Définition dans Jewish Encyclopedia
Aram
ARAM
Données bibliques : Nom d’un groupe de tribus apparentées dispersées sur des portions de la Syrie, de la Mésopotamie et de l’Arabie. Ce n’est pas le nom d’un pays ou d’un peuple politiquement indépendant ; les peuples araméens n’ont jamais été tous indépendants à la même époque, ni formé un grand État indépendant. Ils sont mentionnés par Tiglath‑piṭleser I, vers 1110 av. J.‑C. (Schrader, K. B. i.33), comme habitant à l’est de l’Euphrate ; également par Shalmaneser II (ib. i.165). Tiglath‑piṭleser III les décrit comme s’étendant du Tigre, de l’Euphrate et du Surappi jusqu’à la rivière Ukni sur la côte du golfe Persique (ib. ii.11). Sargon et Sennachérib l’attestent en partie en déclarant que, sur leur retour de Babylonie vers l’Assyrie, ils conquirent diverses tribus araméennes (comparer Schrader, K. G. F. pp.109 et s.) ; la présence d’inscriptions araméennes en Assyrie et en Babylonie, du VIIIe au IIIe siècle av. J.‑C., confirme ces affirmations (comparer C. I. S. ii.). Les inscriptions trouvées à Zenjirli et Nerab prouvent que l’araméen se parlait dans le nord de la Syrie dès le VIIe siècle av. J.‑C., quoique cette région fût largement occupée par des Hittites. Des tribus araméennes semblent s’être étendues jusqu’aux vallées du Taurus, incluant l’Arménie et la Cilicie (comparer Dillmann sur Gen. x.22). Des inscriptions araméennes ont été trouvées en Arabie jusqu’à Taimâ, et datent d’environ 500 av. J.‑C. Ces tribus avaient donc pénétré en Arabie à cette date.
La partie de ce territoire connue dans l’Ancien Testament sous le nom d’Aram est la portion à l’ouest de l’Euphrate, dont différentes parties reçurent des noms variés (Aram‑Zobah, Aram‑Maachah, etc.). Les auteurs grecs appliquèrent au peuple de cette région le terme «Syriens» — peut‑être une corruption d’Assyriens ; d’où le nom «Syrie».
Dans Gen. x.22 Aram est décrit comme fils de Sem. Gen. xxii.21 fait de lui un petit‑fils de Nahor, frère d’Abraham. Les dialectes araméens forment un groupe bien défini des langues classées comme sémitiques, et attestent ainsi le fait, pour lequel ces traditions montrent un fondement, que les Araméens étaient apparentés aux Hébreux. D’après II Rois xviii.26 et Isaïe xxxvi.11, il semblerait qu’à la fin du VIIIe siècle av. J.‑C. l’araméen fût devenu la langue de communication internationale entre les nations de l’Asie occidentale. Son influence sur la diction hébraïque se détecte dans certains livres composés avant l’Exil, tandis que dans Esther, Qohelet et quelques psaumes la forme d’expression est largement araméenne. Des parties de Daniel et d’Esdras ne sont conservées qu’en cette langue, qui, avant le commencement de l’ère commune, avait presque entièrement supplanté l’hébreu dans l’usage populaire. Les peuples araméens du nord de l’Arabie introduisirent l’écriture dans ce pays quelques siècles avant que les Arabes de la région eussent leur propre système d’écriture ; et les inscriptions araméennes mises au jour par Euting dans la péninsule du Sinaï, et prouvées être l’œuvre d’Arabes, montrent que pendant un temps l’araméen fut la langue de rédaction dans le nord de l’Arabie. Les Nabatéens, qui étaient en réalité des Arabes, ont également laissé aux environs de Palmyre de nombreuses inscriptions araméennes remontant au début de l’ère commune.
Josèphe appelle Aram le petit‑fils de Nahor, frère d’Abraham (Gen. xxii.21), et définit ensuite sa localisation comme Aram Naharaim (Gen. xxiv.10). Gen. xxviii.10 relate que Jacob s’enfuit à Harran, où il se rendit chez les parents de sa mère, faisant ainsi d’Aram Naharaim une région au‑delà de l’Euphrate. Dans le Pentateuque la contrée autour de Harran est sans doute la région désignée. Que Abraham ait résidé à Harran est déclaré explicitement dans le Pentateuque (Gen. xii.4,5). Le lieu où Jacob se rendit s’appelle Padan‑Aram (Gen. xxviii.6, R. V.). «Padan» en araméen signifie «joug» ou «sillon», et peut aussi, dans quelques autres parlers, signifier «terre cultivée». Certains trouvent dans ce sens l’origine du nom Padan dans la Genèse, et ont supposé qu’«le champ d’Aram» (Osée xii.13 [Version Autorisée King James 12]) est une traduction hébraïque. Il est tentant d’identifier cela avec le «Paddana» araméen (Wright, Catalogue des manuscrits syriaques, 1127a), appelé en grec t/mddva (Sozomen, vi.33), et en arabe «Faddain» (Yakut) ; mais cette ville se trouvait dans le Hauran, et ne peut être le Padan biblique, à moins que l’on n’entende dire que Laban, comme Abraham, avait migré loin de Harran. Noldeke suggère que ce nom provient d’une localisation de la tradition patriarcale par les premiers chrétiens. Qu’un lieu du voisinage de Harran ou de cette région fût visé, il est peu probable d’en douter. Toutes les sources situent l’Aram des patriarches en direction de Harran. Deutéronome mentionne Aram seulement lorsque Jacob est appelé Araméen (Deut. xxvi.5).
La partie d’Aram la plus importante, pour les Hébreux, fut de loin Damas. Amos (i.5) et Isaïe (vii.8) l’indiquent ; l’un en assimilant Aram à Damas, l’autre en déclarant que Damas est la tête d’Aram. Le nom figure dans une liste de villes conquises par Thoutmôsis III (W. Max Müller, Asien und Europa, p.227), et dans deux des lettres d’El‑Amarna (139, 63 et 142, 21) du XVe siècle av. J.‑C. David, quelques siècles plus tard, en fit un tributaire (II Sam. viii.6), et ses rois, Rézin, Ben‑Hadad I, Ben‑Hadad II, Hazaël et Ben‑Hadad III, furent à diverses époques en conflit avec les rois d’Israël et de Juda. Comparer Damas, David, Ben‑Hadad, Hazaël et Rézin. Voir aussi Aram‑Geshur, Aram‑Maacah, Aram‑Naharaim, Aram‑Rehob et Aram‑Zobah.
Bibliographie : Noldeke, Die Namen der Aramäischen Nation und Sprache, in Z. D. M. G. 1871, xxv.118 sq. ; Schrader, K. G. F. 1878, pp.109 et s. ; C. I. S. pp.111 et s. ; Friedrich Delitzsch, Die Lage des Urarabiischen Volkes, 1881, pp.257–359 ; Dillmann, Commentaire de la Genèse, sur x.22,23.
— Dans la littérature rabbinique : «Araméen» fut dès les temps les plus anciens l’équivalent de «païen» dans le parler juif, parce que les voisins païens des Juifs parlaient l’araméen. Un ancien targum, cité par la Michna (Meg. iv.9), emploie le mot «Aramiyuta» au sens de paganisme ; de même R. Ishmael dans la première moitié du IIe siècle (Yer. Meg. iv.75c). En Palestine le mot «Araméen» était si tabouisé que les Juifs préféraient employer le mot grec «Syriaque» pour désigner leur langue maternelle, plutôt que d’en dire le nom «Araméen». Cette habitude passa aussi aux auteurs judéo‑arabes, comme Juda b. Koreish, qui appelle les Araméens de la Bible et du Targum «Syriaques». Mais, pour éviter toute ambiguïté, en traduisant la Bible en araméen, on employa le mot Avamna (d’après l’hébreu «Arami») pour le sens national et Armaa pour le sens religieux du terme.
Il est d’intérêt historique de noter qu’après la conversion des Araméens au christianisme, la signification jadis attribuée au mot «Araméen» fut conservée et reprise par les chrétiens. Chez les Syrianes, même dans la Peshitta, «Armaia» signifie «païen», tandis que «Aramaia» signifie «un des habitants d’Aram». Dans les sources palestiniennes, les termes «Aram» et «Araméens» sont parfois employés pour désigner Rome et les Romains ; la prononciation palestinienne «Aromi» peut avoir servi à dissimuler ce qu’ils n’osaient dire contre les Romains. Dans la plupart des cas toutefois D1X- pour Rome est une erreur du copiste ; il faudrait lire DHN. Édom.
Bibliographie : Noldeke, Z. D. M. G. xxv.115–130 ; dictionnaires de Levy, Kohut et Jastrow.
J. J. R. G. A. B.
