Définition dans McClintock & Strong

Sepher Yetsirah (Livre de la Création)

Jezirah

Jezirah (סֵפֶר יצַירָה, Sepher Yetsirah), ou Livre de la Création, est le nom de l’un des livres cabalistiques qui, après le ZOHAR, constituent la source principale d’où nous tirons nos connaissances du mysticisme juif. L’âge du livre n’a jusqu’ici pu être exactement déterminé. La tradition juive le réclame d’origine divine. Il aurait été confié par le Seigneur à Abraham, et celui-ci l’aurait transmis à Akiba (q.v.). Les savants modernes ont conclu que la Jezirah est le produit des écoles juives d’Égypte à l’époque de Philon de Joppé. Dr. Zunz, toutefois, la place à la période géonique, aux VIIIe ou IXe siècles. Pour cette dernière assertion il ne semble pas y avoir de bonne raison, et nous sommes enclins à croire qu’elle fut composée durant la période des premiers mishnaïstes, c.-à-d. entre un siècle avant et environ quatre‑vingts ans après la naissance du Mashiah (Christ) (comp. Etheridge, Introd. to Heb. Lit. p. 300 sq. ; Enfield, Hist. Philos. p.405). VOIR CABALA, vol. 2. p. 1. Nous faisons cela après avoir déterminé que l’hébreu de cette œuvre est de ce dialecte utilisé par les Juifs lettrés au moment de l’ouverture de l’ère chrétienne. En effet, il est à peine possible que l’ouvrage lui‑même fût une collection de fragments de diverses époques antérieures ; une sorte de résumé de ce qui avait jusqu’alors été déterminé sur le sujet occulte dont il traite. La Jezirah traite de la Création du Monde, et « est, en fait, un ancien effort de l’esprit humain pour découvrir le plan de l’univers dans son ensemble, et la loi ou le lien qui unit ses diverses parties en un tout harmonieux. Elle ouvre ses instructions avec quelque chose du ton et de la manière de la Bible, et annonce que l’univers porte en lui l’empreinte du nom de Dieu ; de sorte que, par le grand panorama du monde, l’esprit peut acquérir une conception de la Divinité, et de l’unité qui règne dans la création il peut apprendre l’unité du Créateur. » Jusqu’ici, tout va bien. Mais maintenant, au lieu de tracer dans l’univers les lois qui le gouvernent afin d’en déduire de ces lois les pensées du législateur, « on cherche plutôt à atteindre la même fin en trouvant quelque analogue tangible entre les choses existantes et les signes de la pensée, ou les moyens par lesquels la pensée et la connaissance sont principalement communiquées et interprétées parmi les hommes ; et on a recours pour ce faire aux vingt‑deux lettres de l’alphabet hébreu, et aux dix premiers nombres » (comparer Etheridge, p. 304 sq.).

« Le livre de la Jezirah commence par une énumération des trente‑deux voies de la sagesse (נתַיבוֹת חָכמָה), ou, en termes plus clairs, des trente‑deux attributs de l’esprit divin (שֵׂכֶל), tels qu’ils se démontrent dans la fondation de l’univers. Le livre montre pourquoi il y en a exactement trente‑deux ; par une analyse de ce nombre il cherche à exposer, par une méthode particulière d’arithmétique théosophique, pour ainsi dire (en partant de l’hypothèse que les chiffres sont les signes de l’existence et de la pensée), la doctrine que Elohîm est l’auteur de toutes choses, l’univers étant un développement de l’entité originelle, et l’existence n’étant que la pensée devenue concrète ; en bref, qu’au lieu de la conception païenne ou judaïque populaire du monde comme extérieur ou coexistant avec la Divinité, il est coégal en naissance, ayant été tiré du néant par Elohîm, établissant ainsi un système panthéiste d’émanation, dont, principalement parce qu’il n’est nulle part désigné par ce nom, on pourrait croire que l’auteur n’était pas entièrement conscient. Le croquis suivant illustrera le curieux procédé de cet argument. Le nombre 32 est la somme de 10 (le nombre des chiffres) et de 22 (le nombre des lettres de l’alphabet héb.), cette dernière étant ensuite résolue en 3 + 7 + 12. Le premier chapitre traite de la première de ces séries, ou de la décennie, et de ses éléments, qui sont désignés comme figures (ספַירוֹת, Sephiroth), par opposition aux 22 lettres. Cette décennie est le signe manuel de l’univers. Dans les détails de cette hypothèse, l’existence de la divinité en tant qu’abstrait est réellement ignorée, sans être formellement niée ; ainsi le nombre 1 est son esprit comme principe actif, dans lequel tous les mondes et êtres sont encore enfermés ; 2 est l’esprit de cet esprit, c.-à-d. le principe actif en tant qu’il a préalablement décidé de créer ; 3 est l’eau ; 4 le feu, ces deux derniers constituant les fondements idéaux des mondes matériel et spirituel respectivement ; tandis que les six figures restantes, 5 à 10, sont regardées chacune comme signes de la hauteur, de la profondeur, de l’est, de l’ouest, du nord et du sud, formant les six faces du cube, et représentant l’idée de la forme dans sa perfection géométrique.

« Nous voyons cependant que ceci n’établit rien de réel à lui seul, mais expose seulement l’idée de possibilité ou d’actualité, établissant simultanément le virtuel comme existant en Elohîm, le fondement de toutes choses. Les entités actuelles sont donc introduites dans les chapitres suivants sous les 22 lettres. La connexion entre les deux séries est évidemment la Parole, qui dans la première Sephirah (nombre) est encore identique en voix et en action avec l’esprit ; mais ensuite ces éléments, se séparant en créateur et substance, produisent ensemble le monde, dont les matériaux sont représentés par les lettres, puisque celles‑ci, par leurs combinaisons multiples, nomment et décrivent tout ce qui existe. Ensuite, trois lettres sont abstraites des 22 comme les trois mères (composant le mot mnémonique אמ8ש), c.-à-d. les relations universelles de principe, principe contraire, et équilibre, ou en nature — feu, eau et air ; dans le monde — les cieux, la terre, l’air ; dans les saisons — chaleur, froid, température douce ; en l’homme — l’esprit, le corps, l’âme ; dans le corps — la tête, les pieds, le tronc ; dans l’organisation morale — la culpabilité, l’innocence, la loi, etc. Ceux‑ci sont suivis par sept doubles (consistant en בגדכפר8ת), c.-à-d. les relations des choses soumises au changement (opposition sans équilibre), par ex. vie et mort, bonheur et misère, sagesse et folie, richesses et pauvreté, beauté et laideur, domination et servitude. Mais ces sept désignent aussi le monde matériel, à savoir les six faces du cube, et le palais de sainteté au milieu (la divinité immanente) qui le soutient ; aussi les sept planètes, les sept sphères célestes, les sept jours de la semaine, les sept semaines (de la Pâque à la Pentecôte), les sept portails de l’âme (c.-à-d. les yeux, oreilles, nez, bouche, etc.). Cette théorie a encore référence expresse au fait que de la combinaison des lettres résulte, avec certitude mathématique et en ratio géométrique, une quantité de mots si grande que l’esprit ne peut les énumérer ; ainsi, de deux lettres, deux mots ; de trois, six ; de quatre, vingt‑quatre, etc. ; ou, en d’autres termes, que les lettres, qu’elles soient prononcées comme résultats du souffle, ou écrites comme éléments de mots, sont le fondement idéal de toutes choses. Enfin, les douze lettres simples (constituant le reste de l’alphabet) montrent les relations des choses pour autant qu’elles peuvent être appréhendées dans une catégorie universelle. Leur représentant géométrique est le polygone régulier à douze côtés, tel que l’horizon en est fait ; leur représentation dans le monde donne les douze signes du zodiaque et les douze mois de l’année lunaire ; chez l’homme, les douze parties du corps et les douze facultés de l’esprit (ces dernières arbitrairement déterminées). Elles sont ainsi organisées par Elohîm pour former à la fois une province et être prêtes au combat, c.-à-d. elles conviennent aussi bien à l’action harmonieuse qu’à l’action conflictueuse. » Le texte de la Jezirah est divisé en six chapitres, eux‑mêmes subdivisés en sections. Son style est purement dogmatique, ayant l’air et le caractère d’aphorismes, ou de théorèmes énoncés avec autorité absolue. Le caractère abstrait est cependant adouci par une addition haggadique qui relate la conversion d’Abram de l’idolâtrie caldéenne au théisme pur, traitée de manière à faire de l’ouvrage une sorte de monologue de ce patriarche sur le monde naturel, comme monument ou manifestation de la gloire du Dieu unique. Le livre de la Jezirah a été publié avec cinq commentaires (Mantoue, 1562) ; avec une traduction latine et des notes par Rittangelius (Amst. 1642), et avec une traduction allemande et des notes par Meyer (Lpz. 1830) ; avec dix commentaires (Varsovie, 1884, 4to). Voir Grätz, dans Frankel's Monatsschrift, 8, 67 sq., 103 sq., 140 sq. ; Steinschneider, Catalog. Libr. Hebr. in Bibliotheca Bodl. col. 335 sq., 552,639 sq. ; Fürst, Biblioth. Jud. 1, 27 sq. ; 2, 258 sq. VOIR PANTHÉISME.

Source

John McClintock et James Strong, Cyclopaedia of Biblical, Theological, and Ecclesiastical Literature (1867-1894), domaine public ; traduction française À l'ombre du figuier.