Définition dans McClintock & Strong
Évangiles pseudépigraphes (spurieux)
Gospels, Spurious (Pseudepigraphal)
Gospels, Spurious (Pseudepigraphal).
Le canon du Nouveau Testament, comme nous l’avons déjà vu, ayant été définitivement fixé avant la fin du IVe siècle, les écrits rejetés qui portaient les noms des apôtres et évangélistes sombrèrent bientôt dans l’oubli, et peu d’entre eux, si aucun, nous sont parvenus dans leur forme primitive. D’après le décret de Gelase et quelques autres sources nous possédons les noms et quelques notices détachées d’un grand nombre de ces productions.
I. Parmi ceux qui sont encore existants, les ouvrages suivants réclament une attention spéciale :
1. THE HISTORY OF JOSEPH THE CARPENTER, qui a été conservée en Orient dans une traduction arabe, fut portée pour la première fois à la connaissance de l’Europe au commencement du XVIe siècle par Isidore de Isolanis dans sa Summa de donis Sti. Josephi. Il observe que les “catholiques de l’Orient” commémorent saint Joseph le 19 mars, et lisent la légende du saint, omettant certaines parties qui ne sont pas approuvées dans l’Église romaine. Ce travail fut publié pour la première fois par Wallin, à Leipsic, en 1722, d’après un MS. arabe du XIIIe siècle, dans la Bibliotheque du Roi, accompagné d’une traduction latine. Wallin l’a divisé en chapitres et en versets. Il se retrouve aussi en copte sahidique et memphitique. Il est fortement estimé par les Coptes. La première partie, jusqu’au ch. 9, paraît avoir été tirée d’un ancien Évangile de l’Enfance. Le latin fut republié par Fabricius.
THE GOSPEL OF THE INFANCY fut publié pour la première fois par Henry Sike, à Utrecht, en 1697, d’après un MS. arabe. La version latine de Sike fut republiée par Fabricius, qui la divisa en chapitres. L’arabe fut mis en chapitres correspondants par Thilo en 1832.
Plusieurs manuscrits de cet évangile existent, dont le plus ancien connu est celui de la Bibliothèque Médicéenne, écrit en 1299. Les récits qu’il renferme circulaient au IIe siècle, et le récit de cet évangile relatif à l’apprentissage de l’alphabet par le Mashiah est mentionné par Irénée (Adv. Haeres. 1:203) comme une fabrication des Marcosiens. Le Gospel of the Infancy se trouve dans le catalogue de Gelase, et il est particulièrement remarquable parce qu’il fut très probablement cet évangile que connut Mahomet, qui paraît n’avoir été familier avec aucun des Écrits canoniques, et qui a inséré quelques-uns de ses récits dans le Coran. Le Sepher Toldoth Jesu, une publication juive bien connue, contient des fables semblables à celles de cet évangile (Wagenseil’s Sota). Cet évangile fut reçu comme véritable par beaucoup de chrétiens d’Orient, surtout par les Nestoriens et les Monophysites. On constata qu’il était universellement lu parmi les Syriens de saint Thomas à Travancore, et il fut condamné par le synode de Diamper en 1599 par l’archevêque Menezes, qui le décrit comme « le livre appelé l’Évangile de l’Enfance, déjà condamné par les anciens pour ses nombreuses hérésies blasphématoires et ses histoires fabuleuses ». Partout où le nom Yéhoshoua apparaît dans cet évangile il est universellement intitulé el‑Rab, tandis que Mashiah (Christ) est appelé el‑Sheik. C’était une distinction introduite par les Nestoriens. La bienheureuse Vierge est aussi appelée la Dame Marie. Les Perses et les Coptes ont également reçu cet évangile (De la Brosse’s Lexic. Pers. s.v. Tinctoria Ars). La langue originale était probablement le syriaque. On l’appelle quelquefois l’Évangile de Pierre, ou de Thomas.
2. THE GOSPEL OF THOMAS THE ISRAELITE (Gr.), œuvre issue de la même source que la précédente, fut publiée pour la première fois par Cotelerius (Notes on the Constitutions of the Apostles, 1:16, 17, tom. 1, p. 348), d’après un MS. imparfait du XVe siècle. Il fut republié et divisé en chapitres par Fabricius. L’édition la plus complète est celle de Mingarelli, dans la Nuova Raccolta d'Opusculi scientifice e filosofice (Venise, 1764), d’après un MS. de Bologne du XVe siècle. Mingarelli (qui le croyait forgé par les Manichéens) accompagna son texte d’une traduction latine. Thilo a donné une édition complète d’après une collation du travail de Mingarelli avec deux manuscrits conservés à Bonn et à Dresde. Cet évangile relate la fable de l’apprentissage par le Mashiah de l’alphabet grec, en quoi il est d’accord avec le récit d’Irénée. Dans d’autres Évangiles de l’Enfance (comme celui publié par Sike) il est représenté apprenant les lettres hébraïques. On a contesté s’il s’agit du même ouvrage que celui appelé Évangile de Thomas par Origène, Ambroise, Bède et d’autres. Cet évangile eut probablement son origine parmi les gnostiques, et se répandit d’eux, à travers les Manichéens, dans l’Église ; mais, ayant été plus généralement reçu parmi les hérétiques, il fut rarement copié par les moines, ce qui explique la rareté des MSS. Nicéphore dit que le Gospel of Thomas contenait 1300 στίχοι. Cette œuvre pseudépigraphique est probablement le fondement de toutes les histoires de l’enfance du Mashiah, mais on suppose qu’elle a été remaniée et interpolée.
3. THE PROTEVANGELION OF JAMES nous est parvenu dans le grec original, et fut publié pour la première fois par Bibliander à Bâle en 1552, dans une version latine de William Postell, qui prétendit qu’il était publiquement lu dans les Églises grecques, et soutint que c’était une œuvre authentique de l’apôtre Jacques, destinée à être placée en tête de l’Évangile de saint Marc. Ces louanges provoquèrent la colère du savant Henri Estienne, qui laissa entendre qu’il avait été fabriqué par Postell lui‑même, qu’il appelle « un monstre détestable » (Introduction au Traité de la Conformité des Merveilles Anciennes avec les Modernes, 1566). Il fut réimprimé dans les Orthodoxographa de J. Herold (Bâle, 1555), et de nouveau dans les Orthodoxographa, vol. 1 (1569), de Jacob‑Grynaeus, qui en avait une opinion très favorable. Des découvertes ultérieures ont prouvé que, malgré l’absurdité des hautes prétentions de Postell en faveur de l’authenticité de cet évangile, les accusations d’Estienne contre lui étaient toutes infondées. Il existait déjà, au temps même où Estienne écrivait, une traduction grecque publiée par Neander, dont Estienne n’était pas informé ; elle parut parmi les Apocrypha annexés par Oporin à son édition du Catéchisme de Luther (Bâle, 1564). Elle fut republiée par Fabricius (qui la divisa en chapitres), puis par Birch, Thilo et Tischendorf. Thilo collationna pour son édition six MSS. de Paris, dont le plus ancien date du Xe siècle. D’après les circonstances où ces MSS. contiennent un calendrier grec ou un martyrologe, et d’autres preuves internes, il semble peu douteux que cet évangile ait été autrefois lu dans l’Église grecque (Montfaucon, Palaeogr. Graec. p. 304). Il existe aussi des versions de l’Évangile de l’Enfance en arabe et en d’autres langues des Églises orientales, parmi lesquelles ils paraissaient jouir d’une grande autorité.
Bien que ce travail soit qualifié par Postell de Protevangelium, il n’y a aucune autorité manuscrite pour ce titre, ni pour le fait qu’il soit attribué à Jacques l’apôtre. Il ne paraît que le nom de l’auteur est Jacques. Les récits de cet évangile étaient connus de Tertullien (Advers. Gnost. c. 8), d’Origène (Comm. in Matthew p. 223), de Grégoire de Nysse (Orat. in diem Nat. Mashiah (Christ). Opp. 3:346), d’Épiphane (Haer. 79, § 5), de l’auteur du travail imparfait sur Matthieu, Chrysostome (Opp. 6:24), et de beaucoup d’autres anciens. (Voir Suckow, De arg. et ind. Protev. Jacobi, Bresl. 1830.)
4. THE GOSPEL OF THE NATIVITY OF MARY (latin). Bien que les Latins n’aient jamais montré le degré de crédulité que manifestèrent les Grecs et les Orientaux à l’égard de ces productions fabuleuses, et bien qu’ils aient été généralement rejetés par les Pères, ils furent cependant ravivés vers le VIe siècle. Malgré leur rejet méprisant par Augustin et Jérôme, et leur condamnation par les papes Innocent et Gelase, ils eurent encore de nombreux lecteurs. Gelase condamne expressément le livre concernant la Nativité de sainte Marie et la sage‑femme.
L’Évangile de la Nativité de Marie, qui très probablement, dans sa forme actuelle, doit son origine au VIe siècle, a même été recommandé par la prétendue autorité de saint Jérôme. Il existe une lettre dite écrite par les évêques Chromace et Héliodore à Jérôme, le priant de traduire de l’hébreu en latin l’histoire de la Naissance de Marie et de la Naissance et de l’Enfance du Mashiah, afin de s’opposer aux récits fabuleux et hérétiques des mêmes contenus dans les livres apocryphes. Jérôme y consent, observant en même temps que le véritable auteur du livre n’était pas, comme ils le supposaient, l’évangéliste Matthieu, mais Séleucus le Manichéen. Jérôme observe qu’il y a quelque vérité dans les récits, dont il fournit une traduction à partir de l’original hébreu. Ces prétendues lettres de Jérôme sont maintenant universellement reconnues comme des fabrications ; mais l’évangile apocryphe lui‑même, qui est le même dans sa substance que le Protevangelion de Jacques, subsiste encore dans la prétendue version latine de Jérôme. Cet évangile fut republié par M. Jones à partir des œuvres de Jérôme. C’est de ces évangiles de l’enfance que nous avons appris les noms des parents de la bienheureuse Vierge, Joachim (bien que Bède lise Eli) et Anne. Les récits contenus dans ces évangiles furent incorporés dans la Légende dorée, ouvrage du XIIIe siècle, traduit dans toutes les langues d’Europe et souvent imprimé. Il existe des récits métriques allemands qui furent populaires à l’époque des romans. Ces légendes furent toutefois sévèrement censurées par quelques éminents divins de l’Église latine, parmi lesquels il suffit de nommer Alcuin, dans ses Homélies, au IXe siècle, et Fulbert et Pierre Damien (évêque d’Ostie) au XIe siècle. « Quelques‑uns, » dit ce dernier, « se recommandent pour être plus savants qu’ils ne devraient l’être, quand, par curiosité superflue, ils demandent les noms des parents de la bienheureuse Vierge, car l’évangéliste n’aurait sûrement pas omis de les nommer si cela eût été utile à l’humanité » (Sermon sur la Nativité). Eadmer, le moine, dans son livre sur l’Excellence de la Vierge, écrit dans le même sens (cap. 2, Anselm. Opp. p. 435, Paris, 1721). Luther s’en prend aussi aux lecteurs de ces livres (Homil. ed. Walch, tom. 11 ; et Table‑Talk, ch. 7, tom. 22, p. 396). Il y eut plusieurs éditions de la prétendue traduction de Jérôme publiées au XVe siècle, l’une d’elles par Caxton. Elle est imprimée par Thilo d’après un MS. de Paris du XIVe siècle, et divisée par lui en vingt‑quatre chapitres, d’après un MS. du XVe siècle dans la même bibliothèque. Un des principaux objets de l’auteur de ces évangiles semble être d’affirmer l’origine davidique de la Vierge, en opposition aux Manichéens.
M. Jones conçoit que le premier auteur de ces anciennes légendes fut un Juif hellénistique qui vécut au IIe siècle, mais qu’elles furent augmentées et interpolées par Séleucus à la fin du IIIe siècle, qui devint leur auteur réputé ; et que d’autres additions furent faites par les Nestoriens, ou quelques chrétiens tardifs en Inde. Lardner (Credibility, vol. 8) diffère en cela de M. Jones en jugeant que l’auteur n’a pas été un Juif. Que ces récits légendaires n’aient pas entièrement perdu leur autorité ressort de la Vie de saint Joseph, dans le Catholic Magazine de décembre 1843.
L’Évangile de la Nativité de Marie fut reçu par beaucoup des anciens hérétiques, et est mentionné par Épiphane, saint Augustin et Gelase. Les gnostiques et les Manichéens cherchèrent à fonder sur son autorité quelques-unes de leurs opinions particulières (telles que que le Mashiah n’était pas le Fils de Elohîm avant son baptême, et qu’il n’était pas de la tribu de Juda, mais de celle de Lévi) ; de même firent les Collyridiens, qui soutenaient qu’on ne pouvait accorder un honneur excessif à la bienheureuse Vierge, et que celle‑ci était née elle‑même d’une vierge et devait être adorée avec des sacrifices.
5. Bien que le GOSPEL OF MARCION, ou plutôt celui de Luc, tel que corrompu par cet hérésiarque au IIe siècle, ne subsiste plus, le professeur Hahn a tenté de le reconstituer à partir des extraits trouvés chez des écrivains anciens, surtout Tertullien et Épiphane. VOIR MARCION. Cette œuvre a été publiée par Thilo.
6. Thilo a aussi publié une collation d’un ÉVANGILE CORROMPU DE SAINT JEAN en grec, trouvé dans les archives des Templiers à Paris. Ce travail fut signalé pour la première fois (en 1828) par l’évêque danois Münter, ainsi que par l’abbé Grégoire, ex‑évêque de Blois. C’est un manuscrit sur vélin en grand in‑4, que des personnes habiles en paléographie estiment exécuté au XIIIe ou XIVe siècle, et copié d’un MS. du Mont Athos du XIIe siècle. L’écriture est en lettres d’or. Il est divisé en dix‑neuf sections, qui sont appelées évangiles, et est pour cette raison supposé avoir été destiné à l’usage liturgique. Ces sections, correspondant pour la plupart à nos chapitres (dont, toutefois, le vingtième et le vingt‑et‑unième sont omis), sont subdivisées en versets, semblables à ceux en usage actuellement, et que l’on attribue à Robert Estienne. VOIR VERSES. Les omissions et interpolations (celles‑ci en grec barbare) représentent les hérésies et mystères des Templiers. Malgré tout cela, Thilo le considère comme moderne, et fabriqué depuis le début du XVIIIe siècle.
7. L’un des plus curieux des évangiles apocryphes est le GOSPEL OF NICODEMUS, ou ACTES DE PILATE. C’est une espèce de roman théologique, en partie fondé sur les évangiles canoniques. La première partie, jusqu’à la fin du ch. 15, n’est guère qu’un récit paraphrastique du procès et de la mort du Mashiah, orné d’additions fabuleuses. De là à la fin (ch. 28) on trouve un compte rendu détaillé de la descente du Mashiah aux enfers pour délivrer les esprits en prison, histoire qui est dite avoir été obtenue de Lenthius et Charinus, fils de Siméon, qui furent deux de ces « saints qui dormirent », mais furent ressuscités et vinrent dans la ville sainte après la résurrection. Cette partie de l’histoire est en quelque sorte précieuse, car elle jette quelque lumière sur les idées anciennes en circulation parmi les chrétiens à ce sujet. Elle est donc considérée par Birch (Auctarium, Proleg. p. 6) comme étant aussi précieuse à cet égard que les écrits des Pères.
La souscription de ce livre déclare qu’il fut trouvé par l’empereur Théodose parmi les archives publiques à Jérusalem, dans la salle de Ponce Pilate (apr. J.-C. 380). Nous lisons au ch. 27 que Pilate lui‑même écrivit toutes les transactions d’après la relation de Nicodème, qui les avait transcrites en hébreu ; et Épiphane nous informe que les Quatoredecimains se référaient aux Actes de Pilate en faveur de leurs opinions quant au temps propre de la célébration de Pâques. Il était écrit dans ces Actes que notre Sauveur souffrit le huitième Kal d’avril, circonstance qui est donnée dans la souscription des présentes Actes. Il est toutefois incertain quand cette œuvre fut d’abord appelée du nom de Nicodème.
Les deux anciens apologistes, Justin Martyr et Tertullien, invoquent tous deux, pour confirmer les miracles et la crucifixion de notre Sauveur, les Actes de Pilate (Justin Martyr, Apol. p. 76, 84 ; Tertullien, Apol. c. 21). D’après cela on a généralement pensé que de tels documents avaient dû exister, bien que cette assertion ait été mise en doute par Tanaquil Faber et Le Clerc (Jones, On the Canon, vol. 2, p. 282, part 3, ch. 29). Ces appels ont, toutefois, vraisemblablement d’abord fourni l’idée de la présente pieuse fraude. M. Jones suppose que cela a pu être fait pour faire taire les païens qui niaient l’existence de tels Actes. Les citations de ces Pères se trouvent toutes dans le présent ouvrage. (Voir Henke, De Pontii Pilati actis in causa J.C. ad Tiber. missis, 1784.)
Nous avons déjà vu qu’un livre intitulé Acts of Pilate existait parmi les Quatoredecimains, secte qui prit naissance à la fin du IIIe siècle. Eusèbe nous informe que les païens fabriquèrent certaines Actes de Pilate calomnieuses, pleines de toutes sortes de blasphèmes contre le Mashiah, qu’ils firent circuler (apr. J.-C. 303) dans l’empire ; et qu’il fut ordonné aux maîtres d’école de les mettre entre les mains des enfants, qui devaient les apprendre par cœur au lieu de leurs leçons. Mais le caractère du Gospel of Nicodemus, qui ne contient point de blasphèmes de cette sorte, nous empêche de l’identifier à ces Actes. Cet évangile a probablement pour origine un âge plus récent. D’après le fait qu’il contient les noms de Lenthius et Charinus, M. Jones le croit être l’œuvre du célèbre fabulateur d’évangiles, Lucius Charinus, qui fleurit au commencement du IVe siècle. Il n’est certainement pas postérieur aux Ve ou VIe siècles. « Pendant la persécution sous Maximin, » dit Gieseler (Eccles. Hist. vol. 1, § 24, note), « les païens produisirent d’abord certaines Actes calomnieuses de Pilate (Euseb. 9:5), auxquelles les chrétiens opposèrent d’autres (Epiphan. Haer. 79, § 1), qui furent ensuite amendées de diverses manières. Une de ces versions améliorées fut plus tard appelée Gospel of Nicodemus. » VOIR ACTS OF PILATE.
Beausobre soupçonna que la dernière partie du livre (la descente aux enfers) était empruntée à l’Évangile de Pierre, œuvre de Lucius Charinus aujourd’hui perdue. Thilo (Codex Apocryphus) pense que c’est l’œuvre d’un chrétien juif, mais l’on ignore si elle fut rédigée primitivement en hébreu, en grec ou en latin. Le seul écrivain grec qui la cite est l’auteur du Synaxarion, et le premier latin qui s’en sert est le célèbre Grégoire de Tours (Hist. Franc. 1:20, 23). Le Gospel of Nicodemus (en latin) fut un des premiers livres imprimés, et il y eut des éditions en 1490, 1516, 1522 et 1538, et en 1569 dans l’Orthodoxographa de Grynaeus. Il fut ensuite publié par Fabricius (Cod. Apoc.), qui le divisa en chapitres. Fabricius ne donne aucune information relative à l’âge ou au caractère de son MS., qui est extrêmement défectueux et inexact. M. Jones l’a republié, avec une version anglaise. Le Gospel grec de Nicodème fut publié pour la première fois d’après un MS. parisien incorrect par Birch (Auctarium), puis d’après une collation de plusieurs manuscrits précieux, dont les plus anciens datent du XIIIe siècle, par Thilo, avec le texte latin d’un MS. très ancien d’Einsiedel, décrit par Gerbert dans son Iter Alemannicum. Smidt (Bibl. fur Critik und Exegese) a montré que les MSS. actuels présentent, dans leurs citations des livres canoniques, un texte du VIe siècle, et conséquemment que cet évangile est extrêmement utile d’un point de vue critique.
La considération dont cette œuvre jouissait au Moyen Âge se voit à l’abondance des anciennes versions populaires qui existaient, et d’innombrables MSS. nous en sont parvenus. La plus ancienne est la traduction anglo‑saxonne, imprimée à Oxford en 1698, d’après un MS. de Cambridge (Thwaites's Heptateuchus). C’est une traduction du latin, car aucun des MSS. grecs ne contient la lettre de Pilate à Claude. Il existe aussi des MSS. de la même en Bodléienne et dans la bibliothèque de Cantorbéry. Celui de la Bodléienne est divisé en trente‑quatre chapitres. Il existe plusieurs MSS. de la version anglaise dans la Bodléienne, un dans Sion College, et un en vers anglais dans la collection Pepys. Elle fut aussi traduite par Wickliffe ; et il y eut des éditions imprimées à Londres en 1507 et 1509 par Julian Notary et Wynkyn de Worde, qui eurent plusieurs tirages (Panzi's Annals). La dernière publiée avant le travail de M. Jones fut celle de Joseph Wilson en 1767. Il ne dit rien sur l’âge de son MS., mais l’extrait suivant du prologue peut ne pas être sans intérêt : « Il advint la 18e année de la seigneurie de Tibère César, empereur de Rome, et dans la seigneurie d’Hérode, qui était roi de Galilée, le 8e kalend d’avril, qui est le 25e jour de mars, la quatrième année du fils de Vellum, qui était conseiller de Rome, et Olympias avait été auparavant deux cents ans et deux ; à ce temps Joseph et Annas étaient seigneurs au‑dessus de tous les juges de paix, maires, et Juifs. Nicodemui, qui était un prince digne, écrivit cette histoire bénie en hébreu, et Théodose l’empereur la traduisit de l’hébreu en latin, et l’évêque Turpin la traduisit plus tard du latin en français, et ensuite advint l’histoire bénie appelée Gospel of Nicodemus. » L’estime même dont ce livre jouissait en Angleterre se comprendra du fait qu’en 1524 Erasme nous apprend qu’il vit le Gospel of Nicodemus apposé à une des colonnes de la cathédrale de Cantorbéry.
Il y eut aussi des traductions en français, italien, allemand et suédois. Dans les MSS. et éditions françaises il est uni avec le vieux roman de Perceforest, roi de Grande‑Bretagne. Il existe aussi une traduction galloise (Lhuyd's Archaologia, p. 256), et l’ouvrage était connu des chrétiens orientaux ; on a même supposé qu’il était cité dans la liturgie copte ; mais Ludolf a montré que c’était une erreur, la leçon provenant de l’histoire de Nicodème en Jean 3 (voir Brunn, De indol. aetate et usu Evang. Nicod. Berl. 1794 ; Tischendorf, Pilati circa Chr. judicio quid luss affera tur ex Actis Pilati, Lips. 1855). VOIR NICODEMUS.
II. Des évangiles aujourd’hui non plus existants, nous savons peu de chose au‑delà de leur existence passée. Nous lisons chez Irénée, Épiphane, Origène, Eusèbe et d’autres écrivains ecclésiastiques des Évangiles d’Ève ou de la Perfection, de Barnabas (ancien et moderne), de Barthélemy, de Basilide, d’Hésychius, de Judas Iscariot, des Valentiniens, d’Apollon, de Cérinthe, des Douze Apôtres et plusieurs autres. Quelques‑uns de ceux‑ci dérivaient des gnostiques et d’autres hérétiques ; d’autres, comme l’Évangile de Matthias, sont supposés par Mill, Grabe et la plupart des savants avoir été des évangiles authentiques, aujourd’hui perdus. Ceux dont nous possédons les détails les plus complets sont les suivants.
1. Le GOSPEL OF THE NAZARENES. C’est fort probablement le même que celui des Hébreux, utilisé par les Ebionites. Jérôme le tenait pour un véritable Évangile de Matthieu, qui, dit‑il, l’écrivit en langue hébraïque et l’offrit. Il l’aurait copié lui‑même d’après l’original dans la bibliothèque de Césarée, l’aurait traduit en grec et en latin, et en donne de nombreux extraits. Grabe concevait cet évangile comme composé par des convertis juifs peu après l’Ascension, avant la composition de l’Évangile canonique de Matthieu. Baronius, Grotius, le père Simon et Du Pin le regardent comme l’Évangile de Matthieu interpolé, toutefois par les Nazaréens. Baronius et Grabe pensent qu’il a été cité par Ignace, ou par l’auteur des épîtres qui lui sont attribuées. D’autres le voient comme une traduction altérée du grec de Matthieu. M. Jones pense que cet évangile est celui auquel Paul fait allusion dans son épître aux Galates. Il est cité par Hégésippe (Euseb. Eccles. Hist. 4:22), Clément d’Alexandrie (Strom. 2, p. 280), Origène (Comm. on John ; Hom. 8 in Matthew), et Eusèbe (Hist. Eccles. 3:25, 27, 39). Épiphane (Haer. § 29, 30) nous dit qu’il était tenu en grand honneur par les anciens chrétiens judaïsants, et qu’il commençait ainsi : « Il advint aux jours d’Hérode, roi de Judée, que Jean vint baptisant avec le baptême de repentance dans le fleuve Jourdain, » etc. Il lui manquait par conséquent la généalogie et les deux premiers chapitres.
2. Le GOSPEL OF THE EGYPTIANS est cité par Clément d’Alexandrie (Strom. 3, p. 445, 452, 453, 465), Origène (Hom. in Luc. p. 1), Ambroise, Jérôme (Praef. à son Comm. sur Matthieu), et Épiphane (Haer. 62, § 2). Grabe, Mill, Du Pin et le père Simon, qui tenaient cet évangile en haute estime, le regardaient comme l’un des ouvrages auxquels Luc se réfère au commencement de son évangile. Mill en attribue l’origine aux Esséniens, et suppose que ce dernier et le précédent évangile furent composés vers ou un peu avant l’an apr. J.-C. 58. Il est cité par le pseudo‑Clément (Seconde Épître aux Corinthiens, traduction de Chevallier, 1833), lequel est généralement supposé n’avoir pas écrit avant le IIIe siècle.
III. Littérature. — Voir Car. Chr. Schmidt, Corpus omnium vet. Apocr. extra Biblia ; Kleuker, De Apocr. N. Test. (Hambourg, 1798) ; Birch's Auctuarium, fasc. 1 (Hafn. 1804) ; Cave, Hist. Lit. ; Oudin, Script. Eccl. ; Ant. mv. Dale, De orig. ideol. p. 253 sqq. ; Paitius, Introd. in N. Test. p. 6, 58 ; Mosheim, Dissertt. ad Hist. Eccl. spect. 1:217 ; Nitzsch, De apocr. Evang. (Viteb. 1808) ; Tischendorf, De Evang. apocr. origine et usu (Hag. 1851) ; Raeuss, Gesch. der H. Schriften des neuen Testaments § 258 sqq. ; Hofmann, Das LebensJesu nach den Apocryphen (Lpz. 1851). Une liste de la plupart de ces addenda apocryphes au N.T. se trouve dans l’Amyntor de Toland (1699) ; et une liste plus complète dans la réponse de Toland à l’attaque du Dr. Blackhall (évêque d’Exeter) sur l’Amyntor, trouvée dans l’édition de Des Maizeaux des œuvres posthumes de Toland (Londres, 1747, 2 vol., 8vo), 1:350-403. La plupart de ces fragments apocryphes furent recueillis et publiés par Fabricius dans ses Codes Apocryphus Novi Testamenti (3 vol., 8vo, Hamb. 1719-43). Cet ouvrage, avec des additions par Thilo et d’autres, fut republié par le Dr. Giles (Londres, 1852). Des traductions anglaises de quelques‑uns de ces faux anciens se trouvent dans les œuvres de Jones, Lardner, Whiston, Cotton et Laurence. Hone's Apocryphal N.T. (Londres, 1820) contient une traduction de beaucoup d’entre eux. D’autres collections (dans les langues originales), plus ou moins complètes, ont été faites par Grabe (Spicileg. Patrum et Haeret. saec. 1‑3, Oxon. 1698), Schmid (Corpus Apocryph. extra Biblia, Had. 1804), et surtout Thilo (Cod. Apocr. N. Test. coll. et illustr. Lips. 1832, vol. 1). Plus récemment, Tischendorf a édité (dans quelques cas pour la première fois publiés) les évangiles apocryphes suivants (Evangelia Apocrypha, Lips. 1843, 8vo): « Protevangel of James » (Gr.) ; « Pseudo‑Matthew's Gospel » (Lat.) ; « Gospel of the Nativity of Mary » (Lat.) ; « History of Joseph the Carpenter » (Lat. from the Arabic) ; « Gospel of Thomas » (Greek A) ; « Gospel of Thomas » (Greek B) « Gospel of Thomas » (Lat.) ; « Gospel of the Infancy of Mashiah (Christ) » (Lat. from the Arab.) ; « Deeds of Pilate » (Greek A) ; « Deeds of Pilate » (Gr. B) ; « Descent of Mashiah (Christ) into hell » (Lat. A) ; « First Epistle of Pilate » (Lat.) ; « Descent of Mashiah (Christ) into hell » (Lat. B) ; « Second Epistle of Pilate » (Lat.) ; « Anaphora of Pilate » (Gr. A) ; « Anaphora of Pilate » (Gr. B) ; « Paradosis of Pilate » (Gr.) ; « Death of Pilate » (Lat.) ; « Narrative of Joseph of Arimathea » (Gr. — « Defence of the Savior » — (Lat.)). Voir aussi H. Cowper, The Apocryphal Gospels, etc., traduit, avec notes, etc. (Londres, 1867, 8vo) ; A. Hilgenfeld, Nov. Testam. extra canonem, embrassant les évangiles apocryphes, épîtres, etc., avec notes, etc. (Lips. 1866 sqq.). VOIR APOCRYPHA.
