Définition dans Jewish Encyclopedia
Moshé
MOSES
Données bibliques : La naissance de Moïse eut lieu à une époque où Pharaon avait ordonné que tous les enfants mâles nés des captifs hébreux devaient être jetés dans le Nil (Ex. ii.; comp. i.). Jochebed, l’épouse du Lévite Amram, mit au monde un fils et le cacha pendant trois mois. Lorsqu’elle ne put plus le tenir caché, préférant plutôt le livrer à la mort, elle le déposa sur le Nil dans une arche faite de roseaux. La fille de Pharaon, se rendant au fleuve pour se baigner, découvrit l’enfant, en fut attendrie, l’adopta pour fils et le nomma “Moses” [Moïse]. Ainsi il advint que le futur libérateur d’Israël fut élevé comme le fils d’une princesse égyptienne (Ex. ii. 1-10).
Lorsque Moïse fut parvenu à la force d’homme, il alla un jour voir ce qu’il en était de ses frères, réduits en servitude par les Égyptiens. Voyant un Égyptien maltraiter un Hébreu, il tua l’Égyptien et cacha son corps dans le sable, pensant que personne susceptible de révéler l’affaire ne le savait. Le lendemain, voyant deux Hébreux se quereller, il chercha à les séparer; alors l’un des Hébreux qui maltraitait son frère railla Moïse d’avoir tué l’Égyptien. Moïse apprit bientôt d’une source supérieure que l’affaire était connue et que Pharaon pourrait le faire mettre à mort pour cela; il prit donc la fuite vers la péninsule du Sinaï et s’établit auprès de Hobab, ou Jethro, prêtre de Madian, dont la fille Tsippora (Zipporah) il épousa en temps voulu. Il demeura là quarante ans comme berger, période pendant laquelle son fils Guershom naquit (Ex. ii. 11-22).
Un jour, alors que Moïse faisait paître son troupeau au mont Horeb, il vit un buisson en feu sans se consumer. S’étant arrêté pour examiner de plus près le prodige, Elohîm lui parla du milieu du buisson et le chargea de retourner en Égypte pour délivrer ses frères de leur servitude (Ex. iii. 1-10). Selon Ex. iii. 13 et seq., c’est alors que fut révélé le nom de YHWH, bien qu’il soit fréquemment employé dans les récits patriarcaux dès le deuxième chapitre de la Genèse. Armé de ce nouveau nom et de certains signes qu’il pouvait produire pour attester sa mission, il retourna en Égypte (Ex. iv. 1-9, 20). En chemin il fut rencontré par YHWH, qui aurait voulu le tuer; mais Tsippora, l’épouse de Moïse, circoncit son fils et la colère de YHWH s’apaisa (Ex. iv. 24-26). Moïse fut reçu et secondé à son arrivée en Égypte par son frère aîné Aaron, et obtint facilement l’écoute de ses frères opprimés (Ex. iv. 27-31). Il fut toutefois plus difficile de persuader Pharaon de laisser partir les Hébreux. En effet, cela n’eut lieu qu’après que, par l’intervention de Moïse, dix plaies eurent frappé les Égyptiens (Ex. vii.-xii.). Ces plaies culminèrent avec la mort du premier-né égyptien (Ex. xii. 29), si bien que les Égyptiens, saisis d’une telle terreur, pressèrent les Hébreux de partir.
Les enfants d’Israël, avec leurs troupeaux et leurs bestiaux, se mirent en route vers la frontière orientale, dans la partie méridionale de l’isthme de Suez. La lente procession dut camper à trois reprises avant de franchir la frontière égyptienne aux Lacs Amers. Pendant ce temps Pharaon se repentit et les poursuivit avec une armée nombreuse (Ex. xiv. 5-9). Pris entre cette armée et la mer Rouge, ou les Lacs Amers qui étaient alors reliés à elle, les Israélites désespérèrent; mais YHWH fendit les eaux de la mer pour qu’ils pussent passer en sûreté; lorsque les Égyptiens tentèrent de les suivre, Il permit aux eaux de revenir sur eux et de les engloutir (Ex. xiv. 10-31). Moïse conduisit les Hébreux au Sinaï, ou Horeb, où Jethro célébra leur arrivée par un grand sacrifice en présence de Moïse, d’Aaron et des anciens d’Israël (Ex. xviii.). Au Horeb, ou Sinaï, YHWH accueillit Moïse sur la montagne sacrée et parla avec lui face à face (Ex. xix.). Il lui donna les Dix Commandements et la Loi et conclut une alliance avec Israël par son intermédiaire. Cette alliance engageait YHWH à être le Dieu d’Israël, si Israël observait Ses commandements (Ex. xix. et seq.).
Moïse et les Israélites séjournèrent au Sinaï pendant environ un an (comp. Num. x. 11), et Moïse eut de fréquentes communications avec YHWH. Par suite de ces communications, selon les derniers chapitres de l’Exode, le Tabernacle fut construit, la loi sacerdotale instituée, le plan du campement arrangé tant pour les Lévites que pour les tribus non sacerdotales (comp. Num. i. 50-ii. 34), et le Tabernacle consacré. Pendant le séjour au Sinaï Josué était devenu général des armées d’Israël et ministre spécial ou assistant de Moïse (Ex. xvii. 9). De là Moïse mena le peuple à Qadesh, d’où furent envoyés les espions en Canaan. Au retour des espions, le peuple, découragé par leur rapport, refusa d’avancer et fut condamné à errer dans le désert jusqu’à ce que cette génération soit passée (Num. xiii.-xiv.).
Après l’écoulement de trente-huit ans, Moïse conduisit le peuple vers l’est. Ayant obtenu une permission amicale, ils traversèrent le territoire d’Ésaü (où Aaron mourut, sur le mont Hor; Num. xx. 22-29), puis, par un arrangement analogue, la terre de Moab. Mais Siḥon, roi des Amorites, dont la capitale était Héshbon (Ieshbon), refusa le passage et fut vaincu par Moïse, qui attribua son territoire aux tribus de Ruben et de Gad. Og, roi de Bashân, fut de même défait (comp. Num. xxi.) et son territoire assigné à la demi-tribu de Manassé.
Après ces événements, Moïse fut averti qu’il ne serait pas permis de conduire Israël à travers le Jourdain, mais qu’il mourrait de l’autre côté (Num. XX. 12). Il réunit donc les tribus et leur adressa un discours d’adieu, qui forme le Livre du Deutéronome. Dans ce discours, il est généralement supposé qu’il récapitula la Loi, rappelant ses parties les plus importantes. Quand cela fut achevé et qu’il eut prononcé sa bénédiction sur le peuple, il monta le mont Nébo jusqu’au sommet du Pisga, regarda le pays qui s’étendait devant lui et mourut à l’âge de cent vingt ans. YHWH lui-même l’enterra dans une tombe inconnue (Deut. xxxiv.). Moïse fut ainsi l’instrument humain dans la formation de la nation israélite; il lui transmit toutes ses lois. Plus que tout autre homme (Num. xii. 3), il jouit de privilèges uniques, car « il n’a point paru de prophète en Israël semblable à Moïse, que YHWH ait connu face à face » (Deut. xxxiv. 10).
J. G. A. B.
Dans la littérature rabbnique : Parmi tous les personnages bibliques, Moïse a été celui qui a servi le plus fréquemment de sujet aux légendes postérieures; sa vie a été racontée en détail dans la haggadah poétique. En tant que libérateur, législateur et chef d’un peuple qu’il transforma d’une horde désorganisée en nation, il occupe dans la légende populaire une place bien plus importante que les Patriarches et tous les autres héros nationaux. Son activité multiforme offrit l’occasion d’un embellissement imaginatif plus abondant. Un cycle de légendes s’est tissé autour de presque tous les traits de son caractère et de tous les événements de sa vie; des groupes d’histoires fort différentes et souvent contradictoires y sont associés. Il serait intéressant d’examiner l’origine des différents cycles, et la relation des divers cycles entre eux et à la source originelle, si une telle source existait. Le présent article tente, sans prétendre à l’exhaustivité, de donner un tableau du caractère de Moïse selon la légende juive et un récit des incidents les plus importants de sa vie.
(Les abréviations particulières de titres d’ouvrages suivantes sont utilisées : « D. Y. » = « Dibre ha-Yamim le-Mosheh Babbenu », dans Jellinek, « B. H. » ii.; « S. Y. » = « Sefer ha-Yashar »; « M. W. » = « Midrash Wayosha‘ », dans Jellinek, loc. cit.)
L’influence et l’activité de Moïse remontent aux jours de la Création. Le ciel et la terre n’ont été créés que pour lui (Lev. B. xxxvi. 4). Le récit de la création de l’eau au second jour (Gen. i. 6-8), par conséquent, ne se clôt pas par la formule habituelle « Et Elohîm vit que cela était bon », parce que Elohîm prévut que Moïse souffrirait à cause de l’eau (Gen. R. iv. 8). Bien que Noé n’ait pas mérité d’être sauvé du Déluge, il fut sauvé parce que Moïse devait descendre de lui (ib. xxvi. 15). Les anges que Jacob vit monter et descendre dans sa vision nocturne (Gen. xxviii. 12) étaient en réalité Moïse et Aaron (Gen. R. lxviii. 16). La naissance de Moïse, en tant que libérateur d’Israël, fut prédite à Pharaon par ses devins, qui, en conséquence, publièrent l’édit cruel d’égarer tous les enfants mâles dans le fleuve (Ex. i. 22). Plus tard, Miriam prévint aussi son père Amram qu’un fils naîtrait et qu’il libérerait Israël du joug d’Égypte (Sotah 11b, 12a; Meg. 14a; Ex. R. i. 24; « S. Y. », Shemot, pp. 111a, 112b; comp. Josèphe, Ant. ii. 9, §3). Moïse serait né le 7 Adar (Meg. 13b) l’an 2377 depuis la Création (Livre des Jubilés, xlvii. 1). Il naquit circoncis (Sotah 12a) et capable de marcher immédiatement (Yalk., Wayelek, 940) ; mais selon une autre tradition il fut circoncis le huitième jour (Pirke R. El. xlviii.). Une lumière particulière et glorieuse emplissait toute la maison à sa naissance (ib., « S. Y. » p. 112b), signe qu’il était digne du don de la prophétie (Sotah loc. cit.). Il parla à son père et à sa mère le jour même de sa naissance et prophétisa à l’âge de trois ans (Midr. Petirat Mosheh, dans Jellinek, « B. H. » i. 128). Sa mère garda secrète sa naissance pendant trois mois, jusqu’à ce que Pharaon eût connaissance qu’elle avait mis un fils au monde. La mère plaça l’enfant dans une caisse, qu’elle cacha dans les Roseaux du fleuve avant que les officiers du roi ne vinssent à elle (Jubilés, loc. cit. 47; « D. Y. » dans Jellinek, « B. H. » ii. 3; « S. Y. » p. 112b). Pendant sept jours la mère allait le nourrir la nuit, sa sœur Miriam le protégeant le jour contre les oiseaux (Jubilés, loc. cit. 4). Puis Elohîm envoya une chaleur violente sur l’Égypte (« D. Y. » loc. cit.), et la fille de Pharaon, Batya (comp. Chron. i. 18; Tarmut [Thermutis], selon Josèphe et le Livre des Jubilés, loc. cit.), atteinte de lèpre, alla se baigner dans le fleuve. Entendant un enfant pleurer, elle vit une caisse parmi les roseaux. Elle la fit apporter et, en la touchant, guérit de sa lèpre (Ex. R. i. 27). C’est pour cette raison qu’elle prit en affection l’enfant. En ouvrant la caisse elle s’étonna de sa beauté (Philon, Vita Mosis, ii.) et vit la Shekinah avec lui (Ex. R. i. 28). Remarquant que l’enfant était circoncis, elle sut que ses parents devaient être Hébreux (Sotah 12b). Gabriel frappa Moïse afin de le faire pleurer et d’éveiller la pitié de la princesse (Ex. R. i. 28). Elle voulut sauver l’enfant ; mais, selon ses servantes, elle ne devait pas transgresser les ordres de son père, et elle reposa l’enfant (Midr. Abkir, dans Yalk., Ex. 166). Alors Gabriel fit tomber toutes ses servantes (Sotah 12b; Ex. R. i. 27) ; et Elohîm remplit Batya de compassion (Yalk., loc. cit.) et fit que l’enfant trouvât grâce à ses yeux (« M. W. » loc. cit. i. 41). Elle prit donc l’enfant, le sauva et l’aima beaucoup (Ex. R. loc. cit.). Ceci eut lieu le 6 du mois de Sivan (Sotah 12b) ; selon une autre version, le 21 Nisan (ib.). Quand les devins annoncèrent à Pharaon que le rédempteur d’Israël était né et jeté dans l’eau, l’édit cruel ordonnant que les enfants fussent immergés fut abrogé (Ex. R. i. 29; Sotah loc. cit.). Ainsi le rejet de Moïse sauva Israël de persécutions ultérieures. Selon une version différente (Gen. R. xcvii. 5), 600 000 enfants auraient déjà été jetés dans le fleuve, mais tous furent sauvés à cause de Moïse.
Batya, la fille de Pharaon, prit l’enfant pour le nourrir ; mais il refusa le sein (Yalk., Wayelek, loc. cit.). Elle le confia alors à d’autres nourrices égyptiennes, mais il refusa de prendre le lait d’aucune d’elles (Josèphe, loc. cit. ii. 9, § 5; « S. Y. » p. 112b) ; Sotah 12b; « D. Y. » p. 3). La bouche destinée à parler avec Elohîm ne devait point prendre de lait impur (Sotah loc. cit.; « D. Y. » loc. cit.); Batya le rendit donc à sa mère pour qu’elle le nourrît. Une autre légende dit qu’il ne prit aucun lait du sein (Yalk., Wayelek, 940). Batya l’adopta alors pour fils (« S. Y. » p. 113b). Outre le nom “Moses”, donné par Batya (Ex. ii. 10), il reçut sept (Lev. R. i. 3), ou selon d’autres récits dix, autres noms donnés par sa mère, son père, son frère Aaron, sa sœur Miriam, sa nourrice, son grand-père Kehath et Israël (« D. Y. » p. 3; « S. Y. » p. 112b; Meg. 13a). Ces noms furent : Jéred, Abi-Gedor, Heber, Abi-Soko, Jekuthiel, Abi-Zanouh et Shemaïah (« Shama’ Yah » = « Dieu a entendu »), ce dernier donné par Israël. Il fut aussi appelé « Heman » (hMN; Num. xii. 7) (B. B. 15a).
Moïse était un très grand enfant à l’âge de trois ans (Ex. R. i. 32; comp. Josèphe, loc. cit.; Philon, loc. cit.); et c’est alors que, assis à la table du roi en présence de plusieurs princes et conseillers, il prit la couronne du chef de Pharaon et la posa sur sa propre tête (« D. Y. » loc. cit.; pour une autre version voir « S. Y. » loc. cit.). Les princes furent horrifiés par l’acte du garçon ; et le devin dit que cet enfant serait, selon leurs anciennes prophéties, celui qui détruirait le royaume de Pharaon et libérerait Israël (Josèphe, loc. cit.; « M. W. » loc. cit.). Balaam et Jethro figuraient alors parmi les conseillers du roi (Sotah 11a; Sanh. 106). Balaam conseilla de tuer l’enfant sur-le-champ ; mais Jethro (selon « D. Y. » loc. cit., c’était Gabriel déguisé en l’un des conseillers du roi) proposa d’examiner l’enfant afin de déterminer s’il avait l’intention et la capacité de commettre un tel acte. On plaça devant l’enfant, pour l’éprouver, une pièce éclatante d’or ou une pierre précieuse et un charbon ardent, afin de voir lequel il choisirait. L’ange Gabriel guida alors sa main vers le charbon, qu’il prit et mit dans sa bouche. Le charbon brûla sa langue, lui causant un bégaiement (comp. Ex. iv. 10) ; mais cela sauva sa vie (« M. W. » loc. cit.; « D. Y. » loc. cit.; « S. Y. » loc. cit.; Ex. R. i. 31).
Moïse resta encore quinze ans dans la maison du Pharaon (« D. Y. » loc. cit.; « M. W. » loc. cit.). Selon le Livre des Jubilés (loc. cit.), il apprit l’écriture des Assyriens (le « Ketab Ashurit », soit l’alphabet carré ?) de son père Amram. Pendant son séjour au palais il alla souvent voir ses frères, esclaves de Pharaon, partageant leur sort. Il aidait quiconque portait un fardeau trop lourd ou était trop faible pour son ouvrage. Il rappela à Pharaon qu’un esclave avait droit à un repos, et le supplia d’accorder aux Israélites un jour libre par semaine. Pharaon accéda à cette demande, et Moïse institua dès lors le septième jour, le Shabbat, comme jour de repos pour les Israélites (Ex. R. i. 32; « S. Y. » p. 115a).
Moïse ne commit pas de meurtre en tuant l’Égyptien (Ex. ii. 12) ; car celui-ci méritait la mort pour avoir contraint une femmes israélite à commettre l’adultère (Ex. R. i. 33). Moïse avait alors dix-huit ans (« D. Y. » loc. cit.; « M. W. » loc. cit.; « S. Y. » loc. cit.). Selon une autre tradition, il avait vingt, ou peut-être quarante ans au moment du meurtre de l’Égyptien (Ex. R. i. 32, 35). Ces opinions divergentes sur son âge à l’époque du crime reposent sur des estimations différentes de la durée de son séjour au palais royal (Yalk., Shemot, 167; Gen. R. xi.), les deux traditions supposant qu’il s’enfuit d’Égypte immédiatement après le meurtre (Ex. ii. 15). Dathan et Abiram furent de rudes ennemis de Moïse, l’insultant et affirmant qu’il ne devait pas se comporter comme s’il était de la maison royale, puisqu’il n’était pas fils de Batya mais de Jochebed. Auparavant ils l’avaient calomnié devant Pharaon. Pharaon lui avait pardonné toutes ses fautes, mais n’eut point pitié du meurtre de l’Égyptien. Il le livra à l’exécuteur, qui choisit une épée très tranchante pour le tuer ; mais le cou de Moïse devint comme un pilier de marbre, ternissant le tranchant de l’épée (« M. W. » loc. cit.). Pendant ce temps l’archange Michaël descendit du ciel et prit la forme de l’exécuteur, donnant à celui-ci l’aspect de Moïse et le frappant à mort. Il emporta ensuite Moïse et le porta au-delà de la frontière d’Égypte sur une distance de trois, ou selon une autre version, de quarante jours (« D. Y. » loc. cit.; « S. Y. » p. 115b). Selon une autre légende, l’ange prit l’apparence de Moïse et se laissa capturer, donnant ainsi à Moïse la possibilité de s’évader (Mek., Yitro, 1 [éd. Weiss, 66a]; Ex. R. i. 36).
Le fugitif Moïse alla au camp du roi Nikanos, ou Kikanos, d’Éthiopie, qui assiégeait alors sa propre capitale, prise par trahison par Balaam et ses fils et rendue imprenable par leurs arts magiques. Moïse rejoignit l’armée de Nikanos; le roi et ses généraux le prirent en affection car il était courageux comme un lion et son visage brillait comme le soleil (« S. Y. » p. 116a; comp. B. B. 75a). Après neuf ans passés sous les drapeaux, le roi Nikanos mourut et le Hébreu fut fait général. Il prit la ville, chassant Balaam et ses fils Jannes et Jambres, et fut proclamé roi par les Éthiopiens. Il fut contraint, par respect pour la volonté populaire, d’épouser la veuve de Nikanos, Adonija (comp. Num. xii.), sans néanmoins cohabiter avec elle (« D. Y. » loc. cit.; « S. Y. » p. 116b). Miriam et Aaron parlèrent contre Moïse à cause de la femme Cushite (éthiopienne) qu’il avait prise. Il avait vingt-sept ans lorsqu’il devint roi; il régna sur l’Éthiopie quarante années, accroissant notablement la puissance du pays. Après quarante ans, sa femme Adonija l’accusa devant les princes et les généraux de ne pas avoir vécu maritalement avec elle pendant toutes ces années et de n’avoir jamais adoré les dieux éthiopiens. Elle pressa les princes de ne point tolérer un étranger pour roi, mais de couronner son fils par Nikanos, Munahas ou Munakaros. Les princes satisfirent son désir, mais renvoyèrent Moïse en paix en lui laissant de grands trésors. Moïse, qui alors avait soixante-sept ans, quitta l’Éthiopie pour Midian (ibid.).
Selon le récit de Josèphe (voir la section Moïse dans la littérature hellénistique), après son mariage avec la fille du roi d’Éthiopie, Moïse ne devint pas roi d’Éthiopie mais ramena ses troupes en Égypte, où il demeura. Les Égyptiens et même Pharaon furent jaloux de ses exploits et craignirent qu’il n’usât de son pouvoir pour dominer l’Égypte. Ils cherchèrent donc à l’assassiner; Moïse, apprenant le complot, s’enfuit à Midian. Ce récit de Josèphe concorde avec deux récits haggadiques selon lesquels Moïse s’enfuit directement d’Égypte vers Midian, sans séjourner en Éthiopie. Ces récits sont les suivants : (1) Moïse demeura vingt ans dans la maison du roi; puis il alla à Midian, où il resta soixante années, et c’est à l’âge de quatre-vingts ans qu’il entreprit la mission de libérer Israël (Yalk., Shemot, 167). (2) Moïse vécut quarante ans dans la maison du roi; de là il alla à Midian, où il séjourna quarante ans jusqu’à ce que sa mission lui fût confiée (Gen. R. xi.; comp. Sifre, Deut. xxxiv. 7).
À son arrivée à Midian, Moïse raconta son histoire à Jethro, qui le reconnut pour l’homme destiné à anéantir les Égyptiens. Il le fit donc emprisonner pour le livrer à Pharaon (« D. Y. » loc. cit.). Selon une autre légende, Jethro le prit pour un fugitif éthiopien et voulut le livrer aux Éthiopiens (« S. Y. » loc. cit.). Il le garda prisonnier pendant sept (« D. Y. » loc. cit.) ou dix (« S. Y. » loc. cit.) années. Ces légendes s’appuient sur une tradition selon laquelle Moïse fut âgé de soixante-dix-sept ans lorsqu’il fut libéré. D’après la tradition (« D. Y. » loc. cit.) qui dit qu’il alla au camp de Nikanos à l’âge de trente ans et régna quarante ans sur l’Éthiopie, il fut donc seulement sept ans aux mains de Jethro (30 + 40 + 7 = 77). Selon l’autre tradition (« S. Y. » loc. cit.), il avait dix-huit ans en fuyant l’Égypte, resta neuf ans dans le camp de Nikanos et fut roi d’Éthiopie pendant quarante ans; il dut donc être prisonnier de Jethro pendant dix ans jusqu’à sa soixante-dix-septième année.
Moïse fut enfermé dans un donjon profond de la maison de Jethro et ne reçut pour toute nourriture que de petites portions de pain et d’eau. Il serait mort de faim si Tsippora, à qui Moïse avait auparavant promis le mariage au puits, n’avait imaginé de rester à la maison au lieu d’aller garder les brebis, afin de pouvoir approvisionner Moïse en nourriture à l’insu de son père. Après dix (ou sept) ans, Tsippora rappela à son père qu’il avait jadis jeté un homme dans un donjon, qui devait être mort depuis longtemps; mais si cet homme vivait encore, c’était parce qu’il était juste et qu’Elohîm l’avait conservé par miracle. Jethro descendit dans le donjon et appela Moïse, qui répondit aussitôt. Trouvant Moïse en prière, Jethro crut vraiment qu’il avait été sauvé par miracle et le libéra. Jethro avait planté dans son jardin un bâton merveilleux, créé le sixième jour de la Création, le vendredi après-midi, et donné à Adam. Ce bâton, transmis par Hénok, Sem, Abraham, Isaac et Jacob à Joseph, arriva à la cour de Pharaon après la mort de Joseph. Jethro, l’ayant aperçu, le vola et le planta dans son jardin. Sur le bâton étaient gravés le nom de YHWH et les initiales des dix plaies destinées à l’Égypte. Jethro demanda à quiconque souhaitait épouser l’une de ses filles d’arracher le bâton; aucun prétendant n’y parvenait. Moïse, libéré, se promena dans le jardin, vit le bâton et lut l’inscription. Il le tira aisément de terre et s’en servit pour un bâton de berger (voir la branche d’Aaron). Jethro reconnut ainsi Moïse pour le libérateur d’Israël et lui donna la vertueuse Tsippora pour épouse, avec beaucoup d’argent (« S. Y. », « D. Y. » et « M. W. » loc. cit.). Jethro stipula que le premier-né du mariage adopterait la croyance païenne de Jethro, tandis que tous les autres enfants pourraient être élevés comme Juifs; Moïse accepta cette condition (Mek., Yitro, 1 [éd. Weiss, p. 65b]). Selon « M. W. » loc. cit., la moitié des enfants appartiendrait au judaïsme et l’autre moitié au paganisme. Quand naquit son fils Guershom — père ultérieur de Jonathan — Moïse, conformément à son accord avec Jethro, ne put le circoncire (« S. Y. » loc. cit.). Moïse, accompagné de sa femme et de son enfant (une autre version dit que ses deux fils étaient déjà nés), se rendit en Égypte. En chemin il rencontra Satan, ou Mastema dans le Livre des Jubilés (xlviii. 2), sous la forme d’un serpent qui l’avala jusqu’à la moitié du corps. Tsippora, voyant cela, conclut que le serpent agissait parce que son fils n’avait pas été circoncis (Ned. 31b-82a; Ex. R. v.); elle le circoncit alors et enduisit de sang les pieds de Moïse. Une « bat kol » (voix céleste) ordonna alors au serpent de rejeter Moïse, ce qu’il fit immédiatement. De retour en Égypte, Moïse rencontra ses anciens ennemis Dathan et Abiram; lorsque ceux-ci lui demandèrent ce qu’il cherchait en Égypte, il retourna aussitôt à Midian (« M. W. » loc. cit.).
Comme berger de son beau-père, il conduisait ses brebis loin dans le désert (Ex. iii. 1) afin d’éviter qu’elles ne pûtent paître dans des champs qui n’appartenaient pas à Jethro (Ex. R. i. 3). C’est là qu’Elohîm lui apparut et lui parla pendant sept jours consécutifs (Ex. R. iii. 20). Moïse, cependant, refusa d’écouter parce qu’il ne voulait point être dérangé dans l’ouvrage pour lequel on le payait. Elohîm fit donc apparaître le buisson ardent (Ex. iii. 2-3) pour détourner son attention de son travail. Les bergers secondaires qui accompagnaient Moïse ne virent rien du prodige, que Moïse seul contempla (Ex. R. ii. 8). Moïse interrompit son travail et s’approcha du buisson pour mieux voir (ib. ii. 11). Comme il était encore pleinement inexpérimenté en matière de prophétie, Elohîm, en l’appelant, imita la voix d’Amram pour ne point l’effrayer. Moïse, croyant que son père Amram lui apparaissait, demanda : « Que veut mon père ? » Elohîm répondit : « Je suis le Dieu de ton père » (Ex. iii. 6) et lui confia la mission de sauver Israël (ib.). Moïse hésita à accepter la mission, principalement parce qu’il craignait que son frère aîné Aaron, jusque-là seul prophète en Israël, ne fût offensé si son frère cadet devenait le sauveur du peuple; Elohîm l’assura qu’Aaron s’en réjouirait (Ex. R. iii. 21-22). Selon une autre version (ib. xv. 15), Moïse dit : « Tu as promis à Jacob que Tu sauverais Toi-même Israël [comp. Gen. xlvi. 4], sans nommer de médiateur. » Elohîm répondit : « Moi-même je les sauverai; mais va et annonce d’abord à mes enfants que Je le ferai. » Moïse consentit et alla trouver son beau-père Jethro (Ex. iv. 18) pour obtenir la permission de quitter Midian (Ned. 65a; Ex. R. iv. 1-4), ayant promis de ne point partir sans sa sanction. Moïse partit avec sa femme et ses enfants et rencontra Aaron (comp. Ex. iv. 27), qui lui dit qu’il n’était pas prudent d’emmener les siens en Égypte, puisque l’on tentait alors de faire sortir les Israélites de ce pays. Aaron renvoya donc femme et enfants à Midian (« S. Y. » p. 123a; Mek., Yitro, 1 [éd. Weiss, p. 65b]). À leur arrivée devant Pharaon, Moïse marcha le premier, Aaron le suivant, parce que Moïse était plus estimé en Égypte (Ex. R. ix. 3); sinon Aaron et Moïse jouissaient d’une position égale de respect (Mek., Bo, 1 [éd. Weiss, p. 1a]). À l’entrée du palais royal égyptien se trouvèrent deux léopards qui n’autoriseraient personne à approcher sans que leurs gardiens ne les aient apprivoisés ; mais lorsque Moïse vint ils lui jouèrent et le câlinèrent comme s’ils eussent été ses chiens (« D. Y. » loc. cit.; « S. Y. » loc. cit.). Selon une autre version, des gardes stationnaient à chaque entrée; mais Gabriel introduisit Moïse et Aaron dans le palais sans être vus (Yalk., Shemot, 175). Comme la visite de Moïse au palais n’aboutit qu’à accroître les tâches des Israélites (comp. Ex. v.), Moïse retourna à Midian; et selon une version il emmena sa femme et ses enfants au même instant (Ex. R. v. 23).
Après six mois à Midian il revint en Égypte (ib.), où Dathan et Abiram lui infligèrent maintes injures (ib. v. 24). Cela, joint à la crainte d’avoir aggravé la condition des Israélites, troubla son esprit au point qu’il adressa des paroles d’irrespect à Elohîm (Ex. v. 22). La Justice (Middat ha-Din) voulut le punir pour cela; mais Elohîm, sachant que la douleur de Moïse pour Israël avait dicté ses paroles, laissa prévaloir la Miséricorde (Middat ha-Rahamim) (ib. vi. 1). Craignant que la justice ne fasse échouer la rédemption d’Israël parce que le peuple était indigne d’être racheté, Elohîm jura à Moïse qu’Il racheterait le peuple pour l’amour de Moïse (ib. vi. 3-5, xv. 4). Dans ses entretiens avec Pharaon Moïse tint toujours envers lui la déférence due à un roi (ib. vii. 2). Moïse fut en vérité choisi pour accomplir tous les miracles; mais comme il doutait parfois de son succès (ib. vi. 12), certains miracles furent assignés à Aaron (ib. 1). Selon une autre version, Aaron et non Moïse entreprit d’envoyer les plaies et d’opérer tous les prodiges liés à l’eau et à la poussière : l’eau l’avait sauvé et la poussière lui avait servi à dissimuler le corps de l’Égyptien (ib. ii. 12); il ne convenait donc pas qu’elles dussent devenir des instruments de mal dans la main de Moïse (ib. ix. 9, x. 5, xx. 1). Quand Moïse annonça la dernière plaie, il ne voulut pas préciser l’heure exacte de son apparition, minuit, disant seulement « ka-hazot » = « vers minuit » (ib. xi. 4), de peur que le peuple, se mal renseignant, ne l’accusât de mensonge (Ber. 3b, 4a). La nuit de l’Exode, lorsque Moïse avait immolé son agneau pascal, tous les vents du monde soufflèrent par le paradis, transportant ses parfums vers l’agneau de Moïse de sorte que l’odeur pouvait être perçue à quarante jours de distance (Ex. R. xix. 6). Pendant cette nuit tous les premiers-nés, y compris les premières-nées femelles, furent frappés, à l’exception de Batya, la fille de Pharaon, qui avait adopté Moïse; bien qu’elle fût elle-même premier-née, elle fut sauvée par la prière de Moïse (« S. Y. » p. 125b). Durant l’Exode, tandis que le peuple ne songeait qu’à emporter l’or et l’argent des Égyptiens, Moïse tenta d’emporter des planches pour la construction future du Temple (comp. Gen. R. xciv. 4 et Jewish Encyclopedia vii. 24, s.v. Jacob) et d’enlever le cercueil de Joseph (Ex. R. xviii. 8). Serah, fille d’Asher, avisa Moïse que le cercueil avait été abaissé dans le Nil; Moïse alla au bord du fleuve et cria : « Monte, Joseph » (selon une autre version, il écrivit le nom de Dieu sur un morceau de papier qu’il jeta dans le Nil), et le cercueil remonta aussitôt (Sotah 13a; Ex. R. xx. 17; « D. Y. » loc. cit.; « S. Y. » p. 126). Une autre légende dit que le cercueil de Joseph était parmi les sépultures royales, gardé par des chiens dont l’aboiement retentissait dans toute l’Égypte ; Moïse fit taire les chiens et prit le cercueil (Sotah loc. cit.; Ex. R. loc. cit.; comp. Josèphe).
À l’arrivée au bord de la mer Rouge, Moïse répondit à l’ordre d’Elohîm de fendre les eaux : « Tu as fait de la mer une loi de la nature pour qu’elle ne s’assèche point », à quoi Elohîm répliqua que, dès la Création, Il a conclu un pacte avec la mer quant à la séparation de ses eaux en ce moment précis (Ex. R. xxi. 16; comp. « M. W. » p. 38). Lorsque les Israélites virent Pharaon et son armée se noyer dans la mer (Ex. xiv. 30-31), ils voulurent retourner en Égypte et y établir un royaume; mais Moïse les empêcha et les contraignit à poursuivre la route. Il enleva aussi les idoles que les Israélites avaient emportées d’Égypte (Ex. R. xxiv. 2).
La remise des tables de la Loi et, plus généralement, la transmission de la Torah à Moïse est un thème favori des légendes. Contrairement à l’assertion lapidaire de R. Jose (Suk. 5a) selon laquelle Moïse ne monta jamais au ciel, de nombreuses haggadot décrivent en détail comment Moïse fit son ascension et reçut la Torah au ciel. Moïse monta dans un nuage qui l’enveloppa entièrement (Yoma 4a). Comme il ne pouvait pénétrer le nuage, Elohîm le prit par la main et le plaça à l’intérieur (ib. 4b). Quand il entra au ciel, les anges demandèrent à Elohîm : « Que désire cet homme, né d’une femme, parmi nous ? » Elohîm répondit que Moïse était venu recevoir la Torah; alors les anges revendiquèrent qu’Elohîm la donnât plutôt à eux qu’aux hommes. Elohîm demanda alors à Moïse de répondre. Moïse, craignant que les anges ne le consumassent par le souffle de leur bouche, fut instruit par Elohîm de prendre le trône de gloire. Moïse prouva aux anges que la Torah ne leur convenait point, car ils n’avaient pas de passions à maîtriser. Les anges se montrèrent dès lors très amicaux envers Moïse, chacun lui donnant quelque chose. L’ange de la mort lui confia que l’encens préviendrait la peste (Shab. 88b-89a; Ex. R. xxviii.). Moïse fit ensuite employer cet encens par Aaron (Num. xvii. 11-13). Suivant la manière des anges, Moïse ne prit rien pour nourriture pendant ses quarante jours au ciel (B. M. 87b), ne se nourrissant que de la splendeur de la Shekinah. Il distinguait le jour de la nuit en ce que Elohîm l’instruisait le jour dans l’Écriture, la Torah, et la nuit dans la Michna (Ex. R. xlvii. 9). Elohîm lui enseigna aussi tout ce que chaque disciple découvrirait avec le temps (ib. i.). Lorsque Moïse apprit d’abord la Torah, il l’oublia bientôt; elle lui fut alors donnée comme un don et il ne l’oublia plus (Ned. 35a).
La Torah était destinée à l’origine uniquement à Moïse et à sa descendance; mais il fut assez libéral pour la donner au peuple d’Israël et Elohîm approuva ce don (Ned. 38a). Selon une autre version, Elohîm donna la Torah aux Israélites pour l’amour de Moïse (Ex. R. xlvii. 14). La langue brûlée de Moïse fut guérie lorsqu’il reçut la Loi (Deut. R. i. 1). En écrivant la Torah, arrivé au passage « Faisons l’homme » (Gen. i. 26), il demanda à Elohîm : « Pourquoi donnes‑Tu aux Minim l’occasion d’interpréter ces mots comme une pluralité de dieux ? » Elohîm répondit : « Laisse ceux qui se tromperont se tromper » (Gen. R. viii. 7). Quand Moïse vit Elohîm écrire « erek appayim » (= « longanime »; Ex. xxxiv. 6) et demanda si Elohîm était indulgent seulement envers les justes, Elohîm répondit : « Aussi envers les pécheurs. » Quand Moïse dit que les pécheurs devraient périr, Elohîm répliqua : « Bientôt toi-même me supplieras d’être longanime envers les pécheurs » (Sanh. 111a). Cela se produisit peu après que le peuple eut fait le veau d’or (ib.). Avant que Moïse n’ascendît au ciel, il dit qu’il descendrait le quarante et unième jour, au matin. Ce jour-là Satan troubla le monde de sorte qu’il sembla aux Israélites être l’après‑midi. Satan leur dit que Moïse était mort et les empêcha ainsi d’attendre ponctuellement son retour. Il montra une forme ressemblant à Moïse suspendue dans les airs; le peuple fit alors le veau d’or (Shab. 89a; Ex. R. lxi.). Par suite de cela, Moïse fut obligé de redescendre (Ex. xxxii. 7) et vit les anges de destruction prêts à le consumer. Il les craignit, ayant perdu son pouvoir sur eux lorsque le peuple fit le veau; Elohîm le protégea cependant (Ex. R. xli. 12). Quand Moïse revint avec les tables et vit le veau (Ex. xxxii. 15-20), il se dit : « Si je donne désormais au peuple les tables portant l’interdit contre l’idolâtrie (Ex. xx. 2-5), ils mériteraient la mort pour avoir fabriqué et adoré le veau. » Par compassion pour Israël il brisa les tables afin qu’on ne pût les tenir responsables de la violation de l’interdit contre l’idolâtrie (Ab. R. N. ii.).
Moïse commença alors à prier pour le peuple, montrant par là son amour héroïque et désintéressé envers lui. Tirant des paroles « Laisse‑moi » (Ex. xxxii. 10) que le sort d’Israël dépendait de lui et de sa prière, il se mit à les défendre (Ber. 32a; Meg. 24a). Il dit qu’Israël, ayant séjourné en Égypte où l’idolâtrie prospérait, s’était accoutumé à ce culte et ne pouvait facilement y renoncer (Yalk., Ki Tissa, 397). De plus, Elohîm lui‑même avait fourni au peuple les moyens de fabriquer le veau d’or, puisqu’Il leur avait donné armes d’or et d’argent (Ber. loc. cit.). En outre, Elohîm n’avait pas interdit à Israël la pratique de l’idolâtrie, car le singulier et non le pluriel est employé en Ex. xx. 2-5, se référant donc à Moïse seul (Ex. R. xlvii. 14).
Moïse refusa l’offre d’Elohîm de faire de lui l’ancêtre d’un grand peuple (Ex. xxxii. 10), craignant qu’on ne dise qu’il avait recherché sa propre gloire et non celle du peuple. Il se livra en fait à la mort pour le peuple (Ber. loc. cit.). Par amour pour les Israélites il se compta même parmi les pécheurs (comp. Isa. liii. 12), disant à Elohîm : « Ce veau pourrait être un dieu auxiliaire et aider à gouverner le monde. » Quand Elohîm le reprit de s’être égaré et d’avoir cru au veau d’or, il répondit : « Seigneur, pourquoi ta colère s’enflamme contre ton peuple ? » (Ex. xxxii. 11; Num. R. ii. 14; Deut. R. i. 2). Moïse expia le péché du veau; il expia même tous les péchés de l’humanité jusqu’à son époque, libérant les hommes de leur fardeau de péché (Yalk., Ki Tissa, 388, d’après les Tannaïm d’Élie). Cet ascription, ainsi que l’interprétation d’Isa. liii. comme se rapportant à Moïse (Sotah 14a), doit être soit attribuée à une influence chrétienne soit considérée comme une polémique contre les interprétations chrétiennes se référant à Yéhoshoua. Moïse aimait le peuple (Men. 65a, b) et montrait son affection en toutes occasions. Pendant la bataille contre Amalek, il s’assit sur une pierre et non sur un coussin qu’il aurait aisément pu se procurer, afin de manifester qu’il souffrait avec le peuple (Ta‘an. 11a). Quand il supplia Elohîm, avant sa mort, de rappeler le serment qu’Elohîm avait fait de ne point permettre qu’il entrât en Palestine, Elohîm répondit : « Si Je rappelle ce serment, Je rappellerai aussi le serment de ne point détruire Israël » ; Moïse dit alors : « Plutôt que Moïse et mille semblables périssent, qu’un seul des enfants d’Israël périsse » (Midr. Petirat Mosheh, dans Jellinek, « B. H. » i. 121). Moïse demanda que la Shekinah ne reposât en Israël que pour distinguer ce peuple parmi toutes les nations (Ber. 7a); que, s’ils péchaient et étaient pénitents, leurs péchés volontaires fussent regardés comme des transgressions (Yoma 35b); et que, lorsqu’Israël serait asservi par les nations, Elohîm protégerait les pieux et les saints d’Israël (B. B. 8a). Toutes les injures et calomnies que le peuple fit peser sur Moïse ne diminuèrent en rien son amour pour eux.
Les paroles « Ils regardaient après Moïse » (Ex. xxxiii. 8) reçoivent diverses interprétations. Selon une opinion, le peuple louait Moïse en disant : « Honneur à la mère qui l’a enfanté ; tous les jours de sa vie Elohîm lui parle ; il est consacré au service de Dieu. » Selon une autre opinion, ils le reprochaient et l’outrageaient ; ils l’accusaient d’adultère et chaque homme défendait sa femme de parler à Moïse. Ils disaient : « Voyez comme il est gras et fort ; il mange et boit ce qui appartient aux Juifs, et tout ce qu’il possède est pris au peuple. Celui qui a dirigé la construction du Tabernacle ne doit‑il pas devenir riche ? » (Sanh. 110a; Kid. 33b; Ex. R. li. 4; Shek. V. 13). Pourtant Moïse fut l’intendant le plus consciencieux (Ber. 44a) : bien qu’il eût la charge exclusive du travail, il fit constamment vérifier ses comptes par d’autres (Ex. R. li. 1). Il était toujours parmi les ouvriers, leur montrant comment exécuter leur besogne.
Lorsque tout fut prêt, Moïse monta seul le Tabernacle (Ex. R. lii. 3). Il rabattit la tente au‑dessus comme il seul pouvait le faire, étant dix coudées de haut (Shab. 92a). Pendant les sept jours de la consécration il démonta chaque jour le Tabernacle et le remonta sans aide. Quand tout fut achevé, il donna un compte détaillé des diverses dépenses (Ex. R. li. 4). Pendant les sept jours de la consécration, ou selon une autre version pendant les quarante années d’errance, Moïse officia comme grand-prêtre. Il fut aussi roi durant toute cette période. Lorsqu’il réclama ces deux offices pour sa descendance, Elohîm lui dit que la royauté était destinée à David et à sa maison, tandis que la grand-prêtrise était réservée à Aaron et à ses descendants (Ex. R. ii. 13; Lev. R. xi. 6; Zeb. 102a).
Tous les cycles légendaires conviennent pour dire que Moïse fut fort riche, probablement d’après Num. xvi. 15 (comp. Ned. 35a où cette interprétation est considérée comme incertaine) ; ils divergent cependant quant à l’origine de sa richesse. Selon l’un, il la reçut des présents et trésors donnés par les Éthiopiens lorsqu’ils lui ôtèrent la couronne (« D. Y. » loc. cit.). Selon une autre, Jethro lui donna une forte somme en dot lors du mariage avec Tsippora (« M. W. » loc. cit.). Une autre narration rapporte que Moïse obtint une part considérable du butin pris à Pharaon puis, plus tard, à Siḥon et Og (Lev. R. xxviii. 4). En contraste avec ces versions qui attribuent sa richesse à des moyens naturels, deux autres traditions rapportent qu’elle fut miraculeuse : l’une affirme qu’il devint riche par le brisement des tables, faites de saphirs (Ned. 35a) ; l’autre qu’Elohîm lui montra dans sa tente une fosse remplie de pierres précieuses (Yalk., Ki Tissa, 39b).
Moïse se distingua également par sa force et sa beauté. Il mesurait, comme on l’a dit, dix coudées de haut et était d’une grande puissance. Dans la bataille contre Og, Moïse fut le seul capable de tuer ce roi (Ber. 54b; voir Og dans la littérature rabbinique). Son visage était entouré d’un halo (comp. Ex. xxxiv. 29-35) ; on dit que ce halo lui fut donné en récompense d’avoir caché son visage lorsqu’il rencontra Dieu dans le buisson ardent (Ex. iii. 2-6; Ber. 7a), ou qu’il le reçut de la caverne dans l’échancrure du rocher (comp. Ex. xxxiii. 22), ou encore des tables qu’il avait saisies pendant qu’Elohîm tenait un côté et les anges l’autre. Une autre légende affirme qu’une goutte de l’encre merveilleuse avec laquelle il écrivit la Torah resta sur la plume et, en touchant sa tête avec ladite plume, il reçut son halo (Ex. R. xlvii. 11).
Moïse fut appelé le “père de la sagesse” en raison de sa grande sagacité (Meg. 13a; Lev. R. i. 15). Il possédait quarante-neuf des cinquante divisions de la sagesse (R. H. 21b; Ned. 35a). Il résolut la question pourquoi les pieux sont parfois infortunés tandis que les pécheurs prospèrent (Ber. 7a). Il voulut aussi connaître la récompense des bonnes œuvres dans l’autre monde, mais cela ne lui fut pas révélé (Yalk., Ki Tissa, 395). La piété ne lui était point onéreuse (Ber. 33b). Ses prières étaient exaucées immédiatement (Gen. R. lx. 4). Sa renommée était telle que son autorité équivalait à celle d’un sanhédrin entier de soixante et onze membres (Sanh. 16b), voire à celle de tout Israël (Mek., Beshallah, Shir, 1 [éd. Weiss, p. 41a]).
Outre le Pentateuque, Moïse aurait aussi écrit le Livre de Job et certains Psaumes. Il introduisit encore nombre de règlements et institutions (Shab. 30a; comp. Ber. 54; Ta‘an. 37; Meg. 4; Yeb. 79; Mak. 24). En raison de l’excellence de sa prophétie, on l’appelle « le père », « le chef », « le maître » et « le choisi des Prophètes » (Lev. R. i. 3; Esth. R. i.; Ex. R. xxi. 4; Gen. R. lxxvi. 1). Alors que tous les autres prophètes cessèrent parfois de prophétiser, Moïse continua de parler avec Elohîm et de prophétiser toute sa vie (Ex. R. ii. 13); et tandis que tous les autres voyaient leurs visions comme à travers des lentilles ternes ou multiples, Moïse voyait clair à travers un seul verre finement poli (Yeb. 49b; Lev. R. i. 14). Balaam le surpassa en prophétie en deux points : (1) Balaam savait toujours quand Elohîm allait lui parler, tandis que Moïse ne le savait pas d’avance; (2) Balaam pouvait parler à Elohîm quand il le voulait, ce que Moïse ne pouvait pas. Selon une autre tradition (Num. R. xiv. 34), cependant, Moïse pouvait aussi parler à Elohîm autant qu’il le souhaitait. Le fait qu’Elohîm lui parlât quelquefois inopinément incita Moïse à renoncer à la vie domestique et à vivre séparé de sa femme (Shab. 87a).
La modestie de Moïse est illustrée par maints exemples dans la Haggadah (comp. Num. xii. 3). Quand Elohîm montra R. Akiba et son érudition, Moïse dit : « Si Tu as un tel homme, pourquoi me révèles‑Tu la Torah ? » (Men. 39b; voir aussi Akiba). Quand Satan demanda à Moïse où était la Torah que Elohîm lui avait donnée, Moïse répondit : « Qui suis‑je ? Suis‑je digne de recevoir la Torah d’Elohîm ? » Lorsqu’Elohîm l’interrogea sur cette dénégation, il répondit : « Comment puis‑je réclamer ce qui est à Toi et qui est Ton bien‑aimé ? » Elohîm dit alors : « Puisque tu es si humble, la Torah portera ton nom, la ‘Torah de Moïse’ » (Shab. 89a ; comp. Mal. iii. 33). La modestie de Moïse ne lui permit jamais de se mettre en avant (p. ex. pour la libération d’Israël, pour la séparation de la mer, ou en rapport avec le Tabernacle) jusqu’à ce qu’Elohîm lui dise : « Jusque quand te laisseras‑tu abaisser ? Le moment est venu pour toi ; tu es l’homme qu’il faut » (Lev. R. i. 15). Lorsqu’il commettait une erreur ou oubliait quelque chose, il n’avait point honte de l’avouer (Zeb. 101a). Dans ses prières il invoquait toujours les mérites d’autrui, quoique tout lui fût accordé en raison de son propre mérite (Ber. 10b). Quand on lui présente la coupe lors du banquet des justes dans l’autre monde pour qu’il récite la bénédiction, il déclare : « Je ne suis pas digne de dire la bénédiction, car je n’ai pas mérité d’entrer dans la terre d’Israël » (Pes. 119b). Le fait que Moïse, le chef éminent d’Israël, qui pria sans cesse pour le peuple et prit part à ses douleurs (Num. R. xviii. 5), et pour l’amour de qui la manne tomba du ciel et les nuées protectrices et le puits miraculeux revinrent après la mort d’Aaron et Miriam (Ta‘an. 9a), ne pût partager ni les joies d’Israël ni entrer dans la terre promise fut un problème pour la Haggadah, qui offrit diverses explications.
Moïse désirait entrer dans la terre promise surtout parce que plusieurs commandements donnés par Elohîm ne pouvaient être observés qu’en ce lieu, et il voulait accomplir tous les commandements. Elohîm, cependant, déclara qu’Il le considérait comme ayant accompli tous les commandements et qu’Il le récompenserait en conséquence (Sotah 14a). Moïse pria en vain d’être autorisé à entrer dans la terre promise ne fût‑ce que pour un moment ; car Elohîm avait décrété qu’il ne devait point entrer ni vivant ni mort dans le pays. Selon une opinion, cette sentence fut une punition pour les paroles qu’il adressa autrefois à Elohîm : « Pourquoi as‑Tu traité si mal ce peuple ? » (Ex. v. 22; Ex. R. v. 27). Selon une autre version, la punition vint de ce qu’il eut un jour renié silencieusement sa nationalité. Quand Moïse avait secouru les filles de Jethro au puits, celles‑ci l’emmenèrent chez leur père en le faisant attendre dehors pendant qu’elles entraient annoncer qu’un Égyptien les avait secourues (Ex. ii. 19); Moïse, entendant cela, se garda de les corriger, dissimulant qu’il était hébreu (« M. W. » loc. cit.). Il existe encore une autre explication : il n’aurait pas été glorieux que celui qui fit sortir 600 000 personnes d’Égypte fût le seul à entrer en Palestine, tandis que tout le peuple devait mourir dans le désert (comp. Num. xiv. 28-37). De plus, Moïse devait mourir avec la génération qu’il avait fait sortir d’Égypte afin de pouvoir les conduire de nouveau dans le monde futur (Num. R. xix. 6). En déniant ces motifs, une autre explication fondée sur l’Écriture est que Moïse et Aaron ne furent pas admis à entrer dans la terre promise parce qu’ils n’eurent pas la confiance requise en Elohîm lorsqu’ils frappèrent le rocher pour en faire jaillir l’eau (Num. XX. 12). Moïse demanda que cette faute fût consignée dans la Torah (Num. xx. 12) afin qu’on n’attribuât pas d’autres erreurs à son égard (Num. R. loc. cit.). Cette histoire de son manque de pleine confiance en Elohîm, au moment de faire jaillir l’eau, est enrichie de nombreux détails dans les légendes.
Moïse veilla à ne point exciter le peuple pendant les quarante ans d’errance, car Elohîm avait juré qu’aucun de la génération sortie d’Égypte ne verrait la terre promise (Deut. i. 35). Quand il alla faire jaillir l’eau, il ne sut exactement de quelle roche elle sortirait. Le peuple s’impatienta et déclara qu’il n’y avait point de différence entre les rochers et qu’il devait pouvoir faire jaillir l’eau de n’importe lequel. Irrité, il répondit : « Révoltés ! » (Num. XX. 10) ou, selon le Midrash, « Fous ! » (D’no) ; Elohîm lui déclara : « Puisque tu es si savant, tu n’entreras point dans la terre avec des fous. » Selon une autre légende, Moïse se mit en colère parce que quelques-uns disaient que, comme ancien berger chez Jethro, il savait, comme tous les bergers, où trouver l’eau dans le désert, et qu’il cherchait à tromper le peuple en feignant d’opérer un miracle (Midr. Petirat Aharon, dans Jellinek, loc. cit. i. 93 et seq.; Num. R. xix. 5; Yalk., Hukkat, 763).
Quand Moïse apprit que Aaron aussi devait mourir, il s’attrista et pleura tant que cela causa sa propre mort imminente, selon la légende (Midr. Petirat Aharon, loc. cit.). Cette histoire ainsi que l’idée d’une mort précoce de Moïse (Yoma 87a) se fondent peut‑être sur Deut. xxxiv. 7, qui affirme qu’il conserva toutes ses facultés jusqu’à la fin; mais elles contredisent d’autres versions sur les détails de sa mort (voir ci‑dessous). Lorsque Moïse conduisit Aaron à la montagne où celui-ci devait mourir et annonça sa mort, il le consola en disant : « Toi, mon frère, tu mourras et laisseras ton office à tes enfants ; quand je mourrai, un étranger héritera de mon office. Quand tu mourras, tu me laisseras veiller à ta sépulture ; quand je mourrai, je ne laisserai ni frère, ni sœur, ni fils pour m’ensevelir » (Midr. Petirat Aharon, loc. cit.; Num. R. xix. 11; Yalk., Num. 763, 787) — car les fils de Moïse moururent avant lui (comp. la note dans « Zayit Ra'anan » à Yalk., Num. 787). Quand Moïse vit la mort paisible et tranquille d’Aaron, il voulut une fin semblable pour lui (ib.). Après la mort d’Aaron, on accusa Moïse d’en être l’auteur par jalousie ; mais Elohîm le disculpa par miracle (Yalk., Num. 764).
Lorsque Moïse voulut prendre vengeance sur Madian avant sa mort (comp. Num. xxxi.), il ne prit pas part lui‑même à la guerre parce qu’il avait naguère séjourné à Madian et y avait reçu des bienfaits (Num. R. xxii. 4). Quand Zimri amena la Midianite Kozbi devant Moïse (Num. XXV. 6), demandant à épouser la jeune femme, et que Moïse refusa, Zimri lui reprocha d’avoir lui‑même épousé la Midianite Tsippora (Sanh. 82a). Plus tard aussi on reprocha à Moïse ce mariage ; les Rabbins disaient qu’en conséquence il fut l’ancêtre de Jonathan, le prêtre de l’idole de Micah (Juges xviii. 30; B. B. 109b). Elohîm révéla à Moïse, avant sa mort, toutes les générations à venir, leurs chefs et leurs sages, ainsi que les saints et les pécheurs. Quand Moïse vit Saül et ses fils périr par l’épée, il pleura que le premier roi d’Israël eût un tel sort (Lev. R. xxvi. 7). Quand Elohîm lui montra l’enfer il en fut effrayé ; mais Elohîm lui promit qu’il n’irait point en ce lieu (Num. R. xxiii. 4). Il vit aussi le paradis. Une description détaillée des pérégrinations de Moïse à travers le paradis et l’enfer se trouve dans l’apocalypse Gediillat Mosheh (Salonique, 1727; voir Jewish Encyclopedia i. 679).
Les traditions s’accordent pour dire que Moïse mourut le 7 Adar, jour de sa naissance, à l’âge de 120 ans (Meg. 13; Dick., Beshallah, Wayassa*, 5 [éd. Weiss, p. 60a]; comp. Josèphe, Ant. iv. 8, § 49), l’ange de la mort n’étant pas présent (B. B. 17a). Mais les récits anciens et ultérieurs diffèrent sensiblement dans la description et les détails de cet événement. Les premiers présentent la mort du héros comme une fin digne et pacifique, survenue de manière miraculeuse ; le héros l’accueille avec piété et résignation. Il monte le mont Abarim en compagnie des anciens du peuple, de Josué et d’Eléazar ; tandis qu’il converse avec eux, un nuage l’enveloppe soudain et il disparaît. Par modestie il aurait voulu que l’on comprît qu’il mourut naturellement et non qu’Elohîm l’eût enlevé vivant au ciel en récompense de sa piété (Josèphe, loc. cit.). L’événement est décrit d’une façon quelque peu différente mais tout aussi simple dans Sifre, Deut. 305 (éd. Friedmann, p. 129b). L’idée que Moïse ne mourut point du tout se retrouve dans Sotah 13b. Lorsque l’ange de la mort, envoyé par Elohîm à Moïse, apparut et dit : « Donne‑moi ton âme », Moïse le réprimanda : « Tu n’as pas même droit d’apparaître où je suis assis ; comment oses‑tu me dire que je te donnerai mon âme ? » L’ange rapporta cette réponse à Elohîm. Quand Elohîm envoya l’ange une seconde fois, il se rendit à l’endroit où Moïse avait été, mais celui‑ci était parti. Il alla alors à la mer, qui déclara ne l’avoir point vu depuis qu’il avait fait passer les enfants d’Israël. L’ange visita montagnes et vallées, qui lui dirent qu’Elohîm avait caché Moïse, le conservant pour la vie future, et qu’aucune créature ne savait où il se trouvait.
Ce récit simple du vieux midrash suit de près la Bible, faisant parler montagnes et vallées parce que, selon Deut. xxxiv. 1-6, Moïse mourut sur la montagne et fut enterré dans la vallée. Dans les légendes ultérieures la mort de Moïse est narrée plus fantaisistement, avec bien des détails merveilleux; mais au lieu d’en faire un héros magnifié, certaines descriptions le rabaissent involontairement en lui attribuant des traits de faiblesse et de crainte, loin de la grandeur d’âme qu’on attendrait de lui.
Quand Elohîm dit à Moïse qu’il devait mourir, Moïse répondit : « Dois‑je mourir maintenant, après toutes mes peines avec le peuple ? J’ai vu leurs souffrances; pourquoi ne devrais‑je pas voir leurs joies ? Tu as écrit dans la Torah : ‘Au jour de son travail tu lui donneras son salaire’ (Deut. xxiv. 15); pourquoi ne me donnes‑Tu pas la récompense de ma peine ? » (Yalk., Deut. 940; Midr. Petirat Mosheh, dans Jellinek, « B. H. » i. 115-129). Elohîm lui assura qu’il recevrait sa récompense dans l’au‑delà. Moïse demanda pourquoi il devait mourir ; Elohîm lui enuméra certaines fautes méritant la mort, l’une d’elles étant le meurtre de l’Égyptien (Ex. ii. 12 ; Midr. Petirat Mosheh, loc. cit.). Selon une autre version, Moïse dut mourir afin qu’il ne fût pas pris pour un dieu (ib.). Moïse s’affola (Yalk., Wa’ethanan, 814) et dit qu’il voudrait vivre comme les bêtes des champs et les oiseaux, qui se nourrissent jour après jour uniquement pour rester en vie (Yalk., Deut. 940). Il proposa de renoncer à l’entrée dans la terre promise et de demeurer auprès des tribus de Ruben et de Gad à l’est du Jourdain, pourvu de rester vivant. Elohîm répondit que cela ne pouvait être, car le peuple abandonnerait Josué pour revenir à Moïse (Midr. Petirat Mosheh, loc. cit.). Moïse demanda alors qu’un de ses fils ou un fils d’Aaron lui succédât (ib. et Num. R. xxi. 15). Elohîm répondit que ses enfants ne s’étaient point dévoués à la Loi, tandis que Josué avait fidèlement servi Moïse et appris de lui; Josué méritait donc de le remplacer (ib.). Moïse dit ensuite : « Peut‑être dois‑je mourir uniquement parce que le temps est venu pour Josué d’entrer en charge. Si Josué devient maintenant chef, je le traiterai comme mon maître et je le servirai, pourvu que je reste en vie. » Moïse servit alors Josué et lui rendit les honneurs dus à un maître de son disciple. Il fit cela pendant trente-sept jours, du premier de Chebat au septième d’Adar. Le septième jour il accompagna Josué à la tente de l’assemblée; en le voyant y entrer tandis que lui-même demeurait dehors, il fut pris de jalousie et dit qu’il valait cent fois mieux mourir que d’éprouver une telle douleur une seule fois. Les trésors de la sagesse furent alors retirés de Moïse et donnés à Josué (comp. Sotah 13b). Une voix céleste s’écria : « Apprenez de Josué ! » Josué prononça un discours que Moïse ne comprit point; lorsque le peuple demanda que Moïse complète la Torah, il répondit : « Je ne sais comment vous répondre », chancela et tomba. Il déclara : « Seigneur du monde, jusqu’ici je désirais vivre ; à présent je suis prêt à mourir. » L’ange de la mort, craignant de prendre son âme, vit Elohîm descendre Lui‑même, accompagné de Gabriel, Michaël et Zagziel, l’ancien maître de Moïse, pour la recueillir. Moïse bénit le peuple, demanda pardon pour toute offense et prit congé en assurant qu’il les reverrait lors de la résurrection des morts. Gabriel arrangea la couche, Michaël étendit une couverture de soie, Zagziel mit un oreiller de soie sous la tête de Moïse. Sur l’ordre d’Elohîm, Moïse croisa les mains sur la poitrine et ferma les yeux ; Elohîm prit son âme d’un baiser. Ciel et terre et le monde des astres se mirent alors à pleurer la perte de Moïse (Midr. Petirat Mosheh, loc. cit.; Yalk., Deut. 940; Deut. R. xi. 6). Bien que Moïse mourût sur le territoire de la tribu de Ruben, il fut enterré dans celui de Gad à un endroit éloigné de quatre milles du lieu de sa mort. Il fut transporté cette distance par la Shekinah, tandis que les anges lui disaient qu’il avait exercé la justice d’Elohîm (Deut. xxxiii. 22). En même temps la bat kol retentit dans le camp : « Moïse, le grand maître d’Israël, est mort ! » (Sotah 13b).
Elohîm lui‑même enterra Moïse (Sotah 14a; Sanh. 39a) dans une tombe préparée pour lui au crépuscule du vendredi, le sixième jour de la Création (Pes. 54a). Ce sépulcre se trouve en face de Beth‑Peor (Deut. xxxiv. 6), en expiation du péché d’Israël commis avec l’idole Peor (Sotah 14a). Pourtant il ne peut être découvert ; car, pour qui se tient sur la montagne, il semble être dans la vallée ; et pour qui descend dans la vallée, il paraît être sur la montagne (ib.).
Bibliographie : B. Beer, Leben Moses, nach Auffassung der Judischen Sage, in Jahrb. für Gesch. der Jud. iii. 1 et seq. ; M. Grünbaum, Neue Beiträge zur Semitischen Sagenkunde, pp. 15-85, Leyde, 1893.
W. B. J. Z. L.
