Définition dans McClintock & Strong

Jacques Paul Spifame

Spifame, Jacques Paul

Spifame, Jacques Paul

Sieur de Passy, descendait d'une famille italienne de rang, originaire de Lucques, et naquit à Paris en 1502. Il fit des études de droit, et obtint une bonne position, dans laquelle il se distingua par son talent et son habileté aux affaires, en particulier dans la gestion des finances, et devint bientôt conseiller au Parlement, puis président aux enquêtes, maître des requêtes, et enfin conseiller d'État. Soudainement, pour des raisons aujourd'hui inconnues, il entra dans l'état ecclésiastique, et commença une carrière nouvelle et non moins brillante. Il fut fait chanoine à Paris, chancelier de l'université, etc., et vicaire général du cardinal de Lorraine, qu'il connaissait déjà, et qu'il accompagna au Concile de Trente. En octobre 1548, il fut nommé évêque de Nevers, dignité qu'il renonça toutefois après onze ans, en faveur d'un neveu, Égide Spifame, qui mourut à Paris en 1578. Il alla ensuite à Genève et devint protestant. Les raisons qui le déterminèrent ne sont pas bien connues, mais ses relations avec Catherine de Gasperne en firent certainement partie. Cette personne était l'épouse d'un procureur royal à Paris, qu'il séduisit, et qui lui donna un fils, André, avant la mort de son mari, en 1539. Par la suite elle vécut avec Spifame, et mit au monde un second enfant, une fille, Anna. Il s'efforça de légitimer ces enfants et d'en faire ses héritiers, et révéla donc ses relations avec Catherine au Conseil et au Consistoire de Genève, déclarant que, étant clerc, il n'était pas autorisé à se marier, et qu'il avait fui par crainte de persécution. Son mariage fut dès lors solennellement célébré le 27 juin 1559. Il mena un train de vie luxueux, mais fut très charitable, et sa vaste culture et sa grande habileté furent constamment demandées par les protestants français. En octobre il devint citoyen de Genève. Peu de temps après, il demanda à être ordonné ministre protestant; et, comme ni Calvin ni Bèze ne s'y opposèrent, son vœu fut accordé, et il devint pasteur à Issoudun en 1560. D'autres communautés sollicitèrent également ses services, notamment son ancienne congrégation de Nevers; et il travailla à Bourges et à Paris. Lorsque la première guerre de religion éclata, un champ d'action plus important s'ouvrit à lui. Condé le délégua à la diète des princes tenue à Francfort (avril à novembre 1562), afin d'assurer la non-intervention de l'Allemagne. Il soumit à l'empereur Ferdinand une confession de foi telle qu'elle était tenue par les évangéliques de France; lui présenta quatre lettres de Catherine de Médicis à Condé, dans lesquelles elle l'encourageait dans son opposition aux Guise; et, enfin, demanda que le recrutement contre ses coreligionnaires fût arrêté. À son retour en France, il prit en charge l'administration civile de Lyon; après que cette ville fut tombée aux mains de Soubise et après la conclusion du traité d'Amboise (19 mars 1563), il retourna à Genève, où, entre-temps, il avait été élu au Conseil des Soixante (9 fév.), presque au moment où le Parlement de Paris, qui l'avait précédemment sommé, l'avait condamné, par contumace, à être pendu (13 fév.). En janvier 1564, il alla à Pau pour régler les affaires de la reine Jeanne d'Albret de Navarre, mais n'eut pas de succès, et, de plus, lui suscita l'inimitié en l'accusant témérairement d'avoir vécu en adultère avec Merlin, un ecclésiastique, et que Henri IV était le fruit de cette liaison. Peu après son retour à Genève, on prétendit qu'il négociait avec la France pour obtenir l'évêché de Toul ou l'intendance des finances. Son neveu, qui connaissait toute la liaison avec Catherine de Gasperne, avait intenté un procès pour faire écarter la légitimité de ses enfants et empêcher leur entrée dans les biens de Spifame. De plus, Servin, avocat de la reine Jeanne, l'accusa d'avoir diffamé la maison royale de Navarre, et, selon la coutume genevoise, les deux furent emprisonnés le 11 mars 1566. En même temps, des bruits d'adultère et de falsifications liées à Spifame commencèrent à circuler, et une instruction fut ordonnée, qui aboutit à la découverte d'un contrat falsifié pour un mariage de conscience avec Catherine, daté du 2 août 1539, mais qu'elle reconnut n'avoir signé que deux ans avant la découverte, et contenant le consentement falsifié du père et de l'oncle de Catherine à ses relations avec lui après le début de sa veuvage. Il avoua la falsification, mais plaida la prescription et son mariage ultérieur ainsi qu'une vie irréprochable. L'accusation selon laquelle il avait écrit contre la maison de Navarre fut énergiquement niée; qu'il eût désiré l'évêché de Toul fut concédé, mais il nia toute intention de se réunir à l'Église romaine. Son intention était de devenir un évêque véritable et évangélique. Le Conseil de Genève le condamna à mort à cause de la falsification prouvée, et l'intercession des Bernois et de Coligny (ce dernier trop tard) ainsi que la mémoire des services rendus par lui à la république et à la cause du protestantisme ne purent détourner son sort. Il fut décapité le 23 mars 1566, et mourut avec grande fermeté. Voir Mémoires de Condé, t. 4; Bèze, Histoire ecclésiastique, t. 2; aussi Haag, France Protestante, t. 9; Senebier, Histoire littéraire, t. 1, p. 384 s.; Spon, Histoire de Genève (éd. Gautier), t. 2; Sponde, Annalium Baronii Continuatio (1639), 18.

Source

John McClintock et James Strong, Cyclopaedia of Biblical, Theological, and Ecclesiastical Literature (1867-1894), domaine public ; traduction française À l'ombre du figuier.