Définition dans McClintock & Strong
Épître de Jude
Jude, Epistle of
Jude, Epistle Of.
La dernière, par ordre, des épîtres catholiques.
I. Auteur. — L'auteur de cette épître se désigne, au verset 1, «Jude, le frère de Jacques» (ἀδελφὸς Ι᾿ακώβου), et a généralement été identifié avec l'apôtre Judas Lebbaeus ou Thaddaeus, appelé par Luc (Luc 6:16) ἀδελφὸς Ι᾿ακώβου, A.V. «Judas, the brother of James.» On a vu plus haut que ce mode de compléter l'ellipse, quoique pas entièrement conforme à l'usus loquendi, est néanmoins tout à fait légitime, bien qu'il existe de fortes raisons de rendre les mots par «Judas, le fils de Jacques.» Jérôme, Tertullien, et Origène parmi les anciens, et Calmet, Calvin, Hammond, Hänlein, Lange, Vatablus, Arnaud, et Tregelles parmi les modernes, s'accordent pour attribuer l'épître à l'apôtre. Qu'elle ait été l'œuvre d'un apôtre ou non, elle a très tôt été attribuée à «le frère du Seigneur» de ce nom (Matthieu 13:55; Marc 6:3) : vue dans laquelle s'accordent Origène, Jérôme, et (si les Adumbrationes lui sont bien assignées) Clément d'Alexandrie ; ce qui est impliqué dans les paroles de Chrysostome (Hom. 48 in Joan.), confirmé par l'épigraphe des versions syriaques, et accepté par la plupart des commentateurs modernes — Arnaud, Bengel, Burton, Hug, Jessien, Olshausen, Tregelles, etc. L'objection émise par Neander (Pl. and Tr. 1, 392) et d'autres, que s'il avait été «le frère du Seigneur» il se serait directement appelé ainsi, et non simplement «le frère de Jacques», a été prémunie par l'auteur des «Adumbrationes» (Bunsen, Analect. Ante‑Nicoen. 1, 330), qui dit : «Jude, qui écrivit l'épître catholique, frère des fils de Joseph, homme extrêmement religieux, quoique conscient de son lien avec le Seigneur, ne s'appela pas son frère ; mais que dit‑il ? ‘Jude, le serviteur de Yehoshoua Mashiah (Jésus-Christ)’ comme son Seigneur, mais ‘frère de Jacques’.» Nous pouvons aisément croire que c'est par humilité, et par un vrai sentiment des relations altérées entre eux et celui qui avait été «déclaré être le Fils de Dieu avec puissance... par la résurrection d'entre les morts» (comp. 2 Corinthiens 5:16), que Jude et Jacques se gardèrent d'appeler eux‑mêmes les frères de Yéhoshoua. Les arguments concernant l'auteur de l'épître sont habilement résumés par Jessien (De Authent. Ep. Jud. Lips. 1821.) et Arnaud (Recher. Critiq. sur l'Epist. de Jude, Strasb. 1851, trad. dans la Brit. and For. Ev. Rev. juillet 1869) ; et, bien qu'elle ne soit point exempte de difficultés, la conclusion la plus probable est que l'auteur fut Jude, l'un des frères de Yéhoshoua, et frère de Jacques, ainsi que l'apôtre, fils d'Alphée. SEE BRETHREN OF OUR YHWH.
II. Authenticité et canonicité. — Bien que l'Épître de Jude fasse partie des soi‑disant Antilegomena, et que sa canonicité ait été mise en question aux âges les plus anciens de l'Église, il n'y eut jamais de doute quant à son authenticité parmi ceux par qui elle était connue. Elle était trop peu importante pour être une contrefaçon ; peu de portions des saintes Écritures auraient, avec révérence, pu être plus aisément écartées ; et la question ne fut jamais de savoir si elle était l'œuvre d'un imposteur, mais si son auteur avait un crédit suffisant pour en garantir l'admission au canon. Cette question fut graduellement tranchée en sa faveur, et plus on la connut, plus on la reçut généralement comme canonique, jusqu'à ce qu'elle prît sa place sans plus de discussion comme une partie du volume des saintes Écritures. SEE ANTILEGOMENA.
Cette épître n'est citée par aucun des pères apostoliques ; les passages qui ont été avancés comme y faisant allusion (Hermas, Past. Vis. 4, 3; Clément de Rome, Ep. aux Corinthiens ch. 11; Polycarpe, Ep. ad Phil. ch. 3) ne présentent pas de preuve certaine. Elle est toutefois citée formellement par Clément d'Alexandrie (Paedag. 3, 239, éd. Sylburg. ; Strom. 3, 431), et Eusèbe atteste (Hist. Eccles. 6, 14) qu'il en traita dans ses Hypotyposes ; elle est aussi traitée dans les Adumbrationes, attribuées à Clément, et conservées dans une version latine. Tertullien se réfère à l'épître comme étant celle de Jude l'apôtre (De Habit. Mulieb. ch. 3). Elle apparaît dans le Fragment de Muratori parmi les livres canoniques. Origène s'y réfère à plusieurs reprises, et quelquefois comme à l'œuvre de l'apôtre Jude (Hom. in Matt. 13:55, dans Opp., éd. De la Rue, 3, 403; Com. in Ep. ad Rom., dans Opp. 4, 519; Hom. in Jos., dans Opp. 2, 411; De Princip., dans Opp. 1, 138, etc.) ; bien qu'en un endroit il dise comme si certains nourrissaient des doutes quant à son authenticité (in Matt. 22:23, dans Opp. 3, 814). Elle n'est pas dans le Peshito, et ne semble pas avoir été connue des Églises syriennes avant le IVe siècle, vers la fin duquel elle est citée par Ephraem Syrus (Opp. Syr. 1, 136). Eusèbe la range parmi les Antilegomena, mais cela plutôt parce qu'elle n'était pas universellement connue que parce que, là où elle était connue, elle était regardée avec suspicion (Hist. Eccles. 2, 23; 3, 25). Par Jérôme elle est attribuée à l'œuvre d'un apôtre (in Tit. 1; Ep. ad Paulin. 3), et il déclare que, bien que suspectée par quelques‑uns en raison d'une citation du livre apocryphe d'Enoch, elle avait acquis telle autorité qu'on la comptait parmi les Écritures canoniques (Catal. Script. Eccles.). Dès le IVe siècle, la place qui lui fut ainsi concédée resta incontestée (Westcott, Canon of the N. Test.). Ainsi l'épître est citée par Malchian, presbytre d'Antioche, dans une lettre aux évêques d'Alexandrie et de Rome (Eusèbe, Hist. Eccles. 7, 30), et par Palladius, ami de Chrysostome (Chrysostom, Opp. 13, Dial. cc, 18, 20), et se trouve contenue dans les catalogues de Laodicée (apr. J.-C. 363), de Carthage (397), et dans les catalogues dits apostoliques, ainsi que dans ceux émanant des Églises d'Orient et d'Occident, à l'exception de la Synopsis de Chrysostome, et de celles de Cassiodore et d'Ebed Jesu.
Diverses raisons peuvent être assignées pour le retard à recevoir cette épître, et les doutes longtemps répandus la concernant. L'incertitude quant à son auteur, et à son rang dans l'Église ; le caractère peu important de son contenu, et leur quasi‑identité avec 2 Pierre 2 ; et la supposée citation de livres apocryphes, auraient tous tendance à créer un préjugé contre elle, qui ne put être surmonté que par le temps, et la reconnaissance graduelle par les Églises dirigeantes de son authenticité et de sa canonicité.
À la Réforme, les doutes sur l'autorité canonique de cette épître furent ravivés, et ont été partagés par des commentateurs modernes. Ils furent plus ou moins entretenus par Grotius, Luther, Calvin, Bergen, Bolten, Dahl, Michaelis, et les Centuriateurs de Magdebourg. Elle a été défendue avec talent par Jessien, De Authentia Ep. Judoe, Lips. 1821.
Il n'y a cependant rien dans l'épître elle‑même qui jette le soupçon sur son authenticité ; au contraire, elle donne plutôt l'impression qu'elle a dû procéder de l'écrivain dont elle porte le nom. Un autre, forgeant une œuvre en son nom, n'aurait guère omis de mettre en avant la personnalité de Judas, et sa relation à notre Seigneur, aucune desquelles n'apparaît ici explicitement (Bleek, Einl. in. d. N. Test. p. 557). SEE CANON.
III. Temps et lieu d'écriture. — Il existe peu, voire pas, de données externes pour décider de ces points, et l'évidence interne est mince.
1. La question de la date est par beaucoup mise en relation avec celle de son rapport à 2 Pierre (voir ci‑dessous), et une époque plus ancienne ou plus tardive lui a été assignée selon qu'on l'a considérée antérieure ou postérieure à cette épître. On a aussi essayé de prouver une date tardive pour l'épître à partir d'une prétendue citation du livre apocryphe d'Enoch (vers. 13) ; mais il n'est nullement certain que le passage soit une citation du livre d'Enoch tel qu'il existe aujourd'hui, et les érudits n'ont pas encore tranché sur le temps de composition du livre d'Enoch ; on ne peut donc rien déduire de cela quant à la date de l'épître.
D'après le caractère des erreurs contre lesquelles elle est dirigée, elle ne peut toutefois être placée très tôt ; bien qu'il n'y ait pas de motif suffisant pour accepter l'opinion de Schleiermacher que «dans les derniers temps» (ἐν ἐσχάτῳ χρόνῳ, ver. 18 ; comp. 1 Jean 2:18, ἐν ἐσχάτῳ χρόνῳ) interdit de la situer dans l'époque apostolique. Lardner la place entre apr. J.-C. 64 et 66, Davidson avant apr. J.-C. 70, Credner apr. J.-C. 80, Calmet, Estius, Witsius, et Neander, après la mort de tous les apôtres sauf Jean, et peut‑être après la chute de Jérusalem ; bien que le poids de l'argument de De Wette (Einleit. in N.T. p. 300), selon lequel si la destruction de Jérusalem avait déjà eu lieu, on en aurait tiré quelque avertissement voyant comme un exemple de la vengeance divine sur «les impies», doive être pris en considération. D'après l'allusion, toutefois, à la prédication des apôtres, on peut inférer qu'il s'agit d'une des dernières productions de l'époque apostolique ; car elle fut écrite alors que des personnes vivaient encore qui avaient entendu prêcher des apôtres, mais quand cette prédication commençait à devenir chose du passé (vers. 17). D'autre part, si l'auteur était réellement le frère de Yéhoshoua, surtout s'il était un frère aîné, on ne saurait le supposer fort au‑delà du milieu du Ier siècle. Nous pouvons donc conjecturalement la placer vers apr. J.-C. 66.
2. Il y a encore moins de données pour déterminer le lieu d'écriture. Burton, cependant, est d'avis que, puisque les descendants de «Judas, le frère du Seigneur», si l'on l'identifie à l'auteur de l'épître, se trouvèrent en Palestine, il n'aurait probablement «pas été longtemps absent de son pays natal», et que l'épître y fut publiée, puisqu'il se déclare «le frère de Jacques», expression la plus vraisemblable dans un pays où Jacques était bien connu (Eccles. Hist. 1, 334). Cette localisation concorde avec les considérations ci‑dessus quant à la date.
IV. Destinataires. — Ceux-ci sont décrits par l'auteur comme «les appelés qui sont sanctifiés en Elohîm le Père, et gardés pour Yehoshoua Mashiah (Jésus-Christ).» D'après la ressemblance de certaines parties de cette épître avec la seconde de Pierre, on a inféré qu'elle fut envoyée aux mêmes personnes en Asie Mineure, et en vue de renforcer les admonitions de l'apôtre ; tandis que d'autres, en raison du caractère fortement judaïsant de l'écriture, pensent qu'elle s'adressait à des chrétiens judaïsants en Palestine. D'après le fait que les destinataires semblent entourés d'une population large et méchante, certains ont supposé qu'ils pouvaient habiter Corinthe, tandis que d'autres suggèrent l'une des villes commerciales de Syrie. L'hypothèse d'une destination en Égypte est pure conjecture. Mais l'adresse (vers. 1) est applicable aux chrétiens en général, et il n'y a rien dans le corps de l'épître qui limite sa référence ; bien qu'il ne soit pas improbable que l'auteur ait eu en vue une portion particulière de l'Église, et que les chrétiens de Palestine aient été les objets immédiats de son avertissement, les dangers décrits étaient ceux auxquels le monde chrétien tout entier était exposé, et les adversaires étaient les mêmes qu'il fallait partout craindre.
V. Objet, contenu, et erreurs combattues. — Le dessein que l'auteur poursuit est exposé par lui‑même. Après l'inscription, il dit qu'ayant l'intention d'écrire «au sujet du salut commun», il s'est trouvé, pour ainsi dire, forcé de prononcer un avertissement solennel en défense de la foi, menacée par la mauvaise conduite d'hommes corrompus (vers. 3). Il y eut peut‑être quelque explosion observée qui donna l'occasion. Le mal avait travaillé quelque temps en secret — «certains hommes se glissèrent subrepticement» (vers. 4) — mais maintenant le chancre se montra. La crise devait être affrontée promptement et résolument. L'auteur dénonce donc ceux qui transformèrent la grâce d'Elohîm «en lasciveté», niant virtuellement Elohîm par la désobéissance à sa loi. Il effraye en donnant trois exemples de telle faute et de sa punition — les Israélites qui péchèrent dans le désert ; les anges qui «ne gardèrent pas leur première condition» ; et les villes immondes de Sodome et Gomorrhe (vers. 5‑7). Il décrit ensuite minutieusement le caractère de ceux qu'il blâme, et montre comment ils avaient été prophétiquement marqués dès l'ancien temps comme objets de vengeance méritée (vers. 8‑16). Puis, se tournant vers les fidèles, il leur rappelle que les apôtres les avaient avertis que des hommes mauvais s'élèveraient dans l'Église (vers. 17‑19) ; les exhorte à conserver leur propre fermeté (vers. 20, 21), et à tout faire pour arracher les autres à la contamination (vers. 22, 23) ; et conclut par une doxologie à Celui qui seul peut garder son peuple de la chute (vers. 24, 25). Le tout s'appliquait parfaitement à une époque où l'iniquité abondait, et l'amour de beaucoup se refroidissait (Matthieu 24:12).
Le dessein d'un tel enchaînement d'idées est évidemment de mettre les croyants, auxquels l'épître s'adressait, en garde contre les efforts trompeurs de certaines personnes dont l'influence les menaçait. Qui étaient ces personnes, ou à quelle catégorie d'égaré·s elles appartenaient, ne peut être que matière de conjecture. Quelques‑uns (De Wette, Schwegler, Bleek) pensent que les personnes alludées ne tenaient point d'opinions particulières, et n'étaient que des hommes de mœurs laxistes ; mais, d'après la manière dont l'auteur se réfère à elles, il est évident qu'elles étaient, pour reprendre les mots de Dorner (Entwickelungsgesch. 1, 104, E.T. 1, 72), «non seulement pratiquement corrompues, mais encore enseignantes de l'erreur». Leurs opinions semblent avoir eu un caractère antinomien (vers. 4, 18, 19), mais rien ne les relie, sauf d'une manière très vague et lointaine, à aucun des systèmes gnostiques postérieurs. L'auteur les accuse formellement de «nier le seul Seigneur Elohîm, et notre Seigneur Yéhoshoua Mashiah», langage que De Wette admet ordinairement s'appliquer à l'erreur de doctrine, mais qu'ici il voudrait, sans raison, comprendre au sens du sentiment et de la conduite. Les cours licencieuses dans lesquelles ils s'abandonnaient firent penser à Clément d'Alexandrie qu'ils étaient les prototypes des Carpocratiens et de semblables : «D'eux, et de tels que ceux‑ci, je pense que Jude parla prophétiquement dans son épître» (Strom. 3, 431, Sylb.); mais cela n'implique pas qu'ils eussent formé un système comme celui des Carpocratiens, seulement que les notions et usages de l'un annonçaient ceux de l'autre. Il y eut peut‑être en tous âges des personnes qui cherchèrent, par une doctrine pervertie, à obtenir un cautionnement pour l'indulgence sensuelle ; et de telles furent sans doute trouvées troublant la paix et corrompant la pureté des Églises du Mashiah (Christ) en divers lieux dès la seconde moitié du Ier siècle. Les personnes contre lesquelles Jude écrit appartenaient apparemment à cette classe, mais dans leur immoralité l'élément pratique prédominait sur le spéculatif.
VI. Style. — Le corps principal de l'épître est bien caractérisé par Alford (Gk. Test. 4, 147) comme une invective passionnée, dans le tourbillon impétueux de laquelle l'écrivain est emporté, rassemblant exemple après exemple de la vengeance divine sur les impies ; entassant épithète sur épithète, accumulant image sur image, et, pour ainsi dire, peinant pour trouver des mots et des images assez forts pour dépeindre le caractère souillé des apostats licencieux contre lesquels il met en garde l'Église ; revenant encore et encore au sujet, comme si tout langage était insuffisant pour rendre une idée adéquate de leur dépravation, et pour exprimer sa haine ardente de leur perversion des doctrines de l'Évangile.
L'épître est dite par De Wette (Einleit. ins. N.T. p. 300) rédigée en grec assez bon, bien qu'il y ait quelques particularités de diction qui aient conduit Schmid (Einleit. 1, 314) et Bertholdt (6, 3194) à imaginer un original araméen.
VII. Rapport entre l'Épître de Jude et 2 Pierre. — La plus grande partie de cette épître (vers. 3‑16) ressemble étroitement, dans la langue et le sujet, à une partie de la seconde épître de Pierre (2 Pierre 2:1‑19). Dans les deux, les ennemis hérétiques de l'Évangile sont décrits en termes si semblables qu'on ne peut concevoir une indépendance entière. L'habitude connue de Jude à citer rendrait la supposition la plus probable qu'il ait emprunté à Pierre. Dr Davidson, cependant (Introd. to the N. Test. 3, 607), soutient la priorité de Jude. Comme l'épître de Jude émana apparemment de Palestine, et (si la date ci‑dessus est correcte) de Jérusalem, elle peut en quelque sorte être regardée comme un écho des admonitions de Pierre émises peu avant à la capitale romaine. Cette question sera examinée plus amplement sous SEE PETER, SECOND EPISTLE OF.
VIII. Citations apocryphes. — Cette épître présente une peculiarité qui, comme nous l'apprenons par Jérôme, fit contester son autorité dès les premiers temps — la prétendue citation d'écrits apocryphes (vers. 9, 14, 15) ;
1. Le premier de ces passages, contenant la référence au combat de l'archange Michel et du diable «au sujet du corps de Moïse», fut supposé par Origène fondé sur une œuvre juive appelée «Assumption of Moses» (Α᾿νάληψις Μωσέως), citée aussi par OEcumenius (2, 629). Les paroles d'Origène sont expresses : «Which little work the apostle Jude has made mention of in his epistle» (De Princip. 2, 2 ; vol. 1, p. 138) ; et quelques‑uns ont cherché à identifier le livre avec le פּטִירַת משֶׁה «The Demise of Moses», qui, toutefois, est prouvé par Michaelis (4, 382) être une composition moderne. Des tentatives ont aussi été faites par Lardner, Macknight, Vitringa, et d'autres, pour interpréter le passage en sens mystique, par référence à Zacharie 3:1‑2 ; mais la similitude est trop éloignée pour donner du poids à l'idée. Il est, dans l'ensemble, peu douteux que l'auteur fait ici usage d'une tradition juive fondée sur Deutéronome 34:6, tout comme des faits non enregistrés dans l'Écriture sont évoqués par Paul (2 Timothée 3:8 ; Galates 3:19), par l'auteur de l'Épître aux Hébreux (Hébreux 2:2 ; Hébreux 11:24) ; par Jacques (Jacques 5:17), et par Étienne (Actes 7:22‑23,30). (Voir encore, Zirkel, De Mosis ad Superos translatio, Wirceb. 1798.) SEE MOSES, ASSUMPTION OF.
2. Quant à la prétendue citation du livre d'Enoch, la question n'est pas aussi claire de savoir si Jude cite une œuvre déjà en possession de ses lecteurs — opinion de Jérôme (1.c.) et de Tertullien (qui, en conséquence, était enclin à recevoir le livre d'Enoch comme Écriture canonique), et tenue par plusieurs critiques modernes — ou s'il emploie une prophétie traditionnelle non encore consignée par écrit à ce moment (théorie que les mots employés, «Enoch prophesied, saying», ἐπροφητευσεν... Ε᾿νὼχ λἐγων, semblent plutôt favoriser), mais qui fut ensuite incorporée dans l'ouvrage apocryphe susnommé. Cela est soutenu par Tregelles (Horne's Introd. 10th edit., 4, 621), et a été admis par Cave, Hofmann (Schriftbeweis, 1, 420), Lightfoot (2, 117), Witsius, et Calvin (comp. Jérôme, Comm. in Jph. c. 5, p. 647, 8; in Tit. c. 1, p. 708). Le livre présent d'Enoch contient en fait (ch. 2 du Livre d'Enoch, en éthiopien et en anglais, par Dr. Laurence, 3e éd. Lond. 1838) les mots mêmes cités par Jude ; mais quelques critiques modernes soutiennent qu'ils furent insérés dans ce livre à partir de l'épître de Jude. SEE ENOCH, BOOK OF.
Mais pourquoi un auteur inspiré ne s'approprierait‑il pas un fragment d'un écrit apocryphe ? S'il en contenait des éléments de vérité, ou était simplement apte à son dessein, pourquoi ne l'en userait‑il pas ? Il ne l'attribue pas (comme certains allèguent) d'une quelconque autorité inspirée, ni ne garantit jamais son exactitude. On n'objecte jamais à dénigrer l'apôtre Paul qu'il cita, en paroles ou en écrits, des auteurs païens, parfois avec une référence particulière (Actes 17:28 ; 1 Corinthiens 15:33 ; Galates 5:23 ; Tite 1:12). On a également affirmé que, dans diverses parties du Nouveau Testament, il y a des allusions (si ce n'est des citations formelles) à plusieurs des livres communément appelés apocryphes, et à d'autres productions juives (voir Gough's N. Test. Quotations, p. 276‑296). Des proverbes communs, nous le savons, ont été introduits dans l'Écriture (1 Samuel 24:13 ; 2 Pierre 2:22, où seule la première partie du proverbe cité vient de l'Ancien Testament).
Mais il n'y a pas de preuve décisive que Jude ait pu voir le livre prétendu d'Enoch. Car, bien que celui‑ci ait été attribué en partie aux temps des Maccabées, et qu'on ait prétendu qu'il avait pris sa forme présente avant l'avènement de notre Seigneur (voir Westcott, Introduct. p. 93, note), c'est une théorie sur laquelle les critiques ne sont pas d'accord. L'un des derniers à étudier la question, le Prof. Volkmar de Zurich (Zeitschrift der deutsch. morgenl. Gesellschaft, 1860), soutient qu'il fut composé par un des disciples de Rabbi Akiba, au temps de la sédition de Bar Kokhba, vers apr. J.-C. 132. Dr Alford est convaincu par les arguments de Volkmar, et en infère que «le livre d'Enoch n'était pas seulement d'origine juive, mais d'origine nettement antichrétienne» (Proleg. to Jude, p. 196). Nous sommes donc autorisés à croire que Jude se contenta d'incorporer dans son épître la tradition de la prophétie d'Enoch, laquelle fut ensuite mise par écrit dans le livre tel que nous le possédons. SEE TRADITION.
IX. Commentaires. — Aides exégétiques spéciales consacrées exclusivement à l'Épître entière de Jude sont les suivantes ; nous signalons les plus importantes par un astérisque : Didymus Alexandrinus, In Ep. Judoe (in Bibl. Max. Patr. 5 ; et Bibl. Patr. Gallandii, 6) ; Bède, Expositio (in Opp. 5) ; Luther, Auslegung (Wittenb. 1524, 4to et 8vo ; etc.) ; Maffe, Explanatio (Ven. 1576, 8vo) ; Ridley, Exposition (Lond. n. d. 16mo) ; De Bree, Enarratio (Sagunt. 1582 ; 4to) ; Radeus, In Judoe ep. (Antw. 1584, Gen. 1599, 8vo) ; Danaeus, Commentarius [incl. Ep. John] (Genève, 1585, 8vo) ; Feuardent, Commentarius (Colon. 1595, 8vo) ; Junius, Notoe (Lugd. Bat. 1599, 8vo ; aussi in Opp. 1, 1654) ; Willet, Commentarius (Lond. 1603, Cambr. 1614, fol. ; aussi Catholicon, in "Harmonie", etc.) ; Turnbull, Sermons (Londres, 1606, 4to) ; Lancelott, Exegesis (Antw. 1613, 1626, 8vo) ; Boulduc, Commentaria (Paris, 1620, 4to) ; Pareus, Commentarius (Francof. 1626, 4to) ; Rost, Commentarius (Rostock, 1627, 4to) ; Stumpf, Explicatio (Coburg ; 1627, 8vo) ; Otes, Sermons (Londres, 1633, 4to) ; Gerhard, Adnotationes (Jen. 1641, 1660, 1665, 4to) ; Du Bois, Explicatio (Paris, 1644, 8vo) ; Jenkyn, Exposition (Lond. 1652‑54, 2 pts. in 1 vol. 4to ; Glasgow, 1783 ; Lond. 1839, 8vo) ; Calovius, Explicatio (Witenberg, 1654, 1719, 4to) ; Manton, Lectures (Londres, 1658, 4to) ; Broughton, Exposition (Londres, 1662, fol. ; aussi in Works, p. 402) ; Wandalin, Prodromus (Hafniae, 1663, 4to) ; Rappolt, Observationes (Lipsiae, 1675, 4to) ; Grelot, Commentarius (L.B. 1676, 4to) ; Verryn, Commentarius (L. Bat. 1677, 4to) ; Visscher, Verklaaring (Amst. 1681, 4to ; aussi en allemand, Brême, 1744, 4to) ; Titelmann [Schenck], Commentarius (Marp. 1693, 8vo) ; Antonio, Verklaaring [incl. 1 Pierre] (Leward. 1693, 1697, 4to ; aussi en allemand, Brême, 1700, fol.) ; Martin, Commentarius (Lipsiae, 1694, 1727, 4to) ; Fecht, Expositio (Rost. 1696, 4to) ; Nemeth, Explicatio (1700, 4to) ; Dorsche, Commentarius (fragment. in Gerhard's Commentatio. Francf. et Lips. 1700 4to) ; Perkins, Exposition (in Works, Cambridge, 1701, etc. 3, 479) ; Szattmar, Explicatio (Francf. 1702, 4to) ; Witsius, Commentarius (L.B. 1703, 4to ; aussi in Meletemata, p. 323) ; Feustking, Commentarius (Witenberg, 1707, fol.) ; Quade, In Epistolam et vitam Judoe (Gryph. 1709, 4to) ; Creyghton, Ontleeding. (Haarlem, 1719, 4to) ; Weiss, Commentatio (Helmstadt, 1723, 4to) ; Walther, Exegesis (Guelpherb. 1724, 4to) ; Buckner, Erklärung (Erfurt, 1727, 4to) ; Reimmann, Entsiegelung (Brunsv. 1731, 4to) ; Van Seelen, Judas antifanaticus (Lub. 1732, 4to) ;
Semler, Commentatio [on var. read.] (Hal. 1747, 1784, 4to) ; Schmidt, Observationes (Lipsiae, 1768, 4to) ; Herder, Briefe zweener Brüder Jesu (Lemgo, 1775, 8vo) ; Pomarius, Commentarius (Witenberg, 1784, 8vo) ; Hasse, Erläuterung (Jen. 1786, 8vo) ; Hartmann, Commentatio (Cothen, 1793, 4to) ; Kahler, Anmerkungen (Rint. 1798, 8vo) ; *Hanlein, Commentarius (Erlangen, 1799, 1801, 1804, 8vo) ; Harenberg, Expositio (in Miscell. Lips. nov. 3, 379 sq.) ; Elias, Dissertatio (Ultraj. 1803, 8vo) ; Dahl, De αὐθεντίᾳ, etc. [including 2 Peter] (Rost. 1807, 8vo) ; Laurmann, Notoe (Gron. 1818, 8vo) ; *Jessien, Commentatio. [introductory] (Lipsiae, 1820, 8vo) ; Muir, Discourses (Glasg. 1822, 8vo) ; *Arnaud, Sur l'authenticite, etc. (Strasb. 1835, 8vo) ; Scharling, Commentarius [includ. James] (Havn. 1841, 8vo) ; Brun, Introduction (en français, Strasb. 1842, 8vo) ; Bickersteth, Exposition (Londres, 1846, 12mo) ; Macgillivray, Lectures (Lond. 1846, 8vo) ; *Stier, Auslegung (Berl. 1850, 8vo) ; *Rampf, Betrachtung (Salzburg, 1854, 8vo) ; Gardiner, Commentary (Boston, 1856, 12mo) ; Ritschl, Antinomisten, etc. (in the Stud. u. Krit. 1861, p. 103 sq.) ; Schott, Erläuterung (Erlang. 1863, 8vo). SEE EPISTLES, CATHOLIC.
