Définition dans McClintock & Strong

Augustinisme

Augustinism

Augustinism — le système théologique de saint Augustin, tel qu’il se développa en opposition au pélagianisme et au semi-pélagianisme. « Augustin considérait la race humaine comme une masse compacte, un corps collectif, responsable en son unité et en sa solidarité. Poursuivant son système dans toutes ses conséquences logiques, il posa la proposition rigide suivante comme sa doctrine : ‘Comme tous les hommes ont péché en Adam, ils sont sujets à la condamnation d’Elohîm à cause de ce péché héréditaire et de sa culpabilité’ » (Smith’s Hagenbach, History of Doctrines, 1, 299). Wiggers (Augustinism and Pelagianism, p. 268) donne la vue sommaire suivante du système théologique d’Augustin :

I. Baptême des enfants. — Le baptême des enfants aussi bien que des adultes est pour le pardon des péchés. Les enfants n’ont certes commis aucun péché actuel, et pourtant, par le péché originel, ils sont sous la puissance du diable, dont ils sont affranchis par le baptême. Ainsi les enfants chrétiens qui meurent avant le baptême n’échappent pas davantage à un châtiment positif dans la vie future que tous ceux qui ne sont pas chrétiens.

II. Péché originel. — Par le péché d’Adam, en qui tous les hommes péchèrent conjointement, le péché, et les autres châtiments positifs du péché d’Adam, sont entrés dans le monde. Par lui la nature humaine a été corrompue tant physiquement que moralement. Tout homme apporte au monde avec lui une nature déjà si corrompue qu’il ne peut rien faire d’autre que pécher. La propagation de cette qualité de sa nature se fait par la concupiscence.

III. Libre arbitre. — Par la transgression d’Adam, la liberté de la volonté humaine a été entièrement perdue. Dans son état présent de corruption, l’homme ne peut vouloir et faire que le mal.

IV. Grâce. — Si néanmoins l’homme, dans son état présent, veut et fait le bien, c’est purement l’œuvre de la grâce. C’est une opération intérieure, secrète et admirable d’Elohîm en l’homme. C’est une œuvre préalable aussi bien qu’accompagnante. Par la grâce préalable, l’homme atteint la foi, par laquelle il parvient à un aperceptible du bien, et par laquelle on lui donne la puissance de vouloir le bien. Il a besoin de la grâce coopérante pour l’exécution de chaque acte individuel de bien. Comme l’homme ne peut rien faire sans la grâce, ainsi il ne peut rien faire contre elle. Elle est irrésistible. Et comme l’homme par nature n’a aucun mérite, aucun respect ne peut être porté à la disposition morale de l’homme dans l’octroi de la grâce, mais Elohîm agit selon sa propre libre volonté.

V. Prédestination et Rédemption. — Dès l’éternité Elohîm fit un décret libre et inconditionnel de sauver quelques-uns de la masse qui était corrompue et sujette à la damnation. À ceux qu’il prédestina à ce salut, il donne les moyens requis à cette fin. Mais sur les autres, qui n’appartiennent pas à ce petit nombre des élus, tombe la ruine méritée. Le Mashiah (Christ) vint dans le monde et mourut seulement pour les élus.

Tels sont les principes de l’Augustinisme. Son principe anthropologique, de la corruption native de l’homme et de son incapacité absolue à faire le bien à l’écart de la grâce divine, est demeuré fixé dans l’Église jusqu’à nos jours. Pelagius soutenait, au contraire, que « tout homme, en ce qui touche sa nature morale, naît dans précisément la même condition où Adam fut créé, et a la capacité de vouloir et de faire le bien sans l’aide spéciale d’Elohîm ». Il fut la mission d’Augustin d’énoncer clairement et de fixer pour toujours la doctrine chrétienne relativement à la condition de la nature humaine dans son état déchu. Mais l’inquiétude d’Augustin de sauver la gloire divine dans l’œuvre du salut de l’homme le conduisit à la doctrine de l’élection inconditionnelle et de la prédestination — doctrine à laquelle l’esprit et le cœur de l’Église, dans l’ensemble, n’ont jamais adhéré. Elle a été une pierre d’achoppement depuis le temps d’Augustin jusqu’à présent. Mais Augustin, dans son combat contre Pelagius, eut un succès complet. L’Église de son temps se rangea à ses côtés, et Pelagius et ses adhérents furent condamnés par un certain nombre de synodes, et par Zosimus, évêque de Rome. Après la mort d’Augustin, la controverse sur les principaux points de son système continua longtemps d’agiter l’Église entière. Le Concile général d’Éphèse (431) condamna les pélagiens, avec les nestoriens ; cependant, dans l’ensemble, l’Église grecque ne prit aucun réel intérêt à la controverse, et n’adopta jamais les doctrines de la prédestination absolue et de la grâce irrésistible. En Afrique et à Rome prévalut une tendance à l’Augustinisme ; et aux synodes d’Arausio (Orange) et de Valentia (529) on obtint une décision en faveur de l’opération exclusive de la grâce divine, bien que la prédestination fût manifestement éludée. En Gaule l’Augustinisme n’exerça pas la même influence ; et bien que l’autorité d’Augustin fût trop grande pour permettre une opposition ouverte à son système, des tendances semi-pélagiennes semblèrent longtemps prévaloir.

L’autorité du nom d’Augustin resta intacte, bien que ses doctrines particulières fussent peu comprises par l’Église du Moyen Âge. La première controverse importante concernant l’Augustinisme fut celle suscitée par le moine Gottschalk (q.v.), qui, dans les formes d’expression les plus décidées, annonça la doctrine d’une double prédestination, fondée sur la préconnaissance absolue d’Elohîm, selon laquelle quelques-uns étaient voués à la vie, et d’autres consignés à la destruction. Gottschalk, qui prétendait être un disciple strict d’Augustin, fut condamné par le synode de Mayence (848), et mourut en prison (868). Sa doctrine fut un développement, non du bon côté de l’Augustinisme, à savoir son anthropologie, mais du côté faux, à savoir sa conception des relations entre Elohîm et l’homme dans l’œuvre du salut. Augustin soutint l’élection inconditionnelle, mais non la réprobation ; il tenait qu’Elohîm choisit de la massa perditionis telles personnes pour être sauvées, parce qu’il lui plut de les choisir, et pour aucune autre raison ; tandis que les autres étaient perdus, non parce qu’Elohîm choisit de les damner, mais parce qu’ils étaient pécheurs. Gottschalk fut le premier à annoncer en termes clairs la doctrine de la réprobation divine des pécheurs, c.-à-d. qu’ils sont damnés, non simplement à cause de leurs péchés, mais à cause du décret d’Elohîm de les damner, pour aucune autre raison que parce qu’il lui plut ainsi de faire. Dans les siècles suivants, la montée de la scolastique et du mysticisme, et la controverse entre ces deux systèmes, détournèrent l’attention de l’Église de l’Augustinisme. Anselme, Pierre Lombard et Thomas d’Aquin cherchèrent à conserver la doctrine augustinienne d’une élection inconditionnelle, quoique avec de nombreuses limitations. Le courant d’opinion théologique dans l’Église en général tendait vers le pélagianisme, et le savant thomiste Thomas de Bradwardine (q.v.), professeur à Oxford, puis archevêque de Cantorbéry (d. 1349), reprocha à tout son siècle d’avoir adopté le pélagianisme. Dans l’ensemble, les thomistes prétendirent se tenir sur le même terrain qu’Augustin ; toutefois, tandis qu’ils considéraient le péché originel comme une faute coupable, et la grâce divine comme prédestination, ils croyaient néanmoins que l’homme conserve quelques restes de puissance par lesquels il peut se rendre digne de la faveur divine (meritum e congruo), et considéraient la grâce divine comme dépendante de la prescience divine. Les scotistes (adhérents de Duns Scotus), d’autre part, décrivirent à la fois le péché originel et la grâce comme plutôt la condition invariable de tous les hommes, et comme des développements du monde spirituel dans le cours de la Providence. Comme Thomas était dominicain et Duns Scotus franciscain, la controverse entre thomistes et scotistes sur le sujet du péché originel et de la grâce divine devint graduellement une controverse entre les deux ordres de mendiants. Après la Réforme, les Jésuites, conformément au système moral de leur école, adoptèrent les vues des scotistes. L’Augustinisme trouva des champions fort zélés parmi les professeurs de l’Université de Louvain. L’un d’eux, Baius (q.v.), fut dénoncé par les franciscains au pape Pie V, qui en 1567 condamna 79 propositions extraites des écrits de Baius, sentence confirmée par Grégoire XIII (1579). En retour, la faculté de théologie de Louvain censura 34 propositions dans les œuvres des jésuites Less et Hamel, comme opposées aux enseignements de saint Augustin, et à l’autorité absolue des Écritures. Comme la controverse s’envenima beaucoup, Sixte V en interdit la continuation ; mais, quand cela se révéla sans effet, une commission (la célèbre congregatio de auxiliis) fut nommée par Clément VIII pour la décision pleine de la question : « De quelle manière l’assistance de la grâce divine est-elle engagée dans la conversion du pécheur ? » La congrégation fut toutefois dissoute en 1607, sans avoir accompli son objet, et l’antagonisme entre l’école augustinienne et ses adversaires continua comme auparavant. Une représentation élaborée des systèmes augustinien et pélagien fut donnée par l’évêque Jansenius, d’Ypres, dans son ouvrage Augustinus s. doctrina Augustini de humanae naturae sanitate, aegritudine, et medicina adversus Pelagium et Massilienses, publié après la mort de l’auteur, et qui donna lieu à la célèbre controverse janséniste, et à l’exclusion des Jansenistes de l’Église. VOIR JANSENIUS et VOIR JANSENISTS. La condamnation de Jansenius et des Jansenistes n’a cependant pas mis fin à la controverse dans l’Église catholique romaine concernant la théologie augustinienne, bien que l’histoire ultérieure de la controverse ne soit marquée par aucun événement saillant. Mais l’Église catholique romaine, dans son ensemble, rejette cette partie de l’Augustinisme qui enseigne la prédestination absolue (voir Mohler, Symbolism, ch. 3, § 10).

Quelques-uns des précurseurs de la Réforme au Moyen Âge, tels Wickliffe et Savonarola, furent des augustiniens stricts ; mais d’autres, par ex. Wessel, soulignèrent la nécessité d’une appropriation libre de la grâce divine de la part de l’homme comme conditio sine qua non. Luther fut moine augustinien ; et, comme réformateur, il fut d’abord confirmé dans ses vues augustiniennes par les luttes qu’il dut soutenir contre la doctrine du méritoire des œuvres. Mais il y a raison de croire que, à l’instar de Melanchthon, il modifia ses vues sur la prédestination absolue ; et, sous la conduite de Melanchthon, l’Église luthérienne a évité les conséquences strictes du système augustinien en affirmant que les décrets d’Elohîm sont conditionnels. Calvin fut un augustinien strict, et alla même au-delà d’Augustin en maintenant la réprobation. Lui, et les premiers théologiens réformés en général, dans leurs controverses religieuses, non seulement admettaient toutes les conséquences du système augustinien, mais, ayant une fois déterminée l’idée de prédestination, allèrent au-delà des prémisses jusqu’à soutenir que la chute de l’homme fut elle-même prédestinée par Elohîm (supralapsarianism). Cette opinion, toutefois, n’eut guère d’approbation, et fut finalement presque entièrement abandonnée. En opposition aux vues ultra-augustiniennes, Arminius, admettant l’anthropologie d’Augustin, définît la vraie doctrine des relations entre Elohîm et l’homme dans l’œuvre du salut. En Allemagne, les rationalistes et l’école de la philosophie spéculative rejetèrent l’Augustinisme, tandis que les piétistes, et d’autres théologiens qui retournèrent à l’ancienne foi de l’Église, et (quoique avec diverses modifications) les disciples de Schleiermacher, le rétablirent dans ses points essentiels. À présent, il est à peine un des grands théologiens d’Allemagne qui tienne la doctrine augustinienne extrême de la prédestination absolue.

La première bonne étude sur le système augustinien fut écrite par Wiggers, Versuch einer pragmatischen Darstellung des Augustinismus und Pelagianismus (Berlin, 1821 ; Hambourg, 1833, vol. 1 traduit par le Prof. Emerson, Andover, 1840, 8vo). Voir aussi Gangauf, Psychologie des heil. Augustinus (Augsb. 1852). Plus philosophique que théologique, cependant de grand prix pour l’histoire du système théologique d’Augustin, est l’ouvrage de Nourrisson sur « La Philosophie de Saint Augustin » (Par. 1865, 2 vols.). Cet ouvrage reçut un prix de la French Académie des Sciences Morales et Politiques. Le premier volume contient une notice sur l’évêque, et une exposition détaillée de ses vues philosophiques ; le second donne compte des sources d’où Augustin tira ses idées, une estimation de l’influence que les théories augustiniennes exercèrent, surtout durant le septième siècle, et une discussion critique des théories augustiniennes. VOIR ARMINIANISM ; VOIR AUGUSTINE.

Source

John McClintock et James Strong, Cyclopaedia of Biblical, Theological, and Ecclesiastical Literature (1867-1894), domaine public ; traduction française À l'ombre du figuier.