Définition dans Jewish Encyclopedia
Résurrection
RESURRECTION
Données bibliques : Comme tous les peuples anciens, les premiers Hébreux croyaient que les morts descendaient dans le monde souterrain et y menaient une existence décolorée (comp. Isaïe xiv. 15-19 ; Ezéchiel xxxii. 21-30). Seule une personne exceptionnelle, et d’autant plus heureuse, comme Hénoch ou Élie, pouvait échapper à Sheol ; ces personnages étaient enlevés au ciel, à la demeure de YHWH, où ils devenaient des anges (comp. Hénoch slavon, xxii.). Dans le Livre de Job s’exprime d’abord le désir d’une résurrection (xiv. 13-15), et puis — si le texte massorétique est digne de foi — une conviction passagère qu’une telle résurrection aura lieu (xix. 25-26). L’ancienne conception hébraïque de la vie considérait la nation comme une unité si totale qu’on ne songeait ni à une mortalité ni à une immortalité individuelle. Jérémie (xxxi. 29) et Ezéchiel (xviii.) soutinrent que l’individu était l’unité morale, et les espérances de Job reposent sur cette idée.
Une opinion différente, qui rendait la résurrection superflue, était soutenue par les auteurs des Psaumes xli.x. et lxxiii., qui croyaient qu’à la mort seuls les méchants allaient à Sheol et que les âmes des justes allaient directement auprès de Elohîm. Celle-ci aussi paraît dériver de vues analogues à celles de Jérémie et d’Ézéchiel, et probablement n’était pas largement répandue. À la longue, le vieux point de vue national s’affirma sous la forme d’espérances mashiahiqes. Celles-ci donnèrent naissance à la croyance en une résurrection afin que d’autres puissent partager la gloire du royaume mashiah. Cet espoir s’exprime d’abord en Isaïe xxvi. 19, passage que Cheyne date vers 334 av. J.-C. L’espérance était chérie pour les Israélites fidèles. Dans Daniel xii. 1-4 (env. 165 av. J.-C.) on attend une résurrection des “hommes… qui dorment dans la poussière”. Cette résurrection comprenait les justes et les méchants, car certains se réveilleront pour la vie éternelle, d’autres pour la “honte et le mépris éternel”.
Dans les apocalypses extracanonique : Dans la plus ancienne partie du Livre éthiopique d’Hénoch (i.-x.x.xvi.) on rencontre un grand progrès par rapport aux conceptions de Daniel, quoique le livre soit d’une date antérieure. Le ch. xxii. contient une description élaborée de Sheol, indiquant qu’il est divisé en quatre parties, dont deux reçoivent deux classes de justes ; les deux autres, deux classes de méchants. De celles-ci, trois classes doivent subir une résurrection. Une classe de méchants a déjà été jugée et a reçu sa punition. Dans les II Maccabées la croyance que tous les Israélites seront ressuscités s’exprime (comp. II Macc. vi. 26, vii. 9-36, et xiv. 46). Dans l’apocalypse suivante d’Hénoch (Hénoch éthiopique, lxxxiii.-xc.), composée peu d’années après Daniel, on jugeait que seuls les Israélites justes feraient l’expérience d’une résurrection. Celle-ci devait être une résurrection corporelle, le corps devant être ensuite transformé. Cet auteur se rendait compte que la terre n’était pas un lieu convenable pour le royaume permanent de YHWH, et la conception d’une Jérusalem céleste apparaît, dont la Jérusalem terrestre est le prototype.
En opposition à ces vues, certains des psaumes postérieurs firent entendre une protestation, déclarant qu’une résurrection était impossible (comp. Ps. lxxxviii. 10, cxv. 17). Malgré cette protestation, cependant, l’idée persista. La suivante apocalypse d’Hénoch (Hénoch éthiopique, xci.-civ.) attend une résurrection des justes, mais comme esprits seulement, sans corps (comp. ciii. 3-4). Une apocalypse d’Hénoch plus tardive (Hénoch éthiopique, xxxvii.-lxx.) exprime la conviction que les justes et les méchants seront ressuscités (comp. II, 1-2 ; lxii. 15-16), et que les esprits des justes seront revêtus d’un corps de gloire et de lumière.
L’auteur du Livre slavon d’Hénoch (Book of the Secrets of Enoch, xxii. 8-10) croyait en une résurrection des esprits, sans corps. Il croyait néanmoins en un corps spirituel, car il décrit les justes comme vêtus de la gloire de Elohîm. Les auteurs du Livre des Jubilés et de l’Assumptio Mosis croyaient à une résurrection de l’esprit seulement, sans corps (comp. Jubilés, xxiii. 31 et suiv., et Assumptio Mosis, x. 9).
Tous ces auteurs pensaient que l’âme dormirait dans Sheol jusqu’au jugement, mais plusieurs écrivains alexandrins du commencement de l’ère commune soutinrent, comme Ps. xlix. et lxxiii., que les esprits des justes entraient immédiatement, à la mort, dans une immortalité bienheureuse. Tel était le point de vue de l’auteur de la Sagesse de Salomon (iii. 1-4 ; iv. 7, 10, etc.), de Philon, et de IV Maccabées. Enfin, l’étendue de la résurrection, qui dans les auteurs précédents avait été limitée à Israël, fut étendue dans l’Apocalypse de Baruch et dans II Esdras pour inclure toute l’humanité (comp. Baruch, xlix.-li. 4 ; II Esd. vii. 32-37).
Bibliographie : Charles, A Critical History of the Doctrine of a Future Life in Israel, in Judaism, and in Christianity, Londres, 1899.
E. c. G. A. B.
La résurrection s’affirme dans tous les écrits apocryphes d’origine pharisienne (comp. II Macc. vii. 9-36, xii. 43-44), où sont présentés des arguments contre les sadducéens (Livre des Jubilés, xxiii. 30 ; Testaments des Patriarches, Juda, 25 ; Zébedee, 10 ; Benjamin, 10 ; Vita Adte et Evte, xiii. ; Sibyllines, ii. 85 ; Hénoch, li. 1-2 ; Apoc. Baruch, xxx. 1-5, l.-li. ; II Esd. vii. 32 ; Psaumes de Salomon, iii. 16, xiv. 13), et dans les écrits hellénistiques (voir Sagesse iii. 1-9, iv. 7, v. 16, vi. 20 ; IV Macc. ix. 8 ; xiii. 16 ; xv. 2 ; xvii. 5, 18 ; xviii. 23). L’immortalité de l’âme remplace la résurrection corporelle. Des arguments rabbiniques en faveur de la résurrection sont donnés dans Sanh. 90b-92b, tirés de promesses faites aux morts (Ex. iv. 4 ; Deut. xi. 9 [comp. Marc xii. 18] ; Num. xviii. 28 ; Deut. iv. 4, xxxi. 16, xxxii. 39), et d’expressions similaires où le futur est appliqué à la vie future (Ex. xv. 1 ; Deut. xxxiii. 6 ; Jos. viii. 30 ; Ps. lxxxiv. 5 [Version Autorisée King James 4] ; Isa. lii. 8) ; ainsi que, dans Hub 142a, de récompenses promises (Deut. v. 16, xxii. 17) qui si fréquemment ne sont pas accomplies dans cette vie (Ber. 16b ; Gen. R. xx. 26). Des arguments sont tirés du grain de blé (Sanh. 90b ; comp. 1 Cor. xv. 35-38), de parallèles historiques — les miracles de résurrection accomplis par Élie, Élisée et Ézéchiel (Lev. R. xxvii. 4) — et d’une conception nécessaire de la justice divine, le corps et l’âme n’étant pas en état d’être tenus responsables de leurs actes de la vie à moins que, comme l’aveugle et le boiteux dans la parabole, ils ne soient à nouveau réunis comme auparavant (Sifre, Deut. 106 ; Sanh. 91a, avec référence à Ps. l. 4).
Les Sadducéens niaient la résurrection (Josèphe, Ant. xviii. 1, § 4 ; idem, B. J. ii. 8, 14 ; Actes xxiii. 8 ; Sanh. 90b ; Ab. R. N. v.). D’autant plus énergiquement les Pharisiens énoncèrent-ils dans la liturgie (Shemoneh ‘Esreh, 2e bénédiction ; Ber. v. 2) leur foi en la résurrection comme l’une de leurs convictions fondamentales (Sanh. x. 1 ; comp. Abot iv. 22 ; Sotah ix. 15).
Pharisiens et Esséniens croyaient à la résurrection du corps, Josephus ayant d’ailleurs élaboré une construction philosophique de leur croyance pour plaire à ses lecteurs romains (voir B. J. ii. 8, § 11 ; Ant. xviii. 1, § 5 ; comparer cela avec la source authentique de Josephus, dans la Refutatio Ier. des hérétiques de Hippolyte, ed. Duncker Schneidewin, ix. 27, 29, où l’original dvdcrrcCT/f [= “résurrection”] jette une lumière étrange sur la manière dont Josephus traite les textes). Selon les rabbins, Job et Ésaü niaient la résurrection (B. B. 16a-b). Quiconque nie la résurrection n’en aura aucune part (Sanh. 90b). La résurrection sera accomplie par Elohîm, qui seul détient la clé (Ta’an. 2a ; Sanh. 113a). En même temps, les élus, parmi lesquels en premier lieu le Mashiah et Élie, mais aussi les justes en général, aideront à relever les morts (Pirke R. El. xxxii. ; Sotah ix. 15 ; Shir ha-Shirim Zuta, vii. ; Pes. 68a ; comp. “Bundahis,” xxx. 17).
Au moyen de la “rosée de la résurrection” (voir Dew) les morts seront réveillés de leur sommeil (Yer. Ber. V. 9b ; Ta’an. i. 63d, avec référence à Isaïe xxvi. 19 ; Hag. 12b, avec référence à Ps. lxviii. 10 [Version Autorisée King James 9]). Quant à la question nationale : Qui sera relevé de la mort ? les réponses varient beaucoup dans la littérature rabbinique. Selon R. Simai (Sifre, Deut. 306) et R. Hiyya bar Abba (Gen. R. xiii. 4 ; comp. Lev. R. xiii. 3), la résurrection attend seulement les Israélites ; selon R. Abbahu, seulement les justes (Ta’an. 7a) ; quelques-uns mentionnent spécialement les martyrs (Yalk. ii. 431, d’après Tanhuma) ; R. Abbahu et R. Éléazar restreignent la résurrection à ceux qui meurent en Terre Sainte ; d’autres l’étendent à ceux qui meurent en dehors de la Palestine (Ket. 11a). Selon R. Jonathan (Pirke R. El. xxxiv.), la résurrection sera universelle, mais après le jugement les méchants mourront une seconde mort et pour toujours, tandis que les justes se verront accorder la vie éternelle (comp. Yalk. ii. 428, 499).
En fait, la résurrection faisait partie de l’espérance mashiahiqe (Isa. xxiv. 19 ; Daniel xii. 2 ; Hénoch, XXV. 5, li. 1, xc. 33 ; Jubilés, xxiii. 30). Surtout ceux qui mouraient en martyrs pour la Loi attendaient de partager la gloire future d’Israël (II Macc. vii. 6, 9, 23 ; Yalk. à Isa. xxvi. 19 ; Midr. Teh. xvii. 14 ; Sibyllines, ii. 85). Le terme même employé pour exprimer la participation à la vie future est “hériter du pays” (Kid. i. 10 ; Matt. v. 5, d’après Ps. xxxvii. 11 ; Sanh. xi. 1, avec référence à Isa. lx. 21). La résurrection, par conséquent, était crue se produire exclusivement en Terre Sainte (Pesik. R. i., d’après Ps. cxvi. 9 [“le pays des vivants”, c.-à-d. “le pays où les morts revivent”] ; voir Gen. R. lxxiv. ; Yer. Ket. xii. 35b, avec référence à Isa. xiii. 5 [“Il donne souffle au peuple qui s’y trouve”, c.-à-d. au seul Pays Saint]). Jérusalem seule est la cité dont les morts jailliront comme l’herbe (Ket. 111b, d’après Ps. lxxii. 16). Ceux qui sont enterrés ailleurs seront donc forcés de ramper à travers des cavités dans la terre jusqu’à atteindre la Terre Sainte (Pesik. R. loc. cit., avec référence à Ezéchiel xxxvii. 13 ; Ket. 111a).
La trompette qui rassemblera les tribus d’Israël (Isaïe xxvii. 13) réveillera aussi les morts (Ber. 15b ; Targ. Yer. à Ex. xx. 15 ; II Esd. iv. 23 ; comp. 1 Cor. xv. 52 ; 1 Thess. iv. 16 ; voir Hénoch, x. 12 et suiv., xxv. ; Actes xiv. 2, xc. 25, xci. 11, xcviii. 12 ; Test. des Patriarches, Siméon, 61 ; Juda, 25 ; Zabulôn, 10 ; Benjamin, 10). Les nations, avec leurs anges gardiens et leurs étoiles, seront jetées en Géhenne (Hénoch, xc. 24-25). Selon R. Éléazar de Modi’im, aux princes angéliques des soixante-douze nations qui protesteront parce qu’elles ont péché comme les autres, Elohîm répondra : “Que chaque nation passe par le feu avec sa divinité gardienne”; alors toutes les nations seront consumées avec leurs divinités, qui ne peuvent les protéger, tandis qu’Israël sera sauvé par son Dieu (Cant. R. ii. 1 ; comp. Tan., Shofetim, éd. Buber, fin, d’après Isa. lxvi. 14, Ps. xxiii. 4, et Michée iv. 5). Une autre opinion veut que l’éclat du soleil mette à l’épreuve la fidélité des païens à la Loi qu’ils avaient promise d’observer, et qu’ils soient jetés dans le feu éternel (‘Ab. Zarah).
La seule fin du jugement des nations est, d’après B. Éléazar de Modi’im (Midr., Beshallah, ‘Amalek), l’établissement du royaume de Elohîm. “Quand le Mashiah paraîtra sur le toit du Temple annonçant la rédemption d’Israël, la lumière émanant de lui fera tomber les nations prosternées devant lui ; et Satan lui-même frémira, car le Mashiah le jettera en Géhenne, et la mort et le chagrin fuiront à jamais” (Pesik. B. 36 ; Sibyllines, ii. 167, iii. 46-72).
Au fur et à mesure que l’espoir national avec sa résurrection nationale et son jour dernier de jugement n’avaient plus la même force pour l’intelligence et le sentiment humain, la résurrection prit un caractère plus universel et cosmique. On déclara qu’elle était uniquement l’acte de Elohîm, qui seul possède la clé qui ouvrira les tombeaux (Ber. 15b). “Comme tous les hommes naissent et meurent, ainsi se relèveront-ils”, dit Éléazar ha-Kappar (Abot iv. 22). On croyait que la résurrection aurait lieu à la fin de l’ère mashiah (Hénoch, xcviii. 10, ciii. 8, civ. 5). Ceci est particulièrement souligné en II Esd. vii. 26-36 : “La mort s’achèvera pour le Mashiah, après ses 400 ans de règne, et toute l’humanité et le monde sombreront pour sept jours dans le silence primordial, après quoi la terre renouvelée donnera ses morts, et Elohîm jugera le monde et condamnera les méchants au feu de l’enfer et accordera aux justes le paradis, qui se trouve de l’autre côté.” De même, selon l’Apoc. syriaque de Baruch (xxx. 1-5 ; l.-lii. ; cxxxv. 15), la résurrection aura lieu après que le Mashiah “sera remonté au ciel” et inclura tous les hommes, les justes pour recevoir leur récompense, les méchants pour rencontrer leur châtiment éternel. Ce châtiment durable est appelé “seconde mort” (Targ. Deut. xxxiii. 6 ; Targ. Isa. xiv. 19 ; xxii. 14 ; lxv. 6, 15, 19 ; Jér. li. 39 ; Bev. XX. 6, 14).
On ne croit plus que la colère du dernier jugement s’abatte uniquement sur les païens en tant que tels. Tous les malfaiteurs qui ont blasphémé contre Elohîm et sa Loi, ou qui ont agi injustement, subiront la punition (Tos. Sanh. xiii. ; Midr. Teh. vi. 1, ix. 15). Il devint objet de controverse entre l’ancienne école, représentée par le shammaïte B. Éliézer, et les hillelites, représentés par B. Joshua, de savoir si les justes parmi les païens ont part au monde futur ; le premier interprétait le verset “Les méchants retourneront à Sheol, toutes les nations qui oublient Elohîm” (Ps. ix. 18 [Version Autorisée King James 17]) comme condamnant comme méchants parmi Juifs et Gentils ceux qui ont oublié Elohîm ; le second interprétait le verset comme assignant à Sheol seulement les Gentils qui ont réellement oublié Elohîm (Tos. Sanh. xiii. 2). La doctrine “Tous les Israélites ont part au monde à venir” (Sanh. xi. 1), fondée sur Isa. lx. 21 (Hebr.), “Ton peuple, tous eux justes, hériteront du pays”, est donc identique à l’enseignement pharisien tel que rapporté par Josephus (Ant. xviii. 1, § 3 ; B. J. ii. 8, § 14), que les justes ressusciteront pour partager la félicité éternelle. Sont donc exclus du salut futur, en tant que négateurs des fondements de la religion, les païens, les Samaritains et les hérétiques (Tos. Sanh. xiii. ; Pirke B. El. xxxviii. ; Midr. Teh. xi. 5). Pour ce qui est de la pluralité d’opinions en faveur du salut des païens justes, et des opinions de ceux qui adhèrent au point de vue national, voir Zunz, “Z. G.,” pp. 371-389. Rattachée au point de vue ancien et exclusif est aussi l’idée que l’alliance abrahamique met les Israélites à l’abri du feu de Géhenne (Gen. B. xlviii. ; Midr. Teh. vii. 1 ; ‘Er. 19a).
D’abord, il semble que la résurrection était regardée comme un bienfait miraculeux accordé seulement aux justes (voir Testaments des Patriarches, Siméon, 6 ; Lévi, 18 ; Juda, 25 ; Zabulôn, 10 ; Vita Adte et Evie, 13 ; comp. Luc xiv. 14, xx. 36). Par la suite elle en vint à être considérée comme un acte de Elohîm lié au dernier jugement, et dès lors la résurrection universelle des morts devint une doctrine, telle qu’exprimée dans la seconde bénédiction de la Shemoneh ‘Esreh (Sifre, Deut. 329 ; Sanh. 92b).
Dans l’Apoc. syriaque de Baruch, xlix.-li., est donnée une description de la manière dont les justes, à la résurrection, sont transformés en anges resplendissants comme les étoiles, qui contemplent la beauté des hayyot célestes sous le trône de Elohîm, tandis que les méchants prennent l’horrible aspect du gouffre de torture dessous. La question de savoir si le corps, à la résurrection, subit le même processus de croissance que dans le ventre au moment de la naissance est matière de dispute entre les hillelites et les shammaïtes (Gen. B. xiv. ; Lev. B. xiv.).
En ce qui concerne l’état de l’âme séparée du corps par la mort, que l’on suppose qu’elle demeure au ciel ou dans une sorte de pigeonnier ou columbarium (= “guf”) dans les profondeurs (Apoc. syr. de Baruch, xxx. 2 ; II Esd. iv. 35, 41 ; vii. 32, 80, 101), voir IMMORTALITÉ DE L’ÂME.
La croyance en la résurrection s’exprime en toutes occasions dans la liturgie juive ; par ex., dans la prière du matin Elohai Neshamah, dans la Shemoneh ‘Esreh, et dans les offices funèbres. Maïmonide la plaça en dernière position de ses treize articles de foi : “Je crois fermement qu’il aura lieu une résurrection des morts en un temps qui plaira au Créateur, Elohîm, béni soit Son nom.” Saadia, aussi, dans son Emunot we-De‘ot (suivant Sanh. x. 1), déclara la croyance en la résurrection comme fondamentale. Hasdai Crescas, en revanche, la déclara doctrine spécifique du judaïsme, mais non une des vérités fondamentales, opinion partagée aussi par Joseph Albo dans ses Ikkarim (i., iv. 35-41, xxiii.). La principale difficulté, comme le fait ressortir ce dernier auteur, est de savoir ce que la croyance en la résurrection impliquait réellement, puisque les anciens rabbins eux-mêmes divergeaient quant à savoir si la résurrection serait universelle, privilège des seuls Juifs, ou des seuls justes. Cela dépend encore de la question de savoir si elle devait faire partie de la rédemption mashiah d’Israël, ou si elle devait inaugurer le dernier jugement. Saadia voit dans la croyance en la résurrection une espérance nationale, et cherche à la concilier avec la raison en la comparant à d’autres événements miraculeux de la nature et de l’histoire rapportés dans la Bible. Maïmonide et Albo, dans leur commentaire sur Sanh. x. 1, Kimhi dans son commentaire sur Ps. i. 5, Isaac Aboab dans sa Menorat ha-Ma’or (iii. 4, 1), et Bahya ben Asher dans son commentaire sur Gen. xxiii., étendent la résurrection aux seuls justes. D’autre part, Isaac Abravanel dans son Ma'yene Yeshu'ah (ii. 9) la concède à tout Israël ; Manassé ben Israël, dans son Nishmat Hayyim (i. 2, 8), et d’autres, à tous les hommes. Maïmonide, toutefois (voir son commentaire loc. cit. et le Yad, Teshubah, viii.), prit la résurrection au sens figuré et la remplaça par l’immortalité de l’âme, comme il l’expose longuement dans son Ma’amar Tehiyyat ha-Metim ; Judah ha-Levi aussi, dans son Kuzari, prit la résurrection figurativement (i. 115, iii. 20-21).
La croyance en la résurrection s’exprime magnifiquement dans l’ancienne Bénédiction du Matin, tirée de Ber. 60b : “Ô Elohîm, l’âme que Tu as placée en moi est pure. Tu l’as façonnée ; Tu l’as insufflée en moi, et Tu la gardes en moi et Tu me l’ôteras et me la rendras dans les temps à venir. Tant qu’elle est en moi je Te rendrai hommage, ô Maître divin, Seigneur de tous les esprits, qui rends l’âme aux corps morts.” Cette bénédiction, dont la forme plus simple est donnée en Yer. Ber. iv. 7d, Pesik. K. 40, et Midr. Teh. xvii. : “Béni sois-Tu qui rends la vie aux morts” — récitée après le réveil du sommeil nocturne — éclaire toute la conception de la résurrection. De même que l’on croyait que l’âme quittait le corps pendant le sommeil pour y revenir au réveil, ainsi l’âme, après avoir quitté le corps à la mort, devait revenir “à ceux qui dorment dans la poussière” au moment du grand réveil.
À l’époque moderne, la croyance en la résurrection a été fortement ébranlée par la philosophie naturelle, et la question a été posée par les rabbins réformateurs et dans des conférences rabbiniques (voir Geiger, Jud. Zeit. vii. 246) si les anciennes formules liturgiques exprimant la foi en la résurrection ne devraient pas être modifiées pour donner une expression claire à l’espérance de l’immortalité de l’âme à la place. Cela fut fait dans tous les livres de prières réformés américains. À la conférence rabbinique tenue à Philadelphie il fut expressément déclaré que la croyance en la résurrection du corps n’a pas de fondement dans le judaïsme, et que la croyance en l’immortalité de l’âme devrait la remplacer dans la liturgie. Voir Conferences, Rabbinical ; Prayer-Books ; Reform Judaism.
Bibliographie : Hamburger, R. B. T. s.v. Auferstehung und Wiederbelebung der Toten ; ibid. s.v. Belebung der Toten ; Schurer, Gesch. ii. 3, 547-551 ; Volz, Jüdische Eschatologie ; Weber, Jüdische Theologie, Index.
E. c. K.
