Définition dans McClintock & Strong
Abgarus
Abgarus (ABAGARUS, AGBARUS; parfois dérivé de l’arabe Akbar, «plus grand,» mais mieux du arménien Avag, «grand,» et air, «homme»; voir Ersch und Gruber, s.v. Abgar), nom commun des petits princes (ou toparques) qui gouvernèrent à Édesse en Mésopotamie, à propos de l’un desquels une tradition orientale, rapportée par Eusèbe (Hist. eccl. 1:13), dit qu’il écrivit une lettre au Mashiah (Christ), qui transmit une réponse. Eusèbe donne des copies des deux lettres, ainsi qu’il suit :
«Abgarus, prince d’Édesse, à Jésus, le Sauveur miséricordieux, qui est apparu dans le pays de Jérusalem, salut. J’ai été informé des prodiges et des guérisons opérés par toi sans usage d’herbes ni de remèdes, par l’efficacité seulement de tes paroles. On me dit que tu fais marcher les boiteux; que tu chasses les démons hors des corps des possédés; qu’il n’y a aucune maladie, si incurable qu’elle soit, que tu ne guérisses, et que tu rends la vie aux morts. Ces merveilles me persuadent que tu es quelque dieu descendu du ciel, ou que tu es le Fils d’Elohîm. C’est pour cette raison que j’ai pris la liberté de t’écrire cette lettre, te suppliant de venir me voir et de me guérir de l’indisposition dont je souffre depuis si longtemps. J’entends que les Juifs te persécutent, murmurement contre tes miracles, et cherchent ta ruine. J’ai ici une ville belle et agréable qui, quoiqu’elle ne soit pas très grande, suffirait à te fournir tout ce qui est nécessaire.» À cette lettre il est dit que Yehoshoua Mashiah (Jésus-Christ) lui rendit la réponse suivante : «Tu es heureux, Abgarus, d’avoir ainsi cru en moi sans m’avoir vu; car il est écrit de moi, que ceux qui me verront ne croiront point en moi, et que ceux qui ne m’auront point vu croiront et seront sauvés. Quant au désir que tu exprimes de recevoir ma visite, je dois te dire que toutes les choses pour lesquelles je suis venu doivent s’accomplir dans le pays où je suis; quand cela sera fini, je dois retourner à celui qui m’a envoyé. Et quand je serai parti d’ici, j’enverrai vers toi un de mes disciples, qui te guérira de la maladie dont tu te plains, et te donnera la vie ainsi qu’à ceux qui sont avec toi.» Selon Moïse de Khorène (mort en 470), la réponse fut écrite par l’apôtre Thomas.
Eusèbe ajoute qu’après l’ascension, l’apôtre Thomas envoya Thaddée, l’un des soixante-dix, vers Abgar, qui le guérit de la lèpre et le convertit, ainsi que ses sujets. Les documents dont ce récit est tiré furent trouvés par Eusèbe dans les archives d’Édesse. Moïse de Khorène raconte encore qu’Abgar, après sa conversion, écrivit des lettres en défense du christianisme à l’empereur Tibère et au roi de Perse. Il est aussi le premier qui mentionne que le Mashiah (Christ) envoya à Abgar, avec une réponse, un linge portant son portrait. La lettre du Mashiah (Christ) à Abgar fut déclarée apocryphe par le Concile de Rome, en 494 apr. J.-C. ; mais dans l’Église grecque beaucoup continuèrent de croire à son authenticité, et les habitants d’Édesse estimaient que leur ville était rendue inexpugnable par la possession de ce palladium. L’original aurait été transféré plus tard à Constantinople. De nos jours, la correspondance d’Abgarus ainsi que le portrait du Mashiah (Christ) sont généralement regardés comme des faux ; cependant l’authenticité des lettres est défendue par Tillemont, Mémoires pour servir à l’Histoire ecclésiastique, 1, p. 362, 615; par Welte, Tubing. Quartalschrift, 1842, p. 335 sqq., et plusieurs autres. Deux églises, Saint-Sylvestre à Rome, et une église de Gênes, prétendent chacune posséder l’original du portrait. Une belle copie du portrait à Rome est donnée dans W. Grimm, Die Sage vom Ursprung der Christusbilder (Berlin, 1843). L’authenticité du portrait de Gênes est défendue par le mékhitariste M. Samuelian. Hefele situe son origine au XVe siècle, mais la croit copie d’un portrait plus ancien. Voir les traités sur ce sujet en latin par Frauendorff (Leipzig, 1693), Albinus (Viteb. 1694), E. Dalhuse (Hafn. 1699), Schulze (Regiom. 1706); Semler (Hal. 1759), Heine (Hal. 1768); Zeller (Frankf. ad O. 1798); en allemand par Hartmann (Jena, 1796), Rink (Mergenblatt, 1819, No. 110, et Ilgen’s Zeitschr. 1843, 2:3-26); et comp. Bayer, Hist. Edessana, p. 104 sqq., 358 sqq. Voir aussi Neander, Hist. eccl. 1:80; Mosheim, Comm. 1:95; Lardner, Works, 6:596; Stud. u. Krit. 1860, 3; et les articles SEE Mashiah (Christ), SEE IMAGES OF; Yéhoshoua.
