Définition dans McClintock & Strong
François de La Mothe Le Vayer
Mothe Le Vayer, Francois De La
Mothe le Vayer, François de La, philosophe sceptique français, naquit à Paris en 1586, fut si bien éduqué qu’il fut un favori des grands ministres cardinaux Richelieu et Mazarin, et fut nommé par leur faveur conseiller d’État et précepteur du duc d’Anjou, frère du roi Louis XIV. La Mothe était un homme moral et tempéré — ce qui n’était pas courant à la cour française de cette époque. Il s’intéressa si profondément à l’étude de l’histoire qu’il abandonna tout pour elle, et fut si généralement estimé qu’il fut couronné de distinctions dans tous les cercles qu’il fréquenta. En 1639 il fut reçu membre de l’Académie. La Mothe eut près de cinquante ans avant de publier son premier ouvrage ; mais, après son entrée dans la carrière littéraire, il contribua chaque année jusqu’à sa mort en 1672. Il combattit par l’esprit et l’humour satirique la vie de cour et la licence que le peuple de ce siècle approuvait. En philosophie il s’inclinait vers le scepticisme, appliquant les arguments des anciens sceptiques surtout à la théologie, en limitant celle-ci à la sphère de la foi simple. Il exemplifia ses vues dans son ouvrage De la Vertu des Païens, ou Cinq dialogues faits à l’imitation des anciens par Horatius Turbero (Mons, 1671, 12mo; 1673, 8vo ; et une nouvelle édition Augmentée d’une réfutation de la philosophie sceptique ou preservatif contre le Pyrrhonisme par M. J.M. Kahle [Berlin, 1704, 2 vol., 8vo]). Dans le premier dialogue il défend le scepticisme dans le style de Sextus avec beaucoup d’apparence d’érudition. Il traite de la variété et des contradictions des opinions humaines, des mœurs et des coutumes, d’où il déduit la doctrine qu’il n’y a rien de certain, et pour le bien commun pas même une loi morale universelle contraignante. Dans son second dialogue il parle de la variété des nourritures et boissons et des différentes coutumes aux repas ; de la conception de l’amour, et prend position en faveur de ce qui équivaudrait aujourd’hui à la doctrine de l’amour libre, qu’il appelle sa philosophie sacrée et divine. Il recommande dans son troisième dialogue une vie solitaire philosophique. Le quatrième contient un éloge satirique de l’âne, visant ainsi sarcastiquement à réprimander la folie de son siècle. Son cinquième dialogue traite des diverses religions, et il en conclut qu’on ne peut obtenir rien de certain par elles ; mais il parle ici seulement de la religion de la raison, et dit que la religion positive possède les principes de la foi en la révélation, qui ne peuvent être obtenus que par la grâce d’Elohîm, et doivent toujours être au‑dessus de toute raison. M. Arnauld, le théologien érudit, répondit à La Mothe dans un opuscule intitulé De la Necessity de la Foi en Yehoshoua Mashiah (Jésus-Christ), qui réfute habilement les raisonnements insensés de La Mothe, et traite néanmoins l’auteur avec beaucoup d’égards, comme il le méritait. La Mothe mourut en 1672. Le reste de ses ouvrages est de peu d’importance ; ils furent publiés par son fils à Paris en 1653 ; 2e éd. 1669 ; 3e éd. (3 vol., fol.) en 1684. Cette dernière édition est la plus complète. Cependant la meilleure édition fut préparée en Allemagne à Dresde (1756-59, 14 vol., 8vo). Voir Étienne, Essai sur La Mothe le Vayer (1849) ; Bayle, Hist. Dict. s.v. ; Hallam, Introd. to Lit. Hist. (voir Index au vol. 2, édition Harper). (J.H.W.)