Définition dans Jewish Encyclopedia
Prémices
FIRST-FRUITS
Données bibliques : Comme l’agneau premier-né du bétail, ainsi les prémices du champ (« reshit », « heleb » [LXX. anaf] ; « bikkurim » [LXX. ἀπαρχάς/πρωτογενήματα]), du blé, du vin et de l’huile appartenaient à YHWH. Selon Ex. xxii. 28 (Version Autorisée King James 29), l’Israélite ne devait pas différer d’offrir « de son abondance », expression expliquée en Ex. xxiii. 19 et xxxiv. 26 comme signifiant les produits choisis, les premières récoltes de la terre. Ces prémices, comme dans le cas du premier-né, étaient destinées à un sacrifice de fête, déjà au temps de la compilation du code deutéronomique, selon lequel l’offrande devait avoir lieu à Jérusalem. Si la distance était trop grande, les dons pouvaient être vendus chez soi, et l’on pouvait procurer à Jérusalem un festin avec le produit de la vente (Deut. xiv. 22 s.). Cette ordonnance seulement s’accorde en partie avec une autre donnée en Deut. xxvi. 2 s., selon laquelle l’offrande de fête était prescrite pour seulement deux années. Les prémices de la troisième année devaient être apportées à Jérusalem et données aux Lévites, aux veuves, aux orphelins et aux pauvres. Il s’agit probablement d’une innovation due à l’accent mis sur la charité envers les pauvres et les Lévites, caractéristique du code deutéronomique.
En vue de ces lois il est remarquable que, d’après Deut. xviii. 4 (probablement écrit plus tard), le prêtre pouvait réclamer la reshit du blé, du vin, de l’huile et de la laine. Il ne s’agit guère de supplanter les ordonnances antérieures ; la reshit étant manifestement prise des prémices destinées au sacrifice de fête (comp. xxvi. 12 s.). Il en faut probablement déduire de même d’Ézéchiel xliv. 30, où l’on exige une reshit de toutes les prémices de toutes choses (« terumat kol ») et de la première pâte. Ces ordonnances, en tout cas, forment la transition vers P, où tant les prémices que le premier-né perdent leur signification originelle et prennent le caractère d’un impôt payé au prêtre. Selon Nombres xviii. 12, la reshit du prêtre (appelée aussi « terumah », ib. xviii. 27) devait consister dans le meilleur du blé, du vin et de l’huile. Au verset 13, « tout ce qui est le premier mûr dans le pays » (« bikkurim ») est ajouté. Il n’est pas clair ce que « bikkurim » signifie ici, bien que cela puisse se rapporter au fruit qui mûrit le premier.
La distinction entre « reshit » et « bikkurim » dans les temps post-exiliques est clairement évidente d’après Néh. x. 36 (Version Autorisée King James 35), 38, où la congrégation s’engage à livrer la reshit aux chambres du Temple, mais à apporter les bikkurim à la maison de YHWH dans une procession solennelle, et avec les cérémonies prescrites en Deut. xxvi. 2 s. (comp. Néh. xii. 44, xiii. 5 ; 2 Chron. xxxi. 5, 12). Outre cette double offrande, la reshit de la pâte est exigée comme terumah pour YHWH (Nombres xv. 1 s.). Ainsi que les Israélites offraient des grains du palier à vaner, ils devaient faire une offrande — un gâteau (« hallah ») — de la pâte.
Enfin, Lévitique xix. 23 décrète que les fruits des jeunes arbres ne seront pas mangés durant les trois premières années, et que la quatrième année tout le fruit sera donné à YHWH comme offrande de louange (« kodesh hillulim »). La reshit et les bikkurim se développèrent en la postérité dans l’institution ultérieure de la dîme (« ma‘aser »), qui était à l’origine identique à celles-ci, comme on peut le déduire du Deutéronome. Tandis que, selon Deut. xiv. 22, l’offrande annuelle de la dîme au sanctuaire est faite l’occasion d’un festin, dans xxvi. 2 s. le mot « reshit » semble désigner l’offrande rendue obligatoire pour deux années successives au sanctuaire central ; la dîme (« ma‘aser ») de la troisième année étant donnée au foyer aux indigents. L’expression « ma‘aser » est manifestement née de l’effort pour déterminer la quantité de la reshit, qui dépendait de l’option personnelle et n’était pas fixée par la loi. « Ma‘aser », cependant, en des temps plus anciens peut avoir signifié simplement une estimation approximative. L’expression reflète peut‑être les coutumes des sanctuaires d’Israël du nord (comp. Amos iv. 4 s. ; Gen. xxviii. 22). Ainsi l’absence de toute mention de la dîme dans les lois anciennes est probablement due à son identité avec la reshit. Ma‘aser est mentionné pour la première fois comme impôt séparé en relation avec la reshit et les bikkurim dans P (comp. Nombres xxviii. 21 s.). Voir Tithe.
E. G. H. W. N.
Dans la littérature rabbinique : Les prémices (« bikkurim ») sont connues sous trois désignations : (1) « reshit kezorkem » (Lévitique xxiii. 10), « les prémices de ta moisson » ; (2) « lehem ha-bikkurim » (Lévitique xxiii. 17-20), « le pain des prémices » ; (3) « reshit bikkure admateka » (Ex. xxiii. 19), « le prémier des prémices de ta terre », ou « reshit kol peri ha-adamah » (Deut. xxvi. 2), « le premier de tout fruit de la terre ».
(1) Les « prémices de la moisson » étaient offertes le 16e jour de Nissan, provenant du fruit qui mûrissait le premier en Palestine — l’orge (mais voir Men. 84a) — et avec une grande cérémonie, afin d’opposer une interprétation différente aux Sadducéens qui voyaient dans « le lendemain du sabbat » (Lévitique xxiii. 11) toujours le dimanche (Alen. 65b). La cérémonie avait lieu vers le soir du premier jour de Pessaḥ, dans un champ du voisinage de Jérusalem, des gerbes d’orge choisies ayant été liées là d’avance par des hommes délégués pour ce travail par les autorités. En présence d’une grande foule, des villes voisines comme de Jérusalem, les gerbes d’un volume de trois sés furent coupées par trois hommes avec trois faucilles et placées dans trois paniers. Dès que le jour fut tombé, le « moissonneur » adressait à l’assemblée les questions suivantes, répétant chacune trois fois et recevant pour chacune une réponse affirmative : « Le soleil est-il couché ? » « Est-ce la faucille ? » « Est-ce le panier ? » et, au sabbat, « Est-ce le jour du sabbat ? » Il demandait ensuite trois fois : « Dois-je moissonner ? » auxquelles on répondait : « Moissonne. » Tout cela visait à confondre l’interprétation sadducéenne. L’orge était ensuite rassemblée dans les paniers et portée à la salle du Temple, où on l’égouttait, non pas comme d’ordinaire avec des bâtons, mais avec des roseaux tendres ; ou, selon une opinion divergente, elle était d’abord rôtie dans un récipient perforé sur le feu, afin que la chaleur atteignît toutes les parties également. Puis elle était étendue sur le sol de la salle et vannée au courant d’air. Broyée dans un moulin manuel grossier, un ‘omer de la farine finement tamisée, mélangée avec de l’huile et de l’encens, était « agitée et offerte », et une poignée était brûlée comme encens par le prêtre. La farine destinée au sacrifice était distribuée aux prêtres (Men. x. 1-4 ; Maïmonide, « Yad », Hilchot Temidin, vii.). L’achèvement de cette cérémonie donnait le signal de l’ouverture des bazars pour la vente de la nouvelle farine et du « kali » (voir Pain), quelque peu au mécontentement des rabbins (Men. x. 5). Les Israélites des districts éloignés pouvaient, en fait, manger de la nouvelle récolte dès midi, privilège retiré par Johanan ben Zakkai après la destruction du Temple (Men. x. 5). La cérémonie du « reshit kezorkem » était considérée comme un acte de reconnaissance envers Elohîm pour Sa providentielle protection des champs (Lev. R. xxviii.).
(2) Le « pain des prémices » consistait en deux pains cuits de blé nouveau, bien que, selon Akiba et Nathan, ils n’étaient pas impropres s’ils étaient faits de blé ancien (Men. 83b). Aucune offrande de céréales (« minhah ») ne pouvait être présentée avant que ces deux pains n’eussent été offerts à Chavouot (Sifra à Lévitique xxiii. 16 ; Sifre, Pinchas). Ils devaient être exactement semblables (Sifra, loc. cit.), la levure montant d’elle-même dans la pâte, bien que selon une autre opinion la levure fût ajoutée (Men. v. ; Sifra, loc. cit.) ; ces pains étaient offerts par toute la communauté (aux frais publics).
(3) La troisième catégorie de bikkurim englobait les prémices de toute la terre. Mettant l’accent sur les mots « ta terre » (Ex. xxiii. 19), les Rabbins prescrivent que la loi ne s’applique pas aux fruits non littéralement cultivés sur terre (Bik. i. 1), ni à ceux poussant sur une terre qui n’est pas la propre propriété (Mek. à Ex. xxiii. 19). Pour la raison qu’ils ne pouvaient réciter la bénédiction conformément (Deut. xxvi. 5), les esclaves, les femmes et les personnes de sexe incertain, ainsi que les prosélytes sauf si leurs mères étaient israélites, étaient autorisés à offrir les prémices sans prononcer l’éloge (Bik. i. 4 ; Mek., loc. cit.). Le prosélyte priant seul ou avec la congrégation prononçait une bénédiction modifiée (« les pères d’Israël » ; « le Dieu de vos pères »). Les bikkurim n’étaient offerts que des « sept » plantes (comp. Deut. viii. 8) ; pas des dattes poussant dans les montagnes ni des fruits des vallées ; pas des olives à moins qu’elles ne fussent de la meilleure qualité (Bik. i. 3) ; et jamais avant la Fête des Semaines. Mais si quelqu’un offrait, entre cette fête et la Fête des Tabernacles, des fruits des « sept » plantes, ou des fruits des montagnes, ou des dattes des vallées, ou des olives d’au-delà du Jourdain, l’offrande était acceptée et la bénédiction permise (ib. i. 10). Les olives et les raisins étaient acceptés en tant que fruits, mais non à l’état liquide (« mashkim ») comme huile et vin (Yad, Bikkurim, ii. 4 ; Ter. 59a ; ‘Ar. 11a ; Yer. Ter. xi. 3 ; Hul. 120a ; Mek., loc. cit.). Les fruits provenant au-delà de la frontière de la Palestine, « le pays qui coule de lait et de miel », étaient exempts ; mais la Syrie et les villes de Sichon et Og étaient incluses ; non pas Moab et Ammon. Jose le Galiléen prit donc exception quant à l’inclusion dans la Terre Sainte du district au-delà du Jourdain (Galaad ; Bik. i. 10). La loi des prémices est tenue en suspens tant que le Temple n’existe pas et qu’Israël n’occupe pas la Palestine (Yad, Bikkurim, ii. 1).
Voici la méthode de sélection des fruits pour l’offrande : en visitant son champ et en voyant une figue, ou un raisin, ou une grenade mûre, le propriétaire attachait une fibre autour du fruit, en disant : « Ceci sera parmi les bikkurim. » Selon Siméon, il devait répéter la désignation expresse après que le fruit eut été cueilli de l’arbre dans le verger (Bik. iii. 1). Les fruits étaient portés avec grand faste à Jérusalem. Des délégations (« ma’amadot »), représentant les habitants de toutes les villes du district, se rassemblaient dans la ville principale du district et y passaient la nuit à la belle étoile, sans entrer dans les maisons.
À l’aube l’officier en charge (le « memunneh ») criait : « Levez-vous, montons à Sion, à la maison de YHWH notre Elohîm. » Ceux du voisinage apportaient des figues et des raisins frais, ceux d’une plus grande distance des figues sèches et des raisins secs. Le taureau destiné au sacrifice, ses cornes dorées et la tête couronnée de feuilles d’olivier, menait la procession, accompagnée de flûtistes. Arrivés près de la Cité Sainte, les pèlerins envoyaient des messagers en avant tandis qu’ils décoraient les prémices. Les officiers du Temple sortaient à leur rencontre, et tous les artisans le long des rues se levaient devant eux, leur donnant la salutation de paix, et les saluaient comme frères venus de telle ou telle ville. La flûte sonnait jusqu’à ce qu’ils atteignent le mont du Temple. Ici même le roi Agrippa, suivant la coutume, prenait son panier sur l’épaule et marchait dans les rangs, jusqu’à ce qu’ils vinssent à la cour extérieure et à la salle. Là ils étaient accueillis par les Lévites, chantant le Psaume xxx. 2. Les colombes qui avaient été portées dans les paniers étaient offertes en holocauste, et ce que les hommes avaient en mains ils le donnaient aux prêtres. Mais avant cela, tandis qu’il portait encore son panier, chaque homme récitait Deut. xxvi. 3 s. ; aux mots « un Araméen vagabond était mon père » le panier était posé sur l’épaule, mais tandis que le propriétaire tenait encore ses anses ou rebords, un prêtre mettait sa main dessous et « le balançait » (l’élevait) et répétait les paroles « un Araméen vagabond », etc., jusqu’à la fin de la section deutéronomique. Puis, plaçant le panier à côté de l’autel, le pèlerin se prosternait et quittait la salle.
La coutume de faire lire la section de la Torah par le prêtre et non par le pèlerin naquit du désir d’épargner les sentiments de ceux qui ne savaient pas lire. Les riches apportaient leurs fruits dans des paniers d’or et d’argent, les pauvres dans des paniers faits de roseaux épluchés ; ces paniers étaient laissés aux prêtres. Les fruits étaient décorés d’autres fruits et plantes, de sorte que l’offrande consistait réellement en la première-fruit, un ajout au premier-fruit, et les décorations. Ces additions devaient être mangées en pureté comme le premier-fruit. Comme toute autre propriété du prêtre, les bikkurim pouvaient être employés par lui pour acheter des esclaves, des champs ou du bétail ; il pouvait solder ses dettes ou payer le ketubbah de sa femme avec eux. Judah soutient que les prémices étaient considérées comme des offrandes provinciales, que le donateur pouvait donner à qui il voulait. Il était conseillé qu’il les donnât à un « haber » en échange de remerciements ; tandis que la majorité des rabbins les considéraient comme des sacrifices de l’autel, qui ne pouvaient être partagés que parmi les hommes de la garde — c’est-à-dire la division des prêtres de service — et qui devaient les partager comme d’autres sacrifices (Bik. iii.).
La quantité des prémices à apporter au Temple fut, dans les Écritures (Deut. xvi. 10), laissée au gré du propriétaire, mais les Rabbins décidèrent ensuite qu’elle devait s’élever à un soixantième de toute la récolte (Yad, Bikkurim, ii. 17). Après la destruction du Temple, les bikkurim ne purent être offerts, mais les Rabbins considérèrent les actes de bienfaisance comme un substitut approprié (Yer. Peah 19a ; Lev. R. xxiv.), spécialement sous la forme d’assistance accordée aux hommes de science (Ket. 104).
s. s. E. G. H.
