Définition dans McClintock & Strong

Abaque (élément d’un chapiteau)

Abacus

Abacus (Lat. du grec ἄβαξ, planche). Ce nom est appliqué en architecture à l’élément supérieur ou division d’un chapiteau.

1. Dans les ordres gréco‑romains il est une caractéristique essentielle.

Dans le Dorique grec l’abaque a simplement la forme d’une tuile carrée sans chanfrein ni moulure.

Dans le Dorique romain il a l’adjonction d’une ogive et d’un filet autour du bord supérieur.

Dans le Tuscan un simple filet avec une cavette sous‑jacente est utilisé au lieu de l’ogive et du filet.

Dans tous ces ordres l’abaque est d’une épaisseur considérable, et la moulure autour du bord supérieur est appelée le cimatium de l’abaque.

Dans l’Ionique grec il est travaillé beaucoup plus mince, consistant en un ovolo ou une ogive, généralement sans filet au‑dessus, et est parfois sculpté.

Dans l’Ionique romain il consiste en une ogive ou ovolo avec un filet au‑dessus.

Dans tous les ordres précédents l’abaque est travaillé carré, mais dans l’Ionique moderne, le Corinthien et le Composite, les côtés sont creusés, et les angles, avec quelques exceptions dans l’ordre corinthien, tronqués. Les moulures utilisées sur l’Ionique moderne varient, mais une ogive et un filet comme chez les Romains sont les plus communes. Dans les ordres corinthien et composite les moulures consistent en un ovolo sur le bord supérieur, avec un filet et une cavette en dessous.

2. Dans l’architecture du Moyen Âge, l’abaque reste encore une caractéristique importante, bien que sa forme et ses proportions ne soient pas régies par les mêmes lois arbitraires que dans les ordres classiques : dans les styles anciens il y a presque invariablement une ligne claire de séparation pour marquer l’abaque comme division distincte du chapiteau ; mais à mesure que l’architecture gothique progresse avec sa variété de moulures, l’abaque subit les mêmes changements capricieux que toutes les autres caractéristiques des styles successifs, et il n’y a souvent aucune ligne réellement discernable de séparation entre lui et le reste du chapiteau.

Il arrive fréquemment que l’abaque soit presque ou tout à fait la seule partie d’un chapiteau sur laquelle des moulures permettent d’en déterminer la date ; il mérite donc une attention particulière.

Dans les constructions anciennes du style qu’on qualifie peut‑être de saxon, c’est‑à‑dire appartenant au XIe siècle, l’abaque est en général une simple pierre plate longue sans chanfrein ni moulure ; mais il varie parfois, et présente occasionnellement quelque ressemblance avec la forme normande.

L’abaque normand est plat sur le dessus et généralement carré dans la partie la plus ancienne du style, avec un chanfrein simple sur le bord inférieur, ou on utilise un creux à la place. À mesure que le style avance, d’autres moulures sont introduites, et dans des édifices riches on en trouve parfois plusieurs combinées ; il est très habituel de trouver le creux sur le bord inférieur de l’abaque surmonté d’un petit conduit ou d’un perle. Si le dessus de l’abaque n’est pas plat, c’est un signe qu’il tend vers le style suivant.

Dans le style Early English l’abaque est le plus souvent circulaire ; il est cependant parfois octogonal, et occasionnellement carré, mais pas fréquemment en Angleterre, sauf au début de ce style. Les moulures caractéristiques sont de profondes cavités et des saillies en relief ; en général les moulures de ce style présentent de fortes projections avec des creux profonds et distincts entre elles.

Dans le style Decorated, la forme de l’abaque est soit circulaire, soit polygonale, très fréquemment octogonale. L’abaque circulaire est spécialement un trait anglais ; l’abaque octogonal étant le plus commun sur le Continent, surtout en France. Les cavités sont moins fréquemment rencontrées, ni elles ne sont généralement aussi profondément taillées ; les moulures et les modes de combinaison varient considérablement, mais les rondes sont communes, particulièrement une moulure en rouleau ou en volute, dont la moitié supérieure dépasse et recouvre la partie inférieure, comme à la chapelle du Merton College ; cette moulure peut être considérée comme caractéristique du style Decorated ; bien qu’on la rencontre aussi dans des ouvrages tardifs d’Early English. Les moulures rondes ont souvent des filets travaillés sur elles, et ceux‑ci se rencontrent également dans l’Early English.

Dans le style Perpendicular l’abaque est parfois circulaire, mais généralement octogonal, même lorsque la colonne et la partie inférieure du chapiteau sont circulaires ; lorsqu’elle est octogonale, surtout dans les ouvrages de date tardive, les côtés sont souvent légèrement creusés ; dans ce style les moulures ne sont pas généralement fortement sous‑taillées, ni n’ont autant de variété que dans le Decorated. Une forme très usuelle pour l’abaque consiste en une moulure ondulée (de ronds et cavités unis sans former d’angles) avec un perle en dessous, comme à Croydon, Surrey. La partie la plus saillante de cette moulure est parfois travaillée plate, comme un filet, qui la divise ensuite en deux ogives, l’ogive supérieure étant renversée ; l’ogive peut être considérée comme caractéristique du chapiteau Perpendicular. Le dessus de l’abaque est parfois chanfreiné et occasionnellement creux.

Source

John McClintock et James Strong, Cyclopaedia of Biblical, Theological, and Ecclesiastical Literature (1867-1894), domaine public ; traduction française À l'ombre du figuier.