Définition dans Jewish Encyclopedia
Antonin dans le Talmud
ANTONINUS IN THE TALMUD
Un empereur romain, et le héros de légendes juives qui racontent des choses merveilleuses sur son attitude envers les Juifs et le judaïsme, et plus particulièrement concernant son amitié avec Rabbi. Il est appelé « le père de Dfl'lDN » (Severus) par le Talmud babylonien, mais il est à peine possible de déterminer quel empereur romain est réellement désigné par ce nom. On l'a tour à tour identifié à Marcus Aurelius (Rapoport et Bodek), à Septimius Severus (Graetz, qui identifie Rabbi à Judah ha-Nasi II.), à Caracalla (Jost et N. Krochmal), à Elagabalus (Cassel), et à Lucius Verus (Frankel). Le récit dans le Talmud est légendaire, non historique, et aucun égard n'est porté aux détails, ni aux difficultés d'ordre chronologique ou psychologique. Les discussions religieuses traditionnelles entre Hadrien et Joshua ben Hananiah, entre Akiba et Tinnius Rufus, entre Shabur I. et Samuel Yarhinai, ainsi que les entrevues légendaires entre Alexandre le Grand et le grand prêtre Simon, ou entre Ptolémée et le prêtre Éléazar, peuvent servir de parallèles aux diverses légendes antonines. Le folklore juif aimait personnifier les relations du judaïsme avec le paganisme sous la forme de conversations entre sages juifs et potentats païens.
La légende d'Antoninus commence dès sa plus tendre enfance. La mère de Rabbi échangea son fils peu après sa naissance contre Antoninus — l'enfant d'une intime connaissance. Ainsi elle et son enfant réussirent à échapper aux agents d'Hadrian, qui persécutaient la femme parce qu'elle avait fait circoncire son fils. Par conséquent Antoninus absorba avec son lait un amour pour les Juifs et le judaïsme (Tos. ‘Ab. Zarali, lO/i) ; et c'est Rabbi, le fils de cette mère de substitution, qui servit de guide et d'ami à Antoninus ; réussissant finalement à le faire embrasser le judaïsme (Yer. Meg. i. 72b ; B. H. vi. 130, 131).
Cependant, Antoninus, le « roi », n'accepta pas positivement le judaïsme dans son entier avant d'en avoir, avec l'aide de son ami juif, examiné à fond les principes fondamentaux. Ainsi il mit en doute la conception juive du châtiment après la mort en alléguant qu'il était fort aisé pour le corps comme pour l'âme de s'innocenter. Le corps pouvait dire : « C'est l'âme qui transgresse, car dès qu'elle m'abandonne je suis inerte comme une pierre. » L'âme, de son côté, pouvait répondre : « La faute est dans le corps, car depuis que je me suis séparée de lui je plane comme un oiseau dans l'air » (Sanh. 91ffi et seq. ; une forme plus courte, Mek. Beshallah, Shirah ii.). La réponse de Rabbi expliquait la juste relation entre le corps et l'âme par la parabole de l'aveugle et du boiteux (“ Ilonatsschrift,” 1873, p. 75). Rabbi instruisit aussi Antoninus concernant la résurrection, qui aurait lieu d'une manière fort différente de la croyance usuelle qui incluait même l'état intact des linges funéraires (Yer. Kil. ix. 32b, Yer. Ket. xii. 35«, où le nom apparaît comme Antolinus). Antoninus pose des questions à Rabbi concernant le cosmos — comme, par exemple, quel sens y a-t-il à ce que le soleil se couche à l'ouest (Sanh. 915) — ainsi que des questions concernant le judaïsme proprement dit.
De même Antoninus ne comprenait pas pourquoi la loi juive fixait des heures déterminées pour la prière, puisque celle-ci devrait être offerte à toute heure où l'élan de dévotion se faisait sentir (Tan. éd. Buber i. 196) ; Rabbi lui en donna par conséquent une illustration appropriée. Mais parfois, d'autre part, c'était Antoninus qui instruisait Rabbi, affirmant, par exemple, que si l'enfant à naître reçoit son principe vital à la conception, le germe de la mentalité et son concomitant, l'inclination au mal, ne sont reçus qu'à la naissance (Sanh. l.c.).
La légende donne de nombreux détails concernant les relations personnelles entre les deux. Il y eut des banquets somptueux donnés en l'honneur l'un de l'autre, dont les menus ont été conservés (Gen. R. xi. 4, Esther R. i. 3). L'empereur consultait son ami avant toute entreprise guerrière, comme, par exemple, au sujet de sa campagne envisagée contre Alexandrie (cela est raconté sans tenir compte de l'absurdité d'une guerre à cette époque entre Rome et l'Égypte). On dit qu'il entreprit cette expédition en se fiant à l'assurance de Rabbi, fondée sur Ezéchiel xxix. 15, que les Égyptiens n'avaient rien à craindre d'eux (Mek., Beshallah, Shirah 6). Il apparaît que, en raison de circonstances politiques, l'échange d'opinions entre ces amis comportait un danger positif, bien qu'il fût convenu qu'aucune tierce personne ne devrait être présente lorsque Antoninus rendait visite à Rabbi, et qu'à chaque occasion l'empereur devrait égorger de sa propre main les deux serviteurs qui connaissaient la conférence (‘Ab. Zarah, IOg). Les amis durent aussi recourir à une espèce de langage de signes. Ainsi l'émissaire de l'empereur apporta à Rabbi la question de ce qu'il devait faire pour améliorer la situation financière de l'État. Rabbi conduisit le messager dans son jardin et, sans prononcer un mot, arracha quelques gros radis et les remplaça par de plus petits. L'empereur comprit l'allusion ; et par la destitution des chefs de son administration financière il opéra un changement salutaire (Gen. R. lxvii.). Antoninus avait deux vœux qui lui tenaient le plus à cœur : l'un était l'élévation de Tibériade au rang de « colonia » — probablement parce que c'était une ville juive ; et le second était d'assurer la succession de son fils au trône. Il pouvait obtenir l'un ou l'autre mais pas les deux de la part du Sénat ; et il s'adressa à Rabbi pour conseil. Rabbi fit entrer deux hommes en présence du messager, mit une colombe dans la main de l'un d'eux et lui ordonna de monter sur le dos de son compagnon. Puis il dit à celui qui portait l'autre : « Vois à celui que tu laisseras le plus tôt lâcher la colombe ! » Antoninus comprit l'allusion : son fils, devenu empereur, aurait le pouvoir d'élever Tibériade au statut de colonie (‘Ab. Zarah, lOi). Une réponse semblable fut donnée à l'empereur par Rabbi en réponse à sa demande concernant sa fille sans scrupules, qui se nommait Gira. L'enquête vint sous la forme d'une plante appelée Gargira ; c'est-à-dire « Gar Gira » : Gira s'est égarée. La réponse de Rabbi consistait en la plante Kusbarta (signifiant « Kus », fils, « brata », la fille). Antoninus répliqua en envoyant la plante Karrathe, qui veut dire « ma disparition » : où Rabbi, appréciant la réticence de l'empereur à couper sa postérité, répondit en envoyant la plante Hasa, « Aie pitié » (ib. lOi).
La reconnaissance de l'empereur envers Rabbi prit la forme de présents somptueux, de terrains (Yer. Sheb. vi. 86d), même de sacs d'or, dont l'ouverture était garnie de grain afin de ne pas éveiller la jalousie des Romains. Rabbi ne voulut pas accepter ces présents jusqu'à ce qu'Antoninus lui fasse remarquer qu'il viendrait un temps où sa postérité serait fort heureuse de cet or afin d'apaiser la cupidité de ceux qui descendraient de lui (Antoninus) (‘Ab. Zarah, lOi).
La légende primitive voit en Antoninus seulement le non-Juif craignant Dieu, si bien disposé envers le judaïsme qu'il érigea un autel au Dieu juif, sans devenir effectivement juif (Yer. Meg. i. ainsi aussi probablement Midr. Teh. xxii. 24). La légende plus récente, cependant, le considère comme le type du véritable prosélyte, pqv qj, et il est affirmé qu'à la résurrection des morts il se lèvera et sera le chef présumé de tous les prosélytes (Yer. Meg. l.c., Conversion. Lev. R. iii.). On dit que la cause de sa conversion fut sa demande à Rabbi s'il aurait le droit de prendre part au Leviathan dans le monde futur. Rabbi l'assura qu'il serait considéré digne, mais Antoninus ne voulut pas le croire, parce que la loi concernant l'agneau pascal (Ex. xii. 48) affirme distinctement qu'aucun incirconcis ne participera à cela. Il entra en conséquence dans l'alliance d'Abraham et devint juif (Yer. Meg. l.c.).
Bibliographie : Rapoport, ‘EreTt Millin, s. v. ; idem, in Kerem Hemed, iv. 215-239, vii. 138-214 ; Jost, Gesch. del' Israeliten, iv. 97 et seq., and appendix, p. 232 ; idem, in Zion, 1841, pp. 10, 27, 41 ; idem, Literaturblatt des Orients, 1849, p. 11 ; S. Cassel, in Ersch and Gruber, Encikl. xxvii. 17 et seq. ; Krochmal, He-Haluz, ii. 72 ; Z. Frankel, Meho, p. 192 ; Gratz, Gesch. 2d ed., iv. 485 et seq. ; idem, in Mematsschrift, i. 236, 401, 430 ; Bodek, Marcus Aurelius Antoninus, Leipsic, 1868 ; D. Hoffmann, in Magazin, xix. 33, 245, where all the legends of Antoninus are collected ; Bacher, Ag. Tan. il. 458.
L. G.
ANTONINUS PIUS (Titus Aurelius Fulvus Boionius Arrius Antoninus) : empereur romain ; né en l'an 86 ; mort en 161 ; régna de 138 jusqu'à sa mort. Le règne de cet empereur juste et humain fut comme une bénédiction pour les Juifs, particulièrement pour ceux de Palestine. Les persécutions religieuses d'Hadrian avaient dévasté le pays, dépeuplé les villes, et rendu impossible le développement intellectuel des Juifs. Si ces conditions avaient perduré plus longtemps, il y aurait eu la fin du peuple juif dans l'empire romain. Dès que les Juifs eurent connaissance du changement de souverain, ils envoyèrent une ambassade, avec R. Judah b. Shamu‘a à sa tête, à Rome pour négocier une amélioration de leur condition (Meg. Ta'anit, xii.). Par l'intercession d'une matrone influente ils réussirent à obtenir un traitement plus doux. Le quinzième d'Ab (août, 138 ou 139) l'empereur permit l'inhumation des soldats juifs et des martyrs tombés au combat contre les Romains, dont l'enterrement avait été frappé d'une peine sévère (Yer. Ta'anit, iv. § 5, 69g ; Ta'anit, sim).
Un demi-siècle plus tard (mars, 139 ou 140) Antoninus abrogea les édits d'Hadrian — qui empêchaient les Juifs d'exercer leur religion — à condition qu'ils ne reçoivent pas de prosélytes (Meg. Ta'anit, xii. ; “Digesta” of Modestinus, xlviii, 8, 11). De plus, il leur fut interdit, sous peine de mort, d'entrer à Jérusalem. Les Juifs qui avaient fui dans des pays étrangers pour échapper aux persécutions d'Hadrian revinrent graduellement chez eux. La stagnation intellectuelle du peuple juif prit fin ; et les disciples d'Akiba fondèrent un nouveau centre de culture juive à Usha, où le patriarche Simon b. Gamaliel II se rendit aussi.
On rapporte que ce fut sous le règne d'Antoninus que les Juifs furent privés du droit d'avoir leurs propres tribunaux, prérogative que les Pharisiens considéraient comme essentielle à la religion (Yer. Sanh. vii. §2, 24i). Ceux qui osèrent critiquer les mesures de l'empereur furent bannis ou mis à mort (Shab. 33i). Il n'est donc pas surprenant que même sous Antoninus les Juifs aient tenté de se débarrasser du joug romain (“Scriptores Historiae Augustae, Antoninus Pius,” ch. V.). Les relations tendues entre les Parthes et les Romains peuvent avoir encouragé les Juifs à se révolter et à attendre l'assistance des Parthes. Mais une telle aide ne fut pas fournie, et la révolte fut probablement étouffée dans l'œuf ; les sources juives n'en font même pas allusion. Voir aussi Antoninus IN THE Talmud ; Simon b. Yohai ; Vakus.
Bibliographie : Gratz, Gesch. d. Juden, 2d ed., iv. 184-186, 206, 207, 470-473 ; Vogelstein and Rieger, Gesch. der Juden in Rom, i. 31.
L. G.
