Définition dans Jewish Encyclopedia
Mont Sinaï
SINAI, MOUNT
Données bibliques : Mont situé dans le désert du Sinaï, fameux pour son lien avec la promulgation de la Loi par Elohîm par l'entremise de Moïse (Exode xix. 1-xx. 18). L'opinion générale des savants modernes est que le nom « Sinai » dérive du nom du dieu lunaire babylonien Sin. Le mont Sinaï est souvent appelé « la montagne » (c.-à-d. la montagne par excellence), « la montagne d'Elohim » (Hebr.), et « la montagne de Yiiwii » (Hebr.; Ex. iii. 1, iv. 27, xviii. 5, xix. 2, et passim), et dans bien d'autres passages il est nommé « Horeb » (Ex. iii. 1; Deutéronome i. 2, et passim). Le texte biblique semble indiquer que ce dernier était son nom propre, tandis que « Sinai » s'appliquait au désert. D'après une théorie, Sinai et Horeb sont les noms de deux éminences appartenant à la même chaîne; si tel est le cas, la chaîne devint importante dans l'histoire des Hébreux quelque temps avant la promulgation de la Loi. Lorsque Moïse conduisit les troupeaux de son beau‑père au désert et vint « à la montagne d'Elohim, c'est‑à‑dire à Horeb », un ange lui apparut du sein d'un buisson enflammé, puis Elohîm lui‑même parla à Moïse, lui disant que l'endroit où il se tenait était du sol sacré, préfigurant ainsi le grand événement qui devait s'y accomplir.
Depuis ce mont Elohîm persuada Moïse d'aller trouver Pharaon et de délivrer les Israélites de son joug. Après l'Exode, quand les Israélites campés à Réphidim souffraient de soif, Moïse, sur l'ordre d'Elohîm, frappa un rocher et fit jaillir l'eau à Horeb (Ex. xvii. 6).
Ayant campé devant le mont Sinaï, il fut dit aux Israélites que c'est de cette montagne qu'ils recevraient les commandements d'Elohîm, et qu'ils entendraient Sa voix même. On leur ordonna de consacrer trois jours à la préparation de cette solennité, car au troisième jour Elohîm descendrait sur la montagne aux yeux de tout le peuple. Moïse fixa une limite jusque‑où ils pouvaient s'approcher, et ils furent interdits — sous peine de mort — même de toucher la montagne. Au troisième jour la montagne fut enveloppée d'un nuage; elle trembla et fut remplie de fumée lorsqu'Elohîm y descendit, tandis que des éclairs jaillissaient et que le fracas du tonnerre se mêlait aux sons des trompettes. Puis Moïse parut sur elle et promulgua les Dix Commandements; ensuite Elohîm lui prescrivit maintes lois qui forment une partie du Pentateuque (Ex. xix. 1-xxiii. 33). Plus tard, Moïse, Aaron, Nadab, Abihu et soixante‑dix anciens d'Israël montèrent ensemble sur la montagne, où ils virent le Dieu d'Israël. Le mont Sinaï fut alors enveloppé d'un nuage pendant six jours, tandis qu'en son sommet on vit un feu, emblème d'Elohîm, brûler. Le septième jour, Elohîm commanda à Moïse de monter sur la montagne pour recevoir les tables de la Loi; il y demeura quarante jours et quarante nuits (Ex. xxiv. 9-10, 10-18). Le Cantique de Moïse évoque la solennelle promulgation de la Loi au mont Sinaï (Deutéronome xxxiii.2); de même le Cantique de Déborah (Juges v.) déclare que la « terre trembla », que les « cieux répandirent de l'eau », et que les « montagnes fondirent » (comp. Ps. lxviii. 9, 17).
Horeb réapparaît plus tard comme le lieu où Élie se retira après que Jézabel eut massacré les prophètes de Y nwii (1 Rois xix. 8 et sq.).
Dans la littérature rabbinique : Les Rabbins considèrent « Sinai » et « Horeb » comme deux noms d'une même montagne, laquelle avait en outre trois autres noms : (1) « Har ha‑Elohim » (= « la montagne d'Elohim »), les Israélites y ayant reçu la connaissance de la divinité d'Elohîm; (2) « Har Bashan », le dernier mot étant interprété comme s'il était « beshen » (= « avec les dents »), c.-à‑d. que l'humanité, par la vertu de cette montagne, obtient sa subsistance; et (3) « Har Gabnunim » (= « une montagne pure comme le fromage »). Les noms « Horeb » et « Sinai » sont interprétés respectivement comme « la montagne de l'épée », parce que par cette montagne le Sanhédrin acquit le droit de prononcer la peine capitale, et « hostilité », en ce sens que la montagne était hostile aux païens (Ex. R. ii. 6). Sotah 89a,b donne encore quatre autres noms de Sinai : « Zin », « Kadesh », « Kedomot » et « Paran », mais affirme que son nom originel était « Horeb » (comp. Midr. Different Abkir, cité dans Yalk., Ex. 169); selon Pirqe R. El. xli., il n'acquit le nom « Sinai » qu'après que Elohîm lui eut apparu dans le buisson (« seueh »; comp. Sinai, Données bibliques).
Cependant Sinai acquit sa plus grande importance par la promulgation de la Loi. La descente d'Elohîm sur la montagne fut la sixième de Ses descentes du ciel (Pirke K. El. xiv.). Il avait auparavant mesuré toutes les montagnes, et Son choix se porta sur Sinai parce qu'elle était plus basse que les autres. Alors les autres montagnes, en particulier le Tabor et le Carmel, commencèrent à se disputer, chacune prétendant devoir être le lieu de la remise de la Torah. Elohîm leur dit toutefois : « Ne dispute pas; vous êtes toutes indignes de cette occasion, car des idoles ont été placées sur vous toutes sauf Sinai » (Sotah 5a; Mek., Yitro, Bahodesh, 4; Gen. R. xcix. 1; Lev. R. xiii. 2; Num. R. xiii. 5). En se référant à Exode xix. 17, Mek., l.c. 3 conclut que la montagne fut arrachée à sa fondation et que les Israélites furent placés juste au‑dessous d'elle (mais voir Shab. l.c.). La montagne n'était pas très vaste, et lorsque Elohîm y descendit Il était accompagné de 22 000 légions d'archanges et d'un nombre égal de chars, scène analogue à celle vue par Ézéchiel. Elohîm ordonna en outre que la montagne se déployât d'elle‑même, afin d'être capable de recevoir une telle hoste (Tan., Zaw, 16). Pour concilier Ex. xix. 20 (où il est dit que Elohîm descendit sur la montagne) avec ib. xx. 22 (qui déclare que Elohîm parla aux Israélites depuis les cieux), les Rabbins soutiennent qu'Elohîm abaissa les cieux et les étendit sur Sinai (Mek., l.c. 4). Une assertion semblable apparaît dans Pirke R. El. xli., à savoir que la montagne fut retirée de sa fondation et que les cieux furent fendus, le sommet de la montagne s'étendant dans l'ouverture. Moïse, se tenant sur Sinai, put ainsi voir tout ce qui se passait dans les cieux.
Depuis lors le mont Sinaï est devenu synonyme de sainteté (Yalk., Ps. 785). Sinai et Moriah sont les deux montagnes sacrées, par la vertu desquelles le monde subsiste (Midr. Teh. au Ps. lxxxvii.). Après l'avènement du Mashiah, Elohîm rassemblera Sinai, Carmel et Tabor, et bâtira le Temple sur elles; et toutes trois chanteront en chœur Ses louanges (Yalk., Isa. 39:1, citant la Pesiqta, Midr. Teh. l.c.). Rabbah bar bar Hana raconte que, voyageant dans le désert, un Arabe lui montra le mont Sinaï. Il était entouré d'un scorpion dressant sa tête; et Rabbah entendit une Bat Kol crier : « Malheur à moi d'avoir juré ! Car qui pourra désormais rendre mon serment sans effet ? » (B. B. 74a).
W. N. M. Sel.
