Définition dans Jewish Encyclopedia
Manassé
MANASSEH
1. L’aîné des deux fils nés avant la famine de Joseph et d’Osnath, fille du sacrificateur d’Héliopolis (Genèse xii. 50-51, xlvi. 20). L’étymologie biblique, faisant dériver son nom de (="oublier"), le fait signifier « Celui qui fait oublier », et l’explique dans le passage « Elohîm . . . m’a fait oublier tout mon travail » (ib. xliii. 51). Selon Genèse xlviii. 5, Manasseh et Éphraïm furent mis par le patriarche Jacob sur un pied d’égalité avec Ruben et Siméon en tant que chefs de tribus distinctes. Dans la bénédiction prononcée par Jacob sur les têtes de Manasseh et d’Éphraïm, Manasseh, bien que l’aîné, fut placé en position subordonnée à Éphraïm (ib. xlviii. 14). La tradition ne précise pas ce qui causa la préférence de Jacob pour Éphraïm (voir Éphraïm et Droit de l’aîné). Nonobstant cette subordination, la bénédiction de Manasseh ne devait pas être méprisée. Manasseh, comme Éphraïm, devait être protégé par « l’Ange qui racheta » Jacob de tout mal, et devait croître en un grand peuple (Gen. xlviii. 16, 19). Parce que Genèse xlviii. 20 lit « sur toi Israël bénira, en disant: Elohîm te fasse comme Éphraïm et comme Manasseh », la phrase « Elohîm te fasse comme Éphraïm et comme Manasseh » a trouvé place dans la bénédiction que les parents juifs prononcent sur leurs fils à la veille du Shabbat et des fêtes. I Chroniques vii. 14 rapporte que Manasseh épousa une concubine syrienne. Les Targums Jerushalmi et le pseudo-Jonathan à Genèse xlii. 23 affirment que Manasseh fut intendant dans la maison de Joseph, servit d’interprète pour Joseph lorsque ce dernier parlait à ses frères, et posséda une force physique extraordinaire, qu’il manifesta lors de l’emprisonnement de Siméon.
j. W. R.
2. Une des douze tribus d’Israël qui reçut une portion dans la terre de Canaan ; son éponyme était un fils de Joseph. Au temps de l’Exode Manasseh comptait 32 200 âmes (Nombres i. 35, ii. 21) contre 40 500 pour Éphraïm (Nombres i. 32-33, ii. 19) ; avant l’entrée d’Israël en Canaan quarante ans plus tard, Manasseh avait augmenté à 52 700 (Nombres xxvi. 34), tandis qu’Éphraïm était tombé à 32 500 (Nombres xxvi. 37). Cela plaça Manasseh au sixième rang par importance numérique, les tribus plus nombreuses étant Juda, Issacar, Zabulon, Dan et Aser.
Pendant la marche à travers le désert du Sinaï, la position de Manasseh, avec Éphraïm et Benjamin, était sur le côté occidental du Tabernacle (Nombres ii. 18-24) ; le chef de la tribu était Gamaliel, fils de Pedaazur (Nombres i. 10, ii. 20, vii. 54).
Les Targums de Jérusalem et le pseudo-Jonathan à Nombres ii. 18 rapportent que l’étendard des trois tribus de Rachel révélait la figure d’un garçon, avec l’inscription : « La nuée du YHWH se reposa sur eux jusqu’à ce qu’ils sortissent du camp » ; et le Talmud mentionne que la bannière tribale de Manasseh, pendant la marche vers la Terre Promise, consistait en un drapeau noir portant la figure brodée d’une licorne. Parmi les douze éclaireurs envoyés par Moïse pour rendre compte de Canaan, Manasseh fut représenté par Gaddi, fils de Husi (Nombres xiii. 11). On attribue à Manasseh la promulgation d’ordonnances réglant la possession de biens en Canaan par les filles lorsqu’un père était mort sans fils ; le cas particulier concernait les filles de Tsélofhad (Nombres xxvii. 1-8).
Manasseh fut vaillant. Il prit une part proéminente dans la défaite des autochtones rencontrés des deux côtés du Jourdain. On fait référence à sa prouesse en Nombres xxxii. 39 ; Deutéronome iii. 14 ; Josué xvii. 1 ; et particulièrement en I Chroniques v. 18-22. Ses guerriers Machir, Jair et Nobah conquirent les districts les plus difficiles, Argob et les collines de Galaad. Les chefs intrépides Gédéon, qui avec une petite armée vainquit les Madianites (Juges vi. 15), et Jephté, qui vainquit les Ammonites (Juges xi.), appartenaient à Manasseh.
Le territoire habité par Manasseh s’étendait des deux côtés du Jourdain. La partie située à l’est du Jourdain fut acquise après la conquête de Galaad (Nombres xxxii.) et fut demandée au motif qu’elle convenait spécialement à l’élevage du bétail — le même argument que celui avancé par Ruben et Gad pour préférer cette section de Canaan. Les limites de Manasseh oriental et occidental ne peuvent être données avec exactitude. Le territoire de Manasseh oriental s’étendait probablement du Jabbok au Mont Hermon (sa portion septentrionale comprenant Argob et Bashan), tandis que Manasseh occidental s’étendait d’Éphraïm, situé directement au sud, jusqu’aux pentes du mont Carmel (comp. Josué xvii. 15 : « Monte donc au pays boisé »).
Bien que plus nombreux qu’Éphraïm peu avant la conquête de Canaan, Manasseh ne se comparut pas à Éphraïm en richesse, puissance et peuplement dans les temps postérieurs ; l’ouest de Manasseh n’expulsa jamais complètement les indigènes (Josué xvii. 12 ; Juges i. 27).
Au moment de l’avènement de David, Manasseh occidental envoya à Hébron 18 000 hommes, et Manasseh oriental 120 000 — les Rubenites et Gadites compris. Après cet événement Manasseh oriental disparaît progressivement et Manasseh occidental perd en prestige, bien que les deux sections aient eu des gouvernants séparés ; Joël, fils de Pedaïa, gouvernait la seconde, et Iddo, fils de Zacharie, gouvernait la première (I Chroniques xxvii. 20-21).
Manasseh intervient lors de la renaissance sous Asa ; dans la célébration de la Pâque du temps d’Ézéchias ; dans l’attaque subséquente contre l’idolâtrie ; dans la réforme instituée par Josias ; et dans la restauration du Temple (II Chroniques xv. 9 ; xxx. 1, 10-11, 18 ; xxxi. 1 ; xxxiv. 6, 9).
Comme Ruben et Gad, Manasseh perdit finalement son identité ; il devint assimilé aux habitants du pays, dont il prit les idolâtries. « Les fils de Manasseh transgressèrent contre Elohîm de leurs pères, et allèrent adorer après les dieux des peuples du pays, que Elohîm avait détruits devant eux » (I Chroniques v. 25). Dans Ps. lx. 9 (Version Autorisée King James, v. 7) et cviii. 8 Manasseh est appelé une possession fort précieuse.
j. W. R.
3. Selon 2 Rois xxi. 1, Manassé, successeur d’Ézéchias sur le trône de Juda, n’était qu’un enfant de douze ans à la mort de son père. Son règne de cinquante-trois ans est le plus long consigné dans les annales de Juda. Il ne fait aucun doute que Sennachérib, roi d’Assyrie, retourna dans sa capitale du temps d’Ézéchias (2 Rois xix. 36), considérant Juda comme une province conquise et payant tribut ; et il en fut ainsi sous les règnes d’Esarhaddon et d’Assurbanipal, ses successeurs sur le trône d’Assyrie. Dans leurs inscriptions publiées Manassé de Juda est mentionné explicitement comme roi vassal (Schrader, “K. B.” ii. 148, 238). Que ces souverains aient nourri un intérêt réel pour leur domaine occidental est montré par l’installation de colons en Samarie (Esdras iv. 2, 9-10). Chacun d’eux envahit et pilla l’Égypte et mena des sièges prolongés contre les villes fortes de Phénicie.
Dans 2 Rois, écrit dans le siècle environ qui suit la mort de Manassé, il n’y a aucune allusion à une révolte. Le Chroniste, toutefois, déclare (2 Chroniques xxxiii. 11) qu’en conséquence de l’infidélité délibérée de Juda Elohîm amena sur la nation « les capitaines de l’armée du roi d’Assyrie », qui prirent Manassé en captivité à Babylone. De là, s’étant sincèrement repenti, il retrouva son trône, où il manifesta la sincérité de son changement de cœur en s’adonnant à des mesures de défense, d’administration et de réforme religieuse. Harmoniser le témoignage du Chroniste avec celui des écrits hébreux contemporains est encore plus difficile. L’urgence, aux jours de Josias, successeur immédiat de Manassé, était la réforme religieuse ; Jérémie déclara (xv. 4 ; comp. 2 Rois xxiii. 26) que les péchés de Manassé devaient encore être expiés.
L’auteur des Rois met l’accent sur trois éléments déplorables du règne de Manassé : la réaction religieuse qui suivit immédiatement son avènement ; son extension par l’adoption libre de cultes étrangers ; et la persécution amère du parti prophétique. Pendant le demi-siècle de son règne, le culte populaire fut un mélange de cultes nationaux et étrangers, dont l’influence fut lente à disparaître (Ézéchiel viii.).
Une telle réaction entraîna la persécution de ceux qui avaient vivement condamné le syncrétisme populaire. Les prophètes furent mis à mort (Jér. ii. 30). « Le sang des innocents » teinta les rues de Jérusalem (2 Rois xxiv. 4). Pendant de nombreuses décennies, ceux qui sympathisaient avec les idées prophétiques vécurent dans un péril constant.
j. F. K. S.
4. Fils de Jo’hanan le grand-prêtre et frère de Jaddua ; il épousa Nicaso, fille de Sanballat (Josèphe, “Ant.” xi. 7, § 2). Dans Néhémie xiii. 28 il est désigné comme « l’un des fils de Joiada, fils d’Éliashib le grand-prêtre », sans être nommé. Il est en outre dit (ib.) que, en raison d’être le gendre de Sanballat, Néhémie l’avait déposé du sacerdoce.
Josèphe décrit ce fait plus en détail. Il rapporte que le grand-prêtre Jaddua, frère de Manassé, fut lui-même indigné contre Manassé à cause de son mariage avec une femme étrangère, et, se joignant au peuple de Jérusalem, il donna à Manassé l’alternative : divorcer de sa femme ou quitter le sacerdoce. Manassé alla trouver Sanballat et lui déclara que malgré son amour pour sa femme il préférait conserver la dignité sacerdotale. Sanballat lui promit que s’il gardait sa femme il lui obtiendrait du roi la dignité de grand-prêtre. Il promit encore qu’avec l’approbation du roi il bâtirait un temple sur le mont Garizim, où Manassé officierait comme grand-prêtre. Manassé resta donc auprès de son beau-père et devint grand-prêtre dans le temple samaritan du mont Garizim (“Ant.” xi. 8, §§ 2-4). Toujours, Josèphe affirme (ib. xii. 4, § 1) que Manassé officia comme grand-prêtre à Jérusalem entre le sacerdoce de son neveu Éléazar et celui d’Onias II. (voir Sanballat).
Bibliographie : Gratz, Gesch. ii. 161, 167, 242 ; Schurer, Gesch. (3e éd., i. 182).
G. M. Sel.
