Définition dans Jewish Encyclopedia
Yaacov
JACOB
(2py', appelé aussi Israel
— Données bibliques ; Troisième patriarche ; fils d’Isaac
et de Rébecca, et ancêtre des Israélites. Il naquit lorsque son père avait soixante ans et après que sa mère avait été stérile pendant vingt ans. Pour le récit de sa naissance et de l’origine de son nom voir Genèse xxv. 19, 26. Le nom « Jacob » est expliqué ailleurs comme signifiant « supplantateur » ou « trompeur » (ib. xxvii. 36 ; Osée xii. 4 [Version Autorisée King James 3]), où il y a aussi une allusion à la lutte avant la naissance entre les deux frères). Jacob était le favori de sa mère (Genèse xxv. 28). Il est représenté comme « un homme simple, habitant sous des tentes », c’est-à-dire menant la vie de berger (ib. xxv. 27 ; comp. ib. iv. 20).
Deux seuls incidents importants marquent la période juvénile de la vie de Jacob. Le premier fut l’acquisition du droit d’aînesse sur son frère Ésaü. Le droit d’aînesse étant une possession fort importante, Jacob attendit l’occasion de l’acquérir, et l’occasion se présenta. Ésaü, rentrant un jour fatigué de la chasse, et voyant Jacob cuisiner un potage de lentilles, lui demanda d’en lui donner. Jacob offrit de le faire en échange du droit d’aînesse, et Ésaü, se sentant faible et prêt à mourir, consentit à le vendre, un serment confirmant la transaction (ib. xxv. 29-34).
Le second incident se produisit plusieurs années plus tard, et avec lui la vie de Jacob prit une phase entièrement nouvelle. Isaac, devenu aveugle, envoya Ésaü chasser du gibier et lui préparer un repas afin qu’il pût le bénir avant sa mort. Rébecca, ayant eu connaissance de cela, incita Jacob à intercepter la bénédiction en prenant la place de son frère. Au début Jacob protesta ; mais il céda bientôt à la persuasion de sa mère. Ayant devancé son frère dans la préparation du repas et ayant mis des peaux de chevreaux sur ses mains et son cou de peur que son père ne le reconnaisse, Jacob apporta le repas à son père, qui, après en avoir pris part, le bénit et lui promit qu’il serait seigneur sur ses frères et que les fils de sa mère s’inclineront devant lui (ib. xxvii. 1-29). Cette substitution était conforme au dessein divin (comp. ib. xxv. 23) ; et Isaac, lorsqu’il apprit la ruse de Jacob, non seulement ne révoqua pas sa bénédiction, mais l’affermit même (ib. xxvii. 33, 37).
À cause de cette tromperie Ésaü haïssait son frère, et résolut de le tuer après la mort de leur père. Rébecca ne trouva de meilleur moyen pour protéger son fils favori de la vengeance de son frère que de l’envoyer à Harân, auprès de son frère Laban. Elle conseilla à Jacob de demeurer quelque temps chez son oncle jusqu’à ce que son frère ait oublié son injure, et de prendre pour femme l’une des filles de son oncle. Jacob, après avoir reçu une nouvelle bénédiction de son père, quitta la maison paternelle (ib. xxvii. 42-xxviii. 5).
Sur le chemin il vit en songe prophétique une échelle s’étendant de la terre au ciel et des anges montant et descendant par elle. YHWH lui-même lui apparut, promettant de donner la terre de Canaan à sa postérité, qui serait aussi nombreuse que la poussière de la terre (ib. xxviii. 10-15). Jacob commémora son songe en dressant une pierre sur l’endroit où il avait dormi, appelant le nom du lieu « Beth-el » (= « la maison de Dieu » ; ib. xxviii. 18-22).
À son arrivée à Harân Jacob rencontra Rachel, la seconde fille de son oncle. Jacob s’offrit de servir Laban sept ans pour Rachel. Laban, cependant, le trompa à la fin de cette période en lui donnant Léa à la place de Rachel, et lui imposa un service supplémentaire de sept ans pour Rachel, bien qu’il la lui donnât immédiatement après la conclusion des noces de Léa (ib. xxix. 1-28). Pendant la seconde période de sept ans Jacob engendra par ses deux femmes et les deux concubines de Laban onze fils et une fille, Dina. Par Rachel il n’eut qu’un fils, Joseph (ib. xxix. 31-xxx. 25). Ayant terminé le second terme de sept ans, Jacob resta chez Laban six années de plus, gardant ses troupeaux contre salaire, lequel consistait, selon un accord entre eux, de tous les moutons et chèvres tachetés, tigrés et à bandes. Jacob, au moyen de bâtons écorcés qu’il plaça devant eux, fit en sorte que les meilleurs des troupeaux mettent une progéniture tachetée et tigrée. Ainsi il déjoua les plans de Laban, qui s’efforçait de le dépouiller de sa fortune (ib. xxxi. 7, 8), et Jacob amassa une grande richesse (ib. xxx. 26-43).
Voyant que Laban n’était plus amical, Jacob résolut de retourner chez ses parents. Sa résolution fut approuvée par Elohîm ; et, encouragé par ses deux femmes, il partit sans en avertir son oncle et beau-père (ib. xxxi. 1-21). Laban, cependant, apprit trois jours après la fuite de Jacob, et, après l’avoir poursuivi pendant sept jours, le rattrapa sur le mont Galaad. Ils se querellèrent d’abord, mais furent enfin réconciliés et firent une alliance, érigeant en commémoration de leur pacte un cairn que Jacob appela « Galeed » (= « un tas pour témoignage » ; ib. xxxi. 22-54).
Peu après Jacob fut informé que son frère Ésaü venait à sa rencontre accompagné de 400 hommes. Jacob, craignant Ésaü, lui envoya de très riches présents, mais prit en même temps des dispositions pour échapper à la fureur de son frère au cas où ce dernier rejetterait les présents. La nuit, Jacob fit passer sa famille et tous ses biens au-delà du torrent de la Jabbok, lui-même demeurant seul de l’autre côté, où un ange lutta avec lui toute la nuit jusqu’au point du jour. Pendant la lutte l’ange toucha la cavité de la cuisse de Jacob, lui causant une claudication ; mais l’ange fut dominé par Jacob, qui ne le laissa pas partir avant d’avoir été béni par lui. L’ange changea alors le nom de Jacob en « Israël » apparemment abréviation de « il a lutté avec Elohîm ». Jacob donna au lieu où cet événement eut lieu le nom de « Peniel » (« car j’ai vu Elohîm face à face »). Les Israélites commémorent l’événement jusqu’à ce jour en ne mangeant pas « le tendon qui s’est rétracté et qui est sur la cavité de la cuisse » (ib. xxxii. 32). Osée fait allusion à la lutte de Jacob avec l’ange, qu’il appelle tantôt « Elohîm » et tantôt « Mal'ak », ajoutant que l’ange pleura et implora Jacob de le laisser partir (Osée xii. 4).
Après sa rencontre avec Ésaü, au cours de laquelle les frères furent réconciliés (Genèse xxxiii. 1-16), Jacob se rendit à Sichem, où il acheta aux fils de Hamor, pour cent pièces d’argent, un champ dans lequel il érigea un autel (ib. xxxiii. 17-20). L’enlèvement de Dina, qui occasiona la destruction de Sichem par ses frères, causa à Jacob une grande inquiétude ; mais Elohîm apaisa ses craintes, et il arriva en paix à Beth-el, où Elohîm lui apparut de nouveau, confirmant le nom « Israel » qui lui avait été précédemment donné par l’ange, et répétant la promesse que ses enfants posséderaient la terre de Canaan. Pendant que Jacob était en chemin Rachel mit au monde Benjamin, son dernier fils. Jacob, avec ses douze fils, pères des douze tribus d’Israël, arriva ensuite à Hébron, où vivaient ses parents (ib. xxxv. 9-27).
Au bout de dix ans (comp. ib. xxxvii. 2) le fils favori de Jacob, Joseph, fut vendu à une troupe d’Ismaélites par ses frères, qui firent croire à leur père qu’il avait été dévoré par une bête sauvage. Pendant que Jacob pleurait encore Joseph, Isaac mourut, et, à ses funérailles, Jacob rencontra de nouveau son frère Ésaü (ib. xxxv. 29). Plus tard, lorsque la famine se fit sévère en Canaan, Jacob envoya ses fils en Égypte pour acheter du blé, mais garda avec lui Benjamin, le second fils de Rachel. Jacob fut toutefois finalement contraint de laisser partir Benjamin avec ses frères en Égypte, Joseph refusant autrement de relâcher Siméon qu’il retenait comme otage jusqu’à ce que Benjamin lui fût amené. Lorsque, au second retour de ses fils d’Égypte, Jacob apprit que Joseph était vivant et gouverneur d’Égypte, il décida d’aller le voir (ib. xlv. 26-28). Avant de le faire il se rendit à Beer-cheba, où sa résolution d’aller en Égypte fut approuvée par Elohîm. Il alla en Égypte avec ses onze fils et leurs enfants, totalisant soixante-six personnes ; Joseph vint à sa rencontre en Goshen (ib. xlvi. 1-30). Plus tard Jacob fut honorablement reçu par Pharaon, qui lui assigna, ainsi qu’à ses fils, une résidence « dans la meilleure partie du pays, dans le pays de Ramsès ». Jacob avait alors 130 ans (ib. xlvii. 5-11).
Lorsqu’il fut sur le point de mourir, Jacob fit jurer à Joseph qu’il ne l’ensevelirait pas en Égypte, mais dans le tombeau de ses pères en Canaan. Jacob adopta alors les deux fils de Joseph, Éphraïm et Manassé, les plaçant sur le même pied que ses propres fils. En les bénissant il donna la première place au fils le plus jeune, Éphraïm. À Joseph même il donna une portion de plus que ses frères (ib. xlviii. 22).
Jacob rassembla ses fils afin de les bénir (voir Jacob, Blessing of), après quoi, ayant prononcé son testament, il mourut à l’âge de 147 ans (ib. xlix.). Son corps fut embaumé selon la coutume égyptienne ; une grande procession funèbre, qui inclut tous les serviteurs de Pharaon et tous les anciens d’Égypte, l’accompagna en Canaan, et Jacob fut enterré dans la sépulture familiale dans la grotte de Macpélah à Hébron (ib. l. 1-13). Le nom « Jacob » ainsi que celui d’« Israel », quoique dans une moindre mesure, furent employés par les Prophètes pour désigner toute la nation d’Israël (comp. Isaïe ix. 7, xxvii. 6, xl. 27).
E. G. H. M. Sel.
Dans la littérature rabbinique : Déjà avant leur naissance la lutte entre les deux frères Ésaü et Jacob commença. Chacun d’eux voulait naître le premier, et ce ne fut qu’après qu’Ésaü menaça de tuer Rébecca, sa mère, si on ne le laissait pas naître le premier, que Jacob céda (Midrash ha-Gadol [éd. Schechter, Cambridge, 1902] sur Genèse xxv. 22 ; comp. Pesik. R. [éd. Friedmann, Vienne, 1880], p. 48a). Les caractères respectifs des deux frères furent ainsi révélés avant leur naissance. Chaque fois que Rébecca passait devant une maison de culte païen Ésaü s’agitait en elle ; et chaque fois qu’elle passait devant une synagogue ou un beth ha-midrash Jacob s’agitait (Gen. R. lxiii. 6 ; Yalk., Gen. 110). Il y eut aussi un conflit entre eux pour savoir qui hériterait de ce monde et de l’autre monde. Dans ce conflit l’ange Samaël était sur le point de tuer Jacob, quand Michaël intervint ; et la lutte entre les deux anges fut réglée par un tribunal que Elohîm lui-même convoqua à cette fin (Yalk., Gen. 110, d’après Midrash Abkir). Toutes ces légendes sont basées sur le mot « wa-yitrozezu » (= « et ils luttèrent » ; Genèse xxv. 22).
Jacob naquit circoncis (Ab. R. N. ii. 5 ; Gen. R. lxiii. 7). Jusqu’à l’âge de treize ans, lui et Ésaü fréquentèrent l’école ; mais plus tard Ésaü devint chasseur, tandis que Jacob continua ses études auprès de divers maîtres — Abraham, Mathusalem, Sem et Ever (ib. ; Gen. R. loc. cit.). La vente du droit d’aînesse eut lieu après qu’Ésaü eut tué Nimrod et deux de ses compagnons et fut en fuite devant ses poursuivants. Jacob ne désirait pas tant les avantages matériels du droit d’aînesse que les prérogatives spirituelles qui y étaient attachées. Selon une opinion, cette transaction fut le règlement final de la querelle que les frères avaient eue encore avant leur naissance ; et Ésaü vendit ainsi à Jacob sa part dans le monde à venir. Une autre opinion affirme que Jacob convoitait le droit d’aînesse parce que le premier-né était le précurseur du prêtre qui offrait les sacrifices familiaux ; et il pensa qu’Ésaü n’était pas apte à offrir des sacrifices à Elohîm (Yalk., Gen. III ; comp. Zeb. 112b). Avec l’achat du droit d’aînesse Jacob entra en possession des vêtements qu’Ésaü avait hérités d’Adam et qui étaient les robes officielles du ministre officiant (Midr. Tan. 67b).
Les Rabbins tentèrent d’expliquer que Jacob n’avait pas l’intention de tromper son père en disant : « Je suis Ésaü ton premier-né » (Genèse xxvii. 19), mais signifiait par là : « Je suis celui dont les enfants accepteront le Décalogue qui commence par Je (« anoki ») ; mais Ésaü est ton premier-né » (Gen. R. lxv. 14 ; Yalk., Gen. 115). En confirmant la bénédiction avant le départ de Jacob (Genèse xxviii. 1-4), Isaac établit le fait que la bénédiction appartenait réellement à Jacob (Gen. R. lxvii. 10).
De plus, ce fut seulement pour faire plaisir à sa mère que Jacob se laissa déguiser ; et il apporta le gibier à Rébecca dans un état de grande détresse et en pleurant (Gen. R. lxv. 11). Le beau vêtement que Rébecca enfila sur Jacob était celui qu’Ésaü avait pris à Nimrod lorsqu’il le tua (ib. 12). Rébecca accompagna Jacob jusqu’à la porte de son père, et dit alors : « Jusqu’ici je dus aller avec toi, mais maintenant que le Tout-Puissant t’assiste. » Quand Jacob entra et qu’Isaac dit : « Avance, je te prie, afin que je te touche » (Genèse xxvii. 21), Jacob sentit son cœur fondre comme de la cire ; mais deux anges le soutinrent (Gen. R. lxv. 13, 15). Il s’approcha alors de son père, qui lui dit : « Vois, l’odeur de mon fils est comme l’odeur d’un champ que YHWH a béni » ; c’est-à-dire, selon les Rabbins, la fragrance du paradis vint avec lui (ib. 18).
Quand Jacob quitta la présence de son père, par la vertu de la bénédiction qu’il avait reçue, il sortit couronné comme un fiancé, et la rosée qui doit ressusciter les morts descendit sur lui du ciel ; ses os devinrent plus vigoureux, et il-même fut transformé en un homme puissant (Pirke R. El. xxxiii.). Jacob s’enfuit alors d’Ésaü et alla à l’école de Sem et Ever, se consacrant à l’étude de la Torah. Là il fut caché pendant quatorze ans, puis revint chez son père. Il découvrit que son frère songeait encore à le tuer ; sur le conseil de sa mère il partit pour Paddan-aram (Gen. R. lxviii. 5 ; voir aussi Sefer ha-Yashar).
Arrivé à Harân, Jacob se rappela qu’il était passé sans prier l’endroit où ses ancêtres priaient (Pes. 84a). Il décida donc de retourner à Beth-el ; mais, à sa grande surprise, le lieu vint à lui, et il y récita la prière du soir (Ber. 26b). Après cela il voulut reprendre sa route, mais Elohîm dit : « Cet homme pieux est venu dans Ma maison : dois-je le laisser partir avant la nuit ? » Le soleil se coucha donc avant l’heure, et Jacob demeura à Beth-el pendant la nuit.
La contradiction du texte, où l’on dit d’abord que Jacob prit « des pierres » (Genèse xxviii. 11), puis qu’il prit « la pierre » (ib., v. 18), est expliquée de diverses manières. Certains pensent qu’il prit douze pierres, correspondant au nombre des tribus ; d’autres qu’il prit trois pierres, correspondant au nombre des Patriarches ; d’autres encore qu’il prit deux pierres ; mais tous s’accordent pour dire que les pierres furent plus tard réunies en une seule. Quelques rabbins disent qu’il prit un certain nombre de pierres et les plaça tout autour de lui pour protection ; que les pierres commencèrent à se quereller, chacune souhaitant que Jacob pose sa tête sur elle ; et que, pour régler la querelle, Elohîm fit toutes les pierres en une seule (Gen. R. lxviii. 13 ; Yalk., Gen. 118-119 ; Hul. 91a ; Sanh. 95b).
Les anges qui avaient accompagné Jacob jusqu’alors dans son voyage montèrent l’échelle, et d’autres anges descendirent pour le seconder davantage. Quand les anges virent la ressemblance de Jacob gravée sur le trône de gloire, ils devinrent jaloux et voulurent lui nuire ; mais Elohîm lui-même descendit et veilla sur lui. Lorsque Elohîm lui promit de lui donner la terre où il était couché, toute la terre de la Palestine se plia et se plaça sous la tête de Jacob, afin qu’il fût plus facile plus tard pour ses enfants de la conquérir. Les anges montant et descendant l’échelle sont aussi interprétés comme représentant les génies tutélaires des diverses nations auxquelles les Juifs, en des temps ultérieurs, seraient soumis. Quand ce fut le tour de Jacob de monter, il refusa, craignant que, comme les autres, il ne doive redescendre. Alors Elohîm lui dit : « Si tu avais eu la foi et étais monté, tu ne serais pas redescendu ; mais puisque tu n’as pas cru, tes enfants seront assujettis à plusieurs nations. Néanmoins cela ne sera pas pour toujours, car Je les rachèterai de toutes les terres de leur exil. »
Quand Jacob quitta la maison de son père il avait avec lui beaucoup d’argent et d’or que son père lui avait donnés. Ésaü, apprenant l’intention de Jacob de partir, convoqua son fils de treize ans, Éliphas, et lui dit d’aller à la rencontre de Jacob sur la route et de le tuer. Éliphas, avec une compagnie de dix hommes, guetta Jacob sur la voie, mais, étant d’un tempérament plus doux (Deut. R. ii. 13), il eut pitié de lui et ne lui fit aucun mal. Il prit toutefois de Jacob tous ses biens, de sorte que lorsque celui-ci arriva chez Laban il n’avait plus rien avec lui (Sefer ha-Yashar, fin de Toldot).
Dès le départ Jacob soupçonna que Laban le tromperait, et il donna à Rachel un signe par lequel elle pourrait le faire reconnaître ; mais elle sacrifia son propre amour par respect pour sa sœur, et avant le mariage révéla à Léa le plan de Jacob. Quand Jacob découvrit que Léa lui avait été donnée au lieu de Rachel il s’emporta ; mais Léa lui fit remarquer qu’il avait commis une ruse semblable lorsqu’il obtint la bénédiction de son père en prenant le déguisement de son frère (Gen. R. lxx. 17 ; Midr. ha-Gadol sur Genèse xxix. 23 ; comp. B. B. 123a). Dans ses manœuvres pour obtenir des brebis du troupeau de Laban, Jacob fut assisté par des anges qui lui amenèrent des brebis du cheptel de Laban. Il y a plusieurs estimations du nombre du troupeau de Jacob, allant de 200 à 2 207 100 (Gen. R. lxxiii. 8 ; comp. commentaire sur Gen. R.). Ces brebis Jacob les confia à ses enfants pour les garder, car il ne voulait pas prendre sur le temps qui appartenait à son maître Laban (Midr. ha-Gadol sur Gen. xxx. 40).
La rencontre entre Jacob et l’ange qui lui infligea ensuite une blessure à la cuisse s’explique ainsi : quand Jacob eut fait passer une partie de ses biens au-delà de la Jabbok, il rencontra un ange qui lui apparut sous la forme d’un berger ; et quand Jacob revint pour ramasser le reste de ses biens, l’ange l’accusa d’avoir volé dans son troupeau, et l’altercation s’ensuivit. D’autres pensent qu’il s’agissait de l’ange tutélaire d’Ésaü que Jacob rencontra ; tandis que d’autres l’identifient avec Michaël, qui vint réprimander Jacob pour avoir négligé de donner la dîme de ses biens à Elohîm, comme il l’avait promis (Yalk., Gen. 132 ; Pirke R. El. xxxvii. ; Tan., Gen. 87b). L’ange, bien que vaincu par Jacob, blessa celui-ci à la cuisse ; et lorsque le soleil se leva il pria Jacob de le laisser partir (comp. Osée xii. 5), car le temps de l’adoration était venu, et si celui qui devait commencer le service était absent, l’adoration des anges ne pouvait avoir lieu. Jacob, cependant, avide d’une bénédiction, ne le laissa pas partir avant qu’il ne l’eût béni. L’ange dut s’y soumettre ; et en changeant son nom de « Jacob » en « Israël » il lui promit que ses enfants seraient aussi justes que lui. La blessure infligée par l’ange fut guérie à l’apparition du soleil (Gen. R. lxxix. 5 ; Yalk., Gen. 133).
Quand Laban revint chez lui (Genèse xxxii. 1) il n’accepta pas la fuite de Jacob. Il envoya alors, dans le but de se venger, son fils Béor, âgé de dix-sept ans, et Abiharo, fils d’Oz, fils de Nahor, avec une escorte de dix hommes, auprès d’Ésaü, lui disant : « As-tu entendu ce que ton frère nous a fait ? Celui qui vint à moi pauvre et abandonné, que j’ai accueilli et élevé, à qui j’ai donné mes deux filles et leurs servantes, et que Elohîm a béni pour mon bien, de sorte qu’il devint puissant et eut fils et filles et servantes et moutons et boeufs et chameaux et ânes, et beaucoup d’or et d’argent — quand il vit que sa fortune était grande il me quitta, vola mes dieux et s’enfuit. Maintenant, vois, je l’ai laissé dans la vallée de la Jabbok. Si tu as l’intention d’aller à sa rencontre, tu le trouveras là, où tu pourras agir contre lui selon ton cœur. » Quand Ésaü apprit cela il ranima sa haine, sa colère s’enflamma, et il prit ses fils et soixante autres et rassembla tous les 340 descendants mâles de Séir. Il les divisa alors en sept partis ; plaçant soixante hommes sous Éliphas, son fils aîné, et les autres six partis sous les fils de Séir. Les messagers de Laban, en quittant Ésaü, allèrent ensuite en Canaan à la maison de Rébecca, et dirent : « Vois ton fils Ésaü qui prépare d’attaquer Jacob avec 400 hommes parce qu’il a appris qu’il arrive. » Rébecca s’empressa donc et prit soixante-douze hommes parmi les serviteurs d’Isaac pour rencontrer Jacob avant son arrivée, parce qu’elle pensait qu’Ésaü livrerait bataille en chemin. Quand Jacob les vit il dit : « Cette armée vient à moi de la part d’Elohîm » ; et il appela le lieu « Mahanaïm » (Sefer ha-Yashar, section Wayesheb). Selon d’autres (Gen. B. lxxiv. 16), l’armée consistait en 120 myriades d’anges.
Quand les messagers de Rébecca rencontrèrent Jacob ils lui dirent en son nom : « Mon fils, j’ai entendu dire qu’Ésaü, ton frère, vient à ta rencontre avec des hommes des fils de Séir. Et maintenant, mon fils, écoute ma voix et considère ce qu’il faut faire. Ne lui adresse point de paroles dures ; prie pour sa miséricorde et donne-lui de tes biens autant que tu peux te permettre ; et lorsqu’il t’interrogera sur tes affaires, ne lui cache rien. Peut-être sera-t-il porté à oublier sa grande colère, ainsi toi et tous ceux qui dépendent de toi serez sauvés ; car il est ton devoir de le respecter, sachant qu’il est ton frère aîné. »
Quand les frères se rencontrèrent de nouveau et qu’Ésaü se jeta au cou de Jacob, il eut l’intention de le mordre ; mais le cou de Jacob devint dur comme du marbre, de sorte que les dents d’Ésaü furent blessées par le contact. Cette explication découle du fait que le mot « wa-yoshechehu » (« et il l’embrassa » ; Genèse xxxiii. 4) porte des points au sommet de chaque lettre.
Bien que les présents de Jacob aient été acceptés, il craignit encore la colère de son frère ; et pendant les dix-huit mois qu’il vécut à Souccoth il envoya des présents à son frère, qui cependant, selon la tradition, ses descendants rendront au Mashiah (comp. Ps. LXXII. 10). Les craintes de Jacob étaient bien fondées ; car l’année où Léa mourut, quand Jacob s’y attendait le moins, et n’avait que 200 serviteurs avec lui, Ésaü revint avec une armée nombreuse et redoutable. Jacob supplia Ésaü depuis le mur de la forteresse ; mais Ésaü n’écouta point. Juda alors prit son arc et tira Admon l’iduméen, blessant aussi Ésaü à la cuisse droite d’une flèche qui causa par la suite sa mort (Yalk., Gen. 133). Jacob entra à Sichem « parfait » (« shalem ») en tous points, tant spirituellement que matériellement (Shab. 33b).
Siméon et Lévi n’avaient pas consulté leur père pour la destruction des habitants de Sichem ; et Jacob fut fort irrité quand il eut connaissance de l’acte de ses enfants. Cependant, après que l’acte eut été accompli, il ceignit son épée et fut prêt à rencontrer l’ennemi (Gen. K. l.xxx. 9 ; comp. ib. xcvii. 9). Bien que les nations environnantes eussent alors peur de les combattre, elles le firent sept ans plus tard, lorsqu’elles virent que Jacob avait fait de Sichem sa demeure et voulait hériter la terre. La guerre dura six jours ; et chaque jour manifesta de grandes victoires pour Jacob et ses fils. Le sixième jour tous les rois des Amorites firent la paix avec Jacob, acceptant de lui payer un certain tribut (Yalk., loc. cit. ; Sefer ha-Yashar, section Wayishlah ; comp. Jubilees, 34 ; voir Amorites ; Juda dans la littérature rabbinique).
Quand Jacob allait enfin se reposer des persécutions d’Ésaü et des guerres avec les tribus voisines, les malheurs de Joseph survinrent. Les Rabbins blâment sévèrement Jacob pour avoir manifesté son amour pour Joseph en le vêtant d’un habit particulier (Yalk., Gen. 141 ; comp. Shab. 10b).
La douleur de Jacob à la perte de son fils fut aggravée par l’idée qu’il ne pourrait plus établir les douze tribus, puisqu’il n’osait se remarier à cause du serment qu’il avait fait à Laban de ne prendre point d’autres femmes. Isaac savait que Joseph vivait ; mais il ne le révéla pas à Jacob, parce qu’il pensait que si Elohîm voulait qu’il le sache, Il le lui révélerait Lui-même (Gen. R. lxxxiv. 19 ; Yalk., Gen. 143). Quand ses enfants lui rapportèrent que Joseph était vivant et gouverneur d’Égypte, Jacob refusa d’y croire, jusqu’à ce qu’ils lui disent au nom de Joseph à quelle portion de la Loi ils avaient suspendu leurs études vingt-deux ans auparavant. Alors Jacob se réjouit de penser que Joseph avait gardé sa piété, et prépara immédiatement son voyage. Avant de partir pour l’Égypte il s’arrêta à Beer-cheba et coupa des cèdres que Abraham avait plantés et qui furent plus tard employés par les Israélites pour la construction du Tabernacle (Gen. R. xciv. 3, xcv. 2).
Avant sa mort Jacob voulut révéler à ses enfants l’époque de la venue du Mashiah, mais il ne put s’en souvenir à ce moment. Quand ils furent tous rassemblés autour de son lit de mort il leur dit : « Peut-être y a-t-il dans vos cœurs une inclination contre Elohîm ? » (c’est-à-dire, une inclinaison à l’idolâtrie). Alors ils crièrent tous : « Écoute, Israël, YHWH est notre Elohîm, YHWH est Un. » Il répondit : « Béni soit le nom de la gloire de Son règne pour toujours et à jamais » (Gen. R. xcviii. 4 ; Pes. 56a).
Jacob donna trois commandements à ses fils avant sa mort : (1) qu’ils ne doivent pas adorer des idoles ; (2) qu’ils ne doivent pas blasphémer le nom d’Elohîm ; et (3) qu’ils n’autorisent aucun païen à toucher leur cercueil.
Trois de ses fils devaient être postés de chaque côté du cercueil comme les tribus furent plus tard disposées dans le désert. Les Rabbins désapprouvaient l’ordre de Joseph de faire embaumer son père ; car, pour eux, cela manifestait un manque de foi dans la providence d’Elohîm.
Lorsque les fils de Jacob arrivèrent à la grotte de Macpélah, ils trouvèrent Ésaü prêt à les empêcher d’inhumer le corps de leur père dans la grotte ancestrale, prétendant que l’endroit lui appartenait. Jacob, cependant, avait prévu une telle complication, et avait auparavant acheté le lieu à Ésaü ; mais l’acte de vente était en Égypte, et il ne restait qu’à envoyer quelqu’un en Égypte pour se procurer le document. Nephtali, le rapide, se porta volontaire pour y aller ; mais Hushim, fils de Dan, qui était dur d’oreille, s’informa entre-temps du retard. Informé de la raison, il s’écria avec colère : « Le corps de mon grand-père sera-t-il retenu jusqu’à ce qu’on aille chercher l’acte en Égypte ? » et il lança un projectile sur Ésaü de sorte que ses yeux tombèrent sur les genoux de Jacob, qui rouvrit les yeux et sourit. Alors se réalisèrent les paroles de Rébecca : « Pourquoi serais-je privée de vous deux en un jour ? » (Genèse xxvii. 45) (Yalk., Gen. 162 ; Sefer ha-Yashar, section Wayehi ; comp. Sotah 13a). Une autre opinion veut que Jacob n’eût pas réellement expiré, bien que les embaumeurs et les pleureurs crussent qu’il fût mort (Ta’an. 5b ; Rachi et Maharsha ad loc. ; comp. B. B. 17a, 121b). Voir Ésaü ; Joseph ; Patriarches.
Bibliographie : Hamburger, H. B. T. ; Agaadat Bereshit ed. Buber, Vienne, 1894 ; Midrash Lechah Tov, éd. Buber, Wilna, 1880 ; Peiser, Na’udai Shime’oni, Wanzibeck, 1728 ; Heilprin, Seder Ha-Dorot, s.v., Varsovie, 1897.
