Définition dans Watson

Potier

POTTER

On parle fréquemment du potier dans l’Écriture, Jér. xviii, 3 ; Sir. xxxviii, 29, 30. Homère dit que le potier tourne sa roue de ses mains. Mais de nos jours la roue sur laquelle l’ouvrage est formé est mise en mouvement par un autre.

POTTER’s FIELD, la terre qui fut achetée avec l’argent pour lequel Judas vendit notre Sauveur, Matth. xxvii, 7, 10, et qu’il remit. Voir ACELDAMA.

PRAYER. — La prière a été bien définie : l’offrande de nos désirs à Elohîm, en vue de choses conformes à sa volonté, au nom ou par l’intercession de Yéhoshoua (Jésus) Mashiah (Christ), par l’aide du Saint-Esprit, avec confession de nos péchés et reconnaissance pleine de gratitude de ses miséricordes. 1. La prière est en elle-même une reconnaissance convenable de la toute-suffisance d’Elohîm et de notre dépendance envers lui. C’est le moyen qu’il a fixé pour obtenir tant les bénédictions temporelles que les bénédictions spirituelles. Il pourrait bénir ses créatures d’une autre manière : mais il veut qu’on le consulte pour leur accorder ces choses dont elles ont besoin, Ezéch. xxxvi, 37. C’est l’acte d’une créature indigente cherchant secours à la fontaine de miséricorde. Une conscience du manque excite le désir, et le désir est l’essence même de la prière. « Une chose ai-je désirée du Seigneur », dit David, « c’est celle que je chercherai. » La prière sans désir est comme un autel sans sacrifice, ou privé du feu du ciel pour le consumer. Quand tous nos besoins seront pourvus, la prière sera convertie en louange ; jusque-là les chrétiens doivent vivre de prière, et demeurer au siège de la miséricorde. Elohîm seul peut entendre et pourvoir à tous leurs besoins. La révélation qu’il a faite de sa bonté fonde notre demande confiante des bénédictions dont nous avons besoin, et sa puissance nous encourage à espérer leur octroi. « Ô toi qui exauces la prière ; vers toi viendra toute chair », Psaume lxv, 2.

2. La prière est un exercice spirituel, et ne peut être pratiquée agréablement que par l’assistance du Saint-Esprit, Rom. viii, 26. « Le sacrifice des méchants est en horreur au Seigneur, mais la prière des hommes droits est son agrément. » Le Saint-Esprit est le grand agent dans le monde de la grâce, et sans son influence spéciale il n’y a point de prière acceptable. C’est pourquoi on l’appelle l’Esprit de grâce et d’imploration : c’est lui qui nous rend capables de nous approcher d’Elohîm, remplissant notre bouche d’arguments, et nous enseignant à présenter notre cause devant lui, Zach. xii, 10.

3. Toute prière acceptable doit être offerte dans la foi, c.-à-d. dans un état d’esprit croyant. « Si quelqu’un manque de sagesse, qu’il la demande à Elohîm, qui donne à tous abondamment et sans reproche, et elle lui sera donnée. Mais qu’il la demande avec foi, sans douter ; car le douteux est semblable à la vague de la mer, et n’attend rien du Seigneur », Jacques i, 5–7. « Celui qui approche d’Elohîm doit croire qu’il existe, et qu’il est le récompenseur de ceux qui le cherchent avec ferveur », Heb. xi, 6. Elle doit être faite au nom du Mashiah, en croyant en lui tel qu’il est révélé dans la parole d’Elohîm, plaçant en lui tout notre espoir d’acceptation, et exerçant une confiance sincère en son sacrifice expiatoire et en son intercession efficace.

4. La prière doit être adressée à des choses conformes à la volonté d’Elohîm. Ainsi l’Apôtre dit : « Telle est la confiance que nous avons auprès de lui, que si nous demandons quelque chose selon sa volonté, il nous entend ; et si nous savons qu’il nous entend, nous savons que nous possédons la chose que nous lui avons demandée », 1 Jean v, 14–15. Nos prières doivent donc être réglées par la volonté révélée d’Elohîm, et entrer dans le champ des promesses. Celles-ci doivent être la matière et le fondement de nos supplications. Ce que Elohîm n’a pas particulièrement promis, il peut néanmoins l’accorder ; mais ce qu’il a promis, il l’exécutera assurément. Des bonnes choses promises autrefois à Israël, aucune ne fit défaut, mais toutes arrivèrent ; et en leur temps il en sera de même pour toutes les autres.

5. Tout cela doit être accompagné de la confession de nos péchés et de la reconnaissance reconnaissante des miséricordes d’Elohîm. Ce sont deux ingrédients nécessaires dans la prière acceptable. « J’ai prié », dit le prophète Daniel, « et j’ai fait confession. » Le péché est un fardeau dont la confession décharge l’âme. « Père », dit le fils prodigue revenu, « j’ai péché contre le ciel et devant toi. » L’action de grâces est aussi nécessaire que la confession ; par l’un nous nous humilions, par l’autre nous rendons gloire à Elohîm. Par l’un nous abaissons la créature ; par l’autre nous élevons le Créateur. En demandant des faveurs à Elohîm nous agissons comme des créatures dépendantes ; en confessant, comme des pécheurs ; mais en rendant grâces, comme des anges.

La raison sur laquelle repose ce grand et efficace devoir a été quelquefois discutée. Sur ce point, toutefois, rien n’est affirmé expressément dans les Écritures. De celles-ci nous apprenons seulement qu’Elohîm l’a instituée ; qu’il l’ordonne d’être offerte dans la foi, c.-à-d. la foi en le Mashiah, dont l’expiation est la cause méritoire et procuratrice de toutes les bénédictions que nos désirs peuvent viser ; et que la prière ainsi offerte est une condition indispensable pour obtenir les biens qu’on demande. Toutefois, par inférence, on peut découvrir quelques aperçus de la raison qui, dans l’Esprit divin, justifie sa nomination. Cette raison a été quelquefois dite être la préparation morale et l’état de convenance produits dans l’âme pour la réception des miséricordes divines, que l’acte et, plus encore, l’habitude de la prière doivent produire. Contre cela s’oppose la forte et, dans une vue scripturaire, fatale objection, que l’on attribue ainsi à un simple acte de la créature une efficacité pour produire ces grands et, à bien des égards, radicaux changements du caractère humain que nous sommes instruits, par l’autorité inspirée, d’attribuer aux influences directes du Saint-Esprit. Qu’est-ce donc qui prépare l’homme au pardon, sinon le repentir ? Or celui-ci est expressément dit être le don du Mashiah, et suppose de puissantes opérations de l’Esprit de vérité, le Seigneur et Donateur de la vie spirituelle ; et si les simples actes et l’habitude de la prière avaient une efficacité suffisante pour produire un repentir scripturaire, alors tout formaliste qui s’appliquerait avec un sérieux ordinaire à ses dévotions devrait, en conséquence, devenir pénitent. De nouveau : si nous prions ardemment pour des bénédictions spirituelles, c.-à-d. avec un désir vif qui naît d’une juste appréciation de leur importance et d’une préférence de celles-ci à tout bien terrestre, qui ne voit que cela implique une délivrance de la disposition terrestre et charnelle qui caractérise notre nature dégénérée, de sorte qu’une agence bien au-dessus de la nôtre, quelque usage que nous puissions en faire, doit être supposée ? Autrement, si nos propres prières pouvaient être efficaces à ce point, nous pourrions, par l’application continuelle de cet instrument, parfaire notre régénération, indépendamment de cette grâce d’Elohîm que, après tout, cette théorie introduit. On dira peut-être que la grâce d’Elohîm opère par nos prières pour produire en nous un état de convenance morale pour recevoir les bénédictions demandées. Mais cela abandonne le point en litige, l’efficacité morale de la prière ; et renvoie l’efficacité à un autre agent agissant par nos prières comme instrument. On peut cependant affirmer encore que les Écritures ne représentent nulle part la prière comme instrument d’amélioration de notre état moral autrement que comme moyen d’introduire dans l’âme de nouvelles provisions de vie et de force spirituelles. Elle doit donc être considérée plus proprement comme une condition pour obtenir cette grâce par laquelle de tels effets sont produits, que comme l’instrument par lequel elle les opère. En fait, tous les actes de prière authentiques dépendent d’une grâce préalablement donnée, et de laquelle seule procèdent la disposition et la puissance de prier. Il en fut ainsi de Saul de Tarse : « Voilà qu’il prie ! » On dit qu’il pria pour la première fois alors ; mais ce fut à la suite de l’illumination de son esprit quant à son danger spirituel, opérée par le miracle sur le chemin de Damas, et de la grâce d’Elohîm qui accompagna ce miracle. Le caractère miraculeux des moyens par lesquels la conviction fut produite dans son esprit n’enlève rien de la pertinence de cela aux cas ordinaires. Par quelque moyen qu’Elohîm puisse être agréable à fixer la conviction de notre danger spirituel sur nos esprits, et à nous réveiller du long sommeil du péché, cette conviction doit précéder la véritable prière, et vient de l’influence de sa grâce rendant effectifs les moyens de conviction. Ainsi ce n’est pas la prière qui produit la conviction, mais la conviction qui donne naissance à la prière ; et si l’on suit la question dans ses stades subséquents, on aboutit au même résultat. Nous prions pour ce que nous sentons nous manquer ; c’est‑à‑dire pour quelque chose qui ne fait pas partie de nos possessions ; nous obtenons ceci soit par impartation d’Elohîm, vers qui nous élevons nos regards comme le seul Être capable d’accorder le bien demandé ; soit, selon cette théorie, nous l’obtenons par quelque efficacité morale attribuée à l’exercice de la prière pour l’opérer en nous. Or, la seconde hypothèse est en bien des cas manifestement absurde. Nous demandons le pardon des péchés, par exemple ; or il s’agit d’un acte d’Elohîm fait en notre faveur, tout à fait distinct d’un quelconque changement moral que la prière pourrait produire en nous, quelle que soit l’efficacité qu’on lui attribue ; car un tel changement ne pourrait être le pardon, celui‑ci devant procéder de la partie offensée. Nous demandons l’accroissement de la force spirituelle ; et la prière en est l’expression. Mais si elle comble ce besoin par sa propre efficacité morale, elle doit le combler proportionnellement à son intensité et à son ardeur ; intensité et ardeur qui ne peuvent être provoquées que par le degré où le besoin est senti, de sorte que le cas supposé est contradictoire et absurde, puisqu’il fait que le sentiment du besoin est proportionné au secours qui devrait l’atténuer ou l’enlever. Et s’il est allégué que la prière produit au moins en nous une aptitude à recevoir l’accroissement de force spirituelle, parce qu’elle est excitée par un sentiment de nos besoins, la réponse est que l’aptitude prétendue consiste en ce sentiment même du besoin qui doit être produit en nous par l’agence préalable de la grâce, ou nous ne prierions jamais pour des secours. En fait, il n’y a rien dans la prière simplement qui semble avoir une adaptation, comme instrument, pour produire un changement moral dans l’homme, bien qu’on suppose qu’elle soit employée par l’influence du Saint-Esprit. La parole d’Elohîm est proprement un instrument, parce qu’elle contient la doctrine que cet Esprit explique et applique, et les motifs de foi et d’obéissance qu’il imprime sur la conscience et les affections ; et quoique la prière amène ces vérités et ces motifs devant nous, on ne saurait proprement dire que la prière est l’instrument de notre régénération, puisque ce qui est ainsi amené par la prière à peser sur notre cas est la parole d’Elohîm elle‑même introduite dans nos prières, qui tire son unique influence à cet égard de cette circonstance. La prière simplement est l’application d’un être insuffisant à un être suffisant pour le bien que le premier ne peut autrement obtenir, et que le second seul peut fournir ; et comme cette provision dépend de la prière, et en est en quelque sorte la conséquence, on ne peut guère dire que la prière soit, au bon sens, l’instrument de la fourniture de nos besoins, ou de nous rendre propres à les recevoir, sinon relativement, comme une simple condition établie par le Donateur.

Si l’on doit s’enquérir de la raison de l’institution de la prière, et qu’on ne peut à peine la considérer comme une institution purement arbitraire, cette raison semble être la conservation dans les esprits des hommes d’un sens solennel et impressionnant de l’action d’Elohîm dans le monde, et de la dépendance de toutes les créatures envers lui. Des êtres parfaitement purs et glorifiés, n’étant plus en état de probation, et donc exposés à aucune tentation, peuvent ne pas avoir besoin de cette institution ; mais les hommes dans leur état déchu ont constamment tendance à oublier Elohîm ; à se reposer sur l’action des causes secondes ; et à bâtir sur une suffisance en eux-mêmes. C’est à la fois un refus à Elohîm de la gloire qu’il réclame de droit, et une illusion destructrice pour les créatures qui, en abandonnant Elohîm comme l’objet de leur confiance constante, s’appuient seulement sur des roseaux cassés, et tentent de boire à des citernes fendues qui ne retiennent point l’eau. Il est donc également en miséricorde envers nous, comme en ce qui concerne son propre honneur et sa reconnaissance, que l’Être divin ait subordonné tant de ses bénédictions, et celles de la plus haute nécessité pour nous, à l’exercice de la prière ; acte qui reconnaît son action incontrôlable, et la dépendance de toutes les créatures envers lui ; notre insuffisance et sa plénitude ; et jette les fondements de cette habitude de gratitude et d’action de grâces qui améliore nos sentiments et favorise une obéissance joyeuse à la volonté d’Elohîm. Et si cette raison de l’ordonnance de la prière n’est nulle part exprimée en termes aussi explicites, elle est un principe uniformément supposé comme fondement de tout le système religieux qu’elles ont révélé.

À ce devoir on a parfois opposé des objections auxquelles il convient au moins de jeter un coup d’œil. L’une a été fondée sur une prédestination supposée de toutes les choses qui arrivent ; et l’argument est que, comme cette prédétermination établie ne peut être changée, la prière, qui suppose qu’Elohîm se détournera d’elle, est vaine et inutile. La réponse qu’un prédestinarien pieux adresserait à cette objection est que l’argument tiré de la prédestination d’Elohîm s’applique avec la même force à tout autre effort humain qu’à la prière ; et que, comme la prédétermination d’Elohîm à donner la nourriture à l’homme ne rend pas inutile la culture de la terre, ainsi la prédestination des choses n’exclut pas la nécessité et l’efficacité de la prière. On objectera aussi que Elohîm a ordonné les moyens comme la fin ; et quoique il soit un Être immuable, il fait partie du système immuable qu’il a établi que la prière soit exaucée et acceptée. Ceux qui n’ont pas ces vues de la prédestination répondront différemment ; car si l’on admet les prémisses d’une prédestination telle que l’exige l’objection, et que l’on concède dans la réponse, la réponse devient insatisfaisante. Les Écritures représentent Elohîm, par exemple, comme ayant projeté d’infliger un jugement sur un individu ou une nation, dessein qui est souvent changé par la prière. Dans ce cas ou bien il faut nier le dessein d’Elohîm, et alors ses menaces se réduisent à des paroles sans signification ; ou bien il faut admettre le dessein ; auquel cas ou bien la prière enfreint la prédestination, si on la comprend absolument, ou bien elle est vaine et inutile. À une objection ainsi développée, il est clair qu’aucune réponse n’est donnée en disant que les moyens comme la fin sont prédestinés, puisque la prière dans de tels cas n’est pas un moyen vers la fin, mais un instrument pour la contrecarrer ; ou est un moyen pour une fin opposée à une autre fin, qui, si elle est également prédestinée avec la même absoluité, est contradictoire. La vraie réponse est que, quoique Elohîm ait absolument prédéterminé certaines choses, il y en a d’autres qui concernent son gouvernement d’agents libres et responsables, qu’il n’a que conditionnellement prédéterminées. La véritable immutabilité d’Elohîm consiste non pas dans son adhérence à ses desseins particuliers, mais dans le fait qu’il ne change jamais les principes de son administration ; et il peut donc, en parfaite conformité avec sa préordonation des choses et l’immuabilité de sa nature, vouloir faire, sous certaines conditions dépendant de l’action libre de l’homme, ce qu’il ne fera pas sous d’autres ; et cela, parce qu’une adhérence immuable aux principes d’un gouvernement sage, juste, et gracieux l’exige. La prière est dans les Écritures posée comme étant l’une de ces conditions ; et si Elohîm l’a établie comme l’un des principes de son gouvernement moral pour accepter la prière, dans chaque cas où il nous a donné autorité de demander, il ne s’est pas, soyez-en assuré, enlacé dans les liens d’une prédestination éternelle des événements particuliers, telle qu’elle réduirait la prière à une simple formule de mots, ou qu’il ne pourrait lui‑même, conformément à ses décrets, la répondre quand elle est encouragée par ses engagements expresses.

Une seconde objection est que, comme Elohîm est infiniment sage et bon, sa sagesse et sa justice le porteront à accorder ce qui nous convient sans que nous priions ; et si quelque chose n’est pas convenable, nous ne pouvons l’obtenir par la prière. À cela le Dr Paley répond fort bien que cela peut être conforme à la sagesse parfaite de donner ce que nos prières demandent, ce qu’il n’eût pas été convenable de nous donner sans que nous le demandassions. Ceci, indépendamment de la question de l’autorité des Écritures qui ordonnent explicitement la prière, est la meilleure réponse que l’on puisse donner à l’objection ; et il n’est pas sans poids pour la confirmer qu’il est évident pour tout homme réfléchi que le fait pour Elohîm de retenir des faveurs jusqu’à ce qu’on les lui ait demandées tend, comme l’observe le même écrivain, à encourager la dévotion parmi ses créatures raisonnables, et à maintenir et à répandre la connaissance et le sentiment de leur dépendance envers lui. Mais on objecte : Elohîm fera toujours ce qui est le mieux, de la perfection morale de sa nature, que nous priions ou non. Cette objection suppose cependant qu’il n’existe qu’une seule manière d’agir pour le mieux, et que la volonté divine est nécessairement déterminée à ce seul mode ; positions que, comme Paley l’observe, présument d’une connaissance de la nature universelle bien au‑delà de ce dont nous sommes capables. Il est en effet fort peu satisfaisant de dire : Elohîm fera toujours ce qui est le mieux ; car nous pouvons concevoir qu’il est capable en tous cas de faire ce qui serait encore meilleur pour la créature, et aussi que la créature est capable de recevoir de son infinie plénitude de plus en plus pour jamais. Tout ce qu’on peut dire rationnellement par une telle expression, c’est que, dans les circonstances du cas, Elohîm fera toujours ce qui est le plus conforme à sa sagesse, sa sainteté et sa bonté ; mais alors la disposition à prier, et l’acte de prier, ajoutent une nouvelle circonstance à chaque cas, et apportent souvent beaucoup d’autres circonstances nouvelles avec elles. Cela suppose humilité, contrition et confiance de la part de la créature ; et une reconnaissance du pouvoir et de la compassion d’Elohîm, et du mérite de l’expiation du Mashiah : toutes positions qui sont manifestement des circonstances nouvelles de la créature, lesquelles, suivant le principe même de l’objection rationnellement entendue, doivent être prises en compte.

Mais si l’efficacité de la prière à notre égard est admise, son influence sur le sort d’autrui est dite plus difficile à concevoir. Cela peut être concédé sans affecter en rien le devoir. Ceux qui se soumettent à l’autorité des Écritures verront que le devoir de prier pour nous-mêmes et pour les autres repose sur la même ordonnance divine ; et à ceux qui demandent la raison d’une telle intercession en faveur d’autrui, il suffit de répondre que, l’efficacité de la prière étant établie dans un cas, il y a la même raison de conclure que nos prières peuvent profiter aux autres qu’il y en a pour tout autre effort que nous pouvons employer. Ce n’est que par une ordonnance divine qu’une créature est rendue dépendante d’une autre pour quelque avantage, puisqu’il était sans doute dans la puissance du Créateur de rendre chacun indépendant de tous les autres sauf de lui seul. Quelle que fût donc la raison qui le conduisit à relier et entrelacer les intérêts d’un homme à la bienveillance d’un autre, ce sera la raison dominante de ce genre de dépendance mutuelle impliqué dans le bénéfice de la prière réciproque. Si ce n’était que la sympathie préalable, la charité et la bonne volonté, sont impliquées dans le devoir, et doivent en effet être cultivées pour y répondre et être fortifiées par lui, la sagesse et la bienveillance de l’institution seraient alors évidentes à tout esprit bien constitué. Que toute prière pour autrui doive procéder d’une connaissance moins parfaite d’eux que nous n’en avons de nous-mêmes est certain ; que toutes nos supplications doivent être, même dans notre propre esprit, plus conditionnelles que celles qui nous concernent personnellement, bien que beaucoup d’entre elles doivent être soumises aux principes d’une administration générale que nous n’apercevons que partiellement ; et que toutes les influences spirituelles sur autrui, quand elles sont l’objet de nos prières, seront comprises par nous comme sujettes au contrôle de leur libre volonté, doit aussi être concédé ; et ainsi, lorsque d’autres sont concernés, nos prières peuvent souvent être partiellement ou entièrement infructueuses. Celui qui croit les Écritures sera cependant encouragé par la déclaration que « la prière fervente et efficace d’un juste a une grande efficacité » pour ses semblables ; et celui qui exige quelque chose au‑delà d’une simple déclaration autoritaire, s’il ne peut nier que la prière est un des instruments par lesquels autrui peut être favorisé, doit reconnaître que, comme le don de conseils, elle peut être d’un grand service dans certains cas, quoique elle échoue dans d’autres ; et que, comme nul homme ne peut dire combien une bonne parole peut finalement influer sur un autre, ni souvent affirmer qu’elle a définitivement échoué, il en est de même de la prière. Il fait partie du plan divin, tel que révélé dans sa parole, de donner plusieurs bénédictions à l’homme indépendamment de ses propres prières, en laissant l’amélioration ultérieure de celles-ci à l’homme lui‑même. Elles sont données en honneur de l’intercession du Mashiah, grand Avocat de l’homme ; et elles sont données, subsidiairement, en acceptation des prières de l’Église du Mashiah et d’individus justes. Et lorsque quelques dévots, nombreux ou peu nombreux, deviennent ainsi les instruments du bien pour des communautés, ou pour des nations entières, il n’y a pas plus de mystère en cela que dans le fait évident que le bonheur ou le malheur de grandes masses d’hommes est souvent grandement affecté par la sagesse ou les erreurs, l’adresse ou l’incompétence, la bonne ou la mauvaise conduite, de quelques personnes, et souvent d’une seule.

PREACHING. — Prêcher, c’est discourir publiquement sur quelque sujet religieux. D’après les récits sacrés, dit Robert Robinson, nous apprenons que, lorsque les hommes commencèrent à s’associer dans le but d’adorer Elohîm, Énoch prophétisa, Jude 14–15. Nous avons un très court récit de ce prophète et de sa doctrine ; toutefois assez pour nous convaincre qu’il enseigna les vérités principales de la religion naturelle et révélée. La conviction du péché fut dans sa doctrine, et la communion avec Elohîm fut exemplifiée dans sa conduite, Gen. v, 24 ; Heb. xi, 5–6. Depuis les jours d’Énoch jusqu’au temps de Moïse, chaque patriarche adora Elohîm avec sa famille : probablement plusieurs se rassemblaient aux nouvelles lunes, et instruisaient alternativement tout le groupe. Noé, dit‑on, fut « un prédicateur de justice », 1 Pierre iii, 19–20 ; 2 Pierre ii, 5. Abraham commanda à sa maison de garder la voie du Seigneur et de pratiquer le droit et le jugement, Gen. xviii, 19 ; et Jacob, quand sa maison tomba dans l’idolâtrie, protesta contre elle et exhorta tous ceux qui étaient avec lui à rejeter les dieux étrangers et à monter avec lui à Béthel, Gen. xxxv, 2–3. Melchisédec également peut être considéré comme le père, le prêtre et le prince de son peuple, publiant la bonne nouvelle de la paix et du salut, Gen. xiv ; Heb. vii.

Moïse fut un prophète et prédicateur des plus éminents, suscité par l’autorité d’Elohîm, et par qui, dit‑on, la loi vint, Jean i, 17. Cet homme magnifique avait à cœur la promulgation de sa doctrine : il ordonna qu’elle fût inscrite sur des colonnes, transcrite en livres, et enseignée tant en public qu’en privé par la bouche, Deut. iv, 9 ; vi, 9 ; xvii, 18 ; xxvii, 8 ; xxxi, 19 ; Num. v, 23. Lui‑même donna l’exemple dans ces choses ; et comment lui et Aaron prêchèrent, on le voit par plusieurs parties de ses écrits. Le premier discours fut entendu avec une profonde révérence et attention ; le dernier fut prononcé et reçu avec des transports, Exod. iv, 31 ; Deut. xxxiii, 7–8, etc. Le prêche public ne paraît pas sous cette économie avoir été attaché au sacerdoce : les prêtres n’étaient pas prédicateurs officiels ; et nous avons d’innombrables exemples de discours prononcés en assemblée par des hommes d’autres tribus que celle de Lévi, Psaume lxviii, 11. Josué était d’Éphraïm ; mais, rempli de l’esprit de sagesse, il rassembla les tribus à Sichem et harangua le peuple d’Elohîm, Deut. xxxiv, 9 ; Josué xxiv. Salomon fut prince de la maison de Juda ; Amos, un berger de Tekoah ; pourtant les deux furent prédicateurs, et au moins l’un d’eux fut prophète, 1 Rois ii ; Amos vii, 14–15. Quand les notions païennes, les vices de la pratique et l’idolâtrie d’un culte prétendu furent, à certaines périodes malheureuses, incorporées dans la religion juive par les princes de la nation, les prophètes et tous les devins protestèrent contre cet apostasie ; et ils furent persécutés pour ce motif. Shémaïa prêcha à Roboam, aux princes et à tout le peuple à Jérusalem, 2 Chron. xii, 5 ; Azarias et Hanani prêchèrent à Asaph et à son armée, 2 Chron. xv, 1 ; xvi, 7 ; Micaïa, à Ahab. Quelques‑uns ouvrirent des écoles, ou des maisons d’instruction ; et là ils enseignèrent à leurs disciples la religion pure de Moïse. À Naïoth, dans les faubourgs de Rama, il y en eut une où Samuel demeurait ; et il y en avait une à Jéricho, et une troisième à Béthel, auxquelles Élie et Élisée se retiraient souvent. Le peuple y allait les jours de sabbat et aux nouvelles lunes, et recevait des leçons publiques de piété et de morale, 1 Sam. xix, 18 ; 2 Rois ii, 2 ; v, 2–3. Durant toute cette période toutefois il subsista une funeste confusion de l’ordonnance utile du prêche public. Parfois ils n’eurent aucune vision ouverte, et la parole du Seigneur était rare ; le peuple ne l’entendait que de temps à autre. À d’autres moments ils furent privés d’un prêtre enseignant et d’une loi. Et à d’autres saisons encore, des itinérants, princes, prêtres et Lévites, furent envoyés à travers tout le pays pour porter le livre de la loi et enseigner dans les villes. En un mot, la prédication fleurit quand la religion pure croissait ; et quand celle‑ci déclinait, la prédication était supprimée. Moïse n’avait pas réservé la prédication à un ordre d’hommes : personnes, lieux, temps et manières restèrent ouverts et discrétionnaires. Plusieurs discours furent prêchés dans les camps et cours, dans les rues, écoles, villes, villages ; parfois avec grand calme et mesure ; d’autres fois avec action véhémente et énergie extatique ; parfois dans un style simple et brusque ; d’autres fois dans tout l’appareil magnifique de l’allégorie orientale. En certaines occasions, les orateurs parurent en public avec signes visibles, avec instruments de guerre, avec des jougs d’esclavage, ou quelque chose adapté à leur sujet. Ils donnaient des leçons sur ceux‑ci, les montraient, les ceignaient, les brisaient, se déchiraient les vêtements, se roulaient dans la poussière, et s’efforçaient, par tous les moyens qu’ils pouvaient imaginer, conformément aux coutumes de leur pays, d’imprimer aux esprits de leurs auditeurs la nature et l’importance de leurs doctrines. Ces hommes étaient fort estimés par la partie pieuse de la nation ; et les princes eurent soin souvent de garder des voyants et autres scribes qui lisaient et expliquaient la loi, 2 Chron. xxxiv, 29–30 ; xxxv, 15. D’où abondèrent les faux prophètes, hommes mauvais qui trouvaient avantage à se prétendre bons et affluaient aux cours des princes. Jézabel, idolâtre, avait quatre cents prophètes de Baal ; et Achab, prétendu adorateur de YHWH, avait autant de faux prophètes à sa propre dévotion, 2 Chron. xviii, 5.

Quand les Juifs furent emmenés captifs à Babylone, les prophètes qui furent avec eux inculquèrent les principes de la religion et s’efforcèrent d’imprimer en eux l’aversion pour l’idolâtrie ; et au succès de la prédication nous pouvons attribuer la reconversion des Juifs à la croyance et à l’adoration du Dieu unique ; une conversion qui subsiste jusqu’à ce jour. Les Juifs ont depuis commis des crimes épouvantables ; mais ils ne sont jamais retombés, depuis cette époque, dans l’idolâtrie grossière, Osée ii–iii ; Ézéch. ii–iii, xxxiv. Il n’en manqua cependant pas un grand nombre de faux prophètes parmi eux, dont les caractères sont vivement dépeints par les vrais prophètes, voir Ézéch. xiii ; Isa. lvi ; Jér. xxiii. Quand les soixante‑dix années de captivité expirèrent, les bons prophètes et prédicateurs, Zorobabel, Josué, Aggée et d’autres, ayant confiance en la parole d’Elohîm et désirant récupérer leurs droits naturels, civils et religieux, s’efforcèrent par tous les moyens de tirer eux‑mêmes et leurs compatriotes de cet état humiliant où les crimes de leurs ancêtres les avaient plongés. Ils pleurèrent, jeûnèrent, prièrent, prêchèrent, prophétisèrent, et finirent par l’emporter. Les principaux instruments furent Néhémie et Esdras ; le premier fut gouverneur et reforma l’état civil ; le second fut scribe de la loi du Dieu des cieux, et s’appliqua aux affaires ecclésiastiques, où il rendit le plus noble service à son pays et à la postérité. Il rassembla et collationna des manuscrits des écrits sacrés, et arrangea et publia les livres du canon sacré dans leur forme présente. À cela il ajouta une seconde œuvre, aussi nécessaire que la première : il revisa et remodela l’enseignement public et en donna l’exemple en sa propre personne. Les Juifs avaient presque perdu, pendant les soixante‑dix ans de captivité, leur langue originelle ; elle était devenue morte ; et ils parlaient un jargon composé de leur langue et de celle des Chaldéens et d’autres nations avec lesquelles ils s’étaient mêlés. Auparavant les prédicateurs n’expliquaient que des sujets ; désormais ils furent obligés d’expliquer des mots ; des mots qui, dans le code sacré, étaient devenus obsolètes, équivoques ou morts. On ouvrit des maisons non pour le culte cérémoniel, car le sacrifice était réservé au temple, mais pour l’instruction morale et religieuse, pour la prière, la prédication, la lecture de la loi, le culte divin et les devoirs sociaux. Ces maisons furent appelées synagogues : le peuple s’y rendait pour la prière du matin et du soir ; et aux sabbats et fêtes la loi y était lue et expliquée. Nous avons une brève mais belle description de la manière dont Esdras prêcha la première fois, Néh. viii. Plus de cinquante mille personnes se rassemblèrent dans une rue, ou large place, près de la porte de l’eau. C’était tôt le matin d’un jour de sabbat. Une chaire de bois, en forme d’une petite tour, fut placée là exprès pour le prédicateur ; et cette tourelle était soutenue par une estrade, ou galerie temporaire, où, dans une aile à droite de la chaire, siégeaient six des principaux prédicateurs ; et dans une autre à gauche, sept. Treize autres maîtres principaux et plusieurs Lévites étaient aussi présents, sur des échafaudages élevés pour la circonstance, pour officier alternativement. Quand Esdras monta en chaire, il présenta et ouvrit le livre de la loi, et toute la congrégation se leva aussitôt de ses sièges et resta debout. Alors il offrit la prière et le culte à Elohîm. Le peuple, inclinant la tête et adorant le Seigneur la face contre terre ; et à la clôture de la prière, les mains levées, ils prononcèrent solennellement : « Amen ! Amen ! » Puis, tous debout, Esdras, assisté quelquefois par les Lévites, lut distinctement la loi, en donna le sens et fit comprendre la lecture. Les sermons ainsi délivrés affectèrent tellement les auditeurs qu’ils pleurèrent abondamment ; et vers midi la douleur devint si excessive et incommensurable qu’il fut jugé nécessaire par le gouverneur, le prédicateur et les Lévites de la modérer. « Allez chez vous », leur dirent‑ils, « mangez la graisse, et buvez le doux ; envoyez des portions à ceux pour qui rien n’est préparé. » Les sentimens sages et bienveillants de ces nobles âmes furent communiqués à toute la congrégation, et cinquante mille cœurs troublés furent apaisés en un instant. Ils rentrèrent chez eux pour manger, boire, partager et se réjouir, parce qu’ils avaient compris les paroles qui leur avaient été déclarées. Platon vivait alors, enseignant une philosophie ennuyeuse à des académies froides ; mais que fut‑il, et que furent Xénophon ou Démosthène ou aucun des orateurs païens, en comparaison de ces hommes ? De cette époque à l’apparition de Yéhoshoua (Jésus) Mashiah (Christ), la prédication publique fut universelle ; les synagogues se multiplièrent, des foules se rendirent aux assemblées, et des anciens et dirigeants furent nommés pour l’ordre et l’instruction.

Le prédicateur le plus célébré qui se leva avant l’apparition du Mashiah fut Jean le Baptiste. Il fut commissionné du ciel pour être le précurseur du Mashiah. Ses sujets furent peu nombreux, simples et importants. Son style était véhément, ses images hardies, sa tenue solennelle, son action fervente et sa morale stricte. Mais cet astre matinal brillant céda la place au lumineux Soleil de Justice, qui se leva sur un monde ténébreux. Yéhoshoua Mashiah fut assurément le Prince des maîtres. Qui ne pourrait admirer la simplicité et la majesté de son style, la beauté de ses images, l’alternance de douceur et de sévérité de son adresse, le choix de ses sujets, la grâce de sa tenue et l’infatigable ardeur de son zèle ? Que le lecteur se charme et se console à l’étude et à la contemplation du caractère, de l’excellence et de la dignité de ce divin maître, tels qu’ils sont dépeints par les évangélistes.

Les Apôtres imitèrent leur divin Maître. Ils formèrent des multitudes de sociétés religieuses et eurent un grand succès dans leurs travaux. Ils concentrèrent leur attention sur la religion et laissèrent les écoles aux disputes et les politiciens aux intrigues. Les doctrines qu’ils prêchaient, ils les soutenaient entièrement par la preuve ; et ni le secours des lois humaines ni la politique du monde, ni l’éloquence des écoles ni la terreur des armes ne leur furent nécessaires.

Après la mort des Apôtres, tout arriva comme ils l’avaient prédit ; le système chrétien tout entier, avec le temps, subit une misérable modification ; la prédication partagea le sort des autres institutions, et la gloire de l’Église primitive déclina graduellement. Les écrivains que nous appelons les pères, cependant, tenus par quelques‑uns pour des modèles d’imitation, ne méritent pas cet éloge indiscriminé qu’on leur accorde. Le christianisme s’y trouve certes ; mais combien tristement mêlé à la philosophie païenne et à l’allégorie juive ! Il faut admettre toutefois qu’en général la simplicité du christianisme se maintint, quoique sous déclin progressif, durant les trois premiers siècles. Les cinq siècles suivants produisirent de nombreux prédicateurs pieux et excellents, tant dans l’Église latine que dans l’Église grecque, quoique la doctrine continuât à dégénérer. La chaire grecque fut ornée de quelques orateurs éloquents. Basile, évêque de Césarée, Jean Chrysostome, prédicateur d’Antioche et ensuite appelé patriarche de Constantinople, et Grégoire de Nazianze, qui fleurirent tous au quatrième siècle, semblent avoir donné le ton de la prédication dans l’Église grecque ; Jérôme et Augustin firent de même dans l’Église latine. Les premiers prédicateurs différaient beaucoup dans leur action de chaire ; la plupart usaient de gestes mesurés et sobres. Ils prononçaient leurs sermons tous extempore, tandis qu’il y avait des notaires qui prenaient note de leurs paroles. Les sermons se faisaient alors dans la langue vulgaire : les Grecs prêchaient en grec, les Latins en latin. Ils ne prêchaient pas à heure fixe, pour ainsi dire, mais étaient longs ou courts selon l’occasion ; cependant une heure était la durée habituelle. Les sermons étaient généralement prêchés et entendus debout ; mais parfois l’orateur et les auditeurs restaient assis, surtout les âgés et infirmes. Les pères étaient friands d’allégorie ; car Origène, cet inépuisable allégoriste, leur avait donné l’exemple. Avant la prédication, le prédicateur allait ordinairement en sacristie pour prier, puis recevait ceux qui venaient le saluer. Il priait les yeux fermés en chaire. Le premier mot que l’orateur adressait au peuple en montant en chaire était : « Paix soit avec vous », ou : « La grâce de notre Seigneur Yéhoshoua, l’amour d’Elohîm, et la communion du Saint-Esprit soient avec vous tous » ; à quoi l’assemblée répondait d’abord : « Amen », et plus tard elle reprit : « Et avec ton esprit. » Dégénérées toutefois que furent ces époques, en comparaison de celles des Apôtres, elles furent cependant des âges d’or en comparaison des temps qui suivirent, lorsque le raisonnement métaphysique, la divinité mystique, oui, les catégories aristotéliciennes, et la lecture des vies des saints, furent substitués aux sermons. La chaire devint une scène où des prêtres ridicules obtenaient le rire populaire par le genre le plus bas d’esprit, surtout aux fêtes de Noël et de Pâques.

Mais la glorieuse Réformation fut l’enfant de la prédication, par laquelle l’humanité fut réformée ; il y eut une règle, et la religion du temps fut mise à l’épreuve par elle. L’avidité du peuple pour lire les Écritures et les entendre expliquées fut merveilleuse ; et les papistes furent si pleinement convaincus des bienfaits d’un enseignement public fréquent que ceux qui étaient justement appelés prélats sans prédication, et dont les chaire, pour reprendre une expression de Latimer, avaient été « des cloches sans battants » pendant de longues années, furent obligés, par honte, de rétablir la prédication régulière. L’Église de Rome a produit quelques grands prédicateurs depuis la Réformation, mais aucun n’égale les prédicateurs réformés. Et une question se présente ici naturellement, qu’il serait impardonnable d’omettre : quel fut l’effet singulier de la prédication des réformateurs, qui produisit une réforme générale, nationale, universelle. Dans les sombres temps de la papauté il surgit parfois des prédicateurs populaires fameux, qui s’élevèrent avec zèle contre les vices du temps et dont les sermons eurent des effets soudains et étonnants sur leurs auditeurs ; mais tous ces effets moururent avec les prédicateurs qui les avaient produits, et tout retomba dans l’état ancien. Le droit, les lettres, le commerce, la société en général ne s’en trouvèrent pas améliorés durablement. Ici s’ouvre une nouvelle scène ; surgissent des prédicateurs moins populaires, peut‑être moins infatigables et exemplaires ; leurs sermons produisent moins d’effets immédiats et frappants ; et cependant leurs auditeurs s’en vont et conviennent par nations entières de se réformer. Jérôme Savonarole, Jérôme Narni, Capistran, Conncte, et bien d’autres, eurent produit par leurs sermons de grands effets immédiats. Quand Conncte prêchait, les dames abaissaient leurs coiffes et jetèrent par centaines des chapeaux à plumes au feu. Quand Narni prêchait à Rome pendant le carême, la moitié de la ville sortit de ses sermons en criant dans les rues : « Seigneur, aie pitié de nous », si bien que dans une seule semaine de la Passion on vendit pour deux mille couronnes de cordes pour faire des flagellations ; et quand il prêcha devant le pape aux cardinaux et évêques en peignant le péché de non résidence dans ses propres couleurs, il épouvanta trente ou quarante évêques qui l’entendirent, et fit retourner chez eux leurs diocèses. Dans la chaire de l’université de Salamanque il engagea huit cents étudiants à abandonner toute perspective mondaine d’honneur, de richesses et de plaisirs, et à devenir pénitents dans divers monastères. Nous connaissons le sort de Savonarole, et d’autres pourraient être ajoutés ; mais tous déplorèrent la brièveté des effets produits par leurs travaux. Narni lui‑même se lassa si fort de sa charge qu’il renonça à la prédication et se retira en sa cellule pour pleurer ses contemporains irrécupérables ; car les évêques revinrent à la cour et les fabricants de cordes demeurèrent au chômage.

Nos réformateurs enseignèrent toutes les bonnes doctrines que ces hommes avaient prêchées, et ils en ajoutèrent deux ou trois autres, par lesquelles ils taillèrent dans la racine de l’apostasie et produisirent la réforme générale. Au lieu d’invoquer les papes et les canons, les fondateurs et les pères, ils les citaient seulement et renvoyaient leurs auditeurs aux Saintes Écritures pour loi. Léon X ne comprenait pas cela quand il dit à Prierio, qui se plaignit de l’hérésie de Luther : « Frère Martin a un beau génie. » Ils enseignèrent aussi au peuple ce qu’il savait peu sur la liberté chrétienne ; et ainsi ils le conduisirent à croire qu’il pouvait suivre ses propres idées en religion, sans le consentement d’un confesseur, d’un diocésain, d’un pape ou d’un concile. Ils allèrent plus loin et mirent l’accent de toute religion sur la foi justifiante.

Depuis les réformateurs nous avons eu des multitudes qui se sont ralliées à leurs vues avec désintéressement et succès ; et de nos jours, tant dans l’Église que dans d’autres sociétés religieuses, des noms pourraient être cités qui honoreraient n’importe quelle nation ; car bien qu’il y ait trop de ceux qui n’occupent pas cette importante charge avec la piété et les talents proportionnés, nous avons cependant des hommes qui se distinguent par l’étendue de leur savoir, la profondeur de leur expérience, l’originalité de leur pensée, l’ardeur de leur zèle, la cohérence de leur conduite et leur grande utilité dans l’Église chrétienne.

L’esquisse précédente montrera quelle force puissante la prédication a eue en tous âges pour élever, maintenir et ranimer l’esprit de la religion. Partout où elle a exercé ce pouvoir, qu’il soit toutefois remarqué qu’il a consisté dans la proclamation de la vérité d’Elohîm, telle qu’elle est contenue dans ses premières révélations à l’homme, puis incarnée dans les Saintes Écritures. L’effet a été produit aussi par des prédicateurs eux‑mêmes vivant sous l’influence de cette vérité, et remplis de foi et du Saint-Esprit, dépendant entièrement de la bénédiction d’Elohîm pour le succès, et partant en son nom, avec un ardent désir de gagner des âmes et d’édifier l’Église en connaissance et en sainteté. Car la prédication n’est pas une profession ; mais l’œuvre d’une institution divine, qui ne peut être correctement remplie que par celui qui reçoit une commission d’Elohîm et la remplit comme sous son regard, et dans la dépendance de sa promesse : « Voici, je suis avec vous tous les jours. »

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Source

Richard Watson, A Biblical and Theological Dictionary (1832), domaine public ; traduction française À l'ombre du figuier.