Définition dans Jewish Encyclopedia

Sacrifice humain

HUMAN SACRIFICE

Voir Sacrifice.

HUMANISTS ; Savants qui ravivèrent la culture de l’antiquité et l’étude de la littérature classique. La Renaissance, qui augmenta l’enthousiasme pour les classiques, commença en Italie au XVe siècle. De l’Italie l’humanisme se propagea en France, en Hollande et dans d’autres pays européens. Aux XVe et XVIe siècles il acquit une grande influence en Allemagne et prépara la voie à la Réforme. Les humanistes allemands les plus éminents furent Hutten et Reuchlin, tous deux contemporains de Luther. Reuchlin attira l’attention sur l’importance de l’étude de l’hébreu, et lui obtint une place dans les curricula des universités allemandes. En tant que ferme défenseur de la littérature hébraïque contre les attaques de Pfefferkorn et de ses complices, il devança aussi la cause des Juifs et plaida pour la liberté de la science et pour l’humanité. Bien que tous les humanistes ne fussent pas exempts de préjugés anti-juifs, l’humanisme, et à travers lui la Réforme, apportèrent aux Juifs un soulagement et atténuèrent la sévérité des lois exceptionnelles sous lesquelles ils avaient souffert au Moyen Âge.

Bibliographie : Ludwig Geiger, Renaissance und Humanismus, Berlin, 1882.

D. S. Man.

HUMILITY : La qualité d’être humble.
— Données bibliques : Le judaïsme, dans sa conception de l’humilité comme dans sa conception de beaucoup d’autres choses, se tient entre les deux extrêmes de la déification de soi et de l’effacement total de soi. Jérémie, en exhortant à l’humilité et en dénonçant la vantardise, nuance son propos en disant : « Que l’homme sage ne se glorifie point en sa sagesse, que l’homme fort ne se glorifie point en sa force, que le riche ne se glorifie point en sa richesse ; mais que celui qui se glorifie se glorifie en ceci, qu’il entende et qu’il me connaisse, que je suis Elohîm qui exerce amour, justice et droiture » (Jér. ix. 32-23).

Le prophète ne considère pas comme péché que l’homme se réjouisse de ses réalisations tant qu’il reconnaît que toutes les bénédictions viennent d’Elohîm, qu’elles sont tous des dons d’Elohîm. Les richesses, la force et la sagesse ne sont rien sans Elohîm. « L’argent est à moi, et l’or est à moi, dit le Seigneur » (Agg. ii. 9). Elohîm ne prend point plaisir « à la force du cheval », ni aux « jambes d’un homme » (Ps. cxlvii. 11 [Version Autorisée King James 10]). « Il n’y a ni sagesse, ni intelligence, ni conseil contre le Seigneur » (Prov. xxi. 30). Michée réduisit les devoirs de l’homme à trois : justice, amour et humilité. Abraham était humble : il se désignait comme « poussière et cendre » (Gen. xviii. 27). La plus grande vertu de Moïse fut l’humilité (Nombres xii. 3). Le fait que cette qualité du plus grand des prophètes soit spécialement mentionnée suffit à prouver son importance dans la théologie juive. Mais l’humilité de Moïse montre surtout ce que ce terme signifie. Alors que Moïse d’abord ne veut pas accepter sa grande mission de délivrer son peuple asservi, parce qu’il se méfie de sa capacité de le faire, après l’avoir acceptée il est plein de courage, d’énergie et de décision. Pourtant il écoute le conseil de Jethro, son beau-père, et en agit. Quand Josué demanda à Moïse d’interdire qu’Eldad et Médad prophétisent dans le camp, Moïse répondit :

« Puissent tous les peuples du Seigneur être prophètes » (Nombres xi. 29).

Le paganisme, avec sa croyance au destin qui ordonne la destinée de l’homme indépendamment du mérite, n’encourageait ni l’humilité ni la douceur, mais donnait lieu à la prétention et à l’arrogance de l’homme. Il n’en est pas ainsi du judaïsme.

« Sauf que le Seigneur bâtisse la maison, ceux qui la bâtissent travaillent en vain » (Ps. cxxvii. 1). « Prends garde que tu n’oublies pas le Seigneur ton Elohîm… Et quand tes troupeaux et tes brebis se multiplieront, et que ton argent et ton or s’accroîtront, et que tout ce que tu possèdes sera multiplié, que ton coeur s’élèvera et que tu oublieras le Seigneur ton Elohîm, qui t’a fait sortir du pays d’Égypte, de la maison de servitude… Et tu diras dans ton coeur : Ma puissance et la force de ma main m’ont acquis cette richesse. Mais tu te souviendras du Seigneur ton Elohîm : car c’est lui qui te donne la puissance d’acquérir des richesses » (Deut. viii. 10-18).

Ésaïe dit :

« L’outil peut-il se glorifier contre celui qui le frappe ? la scie se magnifier contre celui qui la secoue ? comme s’il devait y avoir un roseau qui secoue ceux qui le soulèvent, ou un bâton qui soulève celui qui n’est pas bois » (Isa. x. 13-15, King James Version Révisée).

Le même prophète déverse ensuite les flacons de sa juste indignation contre les orgueilleux en Israël :

« Leur terre aussi est pleine d’argent et d’or, et il n’y a point de fin à leurs trésors… Leur terre aussi est pleine d’idoles ; ils adorent l’ouvrage de leurs propres mains… Et l’homme humble est abattu, et le grand est abaissé… Entre dans le rocher, et cache-toi dans la poussière… Les regards élevés de l’homme seront abaissés, et l’orgueil des hommes sera incliné, et le Seigneur seul sera exalté en ce jour. Car il y aura un jour du Seigneur des armées sur tous ceux qui sont orgueilleux et hautains et sur tous ceux qui sont élevés ; et il sera abaissé » (Isa. ii. 7-13, King James Version Révisée).

Dans le psalmode pénitentiel touchant attribué à David après sa terrible accusation par le prophète Nathan à cause de son crime contre Urie et sa femme Beth-schéba, l’humilité est indiquée comme le seul véritable sacrifice acceptable pour Elohîm : « Car tu ne veux pas de sacrifice ; autrement je l’aurais donné : tu n’es point satisfait des holocaustes. Les sacrifices d’Elohîm sont un esprit brisé : un coeur brisé et contrit, ô Elohîm, tu ne mépriseras point » (Ps. li. 18-19). Le second Ésaïe met plus l’accent sur l’humilité que sur de grands temples, églises et mosquées. « Le ciel est mon trône, et la terre est mon marchepied. Où est la maison que vous me bâtirez ? Où est le lieu de mon repos ? Car toutes ces choses ma main les a faites. Mais sur celui-ci je regarderai, sur l’humile et sur celui qui est d’un esprit contrit » (Isa. lxvi. 1-2).

On voit ainsi que la conception juive de l’humilité est fondée sur une juste estimation du monde et de la valeur de l’homme. Abraham, Moïse, Gédéon (qui refusa une couronne), Saül et David sont présentés comme des types d’humilité et de douceur.

Dans la littérature rabbinique : Le Talmud a même une conception de l’humilité plus haute que la Bible, et les maîtres de l’éthique juive exhortent l’homme à ne pas trop se fier à ses propres mérites, car cela pourrait conduire à la présomption ou à la déification de soi. Nos plus grands mérites sont le résultat de l’aide d’Elohîm. Cela s’exprime dans la prière quotidienne du matin :

« Seigneur de tous les mondes, nous ne pouvons pas invoquer le mérite de nos actions devant Toi. Que sommes-nous ? Quelle est notre vertu, quelle est notre droiture, notre puissance, notre force ? Vraiment, nos hommes puissants sont comme néant devant Toi, et les hommes de renom comme s’ils n’avaient jamais été : les lettrés paraissent dépourvus de savoir, et les sages comme des hommes sans intelligence. »

Mais le judaïsme est également éloigné de l’effacement de soi du bouddhisme et du mépris de la vie prêché par le christianisme. Il ne regarde pas la terre comme « une vallée de larmes » ni l’homme comme un ver rampant dans la poussière.

Elohîm est le type suprême d’humilité. Parmi les dix degrés de perfection morale, l’humilité occupe la plus haute place (’Ab. Zarah 20b ; ’Ar. 16b). C’est l’expression de la plus haute révérence (Sanh. 43b), et la caractéristique distinctive des « disciples d’Atnahain » (Ab. iii.). Le prophète, pour atteindre l’inspiration, doit posséder l’humilité (Ned. 38a). Elle relève ensuite de la miséricorde et de la charité parmi les ornements du vrai Juif (Lev. R. ix.). « Même la pauvreté est bénie parce qu’elle conduit à l’humilité » (Cant. R. i.). « Celui qui s’humilie, Elohîm l’élèvera ; celui qui s’élève, Elohîm l’humiliera. Celui qui court après la grandeur, la grandeur s’enfuira de lui ; celui qui fuit la grandeur, la grandeur le suivra » (’Er. 13a). « Ne sois pas comme le seuil supérieur, qui n’est pas accessible à tout le monde, mais sois comme le seuil inférieur, qui est accessible à chacun. Même si le bâtiment peut tomber, le seuil inférieur reste indemne » (Ab. R. N. xxvi. ; Derek Erez Zuta iii.). Hillel dit : « Retire de ta place deux ou trois rangs et attends qu’on t’appelle » (Lev. R. i.). Ne méprise pas la mauvaise opinion que le peuple peut entretenir à ton égard (B. K. 93a ; Pes. 113b ; Sanh. 37). Les petits ne doivent pas dire aux grands : “Attends” (Shah. 127 ; Pes. 6b ; Yoma 37 ; Suk. 29 ; ’Er. 55). « Heureuse est la génération dans laquelle les grands écoutent les petits, car alors les petits écouteront avec plus d’empressement les grands » (R. H. 25b ; Ta‘an. 15a, 18b ; Meg. 11a, 13b, 14b, 18b).

La raison pour laquelle le grand-prêtre n’était pas autorisé à officier dans ses vêtements d’or le Jour des Expiations était de lui rappeler l’humilité (Yoma vii. 4 ; Yer. Yoma xii. ; Ex. R. xli. ; Lev. R. i.). L’orgueil humilie l’homme (Yalk., Sam. 3). Le miznefet (mitre) expie le péché de l’arrogance (Zeb. 88b ; Hul. 5b).

La prière du misérable ne sera efficace que s’il se considère comme poussière (Sotah v. 48b, 71a, 82a ; B. K. 81b ; B. B. 10, 15b, 98a ; Sanh. xi. 19b, 81a, 93b). « Jéroboam, la génération du Déluge et les Sodomiens étaient hautains » (Sanh. 106a, 108a, 109a). « Par l’humilité la calomnie cessera » (’Ar. 15a). « Je suis une créature d’Elohîm, ainsi est notre prochain : mon domaine d’utilité est en ville ; le sien est à la campagne. Je n’ai pas plus de droit d’être en vue pour mon oeuvre que lui pour la sienne » — telle était la devise des sages de Jabneh (Ber. 17a). Celui qui marche avec hauteur insulte la Shekinah (Ber. 43b). L’humilité est une qualité particulièrement propre à Israël (Hag. 9b ; Ned. 20a ; Mek., Yitro, xx. 17 ; Ber. 7a). Les fléaux surviennent à cause de l’arrogance (’Ar. 17). Le Mashiah ne viendra pas tant que l’arrogance n’aura pas cessé en Israël (Sanh. 98). L’orgueilleux, même s’il est sage, perdra son don de prophétie (Pes. 68). L’orgueilleux souille la terre et maudit Elohîm (Mek., Yitro, ix. ; Sotah 4b ; Kallah 7). L’humilité est aussi importante que la sagesse et la crainte d’Elohîm (Derek Erez Rabbah viii., xi.). L’habitude du sage est d’être humble, modeste et de supporter l’insulte (Shab. 88 ; Derek Erez Zuta i.). N’oublie pas que la mouche a été créée avant l’homme (Sanh. 38 ; Tan., Shemini, 9). « Ne sois pas orgueilleux à cause de tes décisions » (Derek Erez Zuta 6 ; Ab. iv. 7 ; Sanh. 7 ; Midr. Teh. cxix. ; Sotah 21 ; Pes. 50). R. Jonathan ben Amram pendant une famine insista pour ne recevoir aucun traitement préférentiel dans la distribution du pain plus qu’aucune autre créature (B. B. 8b). Rabbi Tarphon regretta toute sa vie d’avoir autrefois sauvé sa vie en disant qu’il était un savant (Ned. 62a). L’ornement de la Torah est la sagesse ; et l’ornement de la sagesse est l’humilité (Derek Erez Zuta iv.).

Elohîm dit à Moïse : « À cause de ton abnégation, la Torah sera appelée par ton nom » (Shab. 89a).

Cinq hommes furent hautement dotés par la grâce divine, mais l’orgueil fut leur chute : Samson périt par sa force ; Saül, par sa stature ; Absalom, par ses cheveux ; Asa, par ses pieds ; et Sédécias, par ses yeux (Sotah 10a). Partout où l’omnipotence d’Elohîm se trouve, on trouve aussi son humilité — dans la Torah, dans les Prophètes, dans les Hagiographes (Meg. 29). Apprenez l’humilité de Moïse (Ab. R. N. ix., xxiii.). L’esprit d’Elohîm repose sur les humbles, comme on l’observe chez Moïse (Ned. 35a ; Mek., Yitro, ix.). David dit : « Mon coeur n’était pas orgueilleux quand j’ai été oint roi par Samuel, et quand j’ai vaincu Goliath » (Yer. Sanh. 11 ; Hul. 88a). Johanan ben Zakkai dit : « Si tu as acquis un grand savoir de la Torah, ne t’en glorifie pas » (Ab. iii. 8 ; Sanh. 93 ; Ber. 9 ; Meg. 26). Pourquoi les décisions des hillélites furent-elles acceptées ? Parce qu’ils étaient humbles, calmes et doux (’Er. 13). Saül et Juda acquirent le royaume par leur humilité (Tosef., Ber. iii. ; Sanh. 92b). Sois humble envers tous, mais particulièrement envers ta propre maison (Tanna debe Eliyahu iv.). Tandis qu’Elohîm méprise ce qui est brisé parmi les animaux, il aime dans l’homme un coeur brisé. L’homme a honte d’employer un vase brisé ; mais Elohîm est proche des hommes dont le coeur est brisé (Lev. R. vii.). « Si tu minimises tes mérites, les gens minimiseront tes fautes » (R. H. 17a). Parmi ceux qui sont participants d’un amour divin spécial se trouve celui qui n’exige pas la reconnaissance de ses vertus (Pes. 113b ; Ab. i. 19).

« Sois souple et flexible comme le roseau, car l’érudition n’est qu’avec les humbles » (Derek Erez Zuta viii. 1 ; Ta‘an. 7 ; ’Ab. Zarah 6). Celui qui s’humilie à cause de la Torah sera finalement élevé par elle (Derek Erez Zuta v.). De même que l’eau suit son cours vers les bas-fonds et non les hauteurs, ainsi les paroles de la Torah ne se réaliseront que parmi ceux qui sont doués d’un esprit humble (Ta‘an. 7, avec référence à Isa. Iv. 1). La Shekinah reposera sur celui qui est d’un esprit doux (Mek., Yitro). Hillel dit : « Mon humilité est ma grandeur, et ma grandeur est mon… »

Maximes d’humilité : Pharaon dit hardiment : « Qui est Elohîm ? » (Ex. v. 2) ; Nabuchodonosor, « Je monterai aux hauteurs des nuées » (Isa. xiv. 14) ; et Hiram, « Comme un dieu j’habite au milieu de l’océan » (Ezek. xxviii. 2). Mais Abraham dit, « Je ne suis que poussière et cendre » (Gen. i. 18, 27) ; Moïse et Aaron, « Qui sommes-nous pour aller vers Pharaon ? » (Ex. xvi. 16) ; et David, « Je ne suis qu’un ver et non un homme » (Ps. xxii. 7) ; c’est pourquoi Elohîm leur donna honneur et grandeur, et dit : « Quand je vous ai fait grands et élevés, vous vous êtes abaissés vous-mêmes et devenus humbles » (Hul. 9). Quand l’homme sacrifie un holocauste il reçoit une récompense pour son offrande ; mais quiconque offre son humilité a le mérite comme s’il avait offert tous les sacrifices de la terre ; car « tu ne veux pas des sacrifices d’animaux, tu n’as pas plaisir aux holocaustes. Les sacrifices d’Elohîm sont un coeur brisé » (Ps. li. 18-19 ; Sotah 8 ; Sanh. 63b ; Ber. 32b). R. Lébitas dit : « Aie un esprit humble ; car la fin de l’homme est le ver » (Ab. iv. 3). Même la huitième partie d’une huitième part d’arrogance est une abomination aux yeux d’Elohîm (Sotah 5). Elohîm choisit intentionnellement pour la purification du lépreux non seulement le cèdre orgueilleux, mais aussi l’humble hysope (Lev. xiv. 4, 6). Elohîm méprisa les hautes montagnes et choisit la plus petite, le mont Sinaï, pour la révélation des Dix Commandements (Sotah 8). Les humbles se tiennent plus haut que les pieux (’Ab. Zarah 2). L’esprit d’Elohîm ne reposera pas sur l’orgueilleux (Suk. iii. 1 ; Hag. 14b ; Shab. 92a ; Ned. 38). Ne participera aux bénédictions du salut futur que celui qui est humble et enrichit continuellement son trésor de connaissances sans la moindre présomption (Sanh. 88b).

Mais, tandis que le judaïsme loue hautement l’humilité et la douceur, il limite et restreint avec sagesse cette vertu qui, poussée à l’extrême, deviendrait la lâcheté. L’humilité ne doit pas être pratiquée au détriment de la virilité. « Le disciple du sage », disent les Rabbins, « doit avoir assez d’orgueil pour se tenir en défense de la Loi qu’il représente » (Sotah 5a).

Bibliographie : E. Schreiber, Die Prinzipien des Judenthums, Leipsic, 1877.

K. E. SCUR.

HUNA (appelé aussi Huna le Babylonien) : amora babylonien de la seconde génération et chef de l’Académie de Sura ; né vers 216 (212 selon Grätz) ; mort en 296-297 (608 de l’ère séleucide ; Sherira Gaon, dans Neubauer, “M. J. C.” i. 30) ou en 290 selon Abraham ibn Daud (“Sefer ha-Kabbalah,” dans Neubauer, l.c. p. 58). Il vécut dans une ville appelée mpm (Ta‘an. 21b), identifiée par Wiesener (“Scholia zum Babylonischen Talmud,” ii. 193) avec Tekrit, mais lue par Grätz mpin (= “Diokart”). Il fut le principal disciple de Rab (Abba Arika), sous lequel il acquit tant de savoir que l’un des trois vœux de Raba fut de posséder la sagesse de Huna (M. K. 28a). On l’appela aussi « un des hasidim babyloniens », à cause de sa grande piété (Ta‘an. 23b) ; et l’estime où on le tint fut telle que, bien qu’il ne fût pas d’une famille sacerdotale, il lut de la Torah le premier passage, habituellement lu par un Prêtre, les Sabbats et les jours saints. Ammi et Assi, prêtres palestiniens honorés, considéraient Huna comme leur supérieur (Meg. 22a ; Git. 59b). Bien que Huna fût parent de la famille de l’exilarque (Sherira Gaon, l.c.), il fut si pauvre au début de sa carrière qu’il dut pour acheter du vin pour consacrer le Sabbath nantir sa ceinture (Meg. 27b). Mais Rab le bénit par la richesse, et Huna manifesta une grande opulence au mariage de son fils Rabbah (ib.). Il possédait de nombreux troupeaux de moutons, qui étaient sous le soin particulier de sa femme, Hobah (B. K. 80a), et il voyageait dans une litière dorée (Ta‘an. 20b). Huna était très généreux. Lorsque les maisons des pauvres furent renversées par des tempêtes, il les rebâtit ; aux repas, les portes de sa maison restaient ouvertes, tandis que ses serviteurs criaient : « Que celui qui a faim vienne et mange » (ib.).

Après la mort de Rab, Huna enseigna à sa place dans l’Académie de Sura, mais il ne fut nommé chef qu’après la mort du compagnon de Rab, Samuel (c. 256). C’est sous Huna que l’Académie de Sura, jusqu’alors appelée « sidra », acquit la désignation de « metibta » (hébr. « yeshibah »), Huna étant le premier « resh metibta » (hébr. « rosh yeshibah » ; comp. Zacuto “yuhasin,” p. 118b, Königsberg, 1857 ; et voir Académies en Babylonie). Sous Huna l’académie prit considérablement d’importance, et des étudiants y affluèrent de toutes les directions ; pendant sa présidence leur nombre atteignit 800, tous entretenus par lui (Ket. 106a). Treize conférenciers assistants (“amora’e”) étaient occupés à les enseigner. Quand ses élèves, après la leçon, secouaient leurs vêtements ils soulevaient un nuage de poussière si grand que lorsque le ciel palestinien était couvert on disait : « Les élèves de Huna en Babylonie se sont levés de leur leçon » (ib.).

Sous Huna, la Palestine perdit sa suprématie sur la Babylonie ; et à certaines occasions il déclara les écoles des deux pays égales (Git. 6a ; II K. 80a). En Babylonie, de son vivant, l’académie de Sura détenait la suprématie. Il la présida pendant quarante ans, puis mourut subitement, âgé de plus de quatre-vingts ans (M. K. 28a). Ses restes furent transportés en Palestine et enterrés auprès d’Hiyya Rabbah (ib. 25a).

Le principal disciple de Huna fut Rab Hisda, qui avait été auparavant son camarade d’étude sous Rab. Parmi ses autres élèves dont les noms sont donnés figurent : Abba b. Zabda, Rab Giddel, R. Helbo, R. Sheshet, et le propre fils de Huna, Rabbah (Yeb. 64b).

Il transmit beaucoup des halakhot de Rab, quelquefois sans mentionner le nom de Rab (Shab. 24a et s.). Ses propres halakhot sont nombreuses dans le Talmud babylonien, et bien que quelques-unes de ses décisions aient été contraires à celles de Rab (Shab. 21a, b, 128a), il déclara Rab comme l’autorité suprême en matière de loi religieuse (Niddah 24b). Les déductions de Huna furent parfois casuistiques ; il interpréta le texte littéralement même là où le contexte semble l’en empêcher (Shab. 20a ; Men. 36a ; et s.). Selon Huna, la halakah transmise dans la Michna et la Baraïta n’est pas toujours à prendre comme décisive (Ber. 24b, 59b). Il eut quelque connaissance de médecine et d’histoire naturelle, et employa son savoir dans nombre de ses décisions halakhiques (Shab. 20a, 54b ; Yeb. 75b). Il expliqua aussi bien des mots difficiles rencontrés dans la Michna et la Baraïta (Shab. 53b, 54b, et s.).

Huna fut également distingué comme haggadiste, et ses haggadot furent connues en Palestine, où elles furent apportées par quelques-uns de ses élèves, Ze’ira entre autres. Son interprétation de Prov. xiv. 23, transmise par Ze’ira, est appelée « la perle » (Pesik. ii. 13b ; comp. Yer. Shab. vii. 2, où aussi beaucoup de halakhot de lui sont conservées, transmises par Ze’ira). Nombre de ses haggadot, montrant son habileté en exégèse biblique, se trouvent dans le Talmud babylonien, certaines au nom de Rab, d’autres en son nom. Il s’employa spécialement à concilier des passages apparemment contradictoires, comme, par exemple, II Sam. vii. 10 et I Chron. xvii. 10 (Ber. 7b). Il chercha à résoudre le problème posé par les souffrances des justes, déduisant d’Isa. liii. 10 qu’Elohîm châtie ceux qu’il aime (Ber. 5a). On peut citer les paroles suivantes de Huna : « Celui qui s’occupe seulem ent de l’étude de la Loi est comme celui qui n’a pas de Elohîm » (déduit de II Chron. xv. 3 ; ’Ab. Zarah 17b). « En sortant de la synagogue, on ne doit pas faire de pas longs » (Ber. 6b). « Celui qui récite sa prière derrière la synagogue est appelé ‘rasha impie’ » (déduit de Ps. xii. 9 [Version Autorisée King James 8] ; ib.). « Celui qui a l’habitude d’honorer le Sabbath par la lumière aura des enfants savants ; celui qui observe la prescription concernant la mezouzah aura une belle maison ; celui qui observe la règle concernant les zizit aura de beaux habits ; celui qui consacre le Sabbath et les jours saints comme il est commandé aura beaucoup de peaux remplies de vin » (Shah. 23b). Huna fut très tolérant, et à plusieurs occasions recommanda un traitement doux des Gentils (B. K. 113a ; B. M. 70a). Il était aussi fort modeste ; il ne rougissait pas, avant d’être riche, de cultiver lui-même son champ, ni de rentrer le soir avec sa bêche sur l’épaule (Meg. 28a). Quand deux parties en litige le prièrent de les juger, il leur dit : « Donnez-moi un homme pour cultiver mon champ et je serai votre juge » (Ket. 105a). Il supporta patiemment les paroles dures de Rab, parce que ce dernier fut son maître (’Er. 15a ; Yer. ’Er. i. 3), mais il manifesta à plusieurs occasions qu’un savant ne doit pas s’humilier devant un inférieur (Ket. 69a ; B. M. 33a).

Bibliographie : Bacher, Ma’amar Bab. Amor., pp. 52-60 ; Gratz, Cresh. 3e éd., Iv. 291 et s. ; Halévy, Dorot ha-Rishonim, ii. 411 et s. ; Heilprin, Seder ha-Dorot, ii. ; Liebtmann, in Keneset Yisrael, lii. 297-303 ; Weiss, Dor, iii. 182 et s.

6. M. Sel

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Source

The Jewish Encyclopedia, Funk & Wagnalls (1901-1906), domaine public aux États-Unis ; sélection partielle, traduction française et réadaptation éditoriale À l'ombre du figuier, d'après les scans Internet Archive.