Définition dans Watson

Apôtre

APOSTLE

ἀπόϛολος, un des douze disciples de Yéhoshoua (Jésus) Mashiah (Christ), commis par lui pour prêcher son Évangile, et le propager dans toutes les parties de la terre. Le mot signifie à l’origine une personne déléguée ou envoyée ; de ἀποϛέλλω, mitto ; dans ce sens il se rencontre chez Hérodote et d’autres auteurs profanes. D’où, dans le Nouveau Testament, le terme s’applique à diverses sortes de délégués ; et aux douze disciples par façon d’excellence. Ils furent limités au nombre de douze, en allusion aux douze tribus d’Israël. Voir Matth. xix, 28 ; Luc xxii, 30 ; Apoc. xxi, 12–14 ; et comparer Exod. xxiv, 4 ; Deut. i, 23 ; et Jos. iv, 2, 3. En conséquence on prit soin, à la mort de Judas, d’en choisir un autre pour compléter le nombre, Actes i, 21, 22, 26. De la première élection et de la mission des douze Apôtres nous avons un récit, Luc vi, 13, s.; Matth. x, 1, s. Ayant choisi et constitué douze personnes sous le nom d’Apôtres, notre bienheureux Seigneur jugea qu’il convenait qu’ils demeurassent quelque temps continuellement avec lui, non seulement pour assister à son ministère public, mais pour jouir du bienfait de sa conversation privée, afin qu’il pût mieux les pourvoir pour la grande œuvre à laquelle ils devaient être employés ; et qu’enfin, après une préparation convenable, il pût, avec plus d’avantage, les envoyer prêcher son Évangile, et ainsi faire place à ses propres voyages dans quelques contrées plus lointaines où il n’avait pas encore été ; et, pour leur permettre d’exécuter cela plus efficacement, il les dota du pouvoir d’opérer des miracles, de guérir les maladies et d’expulser les démons. Vers le commencement de la troisième année de son ministère, selon le récit commun de sa durée, il les envoya deux à deux, afin qu’ils pussent s’assister mutuellement dans leur œuvre ; et il leur commanda de restreindre leur enseignement et leurs services au peuple d’Israël, et d’éviter d’aller aux Gentils ou aux Samaritains ; de déclarer l’approche du royaume des cieux et l’établissement de la dispensation évangélique ; d’exercer gratuitement les pouvoirs miraculeux dont ils avaient été dotés ; et de dépendre pour leur subsistance de la providence d’Elohîm et des donations de ceux à qui ils ministerent. Leurs noms furent : Simon Pierre ; André, son frère ; Jacques le majeur, fils de Zébédée ; et Jean, son frère, qui était le disciple bien‑aimé ; Philippe de Bethsaïda ; Barthélemy ; Thomas, appelé Didyme, comme ayant un frère jumeau ; Matthieu ou Lévi, qui avait été publicain ; Jacques, fils d’Alphée, appelé Jacques le mineur ; Lébbée, surnommé Thaddée, et qui fut aussi appelé Judas ou Jude, frère de Jacques ; Simon le Cananite, ainsi nommé, comme quelques‑uns l’ont supposé, parce qu’il était natif de Cana, ou, comme le pense le Dr. Hammond, du mot hébreu קנא, signifiant la même chose que Zelotes, ou le Zélote, nom qui lui fut donné en raison d’avoir professé auparavant un zèle distingué pour la loi ; et Judas Iscariote, ou homme de Carioth, Jos. xv, 25, qui le trahit ensuite, et se donna ensuite la mort par des mains violentes. De ces derniers, Simon, André, Jacques le majeur et Jean étaient pêcheurs ; Matthieu et Jacques, fils d’Alphée, étaient publicains ; et les six autres étaient probablement pêcheurs, bien que leur occupation ne soit pas distinctement spécifiée.

Après la résurrection de notre Sauveur, et peu de temps avant son ascension, la place de Judas le traître fut pourvue par Matthias, que quelques‑uns supposent avoir été Nathanaël de Galilée, à qui notre Seigneur avait donné le caractère distinctif d’un « Israélite en vérité, en qui il n’y avait point de fraude » ; et les douze Apôtres, dont le nombre fut désormais complété, reçurent une nouvelle commission, d’une nature plus étendue que la première, pour prêcher l’Évangile à toutes les nations, et pour être témoins de Mashiah, non seulement à Jérusalem, dans toute la Judée, et en Samarie, mais jusqu’aux extrémités de la terre ; et ils furent qualifiés pour l’exécution de leur office par une abondante effusion de pouvoirs miraculeux et de dons spirituels, et notamment le don des langues. En conséquence de cette commission, ils prêchèrent d’abord aux Juifs, puis aux Samaritains, et ensuite aux Gentils idolâtres. Leur succès remarquable à Jérusalem, où ils ouvrirent leur commission, alarma le sanhédrin juif, devant lequel Pierre et Jean furent cités, et duquel ils reçurent un strict défendu de n’enseigner désormais ni publiquement ni privé, au nom de Yéhoshoua de Nazareth. La noble réponse et la conduite subséquente des Apôtres sont bien connues. Ce tribunal des Juifs fut si effrayé et irrité qu’il ourdit la mort des douze Apôtres comme la seule mesure efficace pour empêcher la propagation ultérieure du christianisme. Gamaliel intervint par son conseil prudent et modéré ; et son discours produisit si bon effet sur le sanhédrin que, au lieu de mettre Pierre et Jean à mort, ils les flagellèrent, renouvelèrent leurs injonctions et menaces, puis les renvoyèrent. Les Apôtres, cependant, ne furent ni découragés ni retenus ; ils regardèrent comme un honneur de souffrir de telles indignités, en signe de leur affection pour leur Maître et de leur zèle pour sa cause ; et ils persistèrent à prêcher chaque jour dans les enceintes du temple et en d’autres lieux que Yéhoshoua de Nazareth était le Mashiah promis et si longtemps attendu. Leur doctrine se répandit, et le nombre de convertis à Jérusalem augmenta sans cesse. Pendant la violente persécution qui fit rage à Jérusalem, peu après le martyre de St. Étienne, plusieurs des hommes principaux parmi les chrétiens furent dispersés ; quelques‑uns d’entre eux voyagèrent à travers les régions de la Judée et de la Samarie, et d’autres allèrent à Damas, en Phénicie, dans l’île de Chypre, et dans diverses parties de la Syrie ; mais les douze Apôtres demeurèrent, avec une fermeté intrépide, à Jérusalem, déclarant ouvertement leur attachement à l’intérêt persécuté de Mashiah, et se concertant sur la meilleure manière de pourvoir aux exigences de l’Église dans son état infantile et opprimé.

Lorsque les Apôtres, durant leur séjour à Jérusalem, apprirent que plusieurs Samaritains avaient embrassé l’Évangile, Pierre et Jean furent députés pour leur conférer le don du Saint‑Esprit ; car aux Apôtres appartenait la prérogative de conférer à d’autres des dons spirituels et des pouvoirs miraculeux. Dans leur retour à Jérusalem depuis la ville de Samarie, ils prêchèrent l’Évangile dans plusieurs villages samaritains. La manière dont il fut envoyé en Éthiopie, par la conversion de l’eunuque qui était trésorier en chef de Candace, reine du pays, est rapportée en Actes viii, 26, s. Après que la religion chrétienne eut été plantée à Jérusalem, en Judée et en Samarie, et envoyée en Éthiopie, l’une des extrémités de la terre, Actes i, 8 ; et après qu’elle eut été prêchée pendant environ huit ans aux seuls Juifs, Elohîm, dans sa sage et miséricordieuse providence, disposa les choses pour qu’elle fût prêchée parmi les Gentils. Césarée fut la scène où l’Apôtre Pierre devait ouvrir sa commission à cet effet ; et Corneille, l’un des Gentils dévots et un homme distingué par sa piété et sa charité, fut le premier prosélyte au christianisme. Après que Pierre eut jeté les fondements d’une Église chrétienne parmi les Gentils dévots, d’autres imitèrent son exemple, et un grand nombre de personnes de cette description embrassèrent la foi chrétienne, principalement à Antioche, où les disciples, que leurs ennemis avaient jusque‑là appelés Galiléens, Nazôréens, et autres noms de reproche, et qui, parmi eux, avaient été appelés « disciples », « croyants », « l’Église », « les saints » et « les frères », furent dénommés, probablement non sans une direction divine, Chrétiens.

Quand le christianisme eut été prêché pendant environ huit ans parmi les seuls Juifs, et pendant environ trois ans de plus parmi les Juifs et les Gentils dévots, l’étape suivante de sa progression fut vers les Gentils idolâtres, dans l’année de Mashiah 44, et la quatrième année de l’empereur Claude. Barnabas et Saul furent choisis pour ce dessein et constitués d’une manière extraordinaire Apôtres des Gentils, ou des incirconcis. Barnabas était probablement un ancien du premier rang ; il avait vu Mashiah en chair, avait été un témoin oculaire de sa résurrection après sa crucifixion, et avait reçu le Saint‑Esprit le jour de la Pentecôte, étant un des cent vingt. Saul aussi, depuis sa conversion, avait prêché comme un prophète supérieur, environ sept ans aux Juifs seulement, et environ deux ans de plus aux Juifs et aux Gentils dévots. Ils avaient tous deux été nés dans des pays gentils ; et l’on peut supposer qu’ils portaient plus de respect et d’affection aux Gentils que la plupart des Juifs, qui étaient natifs de la Judée. Saul avait été converti, et avait jusque‑là prêché principalement sur le sol des Gentils ; et il s’était uni à Barnabas pour enseigner des Gentils dévots pendant une année entière à Antioche en Syrie ; par toutes ces étapes préalables ils furent régulièrement conduits à la dernière gradation, ou à la conversion des Gentils idolâtres. Mais il était nécessaire, pour être Apôtre, d’avoir vu notre Seigneur Yéhoshoua vivant après sa crucifixion, car les Apôtres étaient d’une manière particulière les témoins de sa résurrection. Quelques‑uns ont supposé que Saul vit la personne de Yéhoshoua lorsqu’il fut converti, près de la ville de Damas ; mais d’autres, qui concluent d’après l’histoire de cet événement qu’il ne pouvait en être ainsi, parce qu’il fut aussitôt frappé de cécité, estiment que le moment où sa qualification et sa commission apostoliques furent complétées est celui qu’il indique lui‑même, Actes xxii, 17, lorsqu’il retourna à Jérusalem la seconde fois après sa conversion, vit le Seigneur Yéhoshoua en personne, et reçut l’ordre d’aller promptement hors de Jérusalem, afin d’être envoyé aux Gentils. Voir aussi Actes xxvi, 16–20, où il rend compte de l’objet de sa mission. Il reçut aussi une variété de dons et de puissances qui, ajoutés à son génie et à son savoir, ainsi qu’à sa fermeté et à sa patience, le qualifièrent éminemment pour la charge d’Apôtre, et pour l’exercice particulier de celle‑ci qui lui fut assigné. St. Paul est fréquemment appelé l’Apôtre, par excellence ; et l’Apôtre des Gentils, parce que son ministère fut principalement employé à la conversion des Gentils, comme celui de St. Pierre l’était pour les Juifs, qui est dès lors appelé l’Apôtre de la circoncision.

Les Apôtres, ayant demeuré à Jérusalem douze ans après l’ascension de Mashiah, selon la tradition, décidèrent de se disperser dans différentes parties du monde. Mais quelles furent les provinces particulières assignées à chacun n’apparaît pas avec certitude dans quelque histoire authentique. Socrate dit que Thomas eut pour lot la Parthie ; Matthieu, l’Éthiopie ; et Barthélemy, l’Inde. Eusèbe donne le passage suivant : « Thomas, selon la tradition, eut la Parthie pour lot ; André, la Scythie ; Jean, l’Asie, qui, ayant vécu long‑temps là, mourut à Éphèse. Pierre, il semble, prêcha aux Juifs dispersés en Pont, en Galatie, en Bithynie, en Cappadoce et en Asie ; enfin, venu à Rome, il y fut crucifié la tête en bas, comme il l’avait demandé. Que me faut‑il dire de St. Paul, qui prêcha pleinement l’Évangile de Mashiah depuis Jérusalem jusqu’à l’Illyricum, et mourut enfin martyr à Rome, au temps de Néron ? » De ce passage on peut conclure qu’au commencement du quatrième siècle il n’existait point de récits certains et bien attestés des lieux hors de Judée où plusieurs des Apôtres de Mashiah prêchèrent ; car s’il y en eût eu, Eusèbe en aurait été informé.

Les récits qui racontent leur arrivée et leurs exploits parmi les Gaules, les Anglois, les Espagnols, les Germains, les Américains, les Chinois, les Indiens et les Russes sont trop romanesques dans leur nature, et d’une date trop récente, pour être reçus par un chercheur impartial de la vérité. Ces fables furent pour la plupart forgées après l’époque de Charlemagne, lorsque la plupart des Églises chrétiennes disputèrent avec autant de véhémence sur l’antiquité de leur origine que les Arcadiens, Égyptiens et Grecs débattaient autrefois sur leur ancienneté et leur préséance.

Il paraît cependant que tous les Apôtres ne moururent pas en martyrs. Héralcion, cité par Clément d’Alexandrie, range parmi les Apôtres qui ne subirent pas le martyre Matthieu, Thomas, Philippe et Lévi, voulant probablement dire Lébbée.

Aux Apôtres appartenait la prérogative particulière et exclusive d’écrire des livres doctrinaux et préceptifs ayant autorité dans l’Église chrétienne ; et il apparaît suffisamment qu’aucune épître ou autre écrit doctrinal d’une personne d’un rang inférieur à celui d’un Apôtre ne fut reçue par les chrétiens comme partie de leur règle de foi. Quant aux écrits de Marc et Luc, ils sont regardés comme historiques, non doctrinaux ou dogmatiques ; et Augustin dit que Marc et Luc écrivirent à un temps où leurs écrits pouvaient être approuvés non seulement par l’Église, mais aussi par des Apôtres encore vivants.

L’appellation d’Apôtres fut aussi donnée aux ministres itinérants ordinaires de l’Église. Ainsi St. Paul, dans l’Épître aux Romains, xvi, 7, dit : « Saluez Andronicus et Junia, mes parents et mes compagnons de captivité, qui sont illustres parmi les Apôtres. » Dans ce sens inférieur l’appellation est appliquée, par Clément d’Alexandrie, à Barnabas ; qui n’était pas Apôtre au plus haut sens du mot, comme le furent les douze et Paul. Tertullien appelle Apôtres tous les soixante‑dix ; et Clément appelle Barnabas apostolique en un autre endroit, et dit qu’il fut un des soixante‑dix et compagnon de labeur de Paul. Ce sont, selon le Dr. Lardner, les plus hautes qualités qu’il entend réellement attribuer à Barnabas lorsqu’il le qualifie d’Apôtre ; et il ne faut pas lui supposer attribuer à Barnabas cette grande mesure d’inspiration et d’autorité élevée qui fut propre aux Apôtres, strictement et proprement dits. Dans une forme subordonnée analogue, St. Clément de Rome est appelé Apôtre. Timothée aussi est appelé par Salvian Apôtre, signifiant seulement apostolique, ou compagnon et disciple des Apôtres.

Apôtre fut également un titre donné à ceux envoyés par les Églises pour porter leurs aumônes aux pauvres d’autres Églises. Cet usage ils le prirent des synagogues, qui appelaient de même ceux qu’elles envoyaient en cette mission ; et la fonction elle‑même ἀποϛολὴ, c’est‑à‑dire mission. Ainsi St. Paul, écrivant aux Philippiens, leur dit que Épaphrodite, leur Apôtre, avait pourvu à ses besoins, chap. ii, 25. On l’applique de même à ceux qui plantèrent d’abord la foi chrétienne en quelque lieu.

Apôtre est aussi employé parmi les Juifs pour une sorte d’officier anciennement envoyé dans les différentes parties et provinces de leur juridiction, à titre de visiteur ou commissaire ; pour voir que les lois fussent dûment observées, et pour recevoir les sommes levées pour la réparation du temple et le tribut payable aux Romains. Ces apôtres étaient un degré au‑dessous des officiers des synagogues, appelés patriarches, et recevaient leurs commissions d’eux. Quelques auteurs remarquent que St. Paul avait exercé cette charge ; et que c’est à elle qu’il fait allusion au commencement de l’Épître aux Galates : comme s’il disait, Paul, n’étant plus apôtre de la synagogue, ni envoyé par des hommes pour soutenir la loi de Moïse, mais désormais Apôtre et envoyé de Yéhoshoua Mashiah, etc. St. Jérôme, quoique ne croyant pas que St. Paul eût été un tel apôtre, imagine cependant qu’il y fait allusion dans le passage cité.

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Source

Richard Watson, A Biblical and Theological Dictionary (1832), domaine public ; traduction française À l'ombre du figuier.