Définition dans Jewish Encyclopedia
Calendrier
CALENDAR, HISTORY OF
L’histoire du calendrier juif peut être divisée en trois périodes — la période biblique, la période talmudique et la période post‑talmudique. La première reposait uniquement sur l’observation du soleil et de la lune, la seconde sur l’observation et le calcul, la troisième entièrement sur le calcul.
L’étude de l’astronomie dut beaucoup au besoin de fixer les dates des fêtes. Le commandement (Deutéronome xvi. 1), « Observe le mois d’Abib », rendait nécessaire la connaissance de la position du soleil ; et le commandement, « et regardez la lune et sanctifiez‑la », rendait nécessaire l’étude des phases de la lune.
Le plus ancien terme hébreu pour la science du calendrier est xm’T (« fixation du mois ») ; plus tard tinnn enp (« sanctification de la nouvelle lune ») ; n'N") 'D hv ti’Tnn enp (« sanctification de la nouvelle lune au moyen de l’observation ») ; K'Hp
inc’n 'D (« sanctification de la nouvelle lune au moyen du calcul ») ; Nm'T Nniy’2p3 ny'3’(« science de la fixation du mois ») ; KHPin tl'npniD^n (« règles pour la sanctification de la nouvelle lune »). Parmi d’autres appellations nous trouvons (“the secret of
intercalation”). Le nom médiéval et moderne est nif>.
L’année babylonienne, qui a influencé le calcul du temps en France, semble avoir consisté en 12 mois de 30 jours chacun, des mois intercalaires étant ajoutés par les prêtres lorsque nécessaire.
Deux calendriers babyloniens sont conservés dans les inscriptions, et dans les deux chaque mois a 30 jours d’après ce que l’on peut apprendre. À une époque plus tardive, cependant, des mois de 29 jours alternaient avec ceux de 30. La méthode d’intercalation est incertaine, et la pratique semble avoir varié.
Les années babyloniennes étaient soli‑lunaires ; c’est‑à‑dire que l’année de 12 mois contenant 354 jours était raccordée à l’année solaire de 365 jours en intercalant, selon les besoins, un treizième mois. Sur 11 années il y en avait 7 de 12 mois et 4 de 13 mois.
Strassmeier et Epping, dans « Astronomisches aus Babylon », ont montré que les anciens Babyloniens étaient suffisamment avancés en astronomie pour dresser des almanachs où les éclipses du soleil et de la lune et les temps des nouvelles et pleines lunes étaient prédites (Proc. Soc. Bib. Arch., 1891‑1892, p. 112).
Le Talmud (Yerushahni, Bosh ha‑Shanah i. 1) affirme correctement que les Juifs reçurent les noms des mois au temps de l’exil babylonien.
La Bible ne mentionne pas de mois intercalaire, et l’on ne sait pas si la correction était appliquée dans des temps anciens par l’addition d’un mois tous les trois ans ou par l’ajout de 10 ou 11 jours à la fin de chaque année.
Les astronomes connaissent ce type d’année comme une année lunaire liée. Les Grecs avaient une pratique semblable. Même l’année chrétienne, bien que purement solaire, est obligée de tenir compte de la lune pour la fixation de la date de Pâques. Les Mahométans, en revanche, ont une année lunaire libre.
Il paraît donc évident que l’année juive n’était pas une simple année lunaire ; car si les fêtes juives étaient sans doute fixées à des jours donnés des mois lunaires, elles dépendaient aussi de la position du soleil. Ainsi la fête de Pâque devait être célébrée au mois de la moisson du blé (3'3X), et la fête des Tabernacles, aussi appelée tj'DNH IH, avait lieu en automne. Parfois les fêtes sont mentionnées comme ayant lieu dans certains mois lunaires (Lévitique xxiii. ; Nombres xxviii., xxix.), et à d’autres moments elles sont fixées conformément à certaines récoltes ; c.-à‑d. à l’année solaire.
À l’époque post‑talmudique Nisan, Siwan, Ab, Tishri, Kislew et Shebat avaient 30 jours, et Iyyar, Tammuz, Elul, Heshwan, Tebet et Adar, 29. En année intercalaire, Adar avait 30 jours et Ve‑Adar 29. Selon Pirke Rabbi Eliezer, il existait un cycle lunisolaire de 48 ans. Ce cycle était suivi par les Hellénistes, les Esséniens et les premiers chrétiens.
À l’époque du Second Temple il ressort de la Michna (H. H. i. 7) que les prêtres disposaient d’un tribunal où les témoins se présentaient et faisaient rapport. Cette fonction fut par la suite reprise par le tribunal civil (voir B. Zuckermann, Materialien zur Entwicklung der Altjüdischen Zeitrechnung im Talmud, Breslau, 1882).
La fixation de la longueur des mois et l’intercalation des mois étaient la prérogative du Sanhédrin, qui avait à sa tête un patriarche ou … L’ensemble du Sanhédrin n’était pas appelé à statuer en cette matière, la décision étant laissée à une cour spéciale de trois. Le Sanhédrin se réunissait le 29e de chaque mois pour attendre le rapport des témoins.
Déjà avant la destruction du Temple certaines règles existaient. La nouvelle lune ne peut survenir avant un laps de 29½ jours et 1/5 d’heure. Si la lune ne pouvait être déterminée exactement, un mois devait avoir 30 jours et le suivant 29. Les mois pleins ne devaient pas être moins de 4 ni plus de 8, de sorte que l’année ne pouvait être inférieure à 352 jours ni supérieure à 356. Après la destruction du Temple (70 apr. J.‑C.) Johanan ben Zakkai transporta le Sanhédrin à Jabneh. À ce corps il transféra les décisions concernant le calendrier, qui avaient auparavant appartenu au patriarche. Après cela, les témoins de la nouvelle lune vinrent directement au Sanhédrin.
Tous les deux ou trois ans, selon le cas, un mois supplémentaire était intercalé. L’intercalation semble avoir dépendu d’un calcul effectif des longueurs relatives des années solaire et lunaire, qui étaient transmises par tradition dans la famille triarchale empirique. De plus, il était possible de juger d’après la moisson des céréales. Si le mois de Nisan arrivait et que le soleil fût à une telle distance de l’équinoxe vernal qu’il ne pouvait l’atteindre avant le 16e du mois, alors ce mois n’était pas appelé Nisan, mais Adar Sheni (second).
La veille de l’annonce de l’intercalation le patriarche assemblait certains savants qui assistaient à la décision. Elle était alors annoncée aux diverses communautés juives par lettres. À cette épître était jointe la raison de l’intercalation. Une copie d’une telle lettre de Rabban Gamaliel est conservée dans le Talmud (Sanh. xi. 2).
Les habitants des campagnes et ceux de Babylone étaient informés du commencement du mois par des signaux de feu, qui pouvaient être facilement transmis de station en station en pays montagneux. Ces signaux ne pouvaient être transmis aux exilés en Égypte, en Asie Mineure et en Grèce, qui, étant ainsi laissés dans l’incertitude, célébraient deux jours comme nouvelle lune.
À cause du temps il était fréquemment impossible d’observer la nouvelle lune. Afin d’éliminer toute incertitude quant à la longueur de l’année pour cette raison, il fut ordonné que l’année ne devait pas avoir moins de 4 ni plus de 8 mois pleins. Après la fixation du calendrier on statua que l’année ne devait pas avoir moins de 5 ni plus de 7 mois pleins.
R. Gamaliel II (80‑116 apr. J.‑C.) recevait les rapports des témoins en personne, et leur montrait des représentations de la lune pour tester leur exactitude. À une occasion il fixa le premier de Tishri après le témoignage de deux témoins suspects. L’exactitude de la décision fut contestée par Rabbi Joshua, qui fut sur‑le‑champ sommé par le patriarche de se tenir prêt à voyager le jour qui, d’après son propre calcul, était le Jour des Expiations, ordre qu’il exécuta avec la plus grande réticence.
Pendant les persécutions sous Hadrien et au temps de son successeur Antoninus Pius, le martyr Rabbi Akiba et ses disciples tentèrent d’établir des règles pour l’intercalation d’un mois.
Sous le patriarcat de Simon III (140‑163) une grande querelle éclata concernant les jours de fête et l’année intercalaire, qui menaça de provoquer un schisme permanent entre les communautés babylonienne et palestinienne — résultat qui ne fut évité qu’au prix d’une grande diplomatie.
Sous le patriarcat de Rabbi Juda I, surnommé « le Saint » (163‑193), les Samaritains, afin de semer la confusion parmi les Juifs, allumèrent des signaux de feu à des moments inopportuns, faisant ainsi fausse route aux Juifs quant au jour de la nouvelle lune. Rabbi Juda abolit en conséquence les signaux de feu et employa des messagers.
Période talmudique. Les habitants des contrées qui ne pouvaient être atteints par les messagers avant la fête étaient dans l’incertitude, et avaient coutume de célébrer deux jours des fêtes. À cette époque la fixation de la nouvelle lune d’après le témoignage des témoins semble avoir perdu de son importance, et l’on s’en remit principalement aux calculs astronomiques.
L’un des personnages importants dans l’histoire du calendrier fut Samuel (né vers 165, mort vers 250), surnommé « Yarhinai » à cause de sa familiarité avec la lune. Il était astronome, et l’on disait qu’il connaissait les révolutions des cieux aussi bien que les rues de sa ville (Ber. 58b). Il dirigeait une école à Nehardea (Babylone), et là il organisa un calendrier des fêtes afin que ses compatriotes fussent indépendants de Judée. Il calcula aussi le calendrier pour soixante ans. Ses calculs influencèrent grandement le calendrier ultérieur d’Hillel. Selon Bartolocci, ses tables sont conservées au Vatican. Un contemporain, R. Adda (né en 183), laissa aussi une œuvre sur le calendrier.
Mar Samuel estima l’année solaire à 365 jours et 6 heures, et Rab Adda à 365 jours, 5 heures, 55 minutes et 25½ secondes.
En 325 le Concile de Nicée fut tenu, et à cette époque l’équinoxe avait rétrogradé au 21 mars. Ce concile n’apporta pas de changement pratique au calendrier civil existant, mais il chercha à réformer le calendrier ecclésiastique, qui était soli‑lunaire sur le modèle juif. De grands débats avaient surgi quant au temps de célébrer Pâques. De plus, l’Église n’était pas encore pleinement établie, beaucoup de chrétiens étant encore simplement des sectateurs judaïsants. Une nouvelle règle fut donc établie qui, tout en maintenant Pâques dépendante de la lune, l’empêchait de coïncider avec la Pâque juive.
Sous le patriarcat de Rabbi Juda III (300‑330) le témoignage des témoins relatif à l’apparition de la nouvelle lune fut reçu comme une simple formalité, le règlement du jour dépendant entièrement du calcul. Cette innovation sembla déplaire à quelques membres du Sanhédrin, notamment à Rabbi Jose, qui écrivit aux communautés babylonienne et alexandrine, les conseillant de suivre les coutumes de leurs pères et de continuer à célébrer deux jours, avis qui fut suivi, et l’est encore, par la majorité des Juifs vivant hors de Palestine.
Sous le règne de Constantin (337‑361) les persécutions contre les Juifs atteignirent un tel degré que tous les exercices religieux, y compris le calcul du calendrier, furent interdits sous peine de sévères châtiments. Le Sanhédrin fut apparemment empêché d’insérer le mois intercalaire au printemps ; il le plaça par conséquent après le mois d’Ab (juillet‑août).
Les persécutions sous Constantin finirent par décider le patriarche Hillel II (330‑365) à publier les règles du calcul du calendrier, qui jusqu’alors avaient été regardées comme une science secrète. Les difficultés politiques liées aux réunions du Sanhédrin devinrent si nombreuses en cette période, et l’incertitude qui en résultait quant aux jours de fête si grande, que R. Huna b. Abin divulgua le secret suivant du calendrier à Raba en Babylonie : Quand il devient manifeste que l’hiver durera jusqu’au 16 de Nisan, faites de l’année une année intercalaire sans hésitation.
Cette publication désintéressée du calendrier, bien qu’elle détruisît la prééminence des patriarches sur les Juifs dispersés, fixa la célébration des fêtes juives au même jour partout. Des auteurs juifs postérieurs conviennent que le calendrier fut fixé par Hillel II dans l’année 670 de l’ère séleucide ; c.-à‑d. 4119 a.m. ou 359 apr. J.‑C. Certains, cependant, comme Isaac Israeli, ont fixé la date aussi tardive que 500. Saadia formula par la suite des règles du calendrier, après avoir contesté l’exactitude du calendrier établi par les Karaïtes. Qu’il y ait une légère erreur dans le calendrier juif — due à des inexactitudes dans la longueur tant des années lunaires que solaires sur lesquelles il se fonde — a été affirmé par plusieurs auteurs. Selon Isidore Loeb le cycle juif de 19 ans dépasse le grégorien de 2 heures, 8 minutes et 15,3 secondes. Cela représente une différence sur cent cycles (1900 ans) de 8 jours, 21 heures, 45 minutes et 5 secondes (Tables du Calendrier Juif, p. 6, Paris, 1886).
La durée présumée de l’année solaire excède la valeur astronomique vraie de 6 minutes, 39½ secondes, ce qui fera avancer les dates de commencement des futures années juives calculées ainsi d’un jour d’erreur sur 216 ans (Encye. Brit., s.v. « Calendar », 9e éd., iv. 678).
Le calcul suivant des différences entre les longueurs juive et grégorienne de l’année et du mois fut communiqué confidentiellement à l’auteur par le Prof. William Harkness, ancien directeur astronomique de l’Observatoire naval des États‑Unis à Washington :
1 année = 305 j. 5 h. 793 halakim ou 305 j. 5 h. 55 m. 25,439 s.
48 m. 46,009 s. valeur vraie
(29 j. 12 h. 793 balakim) 235 = 6939 j. 16 h. 595 balakim = 19 ans
29 j. 12 h. 44 m. 34 s. Valeur vraie = 29 j. 12 h. 44 m. 02,841 s.
Selon ces calculs l’année juive dépasse la grégorienne de 6 m. 39,37 s. et le mois juif de 0,492 s. Aussi insignifiantes que paraissent ces différences, elles provoqueront une divergence considérable des rapports entre Nisan et le printemps au fil du temps, et pourront exiger un synode pan‑juif pour les ajuster.
Auteurs sur le calendrier : Mashallah, 754‑813 ; Sahl ben Kabbau al‑Tabari, 800 ; Siud ben Ali, 829‑832 ; Shabbethai b. Abraham Donolo, 949 ; Hasan, juge de Cordoue, 972 ; Abraham b. Hiyya, mort 1136 ; Abraham ibn Ezra, 1093‑1168 ; Isaac b. Joseph Israeli, 1310 ; Immanuel b. Jacob de Tarascon, 1330‑1346 ; Elia Misrahi, mort 1490 ; Abraham b. Samuel Zacuto, professeur d’astronomie à Saragosse, 1492 ; Moses Isserles, mort 1573 ; David Gans (mort 1613), ami de Kepler et Tycho Brahe ; Raphael Levi Hannover, 1734 ; Israel Lyons, 1773, membre d’une expédition polaire anglaise. Outre les œuvres suivantes de la période talmudique : lUJin "BDT Ba‑raita du secret de l’intercalation (R. H. xx. 2) ; NH'na Nnx an ND'na (Pirke de Rabbi Eliezer ha‑Gadol b. Hyrcanus).
Bibliographie : L. M. Lewisohn, Geschichte und System des Jüdischen Kalenderwesens, Leipzig, 1853 (Schriften herausgegeben vom Institute zur Förderung der Israelitischen Literatur) ; voir aussi les travaux de Steinschneider, Sealiger, et Ideler.
J. A.
