Définition dans McClintock & Strong
Pétrarque (Francesco Petrarca)
Petrarch (Ital Petrarca), Francesco
Petrarch (Ital. Petrarca), Francesco
l’un des plus célèbres écrivains italiens en prose et en poésie, mérite sa place ici parce qu’il fut pendant de longues années un ecclésiastique dévot et constant, et exerça une influence considérable sur la culture classique de l’Italie dans la période médiévale tardive connue sous le nom de Renaissance (q.v.). Pétrarque naquit à Arezzo, en Toscane, le 20 juillet 1304. Son père, notaire florentin, avait été exilé deux ans auparavant, dans la même agitation qui chassa le poète Dante ; et il quitta bientôt l’Italie pour Avignon, où résidait alors la cour papale. Le fils fut éduqué dans cette cité française arrosée par le Rhône, et à Montpellier, puis envoyé étudier le droit à Bologne. Bien que Pétrarque aimât sans doute plus l’Énéide que les Pandectes, et copiât volontiers des manuscrits antiques plutôt que des papiers juridiques, l’orientation ultérieure de sa vie publique prouve cependant qu’il ne négligea pas les études professionnelles, et qu’il se prépara à être un homme utile dans les affaires. De retour à Avignon peu après sa majorité, il se trouva en possession d’un petit héritage, et se livra pendant quelques années à une alternance d’études classiques et de composition politique, avec une gaieté (ténébreuse peut‑être, mais non moins pure pour cela) que la cour ecclésiastique offrait. En 1327 il conçut une passion pour une dame d’Avignon, jeune mais déjà mariée. Une légère obscurité subsiste encore sur sa relation à cette dame, mais il est presque certain qu’elle fut autant un modèle de vertu que de beauté. Il la rencontra le 6 avril 1327, dans l’église Sainte‑Claire d’Avignon, et tomba alors et pour toujours profondément amoureux d’elle. La dame avait alors dix‑neuf ans, et était mariée depuis deux ans à un gentilhomme d’Avignon nommé Hugues de Sade. Pendant dix ans Pétrarque vécut près d’elle dans la cité papale, et la rencontra fréquemment à l’église, en société, lors de festivités, etc. Il chanta sa beauté et son amour, sous le nom de sa «Laura», dans ces sonnets dont les raffinements mélodieux ravirent les oreilles de ses contemporains, et qui n’ont pas encore cessé de charmer. La dame, qui qu’elle ait été, sut tenir Pétrarque à une distance respectueuse, et pour avoir profité de la seule occasion qu’il eut d’avouer son amour en sa présence elle le réprimanda si sévèrement qu’il ne répéta jamais l’offense. Vers 1338 il se retira pendant deux ou trois ans pour demeurer dans la belle vallée de Vaucluse, près d’Avignon. Il déclara lui‑même que son retrait au lieu qu’il immortalisera n’était dû à aucune raison plus sentimentale ou poétique que son dégoût pour la licence de la cour papale, et la déception des espérances de faveur que le pape lui avait promises. Bien avant cette époque les talents et les talents de Pétrarque lui avaient procuré non seulement un patronage distingué, mais aussi des emplois fréquents et actifs. Un honneur des plus brillants l’attendait à Rome en 1341, où, le jour de Pâques, il fut couronné au Capitole de la couronne de laurier du poète. Les cérémonies qui marquèrent cette couronne furent un mélange grotesque de représentations païennes et chrétiennes. Pétrarque fut cependant, aussi ardent érudit que poète ; et toute sa vie il s’occupa de la collection de manuscrits latins, en en copiant même quelques‑uns de sa propre main. Pour les obtenir il voyagea fréquemment à travers la France, l’Allemagne, l’Italie et l’Espagne. En 1353 Pétrarque retourna en Italie, et devint bientôt conseiller de confiance et agent diplomatique de plusieurs souverains de sa patrie. Il fut envoyé en missions au pays et à l’étranger. Il se fixa enfin à Milan, où il passa dix ans, et vécut aussi quelque temps à Parme, Mantoue, Padoue, Vérone, Venise et Rome. Bien qu’il n’eût jamais reçu les ordres sacrés, il fut récompensé pour ses fidèles services à l’État par des bénéfices ecclésiastiques dans le nord de l’Italie. Il aurait pu accéder à des positions d’importante influence et de riches revenus s’il l’eût voulu, mais il préféra la vie retirée. En 1370 Pétrarque se retira à Arquà, un petit village joliment situé parmi les collines Eugéennes, où il passa ses dernières années à un travail savant acharné, fort importuné par les visiteurs, tourmenté d’accès épileptiques, pas très riche, mais serein de cœur, et montrant dans sa vie et sa correspondance une piété rationnelle et belle. Il mourut le 18 juillet 1374. Pétrarque surpassait non seulement son siècle en érudition mais s’était élevé au‑dessus de bien des préjugés et superstitions de son temps. Il méprisait l’astrologie et la médecine enfantine de son époque ; mais d’un autre côté il n’aimait pas le scepticisme prétentieux des savants médiévaux ; et dans son De sui ipsius et multorum aliorum Ignorantia il attaqua vivement les spéculations irréligieuses de ceux qui, de l’étude de l’école arabo‑aristotélicienne tels qu’Averroès, avaient acquis une habitude de libre examen superficiel. Les œuvres latines de Pétrarque furent les premières en temps modernes où la langue fut écrite selon les modèles classiques. Les principales sont ses Epistolae, consistant en lettres à ses nombreux amis et connaissances, et qui comptent parmi les meilleures de ses œuvres en prose : De Vitis Virorum Illustrium ; De Remedis utriusque Fortunae ; De Vita Solitaria ; Rerum Memorandarum libri 4 ; De Contemptu Mundi, etc. Outre ses épîtres en prose il écrivit de nombreuses lettres en vers latins, des églogues, et un poème épique intitulé Africa, sur le sujet de la seconde guerre punique. C’est cette dernière œuvre qui lui valut la couronne de laurier à Rome. Pétrarque, dont la vie fut ainsi active, est immortel dans l’histoire par plusieurs titres. Il est placé parmi les poètes les plus célèbres en droit pour ses «Rime», c.-à-d. vers en langue italienne moderne dont il fut l’un des premiers cultivateurs et raffinements. Célébrant dans celles‑ci son amour visionnaire, il modela le sonnet italien, et donna à celui‑ci, ainsi qu’à d’autres formes de poésie lyrique, non seulement une admirable politesse de diction et de mélodie, mais une délicatesse de sentiment poétique qui a rarement été égalée, et un jeu d’une riche fantaisie qui, s’il dégénère souvent en esprit faux, est aussi souvent délicieusement et purement beau. Mais si les sonnets, canzoni et «triomphes» de Pétrarque venaient à être oubliés, il serait pourtant honoré comme l’un des bienfaiteurs de la civilisation européenne. Aucun autre que Boccace ne partage avec lui la gloire d’avoir été le principal restaurateur de l’apprentissage classique. Son plus grand mérite réside dans le rappel qu’il fit de l’attention aux auteurs classiques plus élevés et plus corrects ; dans son zèle et son succès pour ranimer l’étude de la langue grecque ; et dans son rôle d’infatigable collectionneur et préservateur de manuscrits anciens au cours de ses voyages et autres activités. À son soin nous devons des copies de plusieurs œuvres classiques qui, sans lui, auraient vraisemblablement périt. Des éditions collectives de ses œuvres complètes ont été publiées à plusieurs reprises (Bâle, 1495, 1554, et 1581 sq.). Sa vie a occupé de nombreux écrivains, parmi lesquels on mentionnera Bellutello, Beccadelli, Tomasini, De la Bastie, De Sades, Tiraboschi, Baldelli, Ugo Foscolo, Campbell, et Geiger. En juillet 1874, une fête Pétrarquéenne eut lieu à Padoue, et une statue du grand poète par Ceccon fut érigée. L’éloge à cette occasion fut prononcé par Alcardi, dans l’aula magna de l’université. Voir, outre les biographies complètes, Longfellow, Poets and Poetry of Europe ; Gibbon, Decline and Fall of the Roman Empire, chap. 70 ; Prescott, Miscellanies, p. 616 ; For. Qu. Rev. juillet 1843 ; Contemp. Rev. juillet 1874 ; Revue des Deux Mondes, 15 juillet 1874 ; Ueberweg, Hist. of Phil. 2:7, 8, 462 ; Revue Chrétienne, 1869, p. 143.
