Définition dans McClintock & Strong
Franz von Sickingen
Sickingen, Franz Von
Sickingen, Franz von, noble et personnage héroïque du premier siècle de la Réforme allemande, remarquable par la relation qu’il entretint avec ce mouvement, naquit le 1er mai 1481 dans le château d’Ebernburg, près de Kreuznach, et, dans sa jeunesse, entra dans les armées de l’empereur Maximilien, où il servit jusqu’à acquérir renommée et haut rang comme chef militaire. Il prit part aussi aux plus ou moins légitimes guerres privées entre grands seigneurs d’Allemagne, souvent en protégeant la partie la plus faible et en délivrant les opprimés; mais, comme d’autres de son temps, il se rendit parfois coupable de violences inutiles. En 1515 il força la ville de Worms à réadmettre un certain nombre de citoyens et de conseillers qui avaient été bannis durant un litige entre magistrats et populace. Il tourna ensuite ses armes contre le duc de Lorraine, le contraignant à racheter la paix au prix de cinquante mille florins et d’un mois de solde pour les troupes de Sickingen. L’impunité pour de tels actes lui fut assurée par la nécessité de conserver son habileté et son expérience au service impérial. Maximilien mourut en 1519; à cette date Sickingen était devenu si important que les candidats au trône impérial, François de France et Charles d’Espagne et d’Autriche, cherchèrent son appui. Il choisit ce dernier; quand son choix fut ratifié et Charles devint empereur, le 28 juin 1519, Sickingen se jeta avec enthousiasme au service de son nouveau maître, fut fait commandant des armées impériales, conseiller et chambellan. Dès 1521 il put manifester sa dévotion en campagne, sous le commandement du comte Henri de Nassau, dans la vaine expédition contre les Pays-Bas, lorsque la défense réussie de Mézières par le chevalier Bayard contraignit la retraite de l’armée. L’entreprise suivante de Sickingen visait à briser le despotisme des princes et le mépris du clergé. Choisi chef général par les nobles du Haut-Rhin, il rassembla une armée qu’il employa contre l’archevêque de Trèves, d’abord avec quelque succès, mais finalement à son préjudice: le siège prolongé de Trèves épuisa ses ressources et le força à se retirer, après avoir irrité les princes alliés — l’électeur palatin, le landgrave Philippe de Hesse, et l’archevêque — qui le suivirent jusqu’à son château de Landstuhl, près de Zweibrücken, et prirent le fort d’assaut. Entre-temps une balle ennemie lui donna une blessure mortelle; il mourut à midi, le 7 mai 1523, tandis que son chapelain lui prodiguait les consolations de la religion. Les princes ennemis s’inclinèrent respectueusement et récitèrent un Pater Noster pour le repos de son âme. Il laissa cinq fils, empêchés de prendre possession de leur patrimoine pendant dix-neuf ans, jusqu’à ce qu’un compromis le leur rendît. Sa mort fit une profonde impression dans toute l’Allemagne, et si étonna Luther qu’au début il refusa de croire au rapport de l’événement, bien qu’il y reconnut plus tard une manifestation des jugements merveilleux et justes d’Elohîm. Voir De Wette, Luther's Briefe, ii, 340, 341.
Le caractère de Sickingen fut incontestablement entaché par les défauts de la chevalerie de son temps; mais il se distingua par sa fidélité à ses engagements, sa dévotion envers ses amis, et son courage pour intervenir en faveur des opprimés. Il ne reçut pas dans sa jeunesse les bienfaits d’une éducation libérale, mais possédait néanmoins une haute culture pour son époque; il devint un zélé promoteur des lettres et un protecteur d’érudits. Reuchlin (q.v.) trouva chez lui un asile en avril 1519, lorsque les forces hostiles de la Ligue souabe entrèrent à Stuttgart, et de nouveau lorsque les Dominicains de Cologne le poursuivaient. Plus remarquable encore est le fait qu’Ulrich von Hutten (q.v.) résida à l’Ebernburg pendant deux années, pouvant ainsi influencer son ancien camarade à regarder favorablement le Réformateur de Wittenberg et son œuvre. Grâce à Hutten, Sickingen se libéra des fers du scolastiscisme et put reconnaître la vérité évangélique. Parmi les hôtes de Sickingen se trouvèrent Caspar Aquila, Martin Bucer, John Œcolampadius, et John Schwebel (q.v.), ainsi que d’autres de moindre rang, en un nombre tel que ses salles furent connues comme les «Auberges de la Justice». Le séjour de tant d’esprits réformateurs à l’Ebernburg entraîna la réforme du culte dans tous les châteaux de Sickingen, œuvre exécutée, avant l’expédition contre Trèves, par Œcolampadius. Sickingen chercha à promouvoir la Réforme par la plume aussi bien que par l’autorité publique et privée. Un Sendschreiben (donné dans Munch, Fr. von Sickingen, ii, 132–139) adressé à son beau-frère Dietrich von Handschuchsheim vise à montrer que la Réforme n’est que la restauration du christianisme primitif, et expose les vues de l’auteur sur la Cène, la messe, le célibat et le monachisme, les saints et les images. Il écrivit aussi un essai sur la question «S’il est conseillé aux princes protestants du Saint-Empire romain de conclure un traité universel ou particulier de paix avec le pape?» (voir Jocher, Gelehrten-Lexikon, 4:569).
Voir Leodius [Hubert], Acta et Gesta Fr. de Sick., in Freher, Scriptt. Rer. Germ. iii, 295 sq.; Spangenberg, Adelsspiegel, ii, 44; Sturm, Augenzeuge u. Herold bei Eroberung von Sickingen's Burgen; Seckendorf, Comment. Hist. et Apolog. de Lutheranismo (Francof. et Lips. 1692, 4to), i; Planck, Gesch. d. pesot. Lehrbes riffs, ii, 150 sq.; Munich, Fr. von Sickingen's Thaten, Plane, Freunde u. Ausgang (Stuttg. 1827, 1828, 2 pts. [pt. ii contains the sources]); Strauss, Ulrich von Hutten (Leips. 1858, 1860, 3 pts.).
