Définition dans McClintock & Strong

Philippe van Marnix de Sainte-Aldegonde

Marnix, Philippe Van, De Ste Aldegonde

Marnix, Philippe Van, De Ste. Aldegonde, occupe une place distinguée dans l'histoire des Pays-Bas pendant la période de la Réforme. Il naquit à Bruxelles en 1538, de parents fortement liés aux intérêts de leur pays, et fut élevé soigneusement à la maison, puis à Genève sous Calvin et Bèze. Après son retour en 1560 il passa six ans en retraite, mais fut connu, malgré sa retraite, comme observateur attentif des événements, et respecté comme patriote et homme d'honneur. Sa dévotion à la cause de la Réforme, qu'il s'efforça constamment d'étendre, ne pouvait demeurer cachée ; de même son érudition, sa vive intelligence et son pouvoir d'écrivain lui valurent reconnaissance. Bientôt il fut en relations intimes avec les chefs de la nation, et la rapide marche des événements le força à entrer en évidence. On lui attribue universellement la paternité du compromis dit (vers 1565-66) par lequel les nobles et d'autres s'engagèrent à résister, par tous moyens légitimes, à l'introduction de l'Inquisition. La ligue prit bientôt de telles proportions qu'elle osa présenter (5 avril 1566) une pétition à la régente pour la suppression de l'institution. Bientôt après, lorsque la prédication de campagne protestante fut introduite, il se mit à la tête du mouvement et insista pour que les protestants fussent permis de célébrer leur culte à Anvers même. Le 19 août une foule iconoclaste détruisit les nombreuses œuvres d'art qui ornaient les églises, etc., d'Anvers, et la régente, alarmée, permit le culte protestant en certains lieux ; et sous ce patronage le premier synode des Églises wallonnes se réunit à Anvers le 26 octobre 1566. Marnix présida et contribua par son influence à l'adoption de la confession réformée, par suite de quoi les calvinistes prirent une prééminence qui se poursuivit. Le gouvernement prit alors des mesures plus énergiques pour réprimer les protestants, plaçant des garnisons dans des villes importantes et assiégeant même celles qui refusaient de les admettre. Ce fut le cas à Valenciennes ; et Marnix, cherchant à secourir la ville assiégée, fut battu, son frère fut tué, il fut banni et ses biens confisqués. Durant son exil il eut d'importantes influences dans la conversion de Guillaume d'Orange et de Nassau au protestantisme, et forma avec lui un lien que seule la mort dissout. Entre-temps cependant Marnix avait entré au service du Palatin Frédéric III et fixa sa résidence à Heidelberg, où il se consacra à des études théologiques ; mais avec le consentement de l'électeur il fut souvent employé dans les affaires de son pays, sous la direction du prince d'Orange, assisté à la défaite de Louis de Nassau à Jemmapes en juillet 1568, etc. Il assista au synode du clergé exilé à Wesel en novembre 1568, et son influence se fait sentir dans la constitution de l'Église alors adoptée. Un second synode important eut lieu à Emden, du 4 au 14 octobre 1571, auquel Marnix assista également, et qui le chargea d'écrire l'histoire des événements récents des Pays-Bas ; mais les besoins de sa patrie empêchèrent l'exécution de cette tâche. En juillet 1572 il fut envoyé par le prince d'Orange pour conférer avec les délégués de Hollande assemblés à Dort, et réussit à les amener à promettre de faire tous les sacrifices nécessaires pour se débarrasser du joug espagnol. Dès lors son activité fut incessante. Il fut fait prisonnier par les Espagnols en novembre 1573, mais sa vie fut épargnée, le prince d'Orange ayant menacé de représailles ; Requesens, successeur du duc d'Albe, l'employa pour tenter de négocier la paix, effort déjoué par la sagacité d'Orange. Une mission analogue, entreprise après son échange sur l'ordre du prince d'Orange, échoua aussi, comme la mission pour convaincre la reine Élisabeth d'Angleterre d'accepter la souveraineté des Pays-Bas. Il assista aux pourparlers ayant abouti à la "Pacification de Gand" en novembre 1576, et à la formation de la seconde union des provinces à Bruxelles en décembre 1577. En mai 1578 il représenta les Pays-Bas au Reichstag de Worms et obtint que les États allemands restassent neutres dans le conflit avec l'Espagne. Entre-temps l'intolérance religieuse avait entraîné de grands excès parmi ses compatriotes, et l'âpreté entre les partis menaçait de ruiner l'union si durement acquise. Une tentative de conciliation, à laquelle il prit part au retour, échoua, et plusieurs provinces catholiques se retirèrent et placèrent leur religion sous la protection espagnole. On pensa alors à une alliance avec la France, et Marnix s'efforça de persuader les états généraux d'offrir la couronne à François, duc d'Anjou-Alençon. Ce prince arriva à Anvers le 19 février 1572 ; mais une tentative de saisir Anvers et d'autres villes importantes conduisit à son expulsion avant qu'il eût régné un an, et Orange et Marnix furent soupçonnés de connivence avec les Français. Marnix se retira alors de la vie publique ; mais la progression des Espagnols sous le duc de Parme fit rappeler Marnix par Guillaume d'Orange, qui le nomma premier bourgmestre d'Anvers afin qu'il dirigeât sa défense. Il prit ses fonctions le 15 novembre 1583 et quelques jours après le siège commença. Il fut continué jusqu'au 17 août 1585, date de la capitulation honorable de la ville. Avec cet événement sa carrière politique prit fin, et il se retira sur ses domaines, consacrant surtout son temps à des études théologiques. En 1596, nommé par les états généraux pour traduire la Bible en néerlandais, il s'établit à Leyde afin de profiter de sa bibliothèque et de l'aide de Scaliger, Lipsius, Junius et autres amis. Il vécut cependant assez longtemps seulement pour compléter le livre de la Genèse. Il mourut le 15 décembre 1598. «Il était, dit Motley, un homme d'un génie rare et versatile — savant, théologien, diplomate, escrimeur, orateur, pamphlétaire ; il avait du génie pour toutes choses, et s'y montra éminent.» Les travaux théologiques de Van Marnix furent surtout de caractère polémique. L'ouvrage principal, The Bee-hive, est une satire à la manière de von Hutten, écrite dans le style de Rabelais. Il visait probablement à promouvoir une réconciliation entre les provinces catholiques et protestantes. Une autre contribution importante est son Tableau des différences de la religion (1669, et souvent réimprimé). Une édition complète de ses œuvres, en 8 vols., fut publiée à Bruxelles, 1857-60, sous le titre Œuvres de Philippians de Marnix de Ste. Aldegonde ; le vol. iv contient une brève notice et une bibliographie. Sa vie a été fréquemment écrite ; entre autres Th. Juste l'a traitée en relation avec ses études des Pays-Bas (1858). Motley's Rise of the Dutch Republic et History of the United Netherlands, vol. 1, chap. 3, sont des aides précieuses pour l'étude de sa carrière. Voir aussi Prins, Leven van P. v. Marnix (1782) ; Dresselhuis, F. v. Marnix (1832) ; Broes, F. v. Marnix (1838-40, 2 vols. 8vo) ; Herzog, Real-Encyklop. 20:96 sq. ; Edgar Quinet, dans la Revue des deux Mondes, 1854.

Source

John McClintock et James Strong, Cyclopaedia of Biblical, Theological, and Ecclesiastical Literature (1867-1894), domaine public ; traduction française À l'ombre du figuier.