Définition dans McClintock & Strong
Mélite
Melita
Mel'ita (Μελίτη; probablement d'étymologie phénicienne, et signifiant refuge, autrement argile; mais selon Hammeker, Miscell. Phoenic. p. 46, ainsi nommée à cause de son abondance en frênes), une île de la Méditerranée, sur laquelle le navire qui conduisait l'apôtre Paul comme prisonnier à Rome fit naufrage, et qui fut le théâtre des circonstances intéressantes rapportées en Ac 27:28 (voir J. Ab. Ciantari Diss. apol. de Paulo in Melitam naufragio ejecto, Ven. 1738).
I. Identification du lieu. — Melita était le nom ancien de Malte (voir J. F. Wandalin, Diss. de Melita Pauli, Havn. 1707), et aussi d'une petite île de l'Adriatique, aujourd'hui appelée Meleda (Μελιτίνη νῆσος, Ptol. 2:17, 39; comp. Pliny, 3:30; Apollon. Rhod. 4:572), et chacune de ces deux îles a eu de chauds partisans pour son identification avec la Melita des Écritures (voir l'édition par Ciantar de l'Abela, Malta Illustrata, 1:608), la première étant l'opinion traditionnelle et de longue date (voir Ign. Giorgi, Paulus in mari quod nunc Venetus sinus dicitur, naeafragus, Ven. 1730; Jac. de Rhoer, De Pauli ad insul. Melit. naufragio, Traj. ad R. 1743; comp. Bibl. Ital. 11:127; Nov. Miscell. Lips. 4:308; Paulus, Samml. 4:356), susceptible seulement de l'objection que la partie de la Méditerranée où elle est située n'était pas proprement «the Sea of Adria» (Dr. Falconer's Dissertation on St. Paul's Voyage, 1817), ce qui a été montré (voir Wetstein's Comment. ad loc.) ne tenir pas (voir J. Smith, Voyage and Shipwreck of St. Paul, Lond. 1848; voir aussi Conybeare and Howson's Life of St. Paul, 2:353). Comme toutefois la controverse sur ce sujet a été quelque peu abondante, nous en discuterons en détail, renvoyant à d'autres articles pour confirmation des opinions et conclusions ici exprimées.
1. Arguments en faveur de Malte. —
(1.) Nous prenons le navire de saint Paul dans l'état où nous le trouvons environ un jour après avoir quitté Fair Havens, c.-à-d. quand il était sous l'abri de Clauda (Ac 27:16), amarré sur le bord tribord, et fortifié par des «undergirders» VOIR SHIP, la barque étant justement remontée à bord, et la tempête soufflant fort de l'est-nord-est. VOIR EUROCLYDON.
(2.) En supposant (ce que tout marin exercé admettrait) que la direction du dérive du navire fût d'environ ouest par nord, et sa vitesse de dérive d'environ une mille et demie à l'heure, on conclut aussitôt, en mesurant la distance sur la carte, qu'il serait conduit sur la côte de Malte le treizième jour (voir ver. 27).
(3.) Un navire dérivant dans cette direction jusqu'à l'endroit traditionnellement connu comme St. Paul's Bay arriverait à ce point de la côte sans toucher aucune autre partie de l'île auparavant. La côte, en effet, va de cette baie vers le sud-est. Cela se voit en consultant n'importe quelle carte ou plan de Malte.
(4.) Au cap Koura, qui est l'extrémité sud-est de la baie, il devait infailliblement y avoir des déferlantes, lorsque le vent soufflait du nord-est. Or l'alarme fut certainement causée par des déferlantes, car elle eut lieu pendant la nuit (v. 27), et il ne paraît pas que les passagers furent d'abord conscients du danger qui devint sensible à l'oreille fine des «sailors.»
(5.) Pourtant le bâtiment ne heurta pas; et cela correspond à la position du cap, qui serait à quelque distance sur le côté bâbord, ou à la gauche du navire.
(6.) Au large de ce point de la côte les sondages marquent vingt brasses (v. 28), et un peu plus loin, dans la direction du dérive supposé, quinze brasses (v. 28).
(7.) Bien que le danger fût imminent, on verra, en examinant la carte, qu'il restait encore du temps pour jeter l'ancre (v. 29) avant de heurter les rochers en avant.
(8.) Avec un fond de mauvaise tenue il y aurait eu grand risque que le navire traînât ses ancres. Mais le fond de St. Paul's Bay est remarquablement tenace. Dans les Purdy's Sailing Directions (p. 180) on dit de ce lieu que «tant que les câbles tiennent il n'y a aucun danger, car les ancres ne se dégageront jamais.»
(9.) Les autres caractères géologiques du lieu sont en harmonie avec le récit, qui décrit la crique comme ayant en un endroit une plage sablonneuse ou vaseuse (κόλπον ἔχοντα αἰγιαλόν, v. 39), et qui déclare que la proue du navire fut retenue sur le rivage, tandis que la poupe était exposée à l'action des vagues (v. 41). Pour des détails nous renvoyons à l'ouvrage (mentionné ci‑dessous) de M. Smith, un géologue accompli.
(10.) Un autre point de détail local est d'un intérêt considérable — à savoir que, lorsque le navire toucha le fond, on observa que le lieu était διθάλασσος, c.-à-d. qu'une communication fut remarquée entre deux masses d'eau apparemment séparées. On verra, en regardant la carte, que tel serait le cas. La petite île de Salmonetta paraîtrait d'abord faire partie de Malte même; mais le passage s'ouvrirait à droite au fur et à mesure que le navire passerait vers le lieu du naufrage.
(11.) Malte est sur la route des navires entre Alexandrie et Puteoli; et cela correspond au fait que le «Castor and Pollux», un bâtiment alexandrin qui conduisit finalement saint Paul en Italie, avait hiverné dans l'île (Ac 28:11).
(12.) Enfin, la route suivie dans la conclusion de ce voyage, d'abord à Syracuse puis à Rhegium, ajoute un dernier maillon à la chaîne d'arguments par lesquels nous prouvons que Melita est Malte.
2. Objections à Malte. — Le cas est établi jusqu'à la démonstration. Il peut cependant être utile de signaler une ou deux objections. On dit, à propos d'Ac 27:27, que le naufrage eut lieu dans l'Adriatique ou le golfe de Venise. On soutient qu'une île aussi connue que Malte n'aurait pas pu n'être pas reconnue (Ac 27:39), ni ses habitants appelés «barbares» (Ac 28:2). Et quant à l'événement rapporté en 28:3, l'accent est mis sur le fait que Malte n'a pas de serpents venimeux, et presque pas de bois. Nous répondons à ces objections que ADRIA, dans la langue de l'époque, ne désigne pas le golfe de Venise, mais la mer ouverte entre la Crète et la Sicile; qu'il n'est pas étonnant que les marins n'aient pas reconnu une partie étrangère de la côte sur laquelle ils furent jetés par tempête, et qu'ils reconnurent le lieu lorsqu'ils quittèrent le navire (Ac 28:1); que la bienveillance attribuée aux natifs (Ac 28:2,10) montre qu'ils n'étaient pas «barbares» au sens de sauvages, le mot signifiant simplement qu'ils ne parlaient pas grec; et, enfin, que la population de Malte a augmenté d'une manière extraordinaire récemment, qu'il y avait probablement autrefois abondance de bois, et qu'avec la destruction des bois de nombreux animaux indigènes auraient disparu.
3. Objections à Meleda. — En avançant des arguments positifs et en répondant aux objections, nous avons indirectement prouvé que Melita dans le golfe de Venise n'était pas la scène du naufrage. Mais on peut ajouter que cette île n'aurait pas pu être atteinte sans miracle dans les circonstances météorologiques décrites dans le récit; qu'elle n'est pas sur la route entre Alexandrie et Puteoli; qu'il ne serait pas naturel de procéder de là à Rome par une navigation comprenant Syracuse; et que les sondages sur ses côtes ne s'accordent pas avec ce qui est consigné dans les Actes.
4. Histoire de la controverse. — Un passage amusant dans le Table Talk de Coleridge (p. 185) mérite d'être signalé comme le dernier écho d'une controverse aujourd'hui éteinte. La question a été définitivement mise au repos par M. Smith, de Jordan Hill, dans son Voyage and Shipwreck of St. Paul, le premier ouvrage publié où elle fut étudiée à fond du point de vue du marin. Elle avait cependant été traitée auparavant de la même manière, et avec les mêmes résultats, par l'amiral Penrose, et des notes abondantes de ses MSS. sont données dans The Life and Epistles of St. Paul. Dans ce travail (2e éd. p. 426, note) figurent les noms de quelques-uns de ceux qui avaient soutenu la controverse au siècle dernier. Le chef de file du côté adriatique de la question fut, non sans raison, le padre Georgi, un moine bénédictin lié à la Meleda vénitienne ou autrichienne, et son Paulus Naufragus est extrêmement curieux. Il ne fut toutefois pas le premier à suggérer ce point de vue intenable. On le trouve, à une époque beaucoup plus ancienne, chez un écrivain byzantin, Const. Porphyrog. De Adm. Imp. (c. 36, vol. ii, p. 164, de l'éd. de Bonn).
II. Description et histoire du lieu. — (Dans cette partie nous utilisons principalement les énoncés trouvés dans Kitto's Cyclopedia, s.v.)
1. Le théâtre immédiat. — Le nom de St. Paul's Bay a été donné au lieu où l'on suppose que le naufrage eut lieu. Le récit sacré dit que c'était «une certaine crique avec un rivage», c.-à-d. un rivage apparemment praticable, sur lequel ils projetèrent, si possible, d'échouer le vaisseau, comme leur seule chance apparente d'échapper à la rupture sur les rochers. En tentant cela le navire semble avoir heurté et s'être brisé sur le promontoire rocheux à l'entrée de la crique. Cela concorde très bien avec St. Paul's Bay, plus que toute autre crique de l'île. Cette baie est une anse profonde sur la face nord de l'île, étant la dernière indentation de la côte à partir de l'extrémité occidentale de l'île. Elle mesure environ deux milles de profondeur sur une de largeur. Le port qu'elle forme est très dangereux à quelque distance de la côte, quoique l'on y trouve un bon mouillage au milieu pour les bâtiments légers. La partie la plus dangereuse est la pointe occidentale à l'entrée de la baie, particulièrement parce qu'il y a tout près une petite île (Salamone), et un îlot encore plus petit (Salmonetta), autour desquels les courants et bancs sont particulièrement dangereux par temps d'orage. On suppose ordinairement que le bâtiment heurta à ce point. De ce lieu la capitale ancienne de Malte (aujourd'hui Citta Vecchia, Vieille Ville) est distinctement vue à la distance d'environ cinq milles; et en regardant vers la baie du sommet de l'église sur la colline où la ville est située, il est évident que les habitants de la ville purent aisément, dès le matin, avoir perçu qu'un naufrage avait eu lieu; et cela jette une nouvelle lumière sur quelques-unes des circonstances des transactions profondément intéressantes qui s'ensuivirent. VOIR SHIPWRECK.
2. L'île en général. — L'île de Malte est située en Méditerranée, à environ soixante milles au sud du cap Passaro, en Sicile. Elle mesure environ dix-sept milles de longueur, et neuf ou dix de largeur. Près d'elle, à l'ouest, se trouve une île plus petite, appelée Gozo, l'ancienne Gaulos. Malte n'a ni montagnes ni hautes collines, et ne fait pas figure vue de la mer. C'est naturellement un rocher stérile, mais qui a été rendu en partie abondamment fertile par l'industrie et le labeur de l'homme. Elle était célèbre pour son miel et ses fruits, pour ses étoffes de coton, pour un excellent pierre de construction, et pour une race de chiens bien connue. Quelques années avant la visite de saint Paul, des corsaires de sa province natale de Cilicie faisaient de Melita un séjour fréquent; et à travers les périodes postérieures de son histoire, vandale et arabe, elle fut souvent associée à la piraterie. Le christianisme, cependant, introduit par Paul, ne fut jamais éteint. Melita, de par sa position en Méditerranée, et par l'excellence de ses ports, a toujours été importante tant pour le commerce que pour la guerre.
L'île fut d'abord colonisée par les Phéniciens (d'où le terme «barbare», c.-à-d. ni grec ni romain, employé dans le récit sacré, Ac 28:2), d'où elle fut prise par des colons grecs de Sicile, vers 736 av. J.-C.; mais les Carthaginois commencèrent à en disputer la possession vers 528 av. J.-C., et en devinrent finalement maîtres. La langue phénicienne, sous une forme corrompue, continua d'y être parlée au temps de saint Paul (Gesenius, Versuch ub. malt. Sprache, Leips. 1810). Des Carthaginois elle passa aux Romains pendant la Seconde Guerre punique, 242 av. J.-C., qui traitèrent bien les habitants, faisant de Melita un municipium, et permettant au peuple d'être gouverné par ses propres lois. Le gouvernement était administré par un propréteur, qui dépendait du préteur de Sicile; et cette charge paraît avoir été tenue par Publius lorsque Paul se trouvait sur l'île (Ac 28:7). Son officier principal (sous le gouverneur de Sicile) porte d'après les inscriptions le titre spécial de πρῶτος Μελιταίων, ou Primus Melitensium, et c'est précisément la phrase que Luc emploie (Ac 28:7). M. Smith n'a pu retrouver ces inscriptions. Il ne semble cependant y avoir aucune raison de douter de leur authenticité (voir Bochart, Opera, 1:502; Abela, Descr. Melitca, p. 146, appendice au dernier volume des Antiquités de Grsevius; et Bockh, Corp. Insc. 3:5754). À la division de l'empire romain, Melita appartint à la portion occidentale; mais ayant, en 553 apr. J.-C., été reprise aux Vandales par Bélisaire, elle fut ensuite rattachée à l'empire d'Orient. Vers la fin du IXe siècle l'île fut prise aux Grecs par les Arabes, qui en firent une dépendance de la Sicile, alors aussi en leur possession. Les Arabes ont laissé l'empreinte de leur physionomie, de leur langue et de beaucoup de leurs coutumes sur les habitants actuels, dont le dialecte est à ce jour parfaitement intelligible aux Arabes et aux Maures d'Afrique. Malte fut prise aux Arabes par les Normands en 1090 apr. J.-C., et connut ensuite d'autres changements jusqu'en 1530 apr. J.-C., lorsque Charles V, qui l'avait annexée à son empire, la transféra aux chevaliers de Saint-Jean de Jérusalem, que les Turcs avaient récemment dépouillés de Rhodes. Sous les chevaliers elle devint un État florissant, et fut le théâtre de leur plus grande gloire et de leurs exploits les plus signalés (voir Porter, Malta and its Knights, Lond. 1872). L'institution, devenue inadaptée aux temps modernes, tomba peu à peu en décadence, et l'île fut livrée aux Français sous Bonaparte lors de son départ pour l'Égypte en 1798. Ceux-ci la périrent aux mains des Anglais avec la concurrence et l'aide des habitants; et elle aurait dû être restituée aux chevaliers par les stipulations du traité d'Amiens; mais comme on ne put obtenir de garanties suffisantes pour l'indépendance de l'ordre (composé principalement de Français), les Anglais la conservèrent; et cette infraction nécessaire du traité fut le prétexte ostensible de la guerre qui ne se termina qu'à la bataille de Waterloo. L'île est encore aux mains des Anglais, qui ont récemment remanié le gouvernement pour répondre aux souhaits des nombreux habitants. Elle est devenue tout récemment le siège effectif d'un évêché anglican, qui, toutefois, prend son titre de Gibraltar, par déférence à l'évêché catholique existant de Malte. Voir, outre les ouvrages cités ci‑dessus, P. Carlo, Origine della Fede in Malta (Milan, 1759); Carstens, De apothesi Pauli in Melita (Lubec, 1754); L. de Boisgelin, Malte ancienne et moderne (Par. 1809); Bartlett's Overland Route (Lond. 1851), p. 3-118; Smith's Dict. of Class. Geogr. s.v. Melita; M'Culloch's Gazetteer, s.v. Malta; ainsi que les observations et voyages cités par Engelmann, Bibl. Geog. (voir Index, s.v. Malta); et les monographies citées par Volbeding, Index Program. p. 84. VOIR PAUL.
