Définition dans Watson
Licorne
UNICORN
ראם, Nombres xxiii, 22; xxiv, 8; Deutéronome xxxiii, 17; Job xxxix, 9–10; Psaume xxii, 21; xxix, 6; xcii, 10; Isaïe xxxiv, 7. Dans chacun de ces passages il est rendu dans la Septante μονόκερως, sauf dans Isaïe, où il est ἁδροὶ, «les grands ou les puissants». Barrow, dans ses «Travels in Southern Africa», a donné un dessin de la tête de l’unicorne, «une bête avec une seule corne sortant du front»; accompagné de détails qui, selon lui, offrent de forts arguments en faveur de l’existence de pareils animaux dans le pays des Bosjesmans. Il observe que cette créature est représentée comme un «animal à ongles pleins ressemblant à un cheval, au corps élégamment formé, marqué des épaules aux flancs par des bandes longitudinales». Cependant il reconnaît que l’animal auquel l’écrivain du livre de Job, qui n’était pas un médiocre naturaliste, fait une allusion poétique, a été supposé, avec grande plausibilité, être le rhinocéros mono-cornu; et que Moïse voulait très probablement aussi désigner le rhinocéros lorsqu’il mentionne l’unicorne comme ayant la force d’Elohîm.
«Il y a deux animaux», dit Bruce, «nommés fréquemment dans l’Écriture, sans que les naturalistes s’accordent sur ce qu’ils sont. L’un est le behemoth, l’autre le reem; tous deux mentionnés comme types de force, courage et indépendance à l’égard de l’homme; et, en tant que tels, exemptés du lot ordinaire des bêtes, d’être soumis par lui ou réduits sous sa domination. Le behemoth, donc, je le prends pour l’éléphant; son histoire est bien connue, et mon seul objet est le reem, que je suppose être le rhinocéros. La dérivation de ce mot, tant en hébreu qu’en éthiopien, semble provenir de l’érectitude, ou du fait de se tenir droit. Ce n’est certes pas une qualité particulière de l’animal lui‑même, qui n’est pas plus, ni même autant dressé que beaucoup d’autres quadrupèdes, car ses genoux sont plutôt courbés; mais elle tient à la circonstance et à la manière dont sa corne est placée. Les cornes de tous les autres animaux s’inclinent dans un certain degré de parallélisme avec le nez, ou os frontis. La corne du rhinocéros seule est droite et perpendiculaire à cet os, sur lequel elle se tient à angle droit; possédant ainsi une prise ou une puissance plus grande, comme levier, que n’en pourrait avoir aucune corne placée autrement. Cette situation de la corne est très heureusement toutignalée dans les écrits sacrés: ‘‘Tu relèveras ma corne comme la corne d’un reem,’’ Psaume xcii, 10. Et la corne ici allusive n’est pas entièrement figurative, mais était réellement un ornement porté par de grands hommes aux jours de victoire, d’avancement ou de réjouissance, lorsqu’ils étaient oints d’huile nouvelle, douce, ou fraîche; circonstance que David joint à celle d’élever la corne. Balaam, prêtre de Madian, et donc voisin des lieux habités par le rhinocéros, et intimement lié à l’Éthiopie, car eux-mêmes étaient bergers de ce pays, dans un transport, contemplant la force d’Israël, qu’il était amené à maudire, dit qu’ils avaient comme la force du reem, Nombres xxiii, 22. Job, xxxix, 9–10, fait souvent allusion à sa grande force, sa férocité et son indocilité. Isaïe, xxxiv, 7, qui de tous les prophètes paraît avoir connu l’Égypte et l’Éthiopie le mieux, prophétisant sur la destruction d’Édom, dit que le reem descendra avec le gros bétail: preuve qu’il connaissait que son habitation était dans les parages. De même que, prophétisant la désolation de l’Égypte, il mentionne, comme un moyen d’y parvenir, l’amener la mouche d’Éthiopie, Isaïe vii, 18–19, pour rencontrer le bétail dans le désert et parmi les broussailles et le détruire là, où cet insecte n’accourait ordinairement que sur commandement, Exode viii, 22, et où le bétail fuyait chaque année pour se sauver de cet insecte.
«Le rhinocéros en guèze est appelé arwé harish, et en amharique auraris, noms qui signifient tous deux le grand animal sauvage à la corne. Cela semble appliqué à l’espèce qui n’avait qu’une corne. Le texte éthiopique rend le mot reem par arwe harish, et la Septante le traduit μονόκερως, ou unicorne. Si le rhinocéros abyssin avait invariablement deux cornes, il me semble improbable que la Septante l’eût appelé μονόκερως, surtout qu’ils devaient avoir vu un tel animal exposé à Alexandrie de leur temps, lors de son premier mention en histoire, à une exhibition donnée à Ptolémée Philadelphe, à son avènement au trône, avant la mort de son père. La raison principale de traduire le mot reem par unicorn, et non rhinoceros, vient d’un préjugé qu’il ne doit avoir qu’une corne. Mais ceci n’est nullement si bien fondé qu’on puisse l’admettre comme seul argument pour établir l’existence d’un animal qui n’est jamais apparu après tant d’âges de recherches. L’Écriture parle des cornes de l’unicorne, Deutéronome xxxiii, 17; Psaume xxii, 21; de sorte que même de cette circonstance le reem peut être le rhinocéros comme le rhinocéros peut être l’unicorne.»
Dans le livre de Job, xxxix, 9–10, le reem est représenté comme un animal ingérable qui, bien que possédant une force suffisante pour le travail, refuse sternement et avec ténacité de ployer son cou sous le joug.
Le reem se soumettra‑t‑il pour te servir? S’attendrira‑t‑il, pour sûr, à ta mangeoire? L’attacheras‑tu avec des harnais au sillon? Fera‑t‑il valoir pour toi les vallées? Te fieras‑tu à lui pour sa grande force, Et lui confieras‑tu ton ouvrage? Lui confieras‑tu qu’il rapporte ton grain, Et qu’il récolte ta moisson?
Le rhinocéros, en taille, n’est dépassé que par l’éléphant; et en force et puissance il n’est inférieur à aucune autre créature. Il mesure au moins douze pieds de longueur, de l’extrémité du museau à l’insertion de la queue; six ou sept pieds de hauteur, et la circonférence du corps est presque égale à sa longueur. Il se distingue particulièrement de l’éléphant et de tous les autres animaux par l’arme remarquable et offensante qu’il porte sur le nez. C’est une corne très dure, pleine tout du long, dirigée en avant, et qui a été vue de quatre pieds de longueur. M. Browne, dans ses Voyages, dit que les Arabes appellent le rhinocéros abu‑kurn, «père de la corne unique». Le rhinocéros est très nuisible par les prodigieuses dévastations qu’il fait dans les champs. Cette circonstance illustre particulièrement le passage de Job. Au lieu de se fier à lui pour rapporter le grain, le laboureur cherchera à empêcher son entrée dans les champs et à entraver ses ravages destructeurs. Dans une note sur ce passage, M. Good dit: «Le reem original, par tous les anciens traducteurs rendu rhinocéros ou unicorn, est, pour quelques modernes, supposé être le bubalus, le bison ou l’oryx. Il ne peut y avoir de doute que rhinocéros soit le terme propre; car cet animal est universellement connu en Arabie sous le nom de reem jusqu’à nos jours.» Le rhinocéros, quoique second par la taille, en docilité et ingéniosité est bien inférieur à l’éléphant, et n’a jamais été domestiqué au point d’assister les travaux des hommes, ni d’apparaître dans les rangs de la guerre. Le rhinocéros est parfaitement indocile et intractable, quoique ni féroce ni carnivore. Il est parmi les grands animaux ce que le porc est parmi les plus petits, brutal et insensible; aimant se vautrer dans la boue, et se complaisant dans des situations humides et marécageuses, près des bords des rivières. Il est toutefois de tempérament pacifique; et, comme il se nourrit de végétaux, a peu d’occasions de conflit. Il ne trouble ni ne craint les plus petits ni les plus grands bêtes de la forêt, mais vit en bon voisinage avec tous. Il subsiste principalement de grandes plantes succulentes, d’arbustes épineux et de rameaux d’arbres; et vit jusqu’à soixante‑dix ou quatre‑vingts ans.
