Définition dans McClintock & Strong
Philippes
Philippi
Philip'pi (Φίλλιπποι, plur. de Philip), une ville célèbre de Macédoine, visitée par l'apôtre Paul, et le siège de la plus ancienne Église chrétienne établie formellement en Europe. Le double miracle accompli là, et le fait que «aux saints qui sont à Philippes» le grand apôtre des nations adressa l'une de ses épîtres, feront toujours de cette ville un lieu sacré. Le compte qui suit combine les notices anciennes et les investigations modernes.
1. Associations apostoliques. — Saint Paul, lorsqu'il fit, lors de sa première visite en Macédoine en compagnie de Silas, son embarquement à Troas, fit route directement pour Samothrace, puis de là pour Neapolis, qu'il atteignit le second jour (Actes 16:11). La Philippes de l'époque de Paul était située dans une plaine, sur les bords d'un cours d'eau profond et rapide appelé Gangites (aujourd'hui Angista). Les murs antiques suivaient le cours du ruisseau sur une certaine étendue ; et dans cette section du mur le site d'une porte se voit, avec les ruines d'un pont presque en face. Dans le récit de la visite de Paul il est dit : «Le sabbat nous sortîmes par la porte auprès du fleuve (ἐξήλθομεν τῆς πύλης παρὰ ποταμόν), où une assemblée de prière avait l'habitude de se tenir» (v. 13). C'est sans doute par cette porte qu'ils sortirent, et c'est au bord de ce fleuve que la réunion de prière se tint. Comme Philippes était une colonie militaire, il est probable que les Juifs n'avaient pas de synagogue, et n'étaient pas autorisés à tenir leur culte à l'intérieur des murs. Derrière la ville, au nord-est, s'élevaient de hautes montagnes ; mais du côté opposé s'étendait une vaste et riche plaine, joignant au sud-ouest la mer, et au nord-ouest s'étendant loin parmi les chaînes de la Macédoine. Au sud-est une crête rocheuse, d'environ mille six cents pieds de hauteur, séparait la plaine de la baie et de la ville de Neapolis. Une route pavée la franchissait, reliant Philippes à Neapolis. Bien que la distance entre les deux fût de neuf miles, Neapolis était pour Philippes ce que le Pirée était pour Athènes ; et c'est pourquoi Paul est dit, quand il voyageait de la Grèce vers la Syrie, «avoir pris la mer depuis Philippes», c.-à-d. depuis Neapolis, son port (Actes 20:6).
Philippes appartenait à la province de Macédoine, tandis que Neapolis était en Thrace. Paul, lors de son premier voyage, débarqua à cette dernière et arriva par la route de montagne à la première, que Luc appelle «la première ville de la partie de la Macédoine» (πρώτη τῆς μερίδος τῆς Μακεδονίας πόλις, Actes 16:12). Le mot πρώτη ne signifie pas, comme rendu dans la Version Autorisée King James, «principale». Thessalonique était la ville principale de toute la Macédoine, et Amphipolis de la méris de la Macédoine dans laquelle Philippes se trouvait (voir Wieseler, Chron. des Apost. Zeit. p. 37). Πρώτη signifie simplement que Philippes fut la «première» ville de la Macédoine que Paul visita (Alford, ad loc. ; Conybeare et Howson, Life of St. Paul, 1:311, note). En descendant le sentier de la montagne vers Philippes, l'apôtre avait devant lui un panorama vaste et magnifique. Toute la plaine, avec ses prairies vertes, ses bosquets d'arbres, ses larges étendues de marais et ses cours d'eau sinueux, s'étendait à ses pieds ; et au-delà d'elle se dressaient les sombres crêtes de la Macédoine.
La visite missionnaire de Paul et Silas à Philippes fut fructueuse. Ils trouvèrent une audience attentive parmi les quelques Juifs et prosélytes qui fréquentaient le lieu de prière sur les rives du Gangites. Lydia, marchande de Thyatire, fut la première convertie. Toute sa maison suivit son exemple. C'est au retour de la maison de Lydia que «la servante qui avait un esprit de python» rencontra les apôtres. Paul chassa l'esprit, et alors ceux qui faisaient du négoce de l'infortune de la pauvre fille se dressèrent contre eux, et les traînèrent devant les magistrats, qui, avec la hâte et la rudesse de la loi martiale, ordonnèrent qu'ils fussent flagellés et jetés en prison. Même cet acte grossier d'injustice aboutit en fin de compte à la gloire d'Elohîm : car le geôlier et toute sa maison furent convertis, et les mêmes magistrats furent contraints de faire publiquement excuse aux apôtres et de les remettre en liberté, déclarant ainsi leur innocence. La scène dans la prison de Philippes fut l'une des plus réconfortantes, et l'un des incidents les plus remarquables de l'histoire de l'Église apostolique.
Paul visita Philippes deux fois encore, une fois immédiatement après les troubles qui s'étaient élevés à Éphèse à cause de la jalousie des fabricants de petits sanctuaires d'argent pour Artémis. À cette époque la relation hostile dans laquelle la doctrine chrétienne se trouvait nécessairement vis-à-vis de toutes les religions purement cérémonielles était parfaitement manifeste ; et partout où ses enseignants apparaissaient, on devait s'attendre à des émeutes populaires, et redouter la jalousie des autorités romaines, qui craignaient par-dessus tout le désordre civil. Il ne paraît pas improbable que la seconde visite de l'apôtre à Philippes ait été faite spécialement en vue de contrer ce danger particulier. Il semble être resté dans la ville et ses environs un temps considérable (Actes 20:1-2).
Quand Paul traversa Philippes une troisième fois il ne semble pas y avoir fait un séjour important (v. 6). Lui et son compagnon sont quelque peu dits librement comme ayant pris la mer depuis Philippes ; mais ceci tient au fait que, dans la perception commune des voyageurs, la ville et son port étaient considérés comme une seule et même chose. Quiconque embarquait au Pirée pourrait de même être dit partir d'Athènes. En cette occasion le voyage jusqu'à Troas prit à l'apôtre cinq jours, le navire étant probablement obligé de longer la côte pour éviter le vent contraire, jusqu'à venir au cap de Sarpédon, d'où il aurait pu gagner Troas avec un vent d'E. ou E.N.E., qui à cette saison (après Pâques) pouvait être attendu.
La communauté chrétienne de Philippes se distingua par sa libéralité. Lors de la première visite de l'apôtre il fut hospitalièrement reçu par Lydia, et lorsqu'il alla ensuite à Thessalonique, où sa réception parut fort mêlée, les Philippiens lui envoyèrent des secours plus d'une fois, et furent la seule communauté chrétienne à le faire (Philippiens 4:15). Ils contribuèrent aussi volontiers à la collecte faite pour les pauvres de Jérusalem, que Paul leur remit à sa dernière visite (2 Corinthiens 8:1-6). Il semblerait qu'ils envoyèrent d'autres secours à l'apôtre après son arrivée à Rome. La nécessité de ces envois paraissait urgente, et il semble qu'un retard ait eu lieu dans la collecte des fonds requis ; si bien qu'Épaphrodite, qui les portait, risqua sa vie en cherchant à compenser le temps perdu (μέχρι θανάτου ἤγγισεν παραβουλευσάμενος τῇ ψυχῇ, ἵνα ἀναπληρώσῃ τὸ ὑμῶν ὑστέρημα τῆς πρὸς μὲ λειτουργίας, Philippiens 2:30). Le retard, toutefois, paraît avoir quelque peu piqué l'apôtre sur le moment, qui crut que son cher troupeau l'avait oublié (voir 4:10-17). Épaphrodite tomba malade de fièvre à la suite de ses efforts, et faillit mourir. En se rétablissant il devint mélancolique et indolent (ἀδημονῶν) à la suite de la faiblesse qui suit la fièvre ; et Paul, bien qu'ayant l'intention d'envoyer bientôt Timothée à l'Église de Philippes, jugea souhaitable de laisser partir Épaphrodite sans délai vers eux, qui avaient déjà entendu parler de sa maladie, et d'envoyer avec lui la lettre qui figure dans le canon — lettre écrite après que l'emprisonnement de l'apôtre à Rome eut duré un temps considérable. Quelques troubles domestiques liés à la religion s'étaient déjà déclarés dans la communauté. Euodias et Syntyché, qui semblent être mari et femme, sont exhortés à s'accorder dans la question de leur foi commune ; et l'un est supplié d'étendre sa sympathie à certaines femmes (évidemment familières tant à Paul qu'à lui) qui rendirent de bons services à l'apôtre dans ses épreuves à Philippes, et qui d'une manière ou d'une autre semblent être l'occasion du désaccord entre les deux. Il est possible qu'une prétention de ces femmes à une supériorité en matière de choses spirituelles ait causé quelque irritation ; car l'apôtre va immédiatement rappeler à ses lecteurs que la paix d'Elohîm est chose supérieure à la plus haute intelligence (ὑπερέχουσα πάντα νοῦν).
Il semblerait, comme le dit Alford, que le traitement cruel infligé à l'apôtre à Philippes se soit combiné avec le charme de sa chaleur affective personnelle pour nouer un lien d'un amour plus que ordinaire entre lui et l'Église philippienne. Eux seuls, de toutes les Églises, envoyèrent des subsides pour soulager ses nécessités temporelles (Philippiens 4:10,15,18 ; 2 Corinthiens 11:9 ; 1 Thessaloniciens 2:2 ; Alford, Greek Test., Prol. 3:29). L'apôtre sentit leur bonté ; et pendant son emprisonnement à Rome il leur écrivit cette épître qui se trouve encore dans notre canon. Cette épître indique qu'alors certains des chrétiens là-bas étaient détenus par les autorités militaires comme personnes séditieuses, par des procédures ou autres liées à leur foi (ὑμῖν ἐχαρίσθη τὸ ὑπὲρ Χριστοῦ, οὐ μόνον τὸ εἰς αὐτὸν πιστεύειν ἀλλὰ καὶ τὸ ὑπὲρ αὐτοῦ πάσχειν· τὸν αὐτὸν ἀγῶνα ἔχνοτες οἷον εἴδετε ἐν ἐμοὶ καὶ νῦν ἀκούετε ἐν ἐμοί, Philippiens 1:29). Les rapports des magistrats provinciaux à Rome décriraient évidemment la première visite de Paul à Philippes comme l'origine des troubles ; et si cela était cru, cela serait mis ensemble avec l'accusation portée contre lui par les Juifs à Jérusalem qui le fit en appeler à César, et avec les troubles d'Éphèse et d'ailleurs ; et la conclusion générale à laquelle le gouvernement pourrait arriver serait peut-être qu'il était une personne dangereuse et devait être écartée. Cela expliquera la forte exhortation des dix-huit premiers versets du chapitre 2, et la manière particulière dont elle se termine. Les chrétiens philippiens, qui en même temps souffrent pour leur profession, sont exhortés très vivement, non à la fermeté (comme on aurait pu s'y attendre), mais à la modération, à l'abstinence de toute provocation et de toute ostentation de leurs propres sentiments (μηδὲν κατὰ ἐριθείαν μηδὲ κενοδοξίαν, v. 3), à l'humilité et à la considération des intérêts d'autrui. Ils doivent réaliser leur salut avec crainte et tremblement, et sans querelles ni disputes, afin d'échapper à toute accusation venue de telles charges, c'est-à-dire, telles que les colons romains leur porteraient. Si, malgré toute cette prudence et tempérance dans la profession de leur foi, leur religion est encore rendue offense pénale, l'apôtre est bien content d'en assumer la conséquence — de les précéder dans le martyre pour elle — d'être l'offrande répandue sur eux, la victime (εἰ καὶ σπένδομαι ἐπὶ τῇ θυσίᾳ καὶ λειτουργίᾳ τῆς πίστεως ὑμῶν χαίρω καὶ συγχαίρω πᾶσιν ὑμῖν, v. 17). Bien entendu, les formalistes juifs à Philippes étaient les plus susceptibles de dénaturer la conduite des nouveaux convertis ; et ainsi (après une digression au sujet d'Épaphrodite) l'apôtre revient aux mises en garde contre eux, telles précisément qu'il avait déjà données de vive voix : «Gardez-vous de ces chiens» — (car ils ne seront pas des fils à la table, mais mangeront les miettes qui tombent en dessous) — «de ces faiseurs (et de mauvais faiseurs aussi) de la loi — des mutilateurs de la chair (car circoncis je ne les appelle pas, nous étant la vraie circoncision, etc.)» (3:2, 3). Quelques-uns de ces ennemis Paul les trouva à Rome, qui «annoncèrent Mashiah (Christ) sans pureté» (κατήγγειλαν οὐχ ἁγνῶς, 1:17) dans l'espoir d'augmenter la sévérité de son emprisonnement en excitant la jalousie de la cour. Ceux-ci il les oppose à ceux qui «annonçaient Mashiah (Christ)» (ἐκήρυξαν) loyalement, et il se console en pensant qu'en tout cas l'histoire circula, quelles que fussent les motifs de ceux qui la colportèrent. Voir Walch, Acta Pruli Philippensia (Jen. 1726) ; Todd, The Church at Philippi (Lond. 1864). VOIR PHILIPPIENS, ÉPISTRE AUX.
2. Histoire ancienne. — Strabon nous dit que l'ancien nom de Philippes était Krenides (7:331) ; et Appien ajoute qu'il s'appelait ainsi du grand nombre de «petites fontaines» (κρηνίδες) autour du site. Il dit aussi qu'il avait un autre nom, Datus ; mais que Philippe de Macédoine, l'ayant pris aux Thraces, en fit une forteresse frontière, et lui donna son nom (De Bell. Civ. 4:105). La ville de Philippe se dressait sur une colline, probablement celle que l'on voit un peu au sud des ruines actuelles, qui peut avoir toujours formé la citadelle, mais était très probablement à l'origine une usine des Phéniciens, premiers exploitants des mines d'or des montagnes ici, comme dans la voisine Thasos. Appien dit que celles-ci étaient sur une colline (λόφος) non loin de Philippes, que la colline était sacrée à Dionysos, et que les mines portaient le nom de «sanctuaire» (τὰ ἄσυλα). Mais il montre une ignorance notable du lieu, allant jusqu'à croire que la plaine de Philippes s'ouvrait sur le fleuve Strymon, tandis que l'épaisse muraille de Pangseus est réellement interposée entre eux. Il est plus vraisemblable que la «colline de Dionysos» et le «sanctuaire» sont le temple de Dionysos haut dans les montagnes parmi les Satrae, qui conservèrent leur indépendance contre tous les envahisseurs jusqu'à l'époque d'Hérodote au moins. Il est plus probable que les mines d'or convoitées par Philippe furent les mêmes que celles de Scapte Hyle, qui étaient assurément dans ce voisinage immédiat. Avant la grande expédition de Xerxès, les Thasiens avaient un certain nombre de colonies sur le continent, et celle-ci parmi elles, qui produisait pour l'État quatre-vingts talents par an comme revenu. En l'an av. J.-C. 463 ils cédèrent leurs possessions du continent aux Athéniens : mais les colons, au nombre de 10 000, qui s'étaient établis sur le Strymon et avaient poussé leurs empiètements vers l'est jusqu'à ce point, furent écrasés par un effort simultané des tribus thraces (Thucydide, 1:100 ; 4:102 ; Hérodote, 9:75 ; Pausanias, 1:29, 4). Dès lors jusqu'à l'essor de la puissance macédonienne, les mines semblent être restées aux mains de chefs autochtones ; mais quand les affaires de la Grèce du Sud furent complètement troublées par la politique de Philippe, les Thasiens tentèrent de se réapproprier ce territoire précieux, et envoyèrent une colonie sur le site, alors nommé «les Sources» (Κρηνίδες). Philippe, toutefois, conscient de l'importance de la position, les expulsa et fonda Philippes, la dernière de toutes ses créations. Les mines, à cette époque, comme il n'est pas étonnant dans les circonstances, étaient devenues presque insignifiantes dans leur produit ; mais leur nouveau propriétaire parvint cependant à en extraire plus de mille talents par an, avec lesquels il frappa la monnaie d'or appelée de son nom. La proximité des mines d'or fut évidemment l'origine d'une ville aussi grande que Philippes, mais la plaine où elle repose est d'une fertilité extraordinaire. La position était aussi sur la route principale de Rome à l'Asie, la Via Egnatia, qui de Thessalonique à Constantinople suivait la même direction que la route postale actuelle. Le parcours habituel était d'embarquer à Brindes et de débarquer à Dyrrachium, d'où une route conduisait à travers l'Épire jusqu'à Thessalonique. Ignace fut transporté en Italie par cette route, lorsqu'on l'envoya à Rome pour être livré aux bêtes féroces. Voir Strabon, Fragmenta lib. 7 ; Thucydide 1:100 ; 4:102 ; Hérodote 9:75 ; Diodore de Sicile 16:3 sqq. ; Appien, Bell. Civ. 4:101 sqq. ; Pausanias 1:28, 4.
La célèbre bataille de Philippes, où la république romaine fut renversée, eut lieu sur cette plaine en l'an av. J.-C. 42 (Dion Cassius 46 ; Appien, loc. cit.). En honneur, et en mémoire de sa grande victoire, Auguste fit de Philippes une «colonie» romaine, et ses monnaies portent la légende Colonia Augusta Jul. Philippensis (Conybeare et Howson, 1:312). L'empereur semble avoir fondé le nouveau quartier sur la plaine le long des rives du Gangites. Comme colonie (κολωνία, Actes 16:12) elle jouissait de privilèges particuliers. Ses habitants étaient citoyens romains, la plupart étant les familles et descendants de soldats vétérans, qui s'étaient initialement installés pour garder la ville et la province. Ils étaient gouvernés par leurs propres magistrats, appelés Duumviri ou Prétors (en grec στρατηγοί ; v. 20), qui exerçaient une sorte d'autorité militaire et étaient indépendants du gouverneur provincial.
3. Site actuel. — Philippes (appelée maintenant par les Turcs Felibejik) est séparée de l'intérieur par une ligne escarpée de collines, anciennement appelée Symbolum, reliée vers le N.-E. à l'extrémité occidentale de l'Hémus, et vers le S.-O., moins continûment, à l'extrémité orientale du Pangaeus. Entre le pied du Symbolum et le site de Philippes on passe devant deux cimetières turcs, dont les pierres tombales sont toutes tirées des ruines de l'antique cité, et dans le voisinage immédiat de celui qu'on rencontre le premier se trouve le village turc moderne Bereketli. C'est le village le plus proche des ruines antiques. Près du second cimetière se voient quelques ruines sur une légère élévation, et aussi un khan tenu par une famille grecque. Ici se trouve un grand bloc monumental de marbre, haut de douze pieds et de sept pieds de côté, apparemment le piédestal d'une statue ; au sommet existe un trou qui, de toute évidence, était destiné à la recevoir. La tradition locale indique ce trou comme la mangeoire où Alexander le Macédonien (son cheval Bucéphale) avait l'habitude de prendre son avoine. Sur deux faces du bloc on lit une inscription latine mutilée, où les noms de Caius Vibius et Cornelius Quartus peuvent être déchiffrés. Un ruisseau employé pour faire tourner un moulin jaillit d'une mare à joncs dans le voisinage, et se rend probablement aux terrains marécageux mentionnés comme existant dans la portion S.-O. de la plaine. Après environ vingt minutes de cheval depuis le khan, sur un sol très jonché de fragments de colonnes de marbre et de dalles qui ont été employées au bâti, on franchit un lit de rivière large de soixante-six pieds, par lequel le cours d'eau s'élance avec force, et immédiatement de l'autre côté se retracent les murs de l'antique Philippes. Leur direction est adaptée au cours du ruisseau ; et à seulement trois cent cinquante pieds de sa rive apparaît une interruption dans leur circuit, indiquant l'existence antérieure d'une porte. C'est, sans doute, comme on l'a vu plus haut, la porte par laquelle l'apôtre et son compagnon sortirent pour la «réunion de prière» sur les rives d'un fleuve, où ils firent la connaissance de Lydia, la Thyatirienne vendeuse de pourpre. Le lieu, juste à l'extérieur des murs, et disposant d'un abondant approvisionnement d'eau pour les bêtes, est exactement celui qui serait approprié comme marché pour des commerçants itinérants, «quorum cophinus foenumque supellex», comme le montrera l'exemple parallèle de la fontaine Égerie près de Rome, de la profanation de laquelle Juvénal se plaint (Sat. 3:13). Lydia tenait à Philippes un établissement pour la réception des étoffes teintes qui étaient importées de Thyatire et des villes voisines d'Asie, et étaient dispersées au moyen d'animaux de somme parmi les clans montagnards de l'Hémus et du Pangaeus, les agents étant sans doute, en beaucoup de cas, ses coreligionnaires. Haut dans l'Hémus se trouvait la tribu des Satrae, où était l'oracle de Dionysos — non le dieu rustique des vignerons attiques, mais le dieu-prophète des Thraces (ὁ θρῃξὶ μάντις, Eurip. Hecub. 1267). La «servante ayant un esprit de divination» (παιδίσκη ἔχουσα πνεῦμα πύθωνα) peut probablement être regardée comme l'une des hiérodules de cet établissement, engagée par des citoyens philippiens, et fréquentant le marché campagnard pour exercer son art sur les villageois qui apportaient les produits destinés à la consommation de la ville. Le caractère féroce des montagnards rendrait imprudent de les admettre dans les murs de la cité ; de même que dans certaines villes d'Afrique du Nord les Kabyles ne sont pas admis à entrer, mais se voient assigner un marché hors des murs pour la vente de leurs produits. Sur une telle assemblée seule une juridiction sommaire peut être exercée ; et ainsi les propriétaires de l'esclave, lorsqu'ils se crurent lésés et précipitèrent Paul et Silas dans la ville, jusqu'à l'agora — le marché civique où siégeaient les magistrats (ἄρχοντες) — furent aussitôt remis aux autorités militaires (στρατηγοί), et celles-ci, supposant naturellement qu'un étranger fréquentant le marché extra-muros devait être un montagnard thrace ou un marchand itinérant, procédèrent à infliger à l'apparente cause d'une émeute (dont ils n'eurent pas souci de saisir les mérites) le traitement habituel en de tels cas. L'idée que l'apôtre possédât la franchise romaine, et par conséquent une exemption des outrages corporels, n'effleura jamais le rude soldat qui ordonna qu'on le flagellât ; et la transaction entière semble s'être passée si promptement qu'il n'eut pas le temps de réclamer sa citoyenneté, dont les autorités militaires n'entendirent parler que le jour suivant. Mais le traitement illégal (ὕβοις) fit évidemment une profonde impression sur l'esprit de sa victime, comme le montre non seulement son refus de prendre sa mise en liberté de la prison le lendemain matin (Actes 16:37), mais aussi un passage dans l'Épître à l'Église de Thessalonique (1 Thessaloniciens 2:2), où il leur rappelle les circonstances où il prêcha d'abord l'Évangile chez eux (προπαθόντες καὶ ὑβρισθέντες, Καθὼς οἴδατε, ἐν Φιλίπποις). Plus tard, à Jérusalem, dans des circonstances de tumulte analogues, il avertit l'officier (à la grande surprise de celui-ci) de son privilège (Actes 22:30).
Philippes est aujourd'hui une ruine inhabitée. Les vestiges sont très étendus, mais n'offrent aucun trait frappant excepté deux portes, que l'on croit appartenir au temps de Claude. Les fondations d'un théâtre peuvent être retracées ; ainsi que les murs, les portes, quelques tombes, et de nombreuses colonnes brisées et amas de décombres. Les ruines d'habitations privées sont visibles sur toutes les parties du site ; et en un endroit se trouve un tumulus couvert de colonnes et de fragments de marbre blanc ; où s'élevait autrefois un palais, un temple, ou peut-être un forum. On trouve des inscriptions tant en latin qu'en grec, mais plus généralement en latin. Voir Clarke, Travels, vol. 3 ; Leake, Northern Greece, vol. 3 ; Cousinery, Voyage dans la Macédoine ; et surtout Hacket, Journey to Philippi dans la Bible Union Quarterly, août 1860 ; Smith, Dict. of Class. Geog. s.v. ; Lewin, St. Paul, 1:206 sqq. VOIR MACÉDONIE.
