Définition dans Jewish Encyclopedia
Damas
DAMASCUS
Une ville ancienne d’Asie Mineure, située au pied de l’Anti-Liban, à 180 milles au sud-ouest d’Alep ; aujourd’hui capitale du vilayet de Syrie. Dans l’Ancien Testament elle est appelée pK'DT (Dammesek), ou ptl'DIT (Darmesek, 1 Chroniques xviii, 5 s. ; 2 Chroniques xvi, 2, xxiv, 23), ou pB^DIT (Dummesek, 2 Rois xvi, 10). La forme avec « r » est araméenne, bien que les listes égyptiennes contiennent aussi un « Saramaski », que W. Max Muller (Asien und Europa, p. 227) explique comme « Tiramaski ». La transcription égyptienne usuelle est « Timasku » (ib. pp. 162, 234). Dans les inscriptions cunéiformes le nom se lit « Dimashki » ou « Dimashka », cette dernière forme étant employée aussi dans les tablettes d’El-Amarna (éd. Winckler, 142, 21), où cependant la forme « Timashgi » (ib. 139, 63) se rencontre aussi. Les Arabes appelaient la ville « Dimashk-al-Sham », pour laquelle « Al-Sham » est aujourd’hui généralement substitué.
Le Damas actuel, qui est sans aucun doute situé sur le site de la ville ancienne, couvre la partie nord-ouest de la belle et fertile plaine d’Al-Ghuta, au sud de l’Anti-Liban. Cette plaine est traversée par de nombreux cours d’eau descendant des montagnes, dont l’un, le Nahr Barada (« Amana », 1 Rois v, 12 ; le « Chrysorrhoas » des Grecs), en quittant les montagnes se divise en sept bras, dont deux traversent Damas. La végétation riche de la plaine, ainsi que les nombreux jardins derrière lesquels la ville se trouve à demi cachée, offrent au voyageur venant du désert un spectacle enchanteur, et l’on comprend alors pourquoi tant les Juifs (Bab. ‘Er. 19a) que les Bédouins ont appelé la ville un paradis.
La situation est particulièrement favorable au commerce. Des routes de caravanes d’antiquité, s’étendant depuis les rivages de la Méditerranée, depuis l’Arabie, depuis l’Euphrate et depuis le nord de la Syrie, convergent vers Damas et contribuent à en faire un centre commercial de première importance. Que les habitants de la ville aient même en des temps anciens tiré parti de cette position favorable ressort de 1 Rois xx, 34. Parmi les marchandises mentionnées, Ezéchiel xxvii, 18 cite le vin d’Helbon et d’autres produits. Malheureusement, toutefois, ces passages, en raison de la corruption du texte, ne sont plus intelligibles (comparer Cornill, Bertholet, Kraetzschmar, et Toy ad loc.).
Que Josèphe (Antiq. i, 6, § 4) mentionne Uz, fils d’Aram, comme fondateur de Damas n’a guère de valeur, la tradition reflétant probablement seulement des conditions postérieures. De même l’affirmation de Nicolas de Damas (Antiq. i, 7, § 2), selon laquelle Abraham aurait émigré à Damas et y aurait régné un temps, repose probablement sur des combinaisons postérieures (comparer Justin, xxxvi, 2), et ne trouve aucun appui ferme dans la déclaration ambiguë de Genèse xv, 2. Les plus anciens renseignements fiables concernant la ville biblique se trouvent sur les monuments égyptiens, auxquels peuvent s’ajouter les tablettes d’El-Amarna. Damas est mentionnée parmi les cités capturées par Thoutmôsis III. D’après les tablettes d’El-Amarna il apparaît que, sous Amenophis III, la domination égyptienne dans ces contrées commença à chanceler, les Hittites envahissant continuellement le pays. Si l’identification de Max Muller (voir ci-dessus) est correcte, Ramsès III parvint à conquérir la ville. À l’époque de David, Damas, ainsi que le territoire voisin, était habitée par des Araméens. Ceux-ci tentèrent de porter secours à leurs coreligionnaires de Zohah; mais David les écrasa, si bien que Damas fut contrainte de reconnaître son autorité (2 Samuel viii, 5 s.). Sous Salomon les fruits de cette conquête furent perdus. Un ancien sujet du roi de Tsobah, Rézon (LXX. ’Ecrpu//), fils d’Eliada, se déclara roi de Damas et fonda un royaume destiné à causer beaucoup d’ennuis aux Israélites (1 Rois xi, 23 s.). Les luttes avec les Araméens de Damas, dont les rois d’Israël tirèrent habilement parti (ibid. xv, 18 s.), constituent une grande partie de l’histoire du royaume d’Éphraïm (ibid. xx, 22; 2 Rois vi., viii, 12, x, 32, xiii ; Amos i, 3). Ce ne fut que lorsque le danger de la part de l’Assyrie devint plus manifeste qu’un roi postérieur, Rézin (ou, plus correctement, Razun) de Damas, changea de politique. Il forma une coalition avec Pékah d’Éphraïm, avec l’aide duquel il résolut d’entreprendre la conquête de Juda (Isaïe vii, 1-16). Achaz, entre-temps, fit appel aux Assyriens; et la nouvelle politique conduisit finalement à la conquête de Damas par une armée assyrienne en 732 av. J.-C. (2 Rois xvi, 9). Pour la ville et ses habitants, il n’existe pas d’informations pendant environ 200 ans. D’après 1 Rois xx, 34, un quartier de la ville fut assigné aux marchands d’Éphraïm. 2 Rois xvi, 10 s. mentionne un autel dans la cité, dont Achaz ordonna qu’on fit une copie ; autrement, les renseignements sur la religion des Damaséniques se limitent aux faits que l’on peut tirer des noms théophores des rois (comparer Baethgen, Beitrage zur Semitischen Religionsgeschichte, pp. 66 s.).
Après sa conquête par les Assyriens, Damas continua d’avoir une certaine importance en raison de sa position favorable. Si l’on peut tirer peu de choses des allusions contenues chez les Prophètes postérieurs (Jér. xlix, 23 s. ; Ezéchiel xxvii, 18 ; xlvii, 16 s. ; Zach. ix, 1), il est clair que la ville, comme d’autres lieux de Syrie, remplaça la domination assyrienne par la babylonienne, puis celle-ci par celle des Perses et d’Alexandre le Grand. Après la bataille d’Issos (333 av. J.-C.), Damas, lorsque le roi perse avait laissé derrière lui sa garde-robe et son trésor, fut livrée perfidement à Parthénion (Curtins, iii, 13). Pendant la période suivante, bien que les Ptolémées réussissent parfois à exercer leur domination sur la ville, elle fut principalement en possession des Séleucides ; Antioche, toutefois, et non Damas, fut faite leur capitale.
Dans l’histoire des Maccabées la ville est mentionnée plusieurs fois en rapport avec les campagnes de Jonathan (1 Maccabées xi, 62 ; xii, 32) ; et lors du partage de l’empire séleucide elle devint pour un court temps la capitale d’un royaume plus restreint (Josèphe, Antiq. xiii, 13, § 4 ; 15, § 1). Mais, en l’an 85, Antiochos XII fut vaincu par des princes nabatéens, qui en conséquence prirent le contrôle de Damas (ibid. xiii, 15, §§ 1-2). Vers 70 av. J.-C. Ptolémée de Chalcis chercha à prendre la ville, raison pour laquelle Aristobule, fils de la reine juive Alexandra, marcha à son secours (ibid. xiii, 16, § 3). Mais en 65 les Romains mirent fin à cette période de changements en conquérant Damas et en l’incorporant à la province de Syrie. Damas obtint cependant l’indépendance relative d’une cité hellénique, et appartint à la confédération municipale de la Décapole (Schürer, Gesch. 3e éd., iii, 118 s.). L’importance du district qui appartenait à Damas apparaît du fait qu’il était adjacent à celui de Sidon (Josèphe, Antiq. xviii, 6, § 3). Pendant un temps la ville fut de nouveau sous la domination des rois nabatéens, dans la mesure où le roi arabe Arétas (1 Cor. xi, 32) avait là un ethnarque, les Romains ayant probablement accordé ce privilège afin de se concilier ses bonnes grâces.
À cette époque environ 10 000 Juifs vivaient à Damas, gouvernés par un ethnarque (Actes ix, 2 ; 1 Cor. xi, 32). L’attrait que le judaïsme exerçait alors sur les païens était si grand que beaucoup d’hommes et de femmes se convertirent à cette religion. Paul réussit, après un premier revers, à convertir beaucoup des Juifs de Damas au christianisme (49 ap. J.-C.). Cela irrita l’ethnarque juif au point qu’il tenta d’arrêter Paul ; et les amis de ce dernier ne sauvèrent sa vie qu’en le laissant descendre dans un panier par une fenêtre percée dans la muraille de la ville. De nombreux Juifs furent massacrés par les païens lors de l’éclatement de la grande guerre de libération (Josèphe, B. J. ii, 20, § 2 ; vii, 8, § 7). Plus tard, Damas, comme le montrent les monnaies, obtint le titre de métropole ; et sous Alexandre Sévère, lorsque la ville était une colonie chrétienne, elle devint le siège d’un évêché, qui jouissait d’un rang inférieur seulement à celui du patriarche d’Antioche. Au Ve siècle, sous la domination de l’empire d’Orient, à l’époque talmudique, des Juifs vivaient à Damas ; car le rabbin Rafram bar Pappa alla prier dans la synagogue de Johar (Bab. Ber. 50a). Pendant les conflits entre Byzantins et Perses la ville souffrit fréquemment de lourds dommages. Lorsque la Syrie fut conquise par les Perses (614), les Juifs de Damas profitèrent de la présence des envahisseurs pour se joindre à leurs coreligionnaires de Palestine et se venger des chrétiens, spécialement de ceux de Tyr. En 635 Damas tomba aux mains des Mahométans ; les habitants, par une reddition opportune et volontaire, réussirent à sauver quinze églises chrétiennes.
Le règne des Omeyyades apporta une nouvelle période de splendeur à la ville, qui devint alors la capitale de ce califat. La communauté juive se maintint, et existait certainement en 970 ; « car », dit un historien, « Joseph ben Abitur de Cordoue, n’ayant plus aucun espoir de devenir rabbin en chef de cette ville, alla en Palestine cette année-là et s’établit à Damas » (Abraham ibn David, Sefer ha-Kabbalah, in Neubauer, Med. Jew. Chron. i, 69 ; Conforte, Kore ha-Dorot, 5b). Cette période arabe prit fin avec l’avènement des Abbassides, et la cité souffrit pendant les siècles suivants de guerres continuelles. Heureusement pour les Juifs, elle résista au siège de la Seconde Croisade (1147). Quelque temps après, un grand nombre de Juifs palestiniens cherchèrent refuge à Damas pour échapper aux impôts énormes que les Croisés leur imposaient, augmentant ainsi la communauté.
G. F. Bu.
Damas
Peu d'informations existent concernant les Juifs à Damas au cours des siècles suivants. Les rares données sont fournies par des voyageurs qui visitèrent le lieu. En 1128 Abraham ibn Ezra visita Damas (voir toutefois la note de Harkavy, “Hadashim gam Yeshanim,” vii. 38). Selon Edelmann (“Ginze Oxford,” p. ix.), Judah ha‑Levi composa son célèbre poème sur Sion dans cette ville ; mais Harkavy (l.c. p. 35) a démontré que « Al‑Sham » désigne ici la Palestine et non Damas. En 1267 Nahmanides visita Damas et parvint à conduire une colonie juive vers Jérusalem.
Benjamin de Tudèle visita Damas en 1170, tandis qu’elle était aux mains du prince seldjoukide Nur al‑Din. Il y trouva 3 000 Juifs rabbiniques et 200 Karaïtes. Les études juives y florissaient bien davantage qu’en Palestine ; selon Bacher il est possible que, durant le XIIe siècle, le siège de l’académie palestinienne ait été transféré dans la ville. Les principaux rabbins de la ville étaient :
Rabbi Ezra et son frère Sar Shalom, président du tribunal ; Yussef Hamsi, R. Mazliah, R. Meir, Yussef ibn Piat, R. Heman, le parnas, et R. Zadok, médecin.
Vers la même époque Pethahiah de Ratisbonne se trouvait ici. Il trouva « environ 10 000 Juifs, qui ont un prince. Le chef de leur académie est Rabbi Ezra, qui est plein de la connaissance de la Loi ; car Rabbi Samuel, le chef de l’Académie de Babylone, l’a ordonné » (éd. Benisch, p. 53). C’est un rabbin damascène, Judah b. Josiah, qui, vers la fin du XIIe siècle, fut « nagid » en Égypte (Sambari, in “Med. Jew. Chron.” i. 133). À une époque postérieure un autre nagid, David b. Joshua, vint aussi de Damas (Gratz, “Gesch.” ix., note i.).
En 1210 un Juif français, Samuel b. Simson, visita la ville. Il parle de la belle synagogue située hors de la ville (Jobar) et qui serait dite avoir été construite par Elisha (voir ci‑dessous ; comparer “Ozar Tob,” 1878, p. 38 ; Carmoly, Twelfth, “ Itineraires,” p. 136).
Sous Saladin la ville retrouva une importance considérable ; mais, à la mort de celui‑ci, les troubles reprirent, jusqu’à ce qu’en 1516 la ville tombât aux mains des Turcs, depuis lors déchue au rang de ville provinciale.
Il semble probable qu’Al‑Harizi visita aussi Damas durant la première décennie du XIIIe siècle. Du moins il mentionne la ville dans la célèbre quarante‑sixième « Makamah ».
Vers la fin du XIIIe siècle se distingua à Damas Jesse b. Hezekiah, homme plein d’énergie. Il fut reconnu par le sultan Kelailn d’Égypte comme prince et exilarque, et en 1289 et en juin 1290, conjointement avec ses douze collègues, il mit les anti‑maïmonistes sous la bannière (Gratz, “Gesch.” vii. 186–195).
Les lettres des rabbins de Damas et d’Acre ont été rassemblées dans la “Minhat‑Kena’ot” (une compilation faite par Abba Mari, petit‑fils de Don Astruc de Lunel). Aucune donnée n’est disponible pour le XIVe siècle. Estori Farhi (1313) se contente de la simple mention des Juifs damascènes voyageant à Jérusalem (Zunz, “G. S.” ii. 269). Un manuscrit de David Kimhi sur Ézéchiel fut copié par Nathan de Narbonne et collationné avec l’original par R. Hiyya à Damas, Ab 18, 1375 (Neubauer, “Cat. Bodl. Hebr. MSS.” No. 316).
La communauté juive de Damas poursuivit son existence sous les sultans (Borgites et Mamelouks) d’Égypte, qui conquirent la Syrie : car les réfugiés juifs d’Espagne s’établirent parmi leurs coreligionnaires dans cette ville en 1492, y construisant une synagogue qu’ils appelèrent « Khata’ib ». L’auteur anonyme du “Yihus ha‑Abot” (1537 ; publié par Uri b. Simeon en 1564) parle aussi des beautés de Damas ; et de la synagogue de Jobar, « dont la moitié aurait été construite par Elisha, l’autre moitié par Eleazar b. ‘Arak » (Carmoly, l.c. p. 457 ; comparer des récits semblables de Raphael de Troyes et d’Azulai, ib. p. 487).
Eliyahou (Elijah) de Ferrare (1438) était venu à Jérusalem et eût une certaine juridiction en matières rabbiniques sur Damas aussi. Il évoque une grande peste qui dévasta l’Égypte, la Syrie et Jérusalem ; mais il n’indique pas dans quelle mesure les Juifs de la première des villes nommées en souffrirent (Carmoly, l.c. p. 333). Menahem Hayyim de Volterra visita Damas en 1481, et y trouva 450 familles juives, « toutes riches, honorées et commerçantes ». Le chef de la communauté était un certain R. Joseph, médecin (“Jerusalem,” i. 211).
Obadiah de Bertinoro (1488) parle, dans l’une de ses lettres, des richesses des Juifs à Damas, des belles maisons et des jardins (éd. Neubauer, p. 30). Quelques années plus tard (1495) un voyageur anonyme s’exprime en termes également élogieux (ib. p. 84). Il séjourna chez un certain Moses Makran, et relate que les Juifs damascènes se livraient au commerce des étoffes ou à quelque artisanat. Ils prêtaient de l’argent aux Vénitiens à 24 pour cent d’intérêt.
Un voyageur juif anonyme (voir “Shibhe Yerushalayim,” iii b ; et Graetz, “Hist.” trad. hébr., vii. 27) arrivé quelques années après l’immigration espagnole, trouva à Damas 500 ménages juifs ; il trouve aussi une communauté karaïte dont les membres se surnommaient « Muallim‑Sadakah » ; et une communauté rabbinite plus importante, composée de trois groupes et possédant trois belles synagogues. L’une d’elles appartenait aux Séfarades ; une autre, aux Morisques (Juifs maures) ou autochtones ; et la troisième, aux Siciliens. Dans chaque synagogue il y avait un prédicateur, qui lisait aux pieux les ouvrages de Maïmonide chaque jour après la prière. Le prédicateur des Séfarades était Ishak Mas’ud, celui des autochtones Shem‑Tob al‑Furaui, et celui des Siciliens Isaac Haber.
Il y avait aussi deux petites écoles pour jeunes étudiants du Talmud, comprenant respectivement trente et quarante pupilles.
Soixante familles juives habitaient le village de Jobar, à une lieue de Damas, qui possédait une très belle synagogue.
« Je n’ai jamais rien vu de pareil, » dit l’auteur ; « elle est soutenue par treize colonnes. La tradition affirme qu’elle remonte au temps du prophète Elisha, et que c’est ici qu’il oignit le roi Hazael [voir aussi Sambari in Neubauer, “Med. Jew. Chron.” i. 152]. R. Eleazar ben ‘Arak [tannaïte du premier siècle] a réparé cette synagogue. » Pour indiquer enfin que la ville était déjà alors sous la domination ottomane, le narrateur ajoute que les habitants de Damas venaient de recevoir un gouverneur (« na’ib ») de Constantinople.
La “Chronique” de Joseph Sambari (achetée en 1672) contient les noms d’un certain nombre de rabbins notables qui vécurent ici au XVIe siècle. Il dit que la communauté juive résidait principalement à Jobar, et il connaît la synagogue d’Elisha et la grotte d’Élie le Tishbite. À la tête de la communauté se trouvait un certain Abu Hasirah (ainsi surnommé d’après une espèce particulière de coiffure qu’il portait), qui fut succédé par ‘Abd Allah ibn Nasir. Parmi les rabbins de Damas proprement dite il mentionne Joseph Hayyat ; Samuel Aripol, auteur de “Mizmor le‑Todah” ; Samuel ibn ‘Imran ; Joseph al‑Sa’ih ; Moses Najjarah, auteur de “Lekah Tob” ; Hayyim Alshaich ; Joseph Matalon ; Abraham Galante (“Med. Jew. Chron.” i. 152). Dans ce foyer d’études existait aussi un codex modèle de la Bible appelé “Al‑Taj” (la Couronne ; ib. p. 119). En 1547 Pierre Belon visita Damas dans la suite de l’ambassadeur français M. de Fumel. Il parle du grand nombre de Juifs qui s’y trouvaient ; mais il commet l’étrange confusion de placer dans cette ville les événements liés au fameux Ahmad Shaitan d’Égypte (“Revue Etudes Juives,” xxvii. 129).
Parmi les chefs spirituels de Damas au XVIe siècle on peut citer : Jacob Berab, qui, entre ses séjours en Égypte et à Safed, y vécut quelques années (vers 1534) ; Hayyim Vital le Calabrais (1526–1603), pendant de longues années grand rabbin de Damas, et auteur de divers ouvrages cabalistiques, dont “Ez‑Hajjidm” ; Samuel ben David le Karaïte (non « Jemsel », comme le donne Carmoly, “ Itineraires,” p. 511), qui visita Damas en 1641 et signale la circonstance que les Karaites locaux ne lisent pas la Haftarah après la section du Pentateuque (ib. p. 526 ; mais voir Zunz, “Ritus,” p. 56). Moses Nagara ; son fils, le poète Israel Nagara ; et Moses Galante (mort en 1608), fils de Mordecai Galante, figurent aussi parmi les hommes éminents du XVIe siècle. Les rabbins les plus célèbres du XVIIe siècle furent Josiah Pinto, élève de Jacob Abulafia et auteur du “Kesef‑Nibhar” (“Med. Jew. Chron.” i. 153 ; “Kore ha‑Dorot,” 49b), et son gendre Samuel Vital, qui copia et diffusa un grand nombre des manuscrits cabalistiques de son beau‑père. Au XVIIIe siècle rien d’important n’est connu de la communauté.
Quelques renseignements sont obtenables par les voyageurs qui visitèrent Damas au XIXe siècle.
Alfred von Kremer, dans “Mittel‑Syrien und Damaskus” (1853), déclare que dans le gouvernement municipal de la ville deux chrétiens et un Juif avaient des places ; le nombre de Juifs était de 4 000, dont seulement 1 000 toutefois payaient la capitation ; le dernier Karaïte y était mort environ cinquante ans auparavant, la synagogue karaïte ayant alors été vendue aux Grecs, qui la transformèrent en église (“Monatsschrift,” iii. 75). Benjamin II donne le même nombre d’habitants.
Il décrit ainsi la synagogue de Jobar (au nord‑est de la ville) :
« La structure de cet ancien édifice rappelle la Mosquée Moawiah ; l'intérieur est soutenu par 13 piliers en marbre, six du côté droit et sept du côté gauche, et est partout incrusté de marbre. Il n'y a qu'un seul portail pour y entrer. Sous le sanctuaire sacré ... se trouve une grotte ... dont la descente se fait par une volée d'environ 20 marches. Selon les Juifs, le prophète Elisha aurait trouvé dans cette grotte un lieu de refuge. ... À l'entrée de la synagogue, vers le milieu du mur à droite, se voit une pierre de forme irrégulière, sur laquelle l'on peut observer les traces de plusieurs marches. La tradition affirme que sur cette marche s'assit le roi Hazael lorsque le prophète Elisha l'oignit roi » (« Eight Years in Asia and Africa », pp. 41 et s.).
Fut nommé par un décret impérial en 1888 (toujours en fonctions en 1901).
Au cours du xixe siècle, les Juifs de Damas furent à plusieurs reprises victimes de calomnies, les plus graves étant celles de 1840 et de 1800, sous le règne du sultan ‘Abd al-Majid. Celle de 1840, communément appelée l'Affaire de Damas, fut une accusation de meurtre rituel portée contre les Juifs en liaison avec la mort du Père Thomas.
La seconde accusation portée contre les Juifs, en 1800, fut celle d'avoir pris part au massacre des Maronites chrétiens par les Druzes et les musulmans. Cinq cents des derniers nommés
Benjamin II parle aussi de précieux exemplaires de parties de la Bible que l'on trouve à Damas ; bien que les dates qu'il donne (581 et 989) ne soient pas fiables. Neubauer mentionne un exemplaire de la Bible qui appartenait à Elisha ben Abraham b. Benvenisti, appelé “Crescas”, et qui fut achevé en 1882 (« Med. Jew. Chron. » i. 21).
Damas a eu huit grand-rabbins au cours du dernier siècle, à savoir : (1) Joseph David Abulafia (1809-10). (2) Jacob Antebi (1810-1833). (3) Jacob Perez (1833-48). (4) Aaron Bagdadi (1848-60). (Pendant les deux années suivantes la charge de grand-rabbin resta vacante, en raison de querelles internes.) (5) Hayyim Kimhi de Constantinople (1808-72). (6) Mercado Kilhi de Nish (1872-70). (7) Isaac Abulafia (1876-88). (8) Solomon Eliezer Alfandari, communément appelé “Mercado Alfandari” de Constantinople, qui
avaient été impliqués dans l'affaire, furent pendus par le grand vizir Fuad Pacha. Deux cents Juifs attendaient le même sort, malgré leur innocence, et toute la communauté juive avait été condamnée à une amende de 4 000 000 de piastres. Les Juifs condamnés ne furent sauvés que par l'intervention officielle du grand vizir Fuad Pacha lui-même ; par celle du consul prussien, le Dr Wetzstein ; de Sir Moses Montefiore de Londres, et des banquiers Abraham Camondo de Constantinople et Shemaya Angel de Damas. Dès lors et jusqu'à nos jours, des accusations de meurtre rituel ont été plusieurs fois portées contre les Juifs ; celles-ci, toutefois, n'ont jamais suscité de grand émoi.
La communauté juive actuelle de Damas compte 11 000 personnes (bien qu'en 1894 Socin-Benzinger, dans Baedeker’s « Palestine », 2e éd., estimât leur nombre à 6 320) sur une population totale de 160 000 habitants. Elle possède huit synagogues, outre l'ancienne de Jobar ; plusieurs d'entre elles, selon les traditions locales, datent du seizième siècle. L'administration entière de la communauté est concentrée entre les mains du grand-rabbin, de son secrétaire et de quelques rabbins. Deux fois par an, à la Pâque et à Souccot, toutes les familles sont imposées par le grand-rabbin proportionnellement à leurs moyens, et les recettes sont ainsi perçues. Cette somme sert à couvrir les appointements du grand-rabbin, des rabbins qui étudient le Talmud à la yeshibah, et des chaîm (shoḥets) des boucheries ; elle sert aussi à secourir les pauvres de la communauté. Le grand-rabbin (« hakam bashi ») représente la communauté dans ses relations avec le gouvernement. Il existe en outre un chef spirituel chargé de trancher les questions religieuses ; le titulaire en 1901 était Isaac Abulafia. Sur les particularités du rituel, que Damas a en commun avec d'autres communautés syriennes, voir Zunz, « Ritus », pp. 55, 56.
Il existe quatre sociétés de bienfaisance juives à Damas : (1) “Ahe-Ezer” (entraide), distribuant argent et vivres aux Juifs nécessiteux de la ville ; (2) “Yishma' Yisrael”, fournissant des dots pour de jeunes filles pauvres ; (3) “Bikkur Holim”, pour le secours des malades pauvres ; (4) la Société des Dames, aidant les familles indigentes et les femmes en couches.
La majorité de la population juive se livre à la gravure sur cuivre et sur bois, ou travaille comme tisserands, charpentiers et forgerons. Il y a quelques banquiers et quelques petits commerçants. Quatre ou cinq Juifs sont employés dans les bureaux du gouvernement, parmi lesquels Jacob Ades Effendi, inspecteur général des biens-fonds sur la liste civile dans le vilayet de Damas. Mais la masse de la population vit dans la misère. Les membres du rabbinat, qui forment une sorte de corporation, étudient dans les yeshibot ou dans des bibliothèques appartenant à des familles pieuses. Isaac Abulafia, le chef spirituel, est le seul auteur rabbinique du temps présent. Des huit ouvrages qu'il a écrits, cinq portent le titre « Pene-Yizhak » ; un, « Leb-Nishbar » ; et deux sont des recueils de discours. Quelques-uns de ces livres sont encore en manuscrit.
Outre les synagogues déjà mentionnées, il existe une yeshibah renfermant de nombreux ouvrages et une ancienne genizah. En 1880, l'Alliance Israelite Universelle fonda une école pour garçons (qui en 1899 comptait 229 élèves inscrits), et en 1883 une école pour filles (298 inscrites en 1899). Deux des Talmud Torahs les plus importants sont aujourd'hui placés sous la surveillance de l'Alliance : en 1899 ils comptaient 419 inscrits. L'Anglo-Jewish Association contribue également à l'entretien de toutes ces écoles.
En 1902, un dispensaire pour les Juifs fut ouvert à Damas par Edward D. Stern de Londres (« Jew. Chron. » 2 janv. 1903, p. 24).
Bibliographie : Noldeke, in Schenkel’s Bibellexicon, s.v. ; Robinson, Neuere Biblische Forschungen, pp. 578 et s. ; Porter, Five Years in Damascus, 1855 ; Baedeker, Palestina und Syrien, pp. 329 et s. ; Kremer, Topographie von Damaskus, in Schriften der Wiener Akademie, Phil.-Hist. Classe, v., vi. ; Schürer, Geschichte des Jüdischen Volkes, iii. 117 et s.
G. M. Fr.— G.
