Définition dans McClintock & Strong
Jael
Jaël
Ja'ël (Heb. Yael', יָעֵל, un bouquetin ou ibex, comme en Ps. 104:18 ; Job 39:1 ; Sept. Ι᾿αήλ, Josephus Ι᾿άλη), l'épouse d'Héber le Kénite, et l'assassin de l'opresseur d'Israël (Juges 4:17‑22). Vers 1409 av. J.-C. Héber était le chef d'un clan arabe nomade qui s'était séparé du reste de sa tribu et avait dressé sa tente sous les chênes, lesquels furent dès lors appelés «chênes des voyageurs» (Version Autorisée King James «plaine de Zaanaïm», Juges 4:11), dans le voisinage de Qedesch de Nephtali. VOIR HÉBER. La tribu d'Héber avait conservé la jouissance paisible de ses pâturages en adoptant une position de neutralité dans une époque troublée. Leur descendance de Jethro leur assurait l'estime des Israélites, et ils étaient assez importants pour conclure une paix formelle avec Yabin, roi de Hatsor. VOIR KÉNITE.
Dans la poursuite précipitée qui suivit la défaite des Cananéens par Barak, Sisera, abandonnant son char pour éviter plus aisément d'être remarqué (comp. Homère, Iliade, v. 20), s'enfuit sans escorte, et prit une direction opposée à celle de son armée. Arrivé aux tentes du chef nomade, il se souvint qu'il existait la paix entre son souverain et la maison d'Héber, et il sollicita donc l'hospitalité et la protection auxquelles il avait droit (Harmer, Obs. 1:460). «La tente de Jaël» est expressément mentionnée soit parce que le harem d'Héber était dans une tente séparée (Rosenmüller, Morgenl. 3, 22), soit parce que le Kénite lui‑même était absent à ce moment. Dans la retraite sacrée presque inviolable de ce sanctuaire (Pococke, East, 2, 5), Sisera pouvait bien se croire absolument à l'abri des incursions de l'ennemi (Calmet, Fragm. e. vo. 25) ; et, bien qu'il eût l'intention de se réfugier parmi les Kénites, il n'aurait pas osé violer aussi ouvertement toute idée de bienséance orientale en entrant dans les appartements d'une femme (D'Herbelot, Bibliothèque orientale, s.v. Haram) s'il n'avait reçu l'invitation expresse, pressante et respectueuse de Jaël. VOIR HAREM. Il accepta l'invitation, et elle lui jeta le couvre‑lit (הִשּׂמַכָה, Version Autorisée King James «un manteau» ; manifestement une partie du mobilier régulier de la tente) pendant qu'il reposait sur le sol. Quand la soif empêcha le sommeil et qu'il demanda de l'eau, elle lui apporta du lait caillé dans son vase le plus fin, ratifiant ainsi, par une apparence de zèle empressé, le lien sacré de l'hospitalité orientale. Le vin eût été moins propre à étancher sa soif, et peut‑être était‑il proscrit chez le clan d'Héber (Jér. 35:2). Selon les citations de Harmer, le lait caillé est encore une boisson arabe favorite, et l'on infère que c'est la boisson dont il s'agit d'après Juges 5:25 ainsi que d'après l'affirmation directe de Josephus (γάλα διεφθορὸς ἤδη, Ant. 5, 5, 4), bien qu'il n'y ait pas lieu de supposer, comme le firent Josephus et les Rabbins (D. Kimchi, Jarchi, etc.), que Jaël l'eût donné sciemment pour ses qualités soporifiques (Bochart, Hieroz. 1:473). Mais l'anxiété empêcha encore Sisera de se reposer jusqu'à ce qu'il eût obtenu la promesse de sa protectrice qu'elle garderait fidèlement le secret de sa cachette ; jusqu'à ce qu'enfin, convaincu de sécurité parfaite, le guerrier las et malheureux s'abandonna au profond sommeil de la fatigue et du désarroi. Ce fut alors que Jaël prit dans sa main gauche l'un des grands pieux de bois (Version Autorisée King James «clou») qui retenaient les cordes de la tente, et dans sa main droite le maillet (Version Autorisée King James «marteau») dont on l'enfonçait dans le sol, et, s'approchant de son hôte endormi et confiant, d'un coup formidable l'enfonça à travers les tempes de Sisera jusqu'au fond de la terre. D'un dernier spasme d'agonie, d'une convulsion soudaine, «à ses pieds il plia ; il tomba ; là où il plia, il tomba mort» (Juges 5:27). Elle attendit ensuite l'arrivée du poursuivant Barak, et le conduisit dans sa tente afin que, en sa présence, elle pût réclamer la gloire de l'acte. VOIR BARAK.
Beaucoup ont supposé que, par cet acte, elle accomplit la parole de Deborah, selon laquelle Elohîm vendrait Sisera entre les mains d'une femme (Juges 4:9 ; Josephus, Ant. 5, 5, 4), et en ont conclu que Jaël fut animée d'une influence divine et secrète. Mais le texte biblique ne donne aucune indication d'une telle inspiration, et il est au moins aussi probable que Deborah ne fit que suggérer la part d'honneur qui serait accordée par la postérité à ses propres efforts. Si donc l'on écarte l'hypothèse encore plus monstrueuse des Rabbins selon laquelle Sisera aurait été tué par Jaël parce qu'il aurait cherché à lui faire violence — le meurtre apparaît dans toute son atroce commodité. Un fugitif avait demandé et reçu dakhil (protection) de sa part ; il était malheureux, vaincu, las ; il était l'allié du mari de cette femme ; il était un hôte invité et honoré ; il se trouvait dans le sanctuaire du harem ; par‑dessus tout, il était confiant, sans défense et endormi ; et pourtant elle viola sa foi, transgressa l'hospitalité solennelle et assassina un dormeur confiant et sans défense. On exige assurément l'énoncé le plus clair et le plus positif pour prétendre que Jaël fut poussée à un tel meurtre par une suggestion divine. VOIR HOSPITALITÉ.
Il n'est pas difficile, cependant, de comprendre, sur des motifs purement humains, l'objet de Jaël dans cette transaction pénible. Ses motifs paraissent entièrement prudents ; et, sur des motifs de prudence, la circonstance même qui rend son acte plus odieux — la paix subsistant entre le chef nomade et le roi de Hatsor — devait lui sembler rendre l'acte d'autant plus opportun. Elle vit que les Israélites avaient l'avantage, et elle sut que, étant alliée aux oppresseurs d'Israël, la tente pourrait attendre un très mauvais traitement de la part des forces poursuivantes, qui serait grandement aggravé si l'on trouvait Sisera abrité en son sein. Elle chercha à prévenir ce désastre et à placer la maison d'Héber dans une position favorable auprès des vainqueurs. Elle put se justifier à elle‑même en considérant que, puisque Sisera serait sûrement pris et mis à mort, elle avait mieux à faire de tirer un avantage de son funeste destin que d'encourir une ruine complète en tentant de le protéger. Il est probable, toutefois, qu'au début la femme fut sincère dans ses offres d'amitié arabe ; mais le sommeil tranquille du guerrier lui donna le temps de réfléchir combien facilement son bras pouvait débarrasser son peuple de l'oppresseur, et elle fut ainsi conduite à comploter contre la vie de sa victime. Il ne paraît pas qu'elle ait commis le mensonge qu'on lui avait demandé de faire, savoir de nier la présence d'un étranger si un passant l'interrogeait. Voir Kitto's Daily Bible Illustrations, ad loc.
Il est bien plus aisé d'expliquer la conduite de Jaël que de rendre compte de l'éloge apparemment laudatif qu'elle reçoit dans l'ode triomphale de Deborah et de Barak ; mais les observations suivantes vont assez loin pour lever la difficulté : il ne fait aucun doute que Sisera eût été mis à mort s'il avait été pris vivant par les Israélites. Les usages de la guerre de l'époque justifiaient un tel traitement, et on en trouve de nombreux exemples. Ils n'eurent donc aucune considération pour ses motifs privés ou pour les relations particulières entre Héber et Yabin, mais ne virent en elle que l'instrument d'accomplir ce que l'on considérait ordinairement comme l'acte final et couronnant d'une grande victoire. Le fait exceptionnel que cet acte ait été accompli par la main d'une femme constitua, selon les notions de l'époque, une humiliation si grande qu'on ne pouvait manquer d'y insister en opposant le résultat à la fière confiance d'abord entretenue (Juges 5:30). Sans s'arrêter à se demander quand et où Deborah se prétendait infaillible, ni si, dans le moment passionné du triomphe patriotique, elle était susceptible de s'arrêter pour scruter les implications morales d'un acte qui avait rendu un si grand service à elle‑même et à son peuple, on peut se demander si une louange morale directe y est vraiment destinée. Ce que Deborah énonce est un fait, à savoir que les épouses des Arabes nomades considèreraient Jaël comme une bienfaitrice publique et la loueront comme une héroïne populaire. «Elle n'était certainement pas ‘bénie’ comme une personne pieuse et droite l'est quand elle accomplit un acte qui incarne les principes les plus nobles et qui s'élève en mémorial devant Elohîm, mais uniquement comme celle qui joua un rôle contribuant à un grand dessein du ciel.» De la même manière, bien qu'en sens opposé, Job et Jérémie maudissent le jour de leur naissance ; non qu'ils entendent en faire l'objet d'un blâme proprement dit, mais pour marquer leur profond sentiment du mal dans lequel il les a plongés — marquer le commencement d'une vie de souffrance et d'obscurité. De même, et d'une ressemblance plus proche, le psalmiste proclame heureux ou béni celui qui écrase les petits de Babylone contre les pierres (Ps. 137:9), que nul connaisseur de la poésie hébraïque ne songerait à interpréter comme une bénédiction proprement dite sur les meurtriers impitoyables des enfants de Babylone pris pour héros de la justice. Il annonce simplement, sous un trait fortement individualisant, la rétribution à venir sur Babylone pour les cruautés qu'elle avait infligées à Israël ; sa mesure lui serait rendue ; et ceux qui seraient les instruments pour l'accomplir exécuteraient un dessein d'Elohîm, que ce fût leur intention ou non. Si l'on juge l'exaltation poétique de Jaël à la lumière de ces passages apparentés, on y trouvera rien qui soit contraire au verdict que tout esprit impartial serait porté à prononcer sur sa conduite. C'est, en réalité, l'œuvre du jugement d'Elohîm, par son instrument, qui est célébrée, non sa manière de l'exécuter ; et il pourrait être aussi juste de regarder les Mèdes et les Perses païens comme un peuple véritablement pieux parce qu'ils sont appelés «les sanctifiés d'Elohîm» pour faire son œuvre de vengeance sur Babylone (Isa. 13:3), que, d'après ce qu'on dit dans le cantique de Deborah, de considérer Jaël comme un exemple de droiture. VOIR DÉBORAH.
Quant à la moralité de l'acte de Jaël pour lequel elle est ainsi louée, bien qu'on ne puisse le justifier par les usages d'aucun peuple ou de quelque époque que ce soit, les considérations avancées par le Dr Robinson (Biblical Repository, 1831, p. 607) ont quelque poids : «Nous devons en juger d'après les sentiments de ceux parmi lesquels le droit de venger le sang d'un parent était si profondément enraciné que même Moïse ne put l'abolir. Jaël était alliée par le sang à la nation israélite ; [Sisera, général] de leur principal oppresseur, qui les avait fort opprimés pendant vingt ans, gisant maintenant sans défense devant elle ; et il était de plus un de ceux qu'Israël était tenu, par le commandement de YHWH, d'extirper. Peut‑être aussi se crut‑elle appelée à être l'instrument d'Elohîm pour opérer pour cette nation une grande délivrance en exterminant ainsi le chef de leur oppresseur païen. Du moins Israël l'envisagea sous ce jour ; et, dans cette vue, on ne peut reprocher à l'héroïne d'un crime ce que tant elle que Israël regardèrent comme un acte accompli conformément au mandat du ciel.» Il ne faut pas non plus oublier le halo dont le succès militaire dore tout acte aux yeux du public, et que, en temps de guerre, beaucoup de choses sont tenues permises et même louables qui seraient réprouvées en paix. Le Dr Thomson (Land and Book, 2, 146 sqq.) justifie en effet le comportement de Jaël par les considérations suivantes :
1. Yabin, quoique nominalement en paix avec les Kénites, avait sans doute infligé beaucoup de dommages à ces derniers en commun avec leurs voisins israélites, et pouvait être — probablement l'était — particulièrement odieux à Jaël elle‑même.
2. On ne doit pas supposer que les lois bédouines aient eu une force stricte parmi les Kénites sédentarisés.
3. Jaël dut connaître qu'on applaudirait son acte, sinon elle n'y aurait pas risqué sa main.
4. Il y a toutes raisons de croire qu'elle était en pleine sympathie avec les Israélites, non seulement sur des motifs amicaux, mais aussi religieux ; et la neutralité des Kénites semble mentionnée seulement pour expliquer la recherche d'abri par Sisera. VOIR SISERA.
La promesse de protection qu'elle fit ne contenait pas de garantie contre la violence de sa part, mais seulement de dissimulation contre l'armée ennemie.
