Définition dans McClintock & Strong
Littérature et langues orientales
Oriental Literature and Languages
Oriental Literature And Languages est la dénomination commune des langues et littératures de tous les peuples d'Asie, ainsi que de ceux de l'Afrique et de l'Europe musulmanes. Dès le Moyen Âge l'attention des savants européens se tourna vers les langues orientales, surtout l'arabe, et cela pour deux raisons principales. D'une part, c'était le zèle religieux qui, par la connaissance de l'arabe, entendait réfuter les mahométans et les convertir au christianisme. À cet effet le pape Innocent IV ordonna que des chaires d'enseignement de l'arabe fussent fondées à Paris, et les papes Clément IV et Honoré IV montrèrent également un vif intérêt pour la question. Sous Clément V, le synode tenu à Vienne en 1311 résolut que des professeurs d'arabe et de chaldéen devaient être nommés à Paris, Rome, Oxford, Bologne et Salamanque. Le pape Jean XXII donna notamment instruction à l'évêque de Paris de veiller à ce que ces langues fussent enseignées à la Sorbonne. D'autre part, un intérêt scientifique conduisit à l'étude de la littérature orientale, afin de faire connaître aux nations occidentales les écrits médicaux, astronomiques et philosophiques des Arabes, ainsi que les ouvrages d'Aristote conservés seulement en traduction arabe. Vers la fin du XIIe siècle apparaissent des traductions latines à partir de l'arabe, qui se multiplièrent au Moyen Âge et furent imprimées au XVe siècle. La Réforme ranima l'étude des langues orientales par leur application à l'exégèse biblique. Pour l'Église de Rome l'étude des langues orientales devint une nécessité en raison de ses stations missionnaires en Orient; ainsi le pape Urbain VIII fonda, en 1627, à Rome, le Collegium pro Fide Propaganda, où les langues orientales étaient enseignées. Par l'intermédiaire des Jésuites en Chine et au Japon, l'Europe prit connaissance des langues orientales d'Asie et de leur littérature. D'une manière plus scientifique, l'étude des langues orientales fut reprise au milieu du XVIIIe siècle. L'Anglais William Jones, pendant sa résidence en Inde orientale (1780-90), attira l'attention sur les richesses de la littérature indienne, et fonda à Calcutta, en 1784, l'Asiatic Society. À Paris, Silvestre de Sacy fit de l'étude de l'arabe un objet d'intérêt particulier, attirant des étudiants de toute l'Europe. Jusqu'à la fin du XVIIIe siècle l'étude des langues orientales n'occupait qu'une position subordonnée dans le cursus des sciences; mais avec la formation des différentes sociétés asiatiques l'étude des langues orientales devint une spécialité. Les sociétés qui favorisent cette étude sont les suivantes, dont les trois premières sont les plus importantes en Europe:
1. The Asiatic Society of Bengal, fondée en 1784 par Sir William Jones, à Calcutta, publia la revue Asiatic Researches (Calcutta, 1788-1832, 17 volumes), dont une partie fut traduite en français et en allemand. Depuis 1832 les Asiatic Researches ont été remplacées par le Journal of the Asiatic Society of Bengal, publié mensuellement. Sous les auspices de cette société, mais aux frais du gouvernement anglo-indien, paraît depuis 1846 la Bibliotheca Indica, collection d'ouvrages orientaux en langue originale avec traduction; au début de l'année 1880 plus de cinq cents fascicules étaient déjà parus. Outre l'Asiatic Society il existe de nombreuses sociétés secondaires, qui ont également leurs périodiques.
2. La Société Asiatique, à Paris, fondée en 1822 par Silvestre de Sacy (q.v.), Klaproth (q.v.), Abel Rémusat, Jomard, Chézy, et d'autres, qui, outre l'édition du Journal Asiatique depuis 1823, publie aussi des ouvrages orientaux, en partie dans le texte original, en partie en traduction.
3. The Royal Asiatic Society of Great Britain and Ireland, ouverte par Colebrooke le 19 mars 1823. En lieu et place des Transactions (1824-34, 3 volumes), elle publie aujourd'hui le Journal of the Royal Asiatic Society.
4. La Deutsche morgenländische Gesellschaft, fondée en 1845. Son journal est la Zeitschrift der deutschen Gesellschaft.
5. La Societi Orientale de France, à Paris, dont l'organe est la Revue de l'Orient depuis 1845.
6. The Syro-Egyptian Society, à Londres, dont le journal est Original Papers depuis 1850.
7. Le Koningli1ike Institilt voor de Taal Land en Volkenkunde van Neederlandsch Indie, à Amsterdam, qui publie les Bijdragen depuis 1853.
8. The American Oriental Society, à Boston, fondée en 1842, dont l'organe est le Journal depuis 1843.
Voir Benfey, Geschichte der Sprachwissenschaft und orientalischer Philologie in Deutschland (Munich, 1869); Zenker, Bibliotheca Orientalis (Leipsic, 1846-61, 2 volumes); Tribner, Oriental Literary Record (Lond. 1865 sq.); Friderici, Bibliotheca Orientalis (Leipsic, 1876-83); Klatt und Kuhn, Literatur-Blatt für orientalische Philologie (ibid. 1883 sq.). (B.P.)
