000 hommes (ib. 6).

L’épisode présente un intérêt linguistique, car en rapport avec lui la différence dialectale particulière de la langue éphraïmite est enregistrée dans la prononciation « s » du mot « Shibboleth » (ib.). Abdou de Pirathon, un Éphraïmite, est mentionné comme l’un des juges postérieurs (xii. 15), tandis que, grâce à Abimélec, Éphraïm et sa capitale Sichem jouissent, quoique pour un court temps, de la distinction d’être les premiers en Israël à avoir un roi (ix. 6). Samuel entretint des liens étroits avec Éphraïm (1 Sam. i. 1, vii. 15-17). Dans son choix de Saül pour roi, les jalousies de la tribu furent bien prises en considération ; le nouveau monarque étant un Benjamite et donc un allié d’Éphraïm. Aussi, à la mort de Saül, Éphraïm resta fidèle au fils de celui-ci, Ischbosheth, et n’accepta la domination de David (Juda) qu’après l’assassinat d’Abner et d’Ischbosheth (1 Sam. ii. 9, v.) ; mais sous le successeur de Salomon il trouva l’occasion tant désirée, avec le soutien du prophète éphraïmite Ahija, de faire sécession et d’établir son propre royaume indépendant sous Jéroboam (1 Rois xi. 26, 29), avec Sichem pour capitale (1 Rois xii. 1).

Dès lors, l’histoire d’Éphraïm se confond avec celle du Royaume du Nord, dans lequel il resta le facteur dominant, si bien que, surtout en langage figuré, son nom en vint à désigner l’État des Dix Tribus (Isa. vii. 2-5, 8 ; Osée v. 3, 5, 9 ; vi. 4, et ailleurs Éphraïm). En 2 Chron. xv. 8-11 la sécession d’Éphraïm est dénoncée comme un abandon d’Elohîm de ses pères et de ses lois. 2 Chron. xxx. 1, 10, 18 décrit l’irreligion d’Éphraïm qui raillait les émissaires d’Ézéchias venus les inviter à célébrer la Pâque à Jérusalem, et conclut en rapportant la destruction de tous les usages idolâtres par les fidèles pieux, « même en Éphraïm [et Manassé] ». Josias est crédité d’avoir expédié une ambassade pour une entreprise semblable (2 Chron. xxxiv. 6, 9). Le rejet d’Éphraïm est évoqué dans les Psaumes (lxxviii [A.V. lxxvii] 67), bien que dans lx. 7 Éphraïm soit salué « comme la défense de [la tête d’Elohîm] » (comparer cviii. 8). Des Éphraïmites firent partie de l’élément constitutif du nouveau peuple, les Samaritains (Ezra iV. 4 : « Am ha-arez » [*TNnDy] ; Ecclus. [Sirach] ii. 26 ; « Ce peuple insensé qui habite Sichem »).

E. G. H. E. K.

Dans la littérature rabbinique : Bien que Jacob ait instruit Éphraïm pendant dix-sept ans, lorsque celui-ci vint avec son père Joseph et son frère Manassé pour être béni, Jacob ne le reconnut pas, car en voyant Jéroboam et Achab, descendants d’Éphraïm, l’esprit prophétique le quitta. Joseph adressa alors une ardente prière à Elohîm, et l’esprit de prophétie revint. Jacob vit alors un autre des descendants d’Éphraïm, Josué ben-Noun, et donna la prééminence à Éphraïm sur son frère aîné Manassé en posant sa main droite sur sa tête et en mentionnant son nom le premier (Tan. à Vayehi). Éphraïm fut ainsi favorisé du droit d’aînesse parce qu’il était modeste et non égoïste (Gen. K. vi. ; Pesik. R. 3). Elohîm, qui exécute les desiderata des justes, confirma les bénédictions de Jacob, et Éphraïm prit la prééminence sur Manassé dans l’ordre des Juges (Josué d’Éphraïm venant avant Gédéon de Manassé), dans l’ordre des étendards (Éphraïm précédant Manassé), dans l’offrande des sacrifices princiers (Num. vii.), et dans l’ordre des rois (Jéroboam et Achab venant avant Joas : Num. R. xiv.). En conférant la bénédiction, Jacob dit à Éphraïm : « Éphraïm, les têtes des tribus, les princes des yeshivot, et les meilleurs et plus éminents de mes enfants seront appelés de ton nom » (Lév. R. ii.) ; Josué, Déborah, Baraq, Samuel, Mashiah ben Joseph et Mashiah ben David étaient Éphraïmites (Pesik. R. 37 [éd. Friedmann, p. 164a]). La tribu d’Éphraïm calcula mal le temps de la délivrance des enfants d’Israël d’Égypte, et quitta le pays trente ans avant le temps fixé. Elle rencontra une horde philistine ennemie qui lui offrit bataille, au cours de laquelle les Éphraïmites perdirent 300 000 hommes (selon Pesik., 180 000 ; selon Pirke R. El., 200 000). Leurs ossements furent amoncelés le long des routes. Selon le Sefer ha‑Yashar (voir Shemot), cet événement eut lieu dans la 180e année après que les Israélites furent allés en Égypte, lorsque 30 000 nourrissons de la tribu d’Éphraïm quittèrent l’Égypte. La bataille se livra près de Gat. Parce qu’ils se rebellèrent contre la Parole d’Elohîm en quittant l’Égypte avant la fin de la captivité destinée par Elohîm, tous, sauf dix, furent tués. Les Philistins perdirent dans la bataille 20 000 hommes. Les dix hommes qui échappèrent revinrent en Égypte et racontèrent à leurs frères ce qui leur était arrivé. Éphraïm, qui était encore vivant, pleura auprès d’eux de nombreux jours. Pour que les enfants d’Israël ne voient pas les os blanchis des morts d’Éphraïm et ne retournent en Égypte, Elohîm les conduisit en Canaan par des voies détournées (Ex. R. xx.). Les Éphraïmites morts furent ensuite ressuscités par Ézéchiel (Sanh. 92b). Le drapeau d’Éphraïm était peint en noir et portait l’image d’un bœuf (Num. R. ii.) ; Moïse y fit allusion lorsqu’il parla de Joseph : « Le premier-né de son bœuf, sa majesté est son » (Deut. xxxiii. 17, R. V.). Dans le camp, Éphraïm occupait le côté ouest ; de l’ouest viennent les vents les plus violents, et aussi la chaleur et le froid ; à ces éléments la force d’Éphraïm est comparée (Num. R. ii.). Comme Elohîm créa les quatre points cardinaux et plaça contre eux les étendards de quatre des tribus, ainsi Il entoura Son trône de quatre anges, l’ange de l’ouest étant Raphaël (« le Guérisseur »), qui devait réparer la brèche causée par le descendant d’Éphraïm, le roi Jéroboam (Ex. R. vii.). Voir Mashiah.

s. s. I. Bu.

EPHRAIM, MONTAGNE D’ (HEB. Har Ephraim ; R. V. « pays des collines d’Éphraïm ») : La partie nord de la chaîne montagneuse à l’ouest du Jourdain, s’étendant de Beer‑sheba jusqu’à la grande plaine d’Esdrelon. Sa limite méridionale n’est pas expressément indiquée dans l’Ancien Testament, et probablement n’a jamais constitué une ligne géographiquement définie. Il est certain, cependant, que la section au nord comprenait une plus grande étendue que celle habitée par la tribu d’Éphraïm ; car, d’après Juges iii. 27, les Benjamites aussi habitaient le pays des collines d’Éphraïm. Il est encore dit en Juges iv. 5 que Déborah vivait entre Rama et Beth-el dans la montagne d’Éphraïm. Quant à l’extension de la partie nord du pays montagneux, l’allusion en Jos. xvii. 14 sq. semblerait prouver qu’elle n’était pas prise pour s’étendre jusqu’à la plaine d’Esdrelon, à moins que le « pays boisé » (R. V. « forêt ») ici mentionné ne désigne, comme supposent certaines autorités, la section de la chaîne montagneuse entre Sichem et la plaine. En tout cas, le passage n’est pas clair.

Par opposition à la chaîne de Juda, qui a un contour assez régulier, Éphraïm consiste en vallées et sommets courant dans toutes les directions. Il comprend aussi plusieurs plaines sans issue qui, pendant la saison des pluies, se transforment en marais. La grande dépression où est située Sichem divise la montagne en deux moitiés, la moitié sud et la moitié nord. La moitié sud atteint, dans sa partie septentrionale près de Sichem, une altitude de 2 604 pieds (mont Gerizim). La moitié nord commence près de Sichem par le mont Ébal, dont part une crête se terminant à Ras Ibzik avec une altitude de 2 205 pieds. Le promontoire Carmel, à une altitude de 1 656 pieds, forme le terminus au nord‑ouest.

Le pays des collines d’Éphraïm est beaucoup plus fertile que celui de Juda, et comprend un certain nombre de splendides vallées richement garnies de vergers. Les plaines marécageuses mentionnées ci‑dessus contiennent d’excellents sols en été. Les sommets, en revanche, sont dénudés, étant recouverts clairsemment d’arbustes.

E. G. H. F. Bu.

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Source

The Jewish Encyclopedia, Funk & Wagnalls (1901-1906), domaine public aux États-Unis ; sélection partielle, traduction française et réadaptation éditoriale À l'ombre du figuier, d'après les scans Internet Archive.