Définition dans Jewish Encyclopedia

Arabie

ARABIA

Péninsule située entre les continents principaux de l’Afrique et de l’Asie. Elle est séparée de l’Afrique au sud par la mer Rouge et au nord par la péninsule du Sinaï et la bande de terre que, de nos jours, a traversée le canal de Suez. Au sud et au sud‑est ses côtes sont baignées par l’océan Indien, qui s’est constamment retiré, laissant émerger davantage de terre. À l’est elle est séparée de la Perse par le golfe Persique, et au nord elle est limitée par le désert syrien, qui n’est que la continuation du grand désert situé au cœur même de l’Arabie. Ce désert est ponctué d’un certain nombre d’oasis où poussent en abondance palmiers et tamarisques, fournissant nourriture et ombre aux Bédouins. L’Arabie ne possède pas de fleuves, mais est irriguée artificiellement. Les terres en dehors du désert sont très fertiles, surtout du côté occidental ; on les connaît à ce titre sous le nom d’Arabia Felix. L’Arabie a une largeur moyenne d’environ 600 milles et une longueur d’environ 1 200. On peut sortir du pays par deux routes terrestres vers l’est et l’ouest ; la route orientale mène en Babylonie et de là vers le nord en Syrie, la route occidentale mène en Égypte et de là vers le sud, ou bien directement vers le nord le long de la plaine côtière qui, en certains endroits, fournit une entrée dans l’intérieur de la Palestine.

Données bibliques : L’Arabie est mentionnée dans la Bible aux passages suivants : Ezéchiel xxvii.21 ; Jérémie xxv.24 a ; Isaïe xiii.20, xxi.13 ; Jérémie iii.2 ; Néhémie ii.19, iv.1, vi.1 ; II Chroniques ix.14, xvii.11, xxi.16, xxii.1, xxvi.7. On pourrait y ajouter les passages douteux : Jérémie l.37 ; I Rois x.15 ; Ezéchiel xxx.5 ; Jérémie xxv.245. L’examen de ces textes prouve toutefois que les termes «Arabie» et «Arabes» sont employés en un certain nombre de sens. (1) Dans Jér. iii.2 («Sur les chemins tu les as attendues, comme l’Arabe dans le désert») et dans Isa. xiii.20 («Là ne planteront point leur tente les Arabes») il est fait référence au Bédouin ambulant maraudeur qui cherche des occasions de piller, ou qui s’arrête ici et là pour profiter des richesses du pays. Dans aucun de ces cas cet «Arabe», au sens strict, n’est un habitant de l’Arabie. Le passage d’Isaïe suppose des incursions fréquentes en Babylonie des nomades tentes‑habitants dont font état les inscriptions assyriennes. Parfois, cependant, les Bédouins voyageaient en bandes assez grandes pour causer des dommages sérieux. Il est fait allusion à de telles bandes dans II Chroniques xvii.11, dont Josaphat exige tribut, payé en béliers et en chèvres — l’or et l’argent d’un peuple nomade. Le foyer de ces bandes maraudeuses est vaguement indiqué par la phrase «qui étaient près des Éthiopiens» (II Chroniques xxi.16). Elles réapparaissent au temps de Joram, quand, en raison de la faiblesse du royaume, elles peuvent pénétrer et, après avoir pillé le pays, s’enfuir avec le butin. Au règne d’Ozias elles tentent une incursion similaire, mais sans succès (II Chroniques xxvi.7). Il semble que ces attaques étaient dirigées de l’ouest, car les Arabes sont nommés avec les Philistins.

(2) Au sens strict, l’Arabie est mentionnée dans Jér. xxv.24 ; mais l’addition «tous les rois d’une multitude mêlée» («Ereb»), à la suite de «tous les rois d’Arabie», paraît être une dittographie. D’Arabie provenaient l’or et l’argent envoyés à Salomon (II Chroniques ix.4), et, conformément à ce passage, dans son parallèle (I Rois x.5) «Ereb» doit être changé en «Arab.» Un changement semblable, suggéré par Cornill, suivant Aquila, Symmaclès et la Peshitta, doit être opéré en Ezéchiel xxx.5 (Smend, sur le passage), où l’Arabie est mentionnée en relation avec Lud, Pût et l’Égypte. Le passage classique est Ezéchiel xxvii.21, où l’Arabie est citée comme l’un des contributeurs à la richesse de Tyr. Comme dans les autres citations, «Arabie» signifie ici seulement la partie septentrionale. Elle fournissait béliers, moutons et chèvres ; d’autres régions d’Arabie expédiaient leur part, Kéda, Saba et Eden envoyant agneaux, épices, or et pierres précieuses. Il existe des preuves qu’après, et peut‑être même pendant, l’Exil, des Arabes se fixèrent en Palestine. Lors de la reconstruction des murailles, ils causèrent beaucoup d’ennuis à Néhémie (Néh. iv.), notamment Géshém, l’Arabe (Néh. ii.1,19). Jér. l.37 est un passage douteux, mais il peut difficilement se rapporter aux Arabes. On peut encore signaler un autre passage : dans le récit d’Élie (I Rois xvii.4), des corbeaux («‘orebim») apportent de la nourriture au prophète. Le Talmud (Ḥul. 5a) rapporte une discussion intéressante, où il est suggéré que «‘orebim» pourrait être le nom d’hommes (Juges vii.25), ou peut‑être d’hommes d’une certaine localité, ce qui impliquerait bien sûr la lecture «Arabes». Et malgré le fait que toutes les anciennes versions lisent «corbeaux», la lecture «Arabes» ou «Bédouins» reste une possibilité. Le lieu de retraite d’Élie se trouvait directement sur la route des bandes qui, en période de sécheresse, avaient raison de rester près d’un ruisseau (I Rois xvii.6).

(3) Dans les temps postérieurs «Arabe» désigne le plus souvent les Nabatéens restreints. II Macchabées v.8 mentionne Arétas, prince des Arabes, qui, d’après d’autres sources, était un Nabatéen. La même restriction s’applique au Nouveau Testament (Galates i.17, iv.25 ; II Corinthiens xi.32).

Les Arabes sont également mentionnés sur les inscriptions assyriennes avec la même ambiguïté (Bédouins ou Arabes) que dans les sources hébraïques, l’appellation des Arabes étant diversement rendue «Aribu», «Arubu», «Arabi», ou même «Arbi». Ils apparaissent d’abord du temps de Salmaneser II. Dans une bataille livrée en 854 à Qarqar, Gindibi l’Arabe, avec ses 1 000 chameaux, participa. Tiglath‑piṭleser III envahit l’Arabie, et parmi ceux qui rendent hommage et tribut se trouvent deux reines, Zabibe et Samsi. Au règne de Sennachérib les Arabes «tentes‑habitués» avaient avancé vers le nord et, de concert avec les Araméens et les Kaldi, causaient des ennuis au roi. Son fils et successeur, Assarhaddon, les vainquit à Bazu. Ils ne furent cependant pas détruits, car on les retrouve encore dans l’empire au temps d’Assurbanipal.

La migration constante des hordes du centre de l’Arabie vers la Babylonie, puis le long de l’Euphrate vers la Palestine, s’est produite à toutes les époques, comme l’attestent la Bible et les inscriptions. L’épisode du voyage d’Abraham n’en est qu’une étape. Des Arabes partirent pour la Babylonie et s’y établirent. Les pressions venant de l’Arabie les dispersèrent et ils errèrent vers le nord. Vers l’ouest, les Arabes entrèrent en Égypte et descendirent vers le Yémen et l’Abyssinie. Il est fort probable que coutumes sémitiques, mythologie et traits nationaux furent transmis, par étapes successives, du centre de l’Arabie aux autres régions où l’on trouvait des Sémites. Hommel, von Kremer et Guidi supposent que la Mésopotamie fut le foyer originel des Sémites ; mais, comme l’a fait observer De Goeje, les agriculteurs et les habitants de montagnes ne deviennent jamais nomades ; l’inverse est fréquent. Sayce, Sprenger et Schrader favorisent l’Arabie. Schrader fait valoir que, pour des raisons mythologiques, historiques, géographiques et linguistiques, l’Arabie doit être le point de départ de la culture sémitique. Noldeke suggère l’Afrique comme foyer originel des Sémites — vue adoptée par Brinton, Jastrow et Barton ; mais cela n’est nullement incompatible avec l’Arabie comme centre sémitique en Asie (voir Semites, et Barton, “Semitic Origins,” ch. i., New York, 1901).

Installation des Juifs : Dans l’histoire des Juifs d’Arabie on peut distinguer trois époques : (1) la période pré‑islamique ; (2) la vie de Mahomet ; (3) la période allant de la mort de Mahomet à l’expulsion des Juifs de la péninsule.

Période pré‑islamique : On ne connaît rien de certain sur l’époque de l’immigration juive en Arabie ; mais divers passages de la Michna (Shab. vi.6 ; Ohalot xviii.10) permettent d’inférer l’existence de colonies juives dans le nord de l’Arabie (Hijâz) peu après la destruction du Second Temple. Il ne fait aucun doute que la civilisation qui existait dans ces régions au cours des six premiers siècles de l’ère commune fut en bonne part entretenue par les Juifs. Ceux‑ci apportèrent vraisemblablement avec eux quelque connaissance de la Bible, du Talmud et du siddour ; mais il ne semble pas que l’étude régulière y eût trouvé un foyer, et ils ne produisirent guère d’autorités rabbiniques, au‑delà de celles reconnues par les auteurs musulmans. Pourtant cela suffit à leur donner un statut moral bien supérieur à celui de leurs voisins arabes.

Les Juifs cultivaient non seulement la terre et entretenaient des palmeraies, mais étaient aussi habiles armuriers et joailliers. Extérieurement ils différaient peu des Arabes, dont ils adoptèrent les coutumes, non seulement en matière de vie tribale, mais aussi à d’autres égards. D’après d’amples listes de noms, on voit que les noms de type juif ou biblique étaient en minorité. Même les noms des tribus sont purement arabes, et n’offrent guère d’indice quant à leur origine.

Bien que l’établissement des Juifs ne se soit pas étendu plus au sud que la ville de Médine, la diffusion de leur religion ne se limita pas à ce district. Les récits à ce sujet sont plutôt fantastiques et incluent les éléments suivants : lorsque Abou Ka‑Tib, le dernier des rois Tobba du Yémen, assiégea Yat̲rib (l’ancien nom de Médine), deux rabbins (que des sources ultérieures nomment Kaʿab et Asad) le persuadèrent non seulement de lever le siège, mais encore d’adopter la foi juive. Emmenant les deux rabbins, il convertit son armée puis son peuple ; mais ce n’est qu’au temps de Du Nuwas (VIe siècle) que le judaïsme se répandit plus largement au Yémen.

Il y eut probablement des colonies juives le long de toute la côte nord‑ouest ; mais peu d’entre elles sont connues par l’histoire. Celles‑ci se trouvaient à Taimâ, Fadak, Khaïbar, Wadi al‑Kura, et dans l’immédiate proximité de Médine. C’est dans ce dernier endroit que des Juifs vivaient en grand nombre et formaient trois tribus, à savoir les puissants Banu al‑Awâs, au nord de la ville, où ils possédaient un marché qui portait leur nom ; les Banu al‑Nadhîr, leurs voisins ; et les Banu Qurayza, qui occupaient la banlieue orientale. Les deux dernières tribus prétendaient descendre de la famille d’Aaron, et se désignaient donc comme al‑Ibhaynan (les deux Prêtres).

Outre la construction de villages, les trois tribus édifièrent plusieurs forteresses qui leur assuraient protection pendant les fréquentes querelles des tribus arabes. Grâce à des découvertes récentes d’inscriptions, les noms de plusieurs «rois» de tribus ont été mis au jour, et Glaser les a disposés chronologiquement dans l’ordre suivant : Talmai, Hanaus (Al‑Aus), Talmai, Lawdan, Talmai.

Telle était la situation des Juifs dans l’Arabie du Nord lorsque, vers l’an 300, deux tribus arabes, les Banu al‑Khazraj et al‑Aus, remontant le flot des immigrants venus des rives méridionales, trouvèrent des habitats dans les environs de Médine. À l’instar des Juifs, les intrus construisirent un certain nombre de châteaux pour eux-mêmes et cherchèrent à assurer leur sécurité en faisant alliance avec les premiers. Les temps de paix étaient cependant révolus. Les historiens arabes — seule source pour ces événements — imputent le déclenchement des hostilités aux actes de violence commis par l’une des tribus juives ; rapport qui, à vrai dire, est fort naturel. D’après leur récit, une partie des Banu al‑Khazraj s’était établie en Syrie sous la souveraineté du prince ghassanide Abû Jubayla. Malik, chef des Khazrajites médinois, fit appel à son secours contre les prétendus oppresseurs juifs. Saisissant l’occasion, il marcha avec une armée vers Médine ; les Juifs se réfugièrent alors dans leurs châteaux. Prétendant être engagé dans une expédition contre le Yémen, il leur promit la paix et les invita à un banquet dans son camp. Ceux qui assistèrent au festin furent assassinés, et les meurtriers s’emparèrent de leurs femmes et enfants. Le sort des malheureuses victimes fut déploré en élégies par la Juive Sarah et par un autre poète, dont le nom n’est pas connu.

La seule vengeance prise par les Juifs fut la fabrication d’une effigie grossière du traître, qu’ils auraient placée dans leur synagogue — endroit fort peu vraisemblable — où ils la frappèrent et la maudire nt. Si cela est vrai, on peut en tirer quelque idée de leur état intellectuel, et cela semblerait indiquer que, malgré leurs vues religieuses, ils partageaient la croyance de leurs voisins en la magie. Que les Arabes considéraient une telle punition comme efficace peut être établi par des événements qui eurent lieu encore aux temps islamiques ; cf. Haman dans Rabb. Lit.

Après cet épisode, qui affaiblit considérablement le pouvoir des tribus juives, on n’entend plus parler de leurs affaires pendant environ un siècle, si ce n’est qu’elles prirent part aux querelles des deux clans arabes avec lesquels elles s’étaient alliées par mariage, et qu’elles combattirent occasionnellement des deux côtés.

Au milieu du VIe siècle fleurit le Juif Samauʾal b. Adiya, qui vivait dans son château Al‑Ablak à Taimâ, à huit jours de voyage au nord de Médine. «Plus fidèle que Samauʾal» devint une locution proverbiale. L’incident qui donna naissance à cet adage est le suivant : lorsque le célèbre poète Imr al‑Qays s’enfuit devant le roi al‑Mundhir de Hîra, il confia sa fille et ses trésors à son ami Samauʾal. Al‑Mundhir assiégea Al‑Ablak et captura un fils de Samauʾal, menaçant de le tuer à moins que son père ne livre les trésors de son ami. Samauʾal refusa, et préféra voir son fils immolé sous ses yeux. Il évoqua cet épisode en vers, s’assurant ainsi une place parmi les anciens poètes arabes. D’autres poètes juifs contemporains sont connus, notamment Al‑Kabi ibn Abu al‑Hukaik, qui improvisa en rivalité avec un autre ménestrel arabe.

Vie de Mahomet : La deuxième période de l’histoire des Juifs d’Arabie, à savoir l’avènement de l’islam et son effet sur leur destin, mérite examen. Lorsque se répandit la nouvelle qu’un prophète mecquois cherchait à remplacer le polythéisme par une croyance monothéiste, la curiosité des Juifs fut naturellement éveillée. Leur prestige politique avait alors tellement décliné qu’ils étaient quotidiennement exposés à des actes de violence de la part de leurs voisins païens. Ils attendaient l’avènement d’un Messie ; et les historiens musulmans, relatant ces espérances, voient vaguement en Mahomet la figure attendue. Vers cette époque, des ambassadeurs de la Mecque vinrent afin de connaître l’avis des Juifs médinois sur le nouveau prophète. Le rapport qu’ils auraient apporté n’éclaire guère la question. D’autre part, la curiosité des Juifs était si vive qu’ils envoyèrent l’un de leurs chefs à La Mecque pour savoir ce qu’ils avaient à espérer ou à redouter. Mahomet fut interrogé, directement ou par intermédiaire ; mais sans résultats satisfaisants. Probablement, tant qu’il demeura à La Mecque, les Juifs prirent peu au sérieux tout ce mouvement ; en effet, il y avait peu de chances que l’islam prît de l’importance à Médine.

Nonobstant tout ce qui est raconté sur l’usage que Mahomet fit des Juifs médinois comme source d’information, leur contribution effective à l’édification de l’islam fut minime. Quand Mahomet vint vivre parmi eux, les éléments essentiels de la foi avaient déjà été créés. Les connaissances qu’il tenait des Juifs il les avait sans doute acquises à une date antérieure, probablement en Syrie. Il était cependant naturel que Mahomet fît tout pour rallier les Juifs à sa cause ; mais, craignant leur supériorité intellectuelle, il chercha à les gagner par l’intimidation plutôt que par la persuasion. Sa première démarche fut de conseiller aux Médinois, qui l’avaient invité à s’établir parmi eux, de rompre leurs alliances avec les Juifs. L’attitude apparemment conciliatrice qu’il prit d’abord envers les Juifs, et qu’il exprima dans le pacte conclu avec les Médinois, n’était qu’une ruse. Dès qu’il vit qu’ils ne manifestaient pas de velléité d’approche, il les couvrit d’invectives ; cela ressort clairement des sourates médinoises du Coran. Constata nt leur obstination, Mahomet s’employa à les briser dès que son pouvoir politique devint assez fort pour le faire en toute impunité. Il commença par expulser les Banu Qaynuqaʿ, qui se retirèrent à Adraat au nord. Ensuite il ordonna l’assassinat du poète Kaʿb b. al‑Ashraf, chef des Banu al‑Nadhîr, qui, par ses vers, avait excité les Mecquois à venger la défaite qu’ils avaient subie à Badr. L’année suivante, pour réparer la déconvenue des armes musulmanes à Uhud, la tribu entière des al‑Nadhîr fut expulsée. Leur expulsion donna lieu à une élégie du poète juif Al‑Sammak. Enfin, les Banu Qurayza furent assiégés et, lors de leur reddition, exécutés par Mahomet. Ils étaient plus de sept cents, et comprenaient les chefs Kaʿb b. Asad et Hukaik ; leurs femmes et enfants furent répartis parmi les musulmans.

Les auteurs musulmans entretiennent longuement la légende de l’apostat juif Abdallâh ben Salam, censé être devenu partisan du prophète peu après l’entrée de celui‑ci à Médine ; mais des sources plus fiables montrent que l’apostasie n’eut lieu que peu avant la mort de Mahomet. Peu de ce que Mahomet apprit d’un tel personnage apparaît dans le Coran ; beaucoup plus se trouve dans les Ḥadîth, le complément traditionnel de ce livre.

Vint enfin le tour des Juifs de Khaïbar. Après un combat infructueux ils se rendirent, ainsi que ceux de Fadak, Taimâ et Wadi al‑Kura. Étant plus habiles en agriculture que les Arabes, Mahomet leur permit de rester à la condition qu’ils versassent la moitié de leurs récoltes aux autorités musulmanes. Mais ils vécurent dans la crainte d’une expulsion définitive ; situation qui dura jusqu’à la mort de Mahomet. Son successeur Abû Bakr jugea utile de maintenir la même politique, dont la communauté musulmane tira un profit considérable. ʿUmar, toutefois, craignant que le danger encouru par l’islam par le contact prolongé avec les Juifs ne fût supérieur à leur utilité matérielle, les chassa du pays, et ils partirent pour la Syrie. Pour la suite de l’histoire des Juifs en Arabie après Mahomet, voir Aden, Ṣanʿâʾ, Yémen.

Bibliographie : Hirschfeld, Essai sur l’Histoire des Juifs de la Péninsule Arabique, in Rev. Et. Juives, vii.107 et suiv. ; idem, New Researches into the Composition and Exegesis of the Qoran, London, 1902 ; Wellhausen, Juden und Christen in Arabien, in Skizzen und Vorarbeiten, iii.197 et s. (comparer la critique de Noldeke, Z. D. M. G. xli.720) ; Grimme, Mohammed, i. voir pp. 90 et s., 109 et s., 118 et s. Voir aussi les articles Islam, Mohammed, Himyarites, Dhu Nuwas, etc.

— Dans la littérature rabbinique : Tant la terre que le peuple d’Arabie étaient familiers aux Juifs de Palestine et de Babylone ; les notices sur les Arabes, telles qu’on les trouve dans les Talmuds et les Midrashim, comptent parmi les données les plus précieuses et les plus fiables qui subsistent concernant les Arabes pré‑islamiques.

Les Arabes sont désignés par les Juifs comme ‘Arab ou plus rarement par un autre nom, ce dernier étant employé principalement pour indiquer les habitants du désert (M. K. 24a) et pour souligner leur parenté avec les Juifs (Shab. 11a). En Babylonie les Arabes étaient aussi connus sous le nom de Nʿyl2 («Tayite»), d’après la grande tribu arabe des Tayites ; et la translittération hébraïque avec y se fonde sur une étymologie populaire qui met en rapport ce nom arabe avec nyḏ et nyn («errer», «vagabonder»). Par le terme «Arabes» les sources juives peuvent aussi désigner les Nabatéens, Arabes araméisés, bien que l’appellation «Nabateen» soit également employée.

Il est impossible de dire à quel point la péninsule arabe était connue des Juifs durant les cinq premiers siècles de l’ère commune. À l’exception d’un passage dans ʿErubin 19b, le Talmud et le Midrash parlent d’Arabie de façon générale, sans mentionner de localité particulière. Quant au passage Lam. R. iii.7, il est douteux que «Sugar» (ainsi chez l’édition de Buber) soit le nom d’un lieu ; pourtant l’Arabie possède des villes nommées «Sajur» et «Sawajir». Il ressort d’une remarque de la Tosefta (Ber. iv.16) et du Midrash (Gen. R. lxxxiv.16) que les Arabes ne commerçaient alors que des peaux et du naphte, et non d’épices et d’étoffes parfumées, si bien que l’Arabie du Sud devait être totalement inconnue des Juifs de Palestine.

Les Arabes sont décrits comme des nomades typiques. Une source très ancienne (Ohalot xviii.10) parle de leurs tentes comme de demeures instables, parce que leurs occupants vagabondent d’un lieu à un autre. Ainsi les Araméens sédentaires méprisaient les Arabes, à qui, vers l’an 70, la locution «nation méprisable» (n^SS^ PON) fut appliquée (Keth. 66b) ; et même plus tard il était considéré comme très humiliant pour une femme d’épouser un Arabe (Yer. Ned., fin). Concernant les dieux des Arabes, on mentionne (‘Ab. Zarah 116) l’idole Naslira (ou Nislira), une divinité vénérée par les tribus du sud et du nord (voir Wellhausen, Reste des cultes arabes, 2e éd., p. 123, et la bibliographie qui s’y rapporte). Le passage précise que le temple de ce dieu était ouvert toute l’année ; il est en outre rapporté que le pèlerinage des Tayites (hajj des Tayites) (’JT'OT NnUPI) n’avait pas toujours lieu à la même date, ou (selon Rachi) pas nécessairement chaque année. Une coutume religieuse particulière est signalée (Yer. Taʿan. ii.65b ; Midrash Jonah, in Jellinek, B. H. i.100, et Taʿanit 16a). Les tribus sont spécialement caractérisées comme portées à des excès immoraux ; le proverbe dit que «les Arabes sont coupables de neuf dixièmes de toute l’immoralité du monde» (Kid. 49b ; Esther R. [i.3], cependant, a «Alexandrie» à la place d’«Arabie», et attribue aux Ismaélites neuf mesures de «stupidité» [ntif’DtD]).

Dans un passage fortement mutilé par des censeurs (Shab. 11a), Abba Arika (Rab), qui vécut dans la première moitié du IIIe siècle, remarque qu’il préférerait être gouverné par un Ismaélite plutôt que par un Romain, et par un Romain plutôt que par un Perse. Un siècle plus tard toutefois, les conditions semblent s’être aggravées. On sait qu’au début du IVe siècle les Arabes s’emparèrent des terres tant des Juifs que des non‑Juifs à Pumbedita, contraignant les riches propriétaires à dresser des actes de vente en leur faveur (B. B. 168b). Des conditions similaires régnaient alors à Nehardea, où il n’était pas sûr de laisser le bétail dans les champs car les Arabes (Bédouins) fréquentant le district ravissaient tout ce qui était à portée (ib. 36a). Sont aussi intéressantes, pour la vie des Arabes, les allusions de la Michna à «la marmite des Arabes», qui désigne un foyer improvisé pour la cuisson, consistant en une cavité tapissée d’argile creusée dans le sol (Men. v.9 ; Kélim v.10). À une époque beaucoup plus tardive, l’aliment principal des Arabes semble avoir été la viande (Ḥul. 396).

Quant au vêtement des Arabes, la Michna affirme (Shab. vi.6 ; voir la référence de Rachi au passage, p.65a) qu’il était déjà d’usage pour les femmes — même pour les Juives habitant l’Arabie —, lorsqu’elles sortaient, de couvrir entièrement le visage, sauf les yeux, d’un voile. Lors de leurs voyages dans le désert, les hommes usaient aussi d’un linge pour le visage, d’environ une coudée de côté, comme protection contre le sable soulevé par le vent (M. K. 24a ; Michna Kélim xxix.1 ; comparer le commentaire d’Ilai Gaon). Parmi les Juifs toutefois cette couverture du visage n’était d’usage que comme signe de deuil (M. K. loc. cit.). Il existait en outre une différence entre les sandales des Arabes et celles des Araméens : ces dernières étaient munies d’un laçage commode, tandis que les premières étaient solidement attachées au pied par des lanières de cuir (Shab. 112a ; Yeb. 102a ; comparer Hananeel sur le passage dans Shab., cité aussi dans l’Aruk, s.v. ton, éd. Koliut, iii.436a). Des armes des Arabes peu de choses sont dites dans la littérature rabbini que. Leur arme habituelle lors des voyages était la lance (B. B. 74a) ; un petit bouclier est mentionné comme étant aussi employé dans des combats de parade (Kélim xxiv.1). Une autre coutume arabe notée dans le Talmud est l’emballage de la viande dans la peau de l’animal et son transport sur les épaules depuis les abattoirs (Pess. 65b). On relève aussi la faculté merveilleuse que l’on attribuait aux Arabes de déterminer, en sentant simplement le sol, la distance qui les séparait d’une source d’eau (B. B. 73b).

Les Arabes sont figurés dans les sources juives comme des magiciens et des idolâtres de bas niveau. Un auteur du IIIe siècle relate qu’il vit de ses yeux un Arabe égorger un mouton afin de faire des prédictions sur le foie (Lam. R., introduction, xxiii.). Une autre source de la même époque note que les Arabes adoraient la poussière qui restait collée à leurs pieds (B. M. 86b). En ce qui concerne la langue et les Arabes, les sources juives renferment plus d’une douzaine de mots «arabes», expressément désignés comme tels, rassemblés par Brüll ; mais tous ne sont pas véritablement arabes. Ainsi, par exemple, 'awila, «garçon» (Gen. R. xxxvi., début), est donné pour l’arabe 'aiyil ; patia, «jeune homme» (ib. lxxxvii.), = l’arabe fatah ; tandis que d’autres termes adita, «rapine», sakkaia, «prophète», et autres, sont à l’origine araméens employés par les Nabatéens. D’autres mots encore, comme ynbla, «bélier», kabanʿ, «voler», ne se retrouvent ni en arabe ni dans aucun dialecte araméen, et ne peuvent renvoyer qu’au dialecte des Juifs arabes. Voir Ishmael, et Rabba bar bar Ḥana.

Bibliographie : Brüll, Fremdsprachliche Redemarten und Ausdrücke als Fremdsprache Bezeichnete Wörter in den Talmuden und Midraschim, 1869, pp.40–46 ; Frankel, Aramäische Fremdwörter, pp.2, 38, 39 ; Noldeke, in Z. D. M. G. xxv.123.

J. J. G. B. L.

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Source

The Jewish Encyclopedia, Funk & Wagnalls (1901-1906), domaine public aux États-Unis ; sélection partielle, traduction française et réadaptation éditoriale À l'ombre du figuier, d'après les scans Internet Archive.