Définition dans McClintock & Strong
Gabriel Naudé
Naude, Gabriel
Naude, Gabriel bibliographe français, célèbre pour sa défense de Kempis comme auteur de De Imitatione Christi, né à Paris en 1600. Il montra dès sa jeunesse une grande aptitude pour les études philologiques et critiques. Il fit des études de médecine à Paris, mais soutint son doctorat en cette science à Padoue. De retour à Paris en 1628, il publia Apologie pour les grandes Personnages faussement accusés de magie (1629). En 1631 il accompagna le nonce pontifical, le cardinal De' Bagni, à son retour à Rome, et fut nommé son bibliothécaire. Alors que Naudé était à Rome, commença la controverse concernant la paternité de l'Imitation de Yehoshoua Mashiah (Jésus-Christ). VOIR KEMPIS, THOMAS A. Les bénédictins attribuaient l'ouvrage à un des leurs, Jean Gersen, abbé de Verceil ; tandis que les chanoines réguliers de Sainte‑Geneviève le réclamaient pour Thomas a Kempis. Naudé, étant en Italie, fut prié d'examiner plusieurs manuscrits de l'ouvrage en question. Son rapport fut défavorable aux réclamations des bénédictins, qui furent fort irrités contre lui et l'accusèrent de mauvaise foi. L'affaire vint alors devant les tribunaux sous la forme d'une plainte pour diffamation ; le procès dura des années et fut enfin compromis. En 1640 le cardinal De' Bagni mourut, et Naudé, après être resté quelque temps auprès du cardinal Barberini, neveu du pape régnant Urbain VIII, fut rappelé à Paris en 1642 et nommé bibliothécaire du cardinal Mazarin. Dans cette fonction il parcourut plusieurs parties de l'Europe pour acquérir livres et manuscrits destinés à enrichir la bibliothèque de son protecteur, qui fut ensuite vendue par sentence du Parlement de Paris, pendant la guerre civile de la Fronde, à la grande douleur de Naudé, qui tenta d'empêcher ce qu'il considérait comme un acte de barbarie (comp. son Avis à Nosseigneurs du Parlement sur la Vente de la Bibliothèque du Cardinal Mazarin, 1652). Sur l'invitation de la reine Christine de Suède à être sa bibliothécaire, Naudé se rendit à Stockholm en 1652, où il fut fort bien reçu. Le climat de la Suède ne convenant pas à sa santé, il prit le chemin du retour vers Paris, mais mourut subitement en 1653. Naudé fut un opposant résolu aux huguenots, et préconisa des mesures sévères pour leur extinction. Il soutenait que la France pâtissait de la tolérance du protestantisme sur son territoire. Les auteurs protestants ont coutume d'attribuer, et à juste titre du reste, que la stagnation du commerce en France découlait du départ des huguenots ; mais Naudé prétend que «si tous les hérétiques de France avaient été éliminés, le pays aurait ensuite joui d'une parfaite tranquillité». À son crédit il faut cependant dire que, malgré son opiniâtreté et son paradoxe, Naudé était un homme d'une conduite irréprochable et un véritable savant. Nombreux sont les éloges et épitaphes écrits en son honneur. Voir Jacob, Gabrielis Naudcei Tumulus (1659) ; Sainte‑Beuve, Portraits littéraires (1855).
