Définition dans McClintock & Strong

Anathema

Anath'ema (ἀνάθεμα), littéralement toute chose déposée ou suspendue (de ἀνατίθημι, déposer), et par conséquent toute chose déposée dans un temple et mise à part comme sacrée (2 Maccabées 9:16). Dans ce sens général la forme employée est ἀνάθημα, mot d'une occurrence non rare chez les auteurs grecs classiques, et trouvé une fois dans le N.T., Luc 21:5. La forme ἀνάθεμα, ainsi que son sens, paraît être propre au dialecte hellénistique (Valekenaer, Schol. 1, 593). La distinction a probablement pris naissance de l'emploi spécial du mot par les Juifs hellénistiques. Dans la Sept. ἀνάθεμα est le rendu ordinaire de l'hébreu חֵרֶם, che'rem (quoique en quelques cas il varie entre les deux formes, comme en Lévitique 27:28-29), et afin d'en déterminer le sens il sera nécessaire d'examiner la signification de ce mot. Les écrivains alexandrins préférèrent la brève pénultième dans ce et d'autres mots apparentés (par ex. ἐπίθεμα, σύνθεμα) ; mais il arrive toutefois que les deux formes se rencontrent dans les MSS., comme en Juges 16:19; 2 Maccabées 13:15; Luc 21:5 : il n'existait donc point à l'origine de distinction dans le sens des mots, comme beaucoup d'anciens auteurs l'avaient supposé. L'hébreu חֵרֶם, cherem, est dérivé d'un verbe signifiant primitivement enfermer, et par conséquent (1) consacrer ou vouer, et (2) exterminer. Tout objet ainsi voué à YHWH était irrachetable : si c'était un objet inanimé, il devait être donné aux prêtres (Nombres 18:14) ; si c'était une créature vivante, ou même un homme, il devait être tué (Lévitique 27:28-29) ; d'où l'idée d'extermination liée au vouer. D'une manière générale, un vœu de cette description n'était pris qu'à l'égard des nations idolâtres qui étaient désignées pour la destruction par le décret spécial de YHWH, comme en Nombres 21:2 ; Josué 6:17 ; mais quelquefois le vœu était fait indéfiniment, et impliquait la mort des innocents, ainsi qu'illustre le cas de la fille de Jephté (Juges 11:31), selon plusieurs, et certainement celui de Jonathan (1 Samuel 14:24), qui ne fut sauvé que par l'interposition du peuple. La violation d'un tel vœu de la part de quiconque y participait directement ou indirectement était punie de mort (Josué 7:25). Outre ces cas de dévotion spontanée d'individus, le verbe חָרַם, charam', s'applique fréquemment à l'extermination des nations idolâtres : dans de tels cas l'idée d'un vœu semble abandonnée, et le mot prend un sens purement secondaire (Sept. ἐξολοθρεύω) ; ou, si le sens primitif doit encore être conservé, ce peut être au sens que YHWH (Ésaïe 34:2) enferme, c.-à-d. place sous interdit, et ainsi rend nécessaire leur destruction, afin d'empêcher tout contact. L'extermination étant le résultat d'un commandement positif (Exode 22:20), l'idée d'un vœu est exclue, bien que sans doute les exemples déjà cités (Nombres 21:2 ; Josué 6:17) montrent comment un vœu était quelquefois ajouté au commandement. — On peut encore faire remarquer que le degré auquel l'œuvre de destruction était poussée variait. Ainsi elle s'appliqua à la destruction de

(1) hommes seulement (Deutéronome 20:13) ; (2) hommes, femmes et enfants (Deutéronome 2:34) ; (3) les vierges exceptées (Nombres 31:17 ; Juges 21:11) ; (4) tous les êtres vivants (Deutéronome 20:16 ; 1 Samuel 15:3) ;

le butin dans les premiers cas étant réservé pour l'usage de l'armée (Deutéronome 2:35 ; Deutéronome 20:14 ; Josué 22:8), au lieu d'être livré au sacerdoce, comme ce fut le cas dans le vœu consigné de Josué (Josué 6:19). Voir Vow.

I. Nous trouvons ainsi que le cherem était une personne ou une chose consacrée ou vouée irrévocablement à Elohîm, et qu'il différait de toute chose simplement vouée ou sanctifiée à YHWH en ceci : que cette dernière pouvait être rachetée (Lévitique 27:1-27), tandis que la première était irréclamable (Lévitique 27:21,28) ; d'où, en ce qui concerne les êtres vivants, la chose vouée, homme ou bête, devait être mise à mort (Lévitique 27:29). L'idée dominante donc que le mot exprimait était celle d'une personne ou d'une chose vouée à la destruction, ou maudite. Ainsi les villes des Cananéens furent anathematées (Nombres 21:2-3), et, après leur destruction complète, le nom du lieu fut appelé Hormah (חָרמָה ; Sept. ἀνάθεμα). Ainsi encore la ville de Jéricho fut faite anathème à YHWH (Josué 6:17) ; c'est-à-dire que tout être vivant en elle (sauf Rahab et sa famille) fut voué à la mort ; ce qui pouvait être détruit par le feu fut brûlé, et tout ce qui ne pouvait être consommé ainsi (comme l'or et l'argent) fut à jamais aliéné de l'homme et destiné à l'usage du sanctuaire (Josué 6:24). La prééminence ainsi donnée à l'idée d'une chose maudite conduit naturellement à l'usage du mot dans des cas où il n'est nullement fait référence à la consécration au service d'Elohîm, comme en Deutéronome 7:26, où une idole est appelée חֵרֶם, ou ἀνάθεμα, et les Israélites sont avertis contre l'idolâtrie de peur qu'ils ne deviennent anathèmes comme elle. Dans ces cas le terme désigne l'objet de la malédiction, mais il est quelquefois employé pour désigner la malédiction elle-même (par ex. Deutéronome 20:17, Sept. ; comp. Actes 23:14), et c'est dans ce dernier sens que le mot français est généralement employé.

Dans ce sens aussi, les Juifs des temps postérieurs usent du terme hébreu, quoique avec une signification quelque peu différente quant à la malédiction entendue. Le חֵרֶם, cherem, des rabbins signifie excommunication ou exclusion de l'Église juive. Les auteurs rabbiniques plus récents comptent trois sortes ou degrés d'excommunication, qui sont tous occasionnellement désignés par ce terme générique (Elias Levita, dans Sepher Tisbi).

1. Le premier, נִדּוּי, niddu'i, séparation, est une simple suspension temporaire des privilèges ecclésiastiques, impliquant toutefois divers inconvénients civils, particulièrement la séquestration de la société à une distance de quatre coudées. La personne ainsi excommuniée n'était pas empêchée d'entrer au temple, mais au lieu d'entrer à droite, comme il était d'usage, elle était obligée d'entrer par la gauche, la voie habituelle de sortie : si elle mourait dans cet état il n'y avait point de deuil pour elle, mais une pierre était jetée sur son cercueil pour indiquer qu'elle était séparée du peuple et avait mérité la lapidation. Buxtorf (Lex. Talm. col. 1304) énumère vingt-quatre causes de ce genre d'excommunication : elle durait trente jours, et était prononcée sans malédiction. Si l'individu ne se repentait point à l'expiration du terme (qui, cependant, selon Buxtorf, était prolongé dans de tels cas à soixante ou quatre-vingt-dix jours), on recourait au second genre d'excommunication.

2. Celui-ci était appelé simplement et plus proprement חֵרֶם, cherem, malédiction. Il ne pouvait être prononcé que par une assemblée d'au moins dix personnes, et était toujours accompagné de malédictions. La formule employée est reproduite intégralement par Buxtorf (Lex. col. 828). Une personne ainsi excommuniée était retranchée de tous privilèges religieux et sociaux : il était illicite de manger ou de boire avec elle (comp. 1 Corinthiens 5:11). La malédiction pouvait toutefois être dissoute par trois personnes ordinaires, ou par une personne de dignité.

3. Si l'excommunié persistait dans son impenitence, un jugement encore plus sévère était, selon les rabbins, prononcé contre lui, qui était appelé שִׁמִּתָּא, sham'-mata', imprecation (Elias Levita, in Tisbi). Il est décrit comme une excision complète de l'Église et la remise de l'individu au jugement d'Elohîm et à la perdition finale. Il y a cependant des raisons de croire que ces trois degrés sont d'origine récente. Les talmudistes emploient fréquemment les termes désignant le premier et le dernier de manière interchangeable, et quelques écrivains rabbiniques (que Lightfoot a suivis dans son Force Hebr. et Talmi ad 1 Corinthiens 5:5) considèrent le dernier comme un degré inférieur au second ; pourtant il est probable que la classification repose sur le fait que la sentence était plus ou moins sévère selon les circonstances du cas ; et bien que nous ne puissions nous attendre à trouver les trois degrés distinctement marqués dans les écrits du N.T., on peut sans improbabilité considérer la phrase « mis hors de la synagogue », ἀποσυνάγαγον ποιεῖν, Jean 16:2 (comp. 9:22 ; 12:42), comme se rapportant à une censure plus légère que celle qu'implique l'un ou plusieurs des trois termes employés en Luc 6:22, où peut-être des degrés différents sont insinués. L'expression « livrer à Satan » (1 Corinthiens 5:5 ; 1 Timothée 1:20) a été, pour beaucoup de commentateurs, comprise comme se rapportant au genre le plus sévère d'excommunication. Même en admettant l'allusion, il existe cependant une différence très importante entre la censure juive et la formule employée par l'apôtre. Au sens juif cela signifierait la remise du transgresseur à la perdition finale, tandis que l'apôtre limite expressément sa sentence à la « destruction de la chair » (c.-à-d. la nature pervertie), et y recourt afin « que l'esprit soit sauvé au jour du Seigneur Yéhoshoua », VOIR ACCURSED.

II. Mais, quelle que soit la diversité d'opinion quant aux degrés d'excommunication, il est admis de toutes parts que le terme חֵרֶם, auquel nous nous intéressons plus particulièrement comme équivalent du grec ἀνάθεμα, dénote proprement, dans son emploi rabbinique, une excommunication accompagnée des plus sévères malédictions et imprécations de malheur. Nous sommes donc préparés à trouver que l'anathème du N.T. implique toujours une exécration ; mais il reste à déterminer s'il est jamais employé pour désigner un acte judiciaire d'excommunication. Qu'il n'y ait fréquemment aucune telle référence est très clair : dans quelques cas l'individu maudit sur lui-même l'anathème, à moins que certaines conditions ne soient remplies. Le nom et son verbe correspondant sont ainsi employés en Actes 23:12,14,21, et le verbe se rencontre avec un sens analogue en Matthieu 26:74 ; Marc 14:71. L'expression « appeler Jésus anathème » (1 Corinthiens 12:3) ne se rapporte pas à une sentence judiciaire prononcée par les autorités juives, mais à l'acte de tout particulier qui l'exécrait et le déclara maudit. Que cela était une pratique commune parmi les Juifs apparaît des écrits rabbiniques. Le terme, utilisé à propos de quiconque prêcherait un autre évangile, « Qu'il soit anathème » (Galates 1:8-9), a le même sens que qu'on le considère exécrable et maudit. En aucun de ces cas nous ne trouvons de raison de croire que le mot ait été employé pour désigner spécifiquement et techniquement l'excommunication ni de l'Église juive ni de l'Église chrétienne. Il ne reste que deux passages où le mot apparaît dans le N.T., tous deux présentant une difficulté considérable pour le traducteur.

(a) En ce qui concerne le premier de ceux-ci (Romains 9:3), Grotius et d'autres comprennent la phrase « maudit d'être séparé du Mashiah (Christ) », ἀνάθεμα εἶναι ἀπὸ τοῦ Χριστοῦ, comme signifiant l'excommunication de l'Église chrétienne, tandis que la plupart des Pères, ainsi que Tholuck, Ruckert, et un grand nombre d'interprètes modernes, expliquent le terme comme se référant à la pratique juive de l'excommunication. D'autre part, Deyling, Olshausen, De Wette, et beaucoup d'autres adoptent le sens plus général de maudit. La grande difficulté est d'établir l'étendue du mal que Paul exprime être disposé à souffrir ; Chrysostome, Calvin et beaucoup d'autres le comprennent comme incluant la séparation finale, non, toutefois, de l'amour, mais de la présence du Mashiah (Christ) ; d'autres la limitent à une mort violente ; d'autres encore l'expliquent comme signifiant le même genre de malédiction sous lequel ils pourraient tomber par le repentir et la réception de l'Évangile (Deylingii Observatt. Sacrae, pt. 2, p. 495 et suiv.). Il faudrait trop de place pour renvoyer à d'autres interprétations du passage, ou pour poursuivre davantage son examen. Il semble cependant peu de raison de supposer qu'un acte judiciaire de l'Église chrétienne soit visé, et l'on peut remarquer que bien des difficultés ressenties par les commentateurs semblent provenir de ce qu'ils n'avaient pas à l'esprit que l'apôtre ne parle pas de son désir comme d'une chose possible, et poursuivaient par conséquent jusqu'à toutes ses conséquences ce qui devrait être regardé simplement comme une expression du plus vif désir (ηὐχόμην, ἄν, I could wish, c.-à-d. si une telle chose était convenable ou possible, voir Winer, Idioms, p. 222). Quelques-uns ont même pensé (prenant le verbe comme imparfait historique) que l'apôtre se reportait simplement à sa précédente haine du Mashiah (Christ), lorsqu'il n'était pas encore converti (voir Bloomfield, Recensao Synopt. in loc.), et Tregelles propose (Account of Gr. Text of N.T. p. 219) d'éviter la difficulté entièrement en plaçant la clause en question entre parenthèses. Voir Woltii Curae, in loc. ; Poll synopsis, in loc. ; Trautermann, Illustratio (Jen. 1758) ; Meth. Quart. Rev. 1863, p. 420 sq. VOIR BAN.

(b) La phrase ANATHEMA MARAN-ATHA VOIR ANATHEMA MARAN-ATHA, ἀνάθεμα μαρὰν ἀθά (1 Corinthiens 16:22), a été considérée par beaucoup comme équivalente à la שִׁמִּתָּא, shammata, des rabbins, le troisième et plus sévère genre d'excommunication. Cette opinion découle de l'identité étymologique supposée de la locution syriaque elle-même, maran-atha (q.v.), מָרָן אֲתָא, « le Seigneur vient », avec le mot hébreu que ces commentateurs considèrent dérivé de שֵׁם אֲתָה, shem atha, « le Nom (c.-à-d. YHWH) vient ». Cette explication, toutefois, ne peut dépasser le rang d'une conjecture plausible, puisqu'elle n'est appuyée par aucune preuve historique. Le terme hébreu n'est jamais trouvé ainsi divisé, ni expliqué de cette manière par les écrivains juifs, qui, au contraire, donnent des étymologies différentes (Buxtorf, Lex. col. 2466). Il est, de plus, très incertain que ce troisième genre d'excommunication fût en usage au temps de Paul ; et la phrase qu'il emploie ne se trouve dans aucun écrivain rabbinique (Lightfoot, Horae Hebr. et Talm. sur 1 Corinthiens 16:22). Le sens littéral des mots est net, mais il n'est pas facile de comprendre pourquoi la locution syriaque est ici employée, ni quel est son sens en connexion avec l'anathème. Lightfoot suppose que l'apôtre l'emploie pour signifier qu'il prononçait cet anathème contre les Juifs. Quoi qu'il en soit, la supposition que l'anathème, quel qu'en soit l'objet précis, vise l'excommunication de l'Église chrétienne, comme le comprennent Grotius et Augusti, semble reposer sur des motifs fort minces : il paraît préférable de le considérer, avec Lightfoot, Olshausen, et la plupart des commentateurs, comme simplement une expression d'exécration. Bien que nous trouvions peu ou point de preuves de l'usage du mot anathème dans le N.T. comme terme technique d'excommunication, il est certain qu'il obtint ce sens dans les premiers siècles de l'Église ; car il est ainsi employé dans les canons apostoliques, dans les canons de divers conciles, par Chrysostome, Théodoret et d'autres Pères grecs (Suiceri Thesaurus Eccl. s. vv. ἀνάθεμα et ἀφορισμός). VOIR EXCOMMUNICATION.

III. Anathema, dans l'usage ecclésiastique, est la coupure d'une personne de la communion ou des privilèges d'une société. L'anathème différait de la simple excommunication en ce qu'il était accompagné de malédictions et d'exécrations. Il signifie non seulement couper les vivants de l'Église, mais les morts du salut. Il fut pratiqué dans l'Église primitive contre des coupables notoires. La formule a été conservée : la suivante fut prononcée par Synesius contre un certain Andronicus : « Qu'aucune Église de Dieu ne soit ouverte à Andronicus et à ses complices, mais que tout temple sacré et église leur soient fermés. J'avertis tant les particuliers que les magistrats de ne les recevoir ni sous leur toit ni à leur table ; et surtout les prêtres, afin qu'ils ne conversent point avec eux vivants ni n'assistent à leurs obsèques une fois morts. » Quand quelqu'un était ainsi anathématisé, avis en était donné aux églises voisines, et quelquefois aux églises du monde entier, afin que tous puissent confirmer et ratifier cet acte de discipline en refusant d'admettre un tel dans leur communion. La formule de dénonciation des anathèmes contre hérésies et hérétiques est fort ancienne. Mais comme le zèle pour les opinions augmenta, et que les chrétiens commencèrent à accorder plus de valeur aux bagatelles qu'aux choses lourdes de la loi, il devint pratique courante d'ajouter un anathème à chaque point où les hommes différaient les uns des autres. Au Concile de Trente un corps entier de théologie fut exposé en canons, et un anathème fut apposé à chacun. Combien l'anathème fut un redoutable instrument de pouvoir entre les mains des papes au Moyen Âge l'histoire en atteste. Les papes continuent encore à lancer des anathèmes contre les hérétiques, qui sont peu considérés. — Bingham, Orig. Eccles, bk. 16, ch. 2, § 16. VOIR INTERDICT.

Traités sur ce sujet : Dirr, De anathemate (Alta. 1662) ; Baldwin, De anathematismis (Viteb. 1620) ; Bose, in Winckler's Temp. sacr. p. 231 sq. ; Fecht, De precibus contra alios (Rost. 1708) ; Pipping, De imprecationibus (Lips. 1721) ; Pisanski, Vindiciae Psalmorum ob execrationes (Regiom. 1779) ; Poncarius, De imprecationibus in impios, in the Bibl. Lubec. p. 565 sq. VOIR IMPRECATION.

Voir la fiche concept
Source

John McClintock et James Strong, Cyclopaedia of Biblical, Theological, and Ecclesiastical Literature (1867-1894), domaine public ; traduction française À l'ombre du figuier.