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Tyr

TYRE

Ville principale de Phénicie. Par « la ville forte Tyre », mentionnée en Josué xix. 29 et 2 Samuel xxiv. 7 comme marquant la frontière d’Israël (Asher), on entend évidemment non la cité principale, mais un avant-poste dans les montagnes protégeant la route qui y conduit et celle vers la côte (la Septante (LXX) fournit dans Josué une variante intéressante, faisant de ce point une « fontaine » au lieu d’une « ville »).

On entend parler de Tyr pour la première fois sous le règne du roi Hiram, qui fournit à ses amis David (2 Sam. v. 11) et Salomon (1 Rois v. 1), pour leurs travaux de construction, du bois du mont Liban et des ouvriers qualifiés (« Sidoniens », v. c), pour cette aide Hiram reçut non seulement un paiement en blé (2 Sam. v. 11), mais aussi des concessions de terrains en Galilée (cf. 1 Rois ix. 11). L’architecte en chef de Salomon, Hiram lui‑même, était également un Tyriens (ib. vii. 13 = 2 Chron. iv. 11). Des navires tyriens au service de Salomon naviguèrent même depuis les ports de la mer Rouge (ib. ix. 27–28).

Tyr devint immensément riche (Zach. ix. 3) par son commerce (Ésaïe xxiii. 2–3 ; comp. la description élaborée d’Ézéchiel xxvii.) ; et les malédictions des prophètes se rapportent surtout à son florissant commerce d’esclaves (Amos i. 9 ; Joël iii. 4). Les marchands de Tyr — si le terme « Tyriens » n’incluait pas alors tous les Phéniciens — fournirent aussi le bois pour le Temple d’Esdras (Esdras iii. 7), et « apportèrent du poisson et toutes sortes de marchandises » à Jérusalem (Néhémie xiii. 10).

Ps. xlv. 2, lxxxiii. 7 et lxxxvii. 4 traitent la cité comme représentative de toute la Phénicie ; ailleurs, cependant, les Tyriens et les Sidoniens sont identifiés d’une manière qui semble indiquer que « Sidoniens » était le nom plus ancien des Phéniciens (comp. 1 Rois v. 6 ; Juges xviii. 7 ; Ésaïe xxiii. 2 ; et l’usage homérique). « Ethbaal, roi des Sidoniens », le père d’Jézabel (1 Rois xvi. 31), est identique avec Ithobalos de Tyr (Josèphe, Antiq. viii. 13, §2), qui, toutefois, put avoir possédé les deux cités. Cet usage plus ancien date d’une époque où Sidon prévalait parmi les cités phéniciennes (comp. la référence en Gen. x. 15 à Sidon, premier-né de Canaan ; Tyr n’est même pas mentionnée au verset 18 du même chapitre).

Sidon a toujours prétendu que Tyr n’était qu’une colonie postérieure. Cependant, les inscriptions égyptiennes des XVIIIe et XIXe dynasties, qui mentionnent à peine Sidon, semblent montrer que déjà alors Tyr (« Sa‑ru », « Sa‑ra ») prédominait (W. 51. 5Iriller, “Asien und Europa,” p. 185), bien que, dans les tablettes d’El-Amarna (éd. Winckler, Nos. 149–150), le roi Abimilki de « Surri » semble avoir été inférieur à son adversaire, Zimrida de Ziduna. Cette prépondérance de Tyr se manifeste aussi dans le fait que la plus grande colonie phénicienne, Carthage, prétendait avoir été fondée à partir de Tyr (probablement bien avant la date problématique avancée par les Grecs, c.-à-d., 825 ou 814 av. J.-C.). (Ésaïe xxiii. 1, 8, 10 n’implique pas nécessairement une colonisation tyrienne de Tarsis, mais seulement des rapports florissants avec ce pays lointain.)

Josèphe (l.c.) donne une liste de dix rois tyriens de 969 (Hiram !) à 774 ; pour quelques rois de Surru à l’époque assyrienne tardive voir Delitzsch, “ WoLagdasParadies?” p. 284. Le long siège par les Assyriens, rapporté par l’historien local Ménandre (dans Josèphe, l.c. ix. 14) comme ayant eu lieu sous Shalmaneser (IV), est, selon les critiques modernes, considéré comme une confusion de plusieurs attaques assyriennes sous Sennachérib, Esarhaddon, et surtout Assurbanipal (voir Winckler, “Altorientalische Forschungen,” 2e éd., ii. 65). Enfin, Tyr se soumit à l’Assyrie, mais conserva toujours ses propres rois (comp. Jér. xxv. 22, xxvii. 3 ; Ézéch. xxviii. 2), comme sous la domination perse. Une bataille navale contre le roi égyptien Apriès (Hérodote, ii. 161) semble indiquer que cette indépendance chercha à se maintenir contre les deux rivaux, l’Égypte et Babylone ; mais Nabuchodonosor, après un siège de treize années, obtint une certaine soumission en 574 av. J.-C. Alexandre le Grand (332 av. J.-C.) assiégea d’abord la cité‑île après avoir construit un grand remblai à travers le détroit peu profond ; il vendit alors 30 000 habitants comme esclaves.

Néanmoins, la cité retrouva bientôt une grande importance. Elle jouit d’une certaine liberté jusqu’à Auguste, et sous les Romains fut la plus peuplée des cités phéniciennes (fréquemment mentionnée dans le Nouveau Testament). Durant les croisades elle fut importante tant à cause de ses fortifications exceptionnellement solides que par ses fabriques de verre, de sucre, etc. Les chrétiens sous Baudouin II la prirent en 1124 et la tinrent jusqu’en 1291 (Frédéric Barberousse fut enterré dans la cathédrale en 1190). Le lieu se dégrada ensuite en un vil village, surtout après que la secte chiite des Matawilah s’en fut emparée : aujourd’hui Sur compte de 5 000 à 6 000 habitants.

Le nom semble avoir signifié « rocher » ; la forme grecque « Tyros » suggère à certains sémitistes la conservation de l’ancien « z » pour « s ». La forme latine antérieure était « Sar(r)a ». Devenue maintenant une péninsule par l’agglomération de sable au remblai d’Alexandre, la ville était à l’origine une île (Ézéch. xxvii. 3, 4) d’espace limité (la question de savoir quelle partie de son ancienne superficie a été submergée par la mer fait l’objet de débats), de sorte que la grande population était entassée dans des maisons très élevées. Néanmoins elle renfermait un temple vaste et magnifique de Melqart (comp. 2 Macc. iv. 18 sur les jeux du temple, célébrés tous les cinq ans en l’honneur d’Hercule). La divinité féminine locale était Astarté. Sur le continent s’étendait une ville considérable, Palaetyrus, qui semble avoir porté l’ancien nom d’« Usu » (ainsi dans les tablettes d’El‑Amarna ; comp. « Otu » dans les hiéroglyphes, assyrien « Usu » ; talmudique « Usha », qui, cependant, peut être une autre cité) ; c’est de cet endroit, avant l’époque romaine, que Tyr était pourvue en eau. L’île avait deux ports : l’un au nord ; l’autre, maintenant ensablé, au sud. Strabon (xvi. 223) rapporte que les teintureries de pourpre remplissaient l’île d’une odeur désagréable provenant des coquilles écrasées dont on tirait la pourpre.

Bibliographie : R. Pietschmann, Geschichte der Phönizier, pp. 61 et suiv., Leipzig, 1889 ; F. Jeremias, Tyrus bis zur Zeit Nebukadnezars ; Winckler, Altorientalische Forschungen, ii. 65 ; Prášek, Forschungen zur Geschichte des Altertums, ii. 21. Voir aussi Phénicie.

E. G. II. W. M. M.

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Source

The Jewish Encyclopedia, Funk & Wagnalls (1901-1906), domaine public aux États-Unis ; sélection partielle, traduction française et réadaptation éditoriale À l'ombre du figuier, d'après les scans Internet Archive.