Définition dans Watson

Ange

ANGEL

une substance spirituelle et intelligente, la première en rang et en dignité parmi les êtres créés. Le mot angel, ἀγγέλος, n’est pas proprement une dénomination de nature mais d’office ; désignant autant que _nuncius_, messager, une personne chargée de porter des ordres ou de déclarer une volonté. Ainsi saint Paul représente les anges, Heb. i, 14, où il les appelle « esprits ministériels » ; et cependant l’usage a tellement prévalu que l’ange est aujourd’hui communément pris pour la dénomination d’un ordre particulier d’êtres spirituels, de grande intelligence et puissance, supérieurs aux âmes ou esprits des hommes. Quelques‑uns d’entre eux sont parlés dans l’Écriture de manière à signifier clairement qu’ils sont des êtres réels, de nature spirituelle, d’une haute puissance, perfection, dignité et félicité. D’autres sont distingués comme n’ayant pas gardé leur première station, Jude 6. Ceux‑ci sont représentés comme des esprits mauvais, ennemis d’Elohîm, et portés au mal. Le diable, en tête d’eux, et eux comme ses anges, sont représentés comme les dominations des ténèbres de ce monde, ou les méchancetés spirituelles, ou esprits méchants, τὰ ϖνευματικὰ τῆς ϖονηρίας ἐν τοῖς ἐπȣρανίοις, Éphésiens vi, 12 ; ce qui peut se rendre à propos, « les administrateurs spirituels de l’opposition au royaume d’Elohîm. »

L’existence des anges est supposée dans toutes les religions, bien qu’elle soit incapable d’être prouvée _a priori_. En effet, les anciens Sadducéens sont représentés comme niant tous les esprits ; et cependant les Samaritains et les Caraites, réputés Sadducéens, les admettaient ouvertement : témoin Abusaid, auteur d’une version arabe du Pentateuque ; et Aaron, un Juif caraiste, dans son commentaire du Pentateuque ; tous deux subsistants en manuscrit dans la bibliothèque du roi de France. Dans le Coran on trouve des mentions fréquentes des anges. Les Musulmans les croient de différents ordres ou degrés, et destinés à différents emplois tant au ciel que sur la terre. Ils attribuent une force excessive à l’ange Gabriel, comme s’il pouvait descendre en l’espace d’une heure du ciel à la terre ; renverser une montagne avec une seule plume de son aile, etc. L’ange Asraël, disent‑ils, serait chargé de prendre les âmes des morts ; et un autre ange, nommé Esraphil, tiendrait une trompette prête dans la bouche pour proclamer le jour du jugement.

Les philosophes et poètes païens étaient également d’accord sur l’existence d’êtres intelligents supérieurs à l’homme ; ce que montre saint Cyprien dans son traité de la vanité des idoles, d’après les témoignages de Platon, Socrate, Trismégiste, etc. Ils furent connus sous différentes appellations ; les Grecs les appelant δαίμονες, et les Romains genii, ou lares. Épicure semble avoir été le seul parmi les anciens philosophes à les rejeter absolument.

Les auteurs ne sont pas aussi unanimes sur la nature que sur l’existence des anges. Clément d’Alexandrie les crut dotés de corps ; ce fut aussi l’opinion d’Origène, Césaire, Tertullien, et de plusieurs autres. Athanase, Basile, Grégoire de Nysse, Cyrille, Chrysostome, etc., les tinrent pour de purs esprits. Il a été plus courant, surtout dans les temps récents, de les considérer comme des substances entièrement spirituelles, qui peuvent, à tout instant, assumer des corps et apparaître sous une forme humaine ou autre. Les écrivains ecclésiastiques établissent une hiérarchie de neuf ordres d’anges. D’autres les répartissent en neuf ordres, d’après les noms dont ils sont appelés dans l’Écriture, et réduisent ces ordres en trois hiérarchies ; à la première appartenant séraphins, chérubins et trônes ; à la seconde, dominations, vertus et puissances ; et à la troisième, principautés, archanges et anges. Les Juifs comptent quatre ordres ou compagnies d’anges, chacun dirigé par un archange ; le premier ordre étant celui de Michael ; le second, de Gabriel ; le troisième, d’Uriel ; et le quatrième, de Raphael. En suivant le récit scripturaire, on rencontrera la mention de différents ordres de ces êtres supérieurs ; car une telle distinction d’ordres paraît être insinuée dans les noms donnés aux différentes classes. Ainsi nous avons _trônes_, _dominions_, _principautés_ ou principautés, _puissances_, _autorités_, _êtres vivants_, _chérubins_ et _séraphins_. Il est probable que quelques‑unes de ces appellations puissent indiquer la même classe d’anges ; mais qu’elles seraient toutes de simples dénominations différentes d’un ordre commun et égal est improbable. Nous apprenons aussi par l’Écriture qu’ils habitent la présence immédiate d’Elohîm ; qu’ils « excellent en force » ; qu’ils sont immortels ; et qu’ils sont les agents par lesquels Elohîm accomplit très souvent ses desseins particuliers de jugement et de miséricorde. Rien n’est plus fréquent dans l’Écriture que les missions et les apparitions d’anges bons et mauvais, que Elohîm employa pour déclarer sa volonté ; pour corriger, instruire, reprocher et consoler. Elohîm donna la loi à Moïse, et apparut aux anciens patriarches par la médiation d’anges, qui le représentaient et parlaient en son nom, Actes vii, 30, 35 ; Galates iii, 19 ; Heb. xiii, 2.

Bien que les Juifs, en général, admettent l’existence des anges, il y eut parmi eux une secte, les Sadducéens, qui niait l’existence de tous les esprits sans exception, Actes xxiii, 8. Avant la captivité de Babylone, les Hébreux semblent n’avoir connu le nom d’aucun ange. Les talmudistes disent qu’ils apportèrent les noms des anges de Babylone. Tobie, qui aurait résidé à Ninive quelque temps avant la captivité, nomme l’ange Raphaël, Tobie iii, 17 ; xi, 2, 7 ; et Daniel, qui vécut à Babylone quelque temps après Tobie, nous a appris les noms de Michael et Gabriel, Daniel viii, 16 ; ix, 21 ; x, 21. Dans le Nouveau Testament ne sont mentionnés que ces deux derniers par leur nom.

Il y a diverses opinions sur le temps de la création des anges. Quelques‑uns pensent qu’elle eut lieu lors de la formation des cieux et de la terre. Pour cette opinion, toutefois, il n’y a pas de fondement juste dans le récit mosaïque. D’autres pensent que les anges existaient bien avant la formation de notre système solaire ; et l’Écriture semble favoriser cette opinion, Job xxxviii, 4, 7, où Elohîm dit : « Où étais‑tu quand je fondai la terre ? -- et tous les fils de Dieu poussaient des cris de joie. » Bien qu’il soit d’opinion générale que les anges sont de nature spirituelle et incorporelle, quelques Pères, égarés par un passage de Genèse vi, 2, où il est dit : « Les fils de Dieu virent les filles des hommes, qu’elles étaient belles, et ils prirent pour femmes de toutes celles qu’ils choisirent, » les imaginèrent corporels et capables de plaisirs sensibles. Mais, sans remarquer toutes les rêveries qui ont été propagées, il suffit d’observer que par « les fils de Dieu » il faut évidemment entendre les descendants de Seth, qui, pour la grande piété où ils persévérèrent quelque temps, furent ainsi appelés ; et que « les filles des hommes » étaient la postérité du méchant Caïn.

Quant à la doctrine des anges tutélaires ou gardiens, présidant aux affaires des empires, nations, provinces et personnes particulières, bien qu’elle ait été reçue par les Juifs postérieurs, elle paraît être entièrement d’origine païenne, et n’a aucun appui dans les Écritures. Les passages de Daniel invoqués pour favoriser cette notion sont susceptibles d’une bien meilleure explication ; et quand notre Seigneur déclare que les « anges » des petits enfants « contemplent constamment la face d’Elohîm », il parle soit des enfants comme étant l’objet du ministère général des anges, ou, encore plus probablement, par _anges_ il entend là les esprits désincarnés des enfants ; car les Juifs appelaient les esprits désincarnés du nom d’anges, ce qui apparaît de Actes xii, 15.

Sur cette question des anges gardiens, l’évêque Horsley observe : « Que les saints anges sont souvent employés par Elohîm dans son gouvernement de ce monde sublunaire, est chose clairement prouvée par l’écriture sainte. Qu’ils ont sur la matière de l’univers des pouvoirs analogues aux pouvoirs que les hommes y exercent, plus étendus, mais encore limités, est une chose qui pourrait raisonnablement être supposée, si elle n’était pas déclarée. Mais il semble être confirmé par plusieurs passages de l’écriture sainte ; d’où il semble aussi évident qu’ils sont, à l’occasion, pour certains objets spécifiques, commis à exercer ces pouvoirs dans une étendue prescrite. Que les anges mauvais possédaient avant leur chute les mêmes pouvoirs, qu’ils sont encore parfois permis d’exercer pour la punition des nations méchantes, paraît aussi évident. Qu’ils ont une puissance sur les sens humains, qu’ils sont parfois autorisés à exercer, et au moyen de laquelle ils peuvent infliger des maladies, suggérer de mauvais désirs, et être les instruments de la tentation, doit également être admis. Mais tout cela ne revient pas à rien qui ressemble à une autorité discrétionnaire placée entre les mains d’anges tutélaires, ni à une autorité de conseiller le Seigneur Elohîm sur les mesures de son gouvernement. Je nie avec assurance qu’un seul texte se trouve dans l’écriture sainte, qui, bien compris, donne le moindre crédit à l’abominable doctrine d’une telle participation des saints anges au gouvernement du monde par Elohîm. De quelle manière donc, dira‑t‑on, les saints anges sont‑ils rendus subordonnés aux desseins du gouvernement de Dieu ? Cette question est répondue par saint Paul dans son Épître aux Hébreux, au dernier verset du premier chapitre ; et c’est le seul passage de toute la Bible où nous ayons quelque chose d’explicite sur l’office et l’emploi des anges : ‘Ne sont‑ils pas tous,’ dit‑il, ‘des esprits ministériels, envoyés pour exercer un ministère en faveur de ceux qui doivent hériter le salut ?’ Ils sont tous, quelque haut qu’en soit le rang et l’ordre, rien de plus que des ‘esprits ministériels,’ ou littéralement ‘esprits serviteurs,’ non investis d’autorité par eux‑mêmes, mais ‘envoyés,’ occasionnellement envoyés, pour faire le service qu’on peut exiger d’eux, ‘en faveur de ceux qui doivent hériter le salut.’ »

Le nombre exact des anges n’est mentionné nulle part dans l’Écriture ; mais il est toujours représenté comme fort grand. Daniel, vii, 10, dit de l’Ancien des jours : « Un fleuve de feu coulait devant lui ; des milliers de milliers le servaient, et des myriades de myriades se tenaient devant lui. » Yéhoshoua affirme que son Père céleste aurait pu lui donner plus de douze légions d’anges, c.-à-d. plus de soixante‑douze mille, Matthieu xxvi, 53 ; et le Psaume déclare que les chars d’Elohîm sont vingt mille, mêmes milliers d’anges, lxviii, 17. Tout cela n’a point l’intention d’exprimer un nombre exact, mais indéfiniment un très grand nombre.

Bien que tous les anges aient été créés également bons, Jude nous apprend, verset 6, qu’un certain nombre « n’ont pas gardé leur première demeure, mais ont abandonné leur propre habitation », et ceux‑ci Elohîm les a « réservés dans des tourments éternels sous les ténèbres, jusqu’au jugement du grand jour. » Les spéculations sur la cause et l’occasion de leur chute sont vaines et frivoles. Milton est à lire sur ce sujet, comme sur d’autres, non pas comme un dogmaticien, mais comme un poète. Tout ce que nous savons, c’est qu’ils ne sont pas dans leur première « condition », ni dans leur place originelle ; que cela est dû à leur propre faute, car « ils ont quitté leur habitation » ; qu’ils sont enchaînés, mais avec liberté de tenter ; et qu’ils sont réservés pour le jugement général.

Le docteur Prideaux remarque que le ministre de la synagogue, qui officiait pour offrir les prières publiques, étant la bouche de la congrégation, délégué par elle comme son représentant, messager ou ange, pour adresser la prière à Elohîm pour elle, était en hébreu appelé _sheliack‑zibbor_, c’est‑à‑dire l’_ange de l’église_ ; et que de là les principaux ministres des sept églises d’Asie sont, dans l’Apocalypse, par un nom emprunté à la synagogue, appelés anges de ces églises.

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Source

Richard Watson, A Biblical and Theological Dictionary (1832), domaine public ; traduction française À l'ombre du figuier.