Définition dans Jewish Encyclopedia
Ésav
ESAU
Données bibliques : frère aîné de Jacob (Genèse XXV. 25-34, et ailleurs ; comp. Josué xxiv. 4). Le nom alterne avec « Édom », quoique rarement appliqué aux habitants de la région édomite (Jér. xlix. 8-10 ; Abdias 6 ; Malachie i. 2 s.). Les « fils d’Ésaü » sont mentionnés comme vivant à Séir (Deutéronome ii. 4, 5). « La montagne d’Ésaü » (Abdias 8, 9, 19, 21) et « la maison d’Ésaü » (Abdias 18) sont des expressions favorites d’Obadiah, tandis que d’autres emploient ordinairement « Édom » pour désigner le pays ou le peuple. Dans la Genèse (xxv. 25, 30) « Édom » (rouge) est introduit pour expliquer l’étymologie du nom. Le sens réel d’« Ésaü » est inconnu ; la traduction usuelle « fort poilu » (= « boisé ») est très improbable. « Usoos », chez Philon de Byblos (Eusèbe, “Praeparatio Evangelica”, i. 10, 7), a été identifié avec lui, tandis que Cheyne (Stade’s “Zeitschrift”, xvii. 189) l’associe à « Usu » (Palai-Tyros). F. Bu.
Déjà avant la naissance Ésaü et Jacob luttaient l’un contre l’autre (Genèse xxv. 22), ce qui mena à la prédiction que « l’aîné servira le plus jeune » (ib. 23). Le premier, sortant le premier « rouge, tout entier comme un vêtement poilu », fut appelé Ésaü. Il grandit et devint « chasseur habile, homme de la campagne » (ib. 27). Un jour, rentrant des champs, Ésaü, affamé jusqu’à la mort, vend son droit d’aînesse à Jacob pour un plat de pottage, événement exploité pour expliquer son nom (ib. 30 s.). À quarante ans Ésaü prit pour femmes Judith et Basemath, filles des Hittites Bééri et Elon (Genèse xxvi. 34, 35). Favori d’Isaac, il est appelé à recevoir la bénédiction paternelle, mais Rebecca substitue Jacob à son frère par tromperie (Genèse xxvii. 1-24). Découvrant la fraude, Ésaü, en pleurs, obtient aussi la bénédiction du père (Genèse xxvii. 38-40). Haïssant son frère Jacob, il jure de le tuer dès que leur père sera mort. Sur le conseil de sa mère, Jacob prend refuge chez Laban ; son départ est expliqué au père comme une tentative pour éviter une nouvelle alliance matrimoniale avec les filles d’Heth, cause de tant de peine en ce qui concerne Ésaü (Genèse xxvii. 41-46). Ésaü épouse alors une fille d’Ismaël (Genèse xxviii. 9). Après le retour de Jacob, les frères se réconcilient, mais se séparent de nouveau ; Ésaü passe à Séir (Genèse xxxiii. 1-16, xxxvi. 6-8). Sa mort n’est pas mentionnée.
E. G. H.
Dans la littérature rabbinique : Déjà dans le sein de sa mère Ésaü manifesta son mauvais caractère, maltraitant et offensant son frère jumeau (Gen. R. lxiii.). Durant la petite enfance ils se ressemblaient tellement qu’on ne pouvait les distinguer. Ce ne fut qu’à treize ans que leurs tempéraments radicalement différents commencèrent à apparaître (Tan., Toledot, 2). Jacob fut étudiant dans le beth ha‑midrash d’Eber (Targ. Pseudo-Jonathan à Genèse xxv. 27), tandis qu’Ésaü était un vaurien (n’i. ; « une vraie progéniture du serpent », Zohar), qui insultait les femmes et commit des meurtres, et dont la conduite honteuse entraîna la mort de son grand-père Abraham (Pesikta R. 12).
Caractère : Le jour même où mourut Abraham, Ésaü partit chasser dans la campagne, où il rencontra Nimrod, qui depuis longtemps le jalousait. Ésaü, embusqué, fondit sur le roi, qui ne se doutait pas de sa proximité, et, tirant son épée, lui trancha la tête. Le même sort arriva à deux serviteurs de Nimrod, qui, par leurs cris d’appel au secours, avaient attiré l’escorte royale. Ésaü prit la fuite, mais emporta les vêtements de Nimrod — vêtements d’Adam selon la tradition (Targ. Pseudo-Jon. à Genèse xxvii. 15) — et les cacha dans la maison de son père. C’est, exténué par la fuite, qu’il rencontra Jacob, qui habilement profita d’une remarque banale sur l’inutilité du droit d’aînesse pour le piéger et le vendre, consignant l’affaire par un acte dûment signé et scellé (Sefer ha‑Yashar, vi.).
Selon le Targum Pseudo-Jon. à Genèse xxv. 29 et Pirqe R. El. xxxv., la vente du droit d’aînesse eut lieu pendant que Jacob préparait pour son père le mets de lentilles, repas ordinaire offert aux endeuillés, au cours duquel s’énonçaient des paroles de consolation (comp. N. Brüll in Kobak’s “Jeschurun,” viii. 30 ; B. B. 16b). Ésaü demanda à en manger et vendit alors son droit d’aînesse ; il tint des discours blasphématoires (Gen. R. lxiii. ; Pes. 22b) et nia l’immortalité (Targ. Pseudo-Jon. l.c.) ainsi que Elohîm et la résurrection ; il figure donc dans la tradition comme l’un des trois grands athées (Tan., Toledot, 24 ; Sanh. 101b). Le comportement de Jacob envers son frère s’explique par le fait qu’Ésaü avait toujours refusé de partager ses festins somptueux avec lui (Pirqe R. El. l.c.).
Ésaü avait gagné l’affection de son père par des paroles mensongères (Targ. Pseudo-Jon. à Genèse xxv. 28). Hypocrite, il jouait au bon fils ; il ne servait jamais son père à moins d’être orné du manteau de Nimrod, et posait des questions sur l’obligation de dîmer la paille (Pesikta 199). Astucieux chez lui, il l’était aussi à l’étranger (Gen. R. lxiii.). Des vices scandaleux lui sont attribués (Gen. R. xxxvii., lxiii.). Rebecca, ayant discerné son caractère et connaissant par une mystérieuse préscience les peuples dégradés qui sortirent de lui (Midr. Teh. au Ps. ix. 16), eut recours à une stratégie justifiable pour empêcher qu’il ne reçoive la bénédiction. La découverte du véritable caractère d’Ésaü réconcilia Isaac avec le fait qu’il avait donné la bénédiction à Jacob (Gen. R. lxvii.).
C’est à la veille de Pessah qu’Isaac demanda à son fils de lui préparer son mets de gibier favori (Pirqe R. El. xxxii. ; Targ. Pseudo-Jon. à Genèse xxvii. 1). Ésaü n’eut pas de succès dans la chasse ce jour-là ; il avait laissé son manteau de Nimrod, dont on disait qu’il permettait de capturer à volonté les animaux sauvages (Targ. Yer. à Genèse xxvii. 31). De plus, chaque fois qu’Ésaü avait pris un animal, Elohîm intervenait et un ange le déliait secrètement (Gen. R. lxvii.), donnant ainsi à Rebecca le temps d’exécuter son stratagème. Comme Ésaü menaça de venger la tromperie, Jacob dut prendre refuge auprès d’Eber, fils de Sem, chez qui il resta quatorze ans. La fureur d’Ésaü s’accrut au point qu’il quitta Hébron et alla à Séir, où il prit plusieurs femmes, dont Basemath qu’il appela « Adah ». Après six mois il revint à Hébron, amenant ses épouses idolâtres. Éliphas naquit de lui durant ce temps (Sefer ha‑Yashar, l.c.).
Le chagrin causé par les pratiques idolâtres des épouses d’Ésaü serait, selon Tanakh Toledot, la cause de la cécité d’Isaac, tandis que d’autres interprétations font de l’expression DINIO (« de la vue » ; Genèse xxvii. 1, hébr.) l’indice que Isaac avait déjà perdu la vue en raison de l’effort pour ne pas voir les mauvaises actions d’Ésaü (Pesikta R. 12 ; Meg. 28a ; Gen. R. lxv.). Ésaü était conscient du caractère déplorable de ses épouses et ne confiait pas ses vêtements à leur garde (Gen. R. l.c.), d’où Rebecca put les faire porter par Jacob.
Après quatorze ans Jacob revient à Hébron. Cela enflamme de nouveau Ésaü, qui essaye de le tuer, forçant Rebecca à envoyer Jacob chez Laban. Ésaü charge alors son fils Éliphas d’embusquer sur la route et d’y tuer Jacob. Lui-même et dix hommes du clan de sa mère rencontrent Jacob, que celui-ci, en leur donnant tout ce qu’il possède, achète afin qu’ils lui épargnent la vie. Ésaü est fort irrité par l’action de son fils, mais s’approprie tout l’or et l’argent dérobés à Jacob (Sefer ha‑Yashar, l.c.). Dans Gen. R. lxviii. Ésaü est décrit attaquant Jacob et dispersant son escorte.
Ayant entendu l’injonction parentale à son frère de ne pas épouser les filles de Canaan, Ésaü, pour se rétablir dans la faveur des parents, prend alors pour femme Mahalath (Sefer ha‑Yashar, l.c. ; comp. Gen. R. lxviii., jeu de mots sur le nom pour indiquer qu’elle apaise la conscience d’Ésaü).
S’enrichissant, Ésaü et ses fils se querellent avec les habitants de Canaan ; cela le pousse à s’établir à Séir (Sefer ha‑Yashar, l.c.). Laban, irrité du départ de Jacob, incite perfidement Ésaü à attaquer son frère sur le chemin du retour. Mais Rebecca, avertie de l’intention d’Ésaü, met Jacob en garde et l’envoie avec soixante-douze serviteurs de son père à Mahanaïm pour le protéger, en le conseillant d’établir des relations pacifiques avec Ésaü. Des messagers sont envoyés à Ésaü, qui les repousse en jurant vengeance. Jacob implore Elohîm en sa faveur. Quatre anges sont envoyés par Elohîm pour apparaître, l’un après l’autre, devant Ésaü « comme 2 000 hommes, en quatre bandes sous quatre capitaines, montés sur des chevaux et armés de toutes sortes d’armes ». Ésaü et ses hommes fuient et implorent miséricorde. Il résout d’aller rencontrer Jacob qui, à l’approche de son frère, est fort troublé, mais, voyant la plus grande angoisse chez les autres, reçoit Ésaü avec affection fraternelle (Sefer ha‑Yashar, l.c.).
Le baiser qu’ils échangent et les larmes qu’ils versent à cette rencontre ont été interprétés diversement. Le mot (Genèse xxxiii. 4), étant ponctué dans le texte massorétique, indique, selon certains, qu’Ésaü se repentit réellement ; tandis que d’autres soutiennent que, même dans cette scène, il fit l’hypocrite (comp. le baiser de Judas ; Sifre, Nombres ix. 10 ; Gen. R. lxxviii. ; Ab. R. N. 34 ; Ex. R. v.). Cette dernière vue l’emporte dans le Targum Pseudo-Jonathan au verset : Jacob pleura à cause de la douleur au cou, infligée par Ésaü ; et Ésaü versa des larmes parce que ses dents le faisaient souffrir, le cou de Jacob s’étant transformé en pierre lisse ou en ivoire (voir Rachi ad loc. ; Gen. R. lxxi.). Jacob connaissait l’hypocrisie d’Ésaü (Pirqe R. El. xxxvii.), comme il apparaît de l’explication de celui-ci offerte à Elohîm lorsqu’il fut repris pour avoir profané les choses saintes par ses dons et son adresse. Ésaü avait projeté de tuer son frère « non avec flèches et arc mais par [ma] bouche » (Pirqe R. El. l.c.) « et en suçant son sang » ; mais le fait que le cou de Jacob se transforma en ivoire contraria son intention.
Ésaü avait, comme indiqué plus haut, déjà conspiré contre la vie de Jacob. Se souvenant de l’échec de son fils Éliphas lors de la première tentative, Ésaü résolut de tendre un guet-apens à Jacob à un endroit de la route où il ne pourrait s’échapper. Jacob, cependant, ayant un pressentiment de malheur, évita cette route et tourna vers le Jourdain, priant Elohîm, qui accomplit un miracle en sa faveur et lui donna un bâton par lequel il frappa et divisa le fleuve. Voyant cela, Ésaü poursuivit et se plaça devant lui, lorsque Elohîm fit entrer Jacob dans un lieu (« ba’arah ») ayant l’apparence d’une maison de bains (comme celle de Tibériade) ; un gardien resta à la porte pour empêcher Jacob de sortir, afin qu’il pérît à l’intérieur. Jacob prit un bain et Elohîm le sauva (voir Epstein, “Mi‑Kadmoniyyot ha‑Yehudim,” pp. 107-108, Vienne, 1887). Néanmoins, Jacob et Ésaü se rencontrèrent pacifiquement chez leur père (Pirqe R. El. xxxviii.), et tous deux, à la mort d’Isaac, rivalisèrent de piété filiale (ib.). Lors du partage des biens d’Isaac, Ésaü revendique comme premier-né le droit de choix. Sur le conseil d’Ismaël il s’approprie tous les biens mobiliers, mais consent que Jacob prenne le titre de la terre d’Israël et la grotte de Machpelah. Un instrument écrit de cette cession est établi, après quoi Jacob ordonne à Ésaü de quitter le pays. Ésaü se retire (Genèse xxxvi.) et reçoit en compensation cent districts à Séir (Pirqe R. El. xxxviii.).
Dans le Sefer ha‑Yashar, Ésaü revient en Canaan depuis Séir (où il avait émigré) en apprenant que Isaac meurt. Jacob arrive aussi d’Hébron. Jacob et Ésaü avec leurs fils respectifs ensevelissent Isaac à Machpelah. Le partage des biens est fait sur la proposition de Jacob, qui laisse à Ésaü le soin de choisir, entre la richesse personnelle et la terre. Nébajoth, fils d’Ismaël, pousse Ésaü à prendre les biens meubles, la terre étant aux mains des fils de Canaan. Ésaü s’en va avec sa richesse à Séir. Dans Gen. R. lxxxii. et lxxxiv., Ésaü est représenté migrant hors de Canaan par honte de sa conduite passée.
La mort d’Ésaü n’est pas mentionnée dans la Bible. Les Rabbins fournissent l’information qu’elle survint lors d’une altercation entre les fils d’Ésaü et ceux de Jacob sur le droit d’enterrer leur père dans la grotte de Machpelah (Sota 13a). Le Sefer ha‑Yashar donne des détails complets du différend. Joseph invoque le « titre de vente » témoigné entre Ésaü et Jacob après la mort d’Isaac, et envoie Nephtali en Égypte pour en rapporter le document. Avant le retour rapide de Nephtali, Ésaü tente vainement la guerre et est tué par Hushim, fils sourd‑muet de Dan, qui, bien qu’assigné à protéger les femmes et les enfants auprès du corps de Jacob, voyant le tumulte se précipite sur Ésaü, le frappe d’un coup d’épée et lui tranche la tête ; Jacob est alors enterré dans la grotte.
Les Rabbins soulignent que l’apparence « poilue » d’Ésaü marquait son péché (Gen. R. lxv.) et que sa couleur « rouge » (« edom ») indiquait ses penchants sanguinaires (« dam » = « sang » ; Gen. R. lxiii.) ; ils le présentent comme un nain difforme (Gen. R. lxv. ; Cant. R. ii. 15 ; Agadat Bereshit xl.) et le type d’un voleur effronté, exhibant son butin même sur la « bimah » sainte (Midr. Teh. au Ps. lxxx. 6) ; mais sa piété filiale est néanmoins louée par eux (Tan., Kedoshim, 15, où ses larmes sont évoquées ; ib., Toledot, 24, où l’on signale avec approbation qu’il se maria à quarante ans, à l’imitation de son père).
« Ésaü » (= Édom) représente plus tard Rome.
s. 8. E. G. H.
