Définition dans McClintock & Strong

Félix d'Urgell (évêque, fin VIIIe‑IXe s.)

Felix (3)

Felix évêque d'Urgel (Urgelis), en Espagne, IXe siècle. On sait peu de choses de sa jeunesse. Il devint évêque d'Urgel en 791. Elipandus de Tolède, qui avait été son disciple, le consulta au sujet de la doctrine de la personne du Mashiah (Christ), à l'égard de laquelle il semble qu'Elipandus avait déjà embrassé la doctrine dite des adoptianistes. VOIR ELIPANDUS. «La réponse de Felix fut que Mashiah, en ce qui concerne sa nature divine, était réellement et proprement le Fils d'Elohîm, engendré du Père et conséquemment il était le véritable Elohîm, conjointement avec le Père et le Saint-Esprit, dans l'unité de la Divinité. Mais que, en ce qui concerne son humanité, Mashiah était le Fils d'Elohîm par adoption, né de la Vierge par la volonté du Père, et ainsi il était nominalement Elohîm. D'où, selon les opposants des Féliciens, il résultait qu'il y avait une double filiation en Mashiah, et qu'il devait consister en deux personnes. L'opinion de Felix fut regardée par les orthodoxes comme rien d'autre qu'un développement de l'hérésie nestorienne. La doctrine de Felix fut adoptée par Elipandus, qui, étant primat d'Espagne, la propagea à travers les différentes provinces d'Espagne, tandis que Felix lui-même contribua à l'étendre dans la Narbonnaise et d'autres parties de la Gaule» (Carwithen, Church History, p. 179). Il semble clair que Felix avait lu quelques écrits de Théodore de Mopsueste (q.v.), dans lesquels une doctrine analogue est enseignée. Felix semble, de plus, s'être engagé dans une controverse avec les Mahométans, et, selon Alcuin, il écrivit un Dialogue contre eux; il n'est pas invraisemblable qu'il ait été conduit à la vue adoptianiste par son désir de rendre la doctrine de l'Incarnation moins choquante pour les Mahométans. Alcuin (q.v.) entra en controverse avec Felix, et nous apprenons par lui une grande partie de ce que l'on sait de la controverse (Alcuin, Opera, ii, 760 sqq.). Neander donne l'énoncé suivant : «Felix distinguait dans quelle mesure Mashiah était le Fils d'Elohîm et Elohîm selon la nature (natura, genere), et dans quelle mesure il l'était par vertu de la grâce, par un acte de la volonté divine (gratia, voluntate), par le choix et le bon plaisir divins (electiones, placito); et le nom de Fils d'Elohîm lui était donné seulement en conséquence de la connexion avec Elohîm (nuncupative); et d'où les expressions pour cette distinction, secundum naturam et secundum adoptionem. Felix s'appuyait sur le fait que, bien que le nom de Fils par adoption (δἰ υἱοθεσίας) ne soit pas appliqué dans la Bible à Mashiah, il y a cependant d'autres désignations qui expriment la même idée. Il invoque Jean 10:34, lorsque Yéhoshoua disputa avec les Juifs (κατ᾿ ἄνθρωπον), et se réfère au passage de l'Ancien Testament où des hommes sont appelés Elohim, où Mashiah se plaça lui-même, en tant qu'homme, dans la catégorie de ceux qui étaient appelés «dieux» nuncupative, et non dans un sens strict. Puis, quant au passage «Il n'y a de bon qu'un seul, c'est Elohîm», il en résulte qu'en tant qu'homme il ne devait pas être appelé bon dans le même sens qu'Elohîm, et que seule sa nature divine en lui était la source de la bonté. Il admettait un échange des prédicats divins et humains seulement de la même manière que Théodore; cela ne pouvait être fait sans limitation, mais les sens différents devaient être observés selon qu'ils étaient attribués à la nature divine ou humaine. Il reprochait à ses opposants de confondre tant les deux natures par leur doctrine de la singularitas personae qu'ils laissaient aucune distinction entre le suscipiens et le susceptum. Des expressions alors d'usage courant, telles que «Dieu est né et est mort», n'apparaissent jamais dans l'Écriture, qui ne dit jamais que le Fils d'Elohîm fut donné pour nous, mais que le Fils de l'homme fut donné pour nous. Sur ce dernier point Alcuin aurait facilement pu confondre Felix par d'autres passages, mais tous deux étaient en faute en ne distinguant pas les diverses applications bibliques du terme Fils d'Elohîm de l'usage ecclésiastique de celui-ci — et en prenant l'idée partout au sens ecclésial. Comme Théodore, Felix affirma l'agnoétisme de Mashiah. C'est aussi un point de ressemblance entre eux que tous deux cherchèrent une analogie entre l'union de l'homme Mashiah avec l'Être divin et la relation des croyants à Elohîm. Felix dit que Mashiah, en un sens impropre (nuncupative), était appelé le Fils d'Elohîm conjointement avec tous ceux qui ne sont pas Elohîm selon leur nature, mais qui, par la grâce d'Elohîm en Mashiah, ont été admis en communion avec Elohîm (deificati). Dans cet ordre aussi le Fils d'Elohîm est, en ce qui concerne son humanité, à la fois selon la nature et selon la grâce. Il soutenait que, pour autant que Mashiah en tant qu'homme est compté parmi les fils d'Elohîm, tous les croyants sont ses membres; considéré selon sa nature divine, les croyants sont le temple en lequel il habite. Il ne voulut pas par cela nier la différence spécifique entre Mashiah et les croyants; toute ressemblance qui existait entre eux appartenait à Mashiah dans un sens bien plus élevé; il était uni à Elohîm par génération, et il était le moyen de la communion du reste avec Elohîm. Felix s'accordait aussi parfaitement avec Théodore sur la pensée que la communion avec Elohîm dans laquelle Mashiah fut reçu en tant qu'homme pouvait être représentée comme une révélation de l'être divin selon la mesure des divers stades du développement de sa nature humaine, et supposait ainsi divers degrés de celle-ci jusqu'à la plus haute révélation après la glorification de Mashiah. Il pouvait être particulièrement offensant qu'il comparât le baptême de Mashiah à la régénération des croyants; mais il ne voulait certainement pas dire que Mashiah devint ainsi participant de la communion avec la nature divine, mais seulement souligner une analogie dans la mesure où le baptême marquait un stade distinct dans la vie de Mashiah, après lequel l'opération de la vie divine en lui devint particulièrement manifeste. Il est donc évident que la doctrine de Felix était tout entière celle de Théodore, sauf que ce dernier pouvait s'exprimer plus librement dans un âge où les doctrines de l'Église étaient moins rigoureusement définies, tandis que Felix fut obligé d'employer une terminologie qui s'opposait à son propre système. La grande importance de l'antagonisme dans lequel il se trouva par rapport à la doctrine de l'Église est également manifeste; elle incluait non seulement la christologie, mais aussi l'anthropologie; car la doctrine de la révélation de l'Être divin en Mashiah, conditionnée par divers stades de développement, était liée à un principe d'importance spéciale : le principe de l'auto-détermination libre. On ne sait pas dans quelle mesure Felix développa consciemment ses principes; mais il ne fait aucun doute que ceux-ci furent partout contradictoires à la doctrine augustinienne prévalente. Comme Felix vivait dans le territoire franc, l'Église franque fut entraînée dans la controverse. En 792 apr. J.-C., Charlemagne convoqua une assemblée à Ratisbonne, à laquelle Felix compara et fut amené à se rétracter. Il fut alors envoyé à Rome, où il fit des explications similaires (Alcuinus adv. Elipandum, i, c. 16; Mansi, Concil. 13:1031). Mais, en étant permis de rentrer chez lui, il se repentit des démarches qu'il avait faites, prit refuge dans l'Espagne saracène, et promulgua de nouveau sa doctrine. Alcuin, qui avait été sommé de prendre part à la controverse, s'efforça de le ramener par une épître amicale; mais Felix considérait le sujet de la controverse comme trop important, et ainsi la controverse se poursuivit dans ses écrits (Alcuini Libellus adv. liceresin Felicis, Opp. Alc. i, pars ii, 759). Les évêques espagnols intercédèrent pour Felix auprès de l'empereur, et demandèrent une nouvelle enquête (Alcuin, Opera, ii, 567). En conséquence, Charles convoqua un second synode à Francfort-sur-le-Main en 794 apr. J.-C., qui statua de nouveau contre Felix (Mansi, 13:863); et comme les adoptianistes s'étaient répandus jusque en France, l'empereur envoya une commission de trois personnes dans ces régions afin de s'opposer à eux. Felix vint avec eux, et fut persuadé de comparaître devant le synode d'Aix-la-Chapelle (Aix), en 799 apr. J.-C. Après qu'Alcuin eut disputé longuement avec lui, Felix déclara être convaincu. Il fit une rétractation en Espagne; cependant on ne se fia pas entièrement à lui, et il fut placé sous la surveillance de Leidrad, évêque de Lyon. Il ne put renoncer d'emblée à une tendance dogmatique si profondément enracinée; il demeura toujours porté vers l'agnoétisme, et après sa mort une série de questions fut trouvée montrant qu'il adhérait fermement à ses vues fondamentales» (Hist. of Dogmas, trad. par Ryland, p. 444 sqq.). Felix fut déposé en 799 apr. J.-C., et mourut vers 818 apr. J.-C. Ses écrits, que ce soit en apologie ou en rétractation de ses vues, ne subsistent que par fragments; mais sa Profession de Foi, faite à Aix-la-Chapelle en 799, est donnée dans les Opera d'Alcuin (Paris, 1617, in fol.); in Mansi, Concil. 13:1035; in Labbe, Concil. p. 1171. Voir Dupin, Eccles. Writers, cent. viii; Neander, Church History, iii, 156, 158; Mosheim, Church History, cent. 8:ch. v, § 3; Hagenbach, History of Doctrines, § 179; Dorner, Doctrine of the Person of Mashiah (Christ), trad. Edinb. div. ii, vol. i, 248 sqq. VOIR ADOPTIANISTES; VOIR CHRISTOLOGIE.

Source

John McClintock et James Strong, Cyclopaedia of Biblical, Theological, and Ecclesiastical Literature (1867-1894), domaine public ; traduction française À l'ombre du figuier.