Définition dans Jewish Encyclopedia
Josué
JOSHUA
(JEHOSHUA) : Nom de plusieurs personnages bibliques.
En hébreu יהושע (Deut. iii. 21 ; Juges ii. 7) et généralement Hoshea (Juges ii. 7a ; Ex. xvii. 9 ; Jos. i. 1) correspondent au sens « aidé par YHWH », la forme courte étant Hoshea = « secours » ou « celui qui a secouru » (Num. xiii. 8 ; Deut. xxxii. 44 ; ici probablement erreur textuelle). La Septante a ’Iησους ; la Vulgate, habituellement « Josue », mais « Jésus » en Siracide xlvi. 1 ; 1 Macc. ii. 55 ; 2 Macc. xii. 15, identique à la forme post‑exilique du nom.
1. Données bibliques : Fils de Nun ; serviteur et successeur de Moïse. Éphraïmite (Num. xiii. 8), petit‑fils d'Élishama, il est décrit comme le chef de sa tribu (I Chron. vii. 26-27). D'abord nommé Hoshea (Num. xiii. 8 [Version Autorisée King James « Oshea »] ; Deut. xxxii. 44), Moïse lui donna le nom de « Jehoshua » (Num. xiii. 16). Josué apparaît pour la première fois dans le récit de la défaite des Amalécites dans le désert, où il commande les troupes d'élite d'Israël (Ex. xvii. 8-14). Par la suite il figure successivement comme serviteur de Moïse (ib. xxxiii. 11 ; xxxii. 17-18) ; comme gardien du Tabernacle (ib. xxxiii. 11) ; et comme zélé défenseur du prestige de Moïse lorsqu'Eldad et Médad prophétisaient dans le camp (Num. xi. 27-29). Il est l'un des espions envoyés pour explorer Canaan (ib. xiii. 9, 17). De retour de cette mission, lui et Caleb apaisent l'agitation du peuple, prenant bravement le risque d'être lapidés (ib. xiv. 6-10). Pour cette fidélité, lui et Caleb, seuls parmi tous les Israélites âgés de vingt ans et plus au moment de l'épisode, devaient entrer dans la terre promise (ib. xiv. 30-38 ; xxvi. 65 ; xxxii. 12).
Cependant, durant les trente‑huit années suivantes de la marche dans le désert, on n'entend plus parler de lui. Mais lorsque Moïse est informé de sa mort prochaine, Josué est désigné comme l'homme chargé d'achever la tâche inachevée du grand chef. Moïse est invité à poser sa main sur lui — « un homme en qui est l'esprit » — afin de lui donner autorité comme successeur ; cet ordre est exécuté (ib. xxvii. 16 sqq.). Josué est chargé de présider au partage du pays (ib. xxxiv. 17), mais doit respecter l'accord conclu par Moïse avec Ruben, Gad et la moitié de Manassé (ib. xxxii. 28). Elohîm assure Josué de la réussite de sa mission (Deut. xxxi. 14, 23) ; et, désigné successeur, il est auprès de Moïse lorsque le grand prophète adresse ses derniers conseils au peuple (ib. xxxii. 44).
À la mort de Moïse Josué fut rempli de « l'esprit de sagesse » (ib. xxxiv. 9). Deux devoirs lui échoient : conquérir le pays et le répartir entre les tribus (Jos. i. 1-5). YHWH lui recommanda d'être fort et de s'attacher à la Loi, qui ne devait jamais « sortir de sa bouche ». Après avoir obtenu la coopération des tribus apparentées de l'est du Jourdain (ib. i. 6-18), sa première préoccupation fut l'espionnage de Jéricho (ib. ii. 1). Sur le rapport de ses émissaires (ib. ii. 23-24), il donna les instructions nécessaires pour la traversée du Jourdain (ib. iii. 1-13). L'Arche de l'Alliance portée par les prêtres en tête, au dixième jour du premier mois de la quarante et unième année après l'Exode, les Israélites se mirent à la conquête du pays. Le fleuve fut miraculeusement divisé tant que les prêtres avec l'Arche demeurèrent dans son lit, et l'on traversa au‑nord d'Adam ; en mémoire de cette occurrence Josué dressa au lieu où avaient stationné les prêtres un monument de douze pierres (ib. iv. 9). Il ordonna aussi qu'un homme de chaque tribu prît une pierre de ce lieu pour la déposer sur la rive occidentale comme mémorial (ib. iv. 1-8, xx. 24). À Gilgal Josué installa son camp et y séjourna quelque temps ; et afin que tous pussent participer à la Pâque, il prescrivit que tout Hébreu né dans le désert fût circoncis (ib. v. 2-8).
Jéricho fut la première ville prise. Après l'avoir explorée par des espions, Josué la conduisit et la prit d'une manière miraculeuse (Jos. v. 13-vi.). Le hérém fut prononcé sur les ruines et tous ses habitants furent exterminés sauf Rahab et sa famille paternelle, épargnées parce qu'elle avait hébergé les espions. Josué devint célèbre par cette victoire, mais subit un revers à Aï par suite du méfait d'Acan ; après avoir infligé au coupable le châtiment nécessaire, il s'empara de la ville, qui ouvrait l'accès aux montagnes à l'ouest de la plaine de Jéricho. Les Gabaonites conclurent la paix avec lui par un stratagème habile (ix. 3 sqq.). Sur Ebal et Guérizim il fit lire les bénédictions et les malédictions (comp. Deut. xxvii.).
Tandis que Josué opérait au nord, cinq princes du midi s'allièrent pour punir Gabaon ; mais ils furent complètement défaits à Makkedah par Josué, qui était accouru au secours des Gabaonites. C'est pendant cette bataille qu'une grosse grêle se déclencha, plus meurtrière que l'épée (Jos. x. 11), et c'est encore à cette occasion que, sur l'ordre de Josué, le soleil s'arrêta sur Gabaon et la lune dans la vallée d'Ajalon (ib. x. 12-13a). Les cinq rois fugitifs furent découverts cachés dans une caverne à Makkedah. Sur l'ordre de Josué la caverne fut obstruée par d'énormes pierres jusqu'à la fin de la poursuite ; elle fut ensuite rouverte, et les rois, après avoir été publiquement humiliés, furent exécutés et pendus aux arbres jusqu'au soir, puis jetés dans la caverne. S'ensuivirent la conquête de Libna, Lachish, Eglôn, Hébron et Debir. Au midi Josué pénétra jusqu'à Kadesh‑Barnéa ; à l'ouest, jusqu'à Gaza (ib. x. 29 sqq.). Plus tard il battit encore les rois alliés du nord au lac de Mérôm — Hazor étant la tête de ces royaumes — tuant les habitants et brûlant Hazor (ib. xi.).
Ainsi, en quelques années (ib. xiv. 7 ; comp. v. 10) Josué s'était rendu maître de tout le pays, à l'exception des côtes philistine et phénicienne. Il garda néanmoins son camp fortifié à Gilgal ; de là il gouverna le pays (ib. xiv. 6) et commença la distribution des territoires aux tribus. Juda, Éphraïm et la moitié de Manassé furent les premiers à se fixer, Caleb obtenant Hébron comme héritage (ib. xiv. 12 ; xv.-xvii.). Ensuite Josué transporta le Tabernacle et l'Arche de Gilgal à Chilo, et s'établit là (ib. xviii.). Il y poursuivit l'attribution des terres par familles (ib. xviii.-xix.). Des villes de refuge furent aussi désignées conformément à la Loi (ib. xx.). Josué reçut lui‑même la cité de Timnath‑séra en Éphraïm pour héritage (ib. xix. 49-50 ; xxiv. 30). Ayant ainsi accompli sa tâche, il donna à Ruben, Gad et à la moitié de Manassé la permission de retourner dans leurs territoires à l'est du Jourdain (ib. xxii. 1-9).
Lorsqu'il fut « vieux et avancé en jours », Josué convoqua les anciens et les chefs d'Israël et les exhorta à n'avoir aucune alliance avec la population indigène (ib. xxiii.). À l'assemblée générale des clans à Sichem il fit ses adieux au peuple, l'avertissant d'observer la fidélité envers leur Dieu, qui s'était si puissamment manifesté au milieu d'eux (ib. xxiv.). Pour témoigner de leur promesse de servir YHWH, Josué dressa une grande pierre sous un chêne auprès du sanctuaire de YHWH (ib. xxiv. 26-28). Peu après il mourut à l'âge de 110 ans et fut enterré à Timnath‑séra (ib. xxiv. 29-30).
Dans la littérature rabbinique : Josué est considéré comme le type de l'homme fidèle, humble, méritant et sage. Des versets bibliques illustrant ces qualités et leurs récompenses lui sont appliqués. « Celui qui sert son maître sera honoré » (Prov. xxvii. 18) est interprété comme une allusion à Josué (Num. R. xii.), de même que la première partie du même verset, « Qui garde le figuier en mangera le fruit » (Yalkut, Jos. 2 ; Num. R. xii. 21). Que « l'honneur soutiendra l'humilité » (Prov. xxix. 23) est démontré par la victoire de Josué sur Amalek (Num. R. xiii.). Josué fut un homme sage ; ainsi s'accomplit en lui le dicton « Avec moi les rois régneront » (Prov. viii. 15, hébr.). Non pas les fils de Moïse — comme Moïse lui‑même l'avait prévu — mais Josué fut nommé successeur du fils d'Amram (Num. R. xii.). On raconte que Moïse enseigna à Josué comment reprendre Othniel (Yalkut, loc. cit.). La vaillance de Josué le recommanda pour cette haute charge. David évoque Josué en Ps. LXXXVII, 25, sans le nommer, afin d'éviter des dissensions entre ses fils et ceux de ses frères (Yalkut, citant le Sifre).
Josué était toujours au front de l'armée et ne restait pas, comme d'autres généraux, à l'arrière ou dans sa tente (ibid.). Moïse, de son vivant, fit de Josué son « meturgeman » (interprète) afin d'éviter qu'il fût regardé comme un usurpateur après la mort de Moïse (Yalkut). Pourtant la face de Moïse était comme le soleil, et celle de Josué comme la lune (ibid.). Josué avait élevé son maître par son service fidèle. Il se levait tôt et rangeait les sièges dans la maison de l'assemblée ; ainsi, selon certains, Moïse relevait Josué du sol et le prenait sur ses genoux, et tout Israël élevait la tête pour entendre les paroles de Josué ; mais Josué, dans sa modestie, s'exclamait : « Béni soit YHWH qui a donné la Torah à Israël par Moïse, notre maître » (Yalkut, citant le Midrash Yelammedenu). La sagesse de Josué est soulignée dans d'autres passages (Ex. R. xi. et parallèles). La prédiction (Deut. xxxiii. 17) de la bénédiction de Moïse est tenue pour s'être réalisée en Josué (Sifre). Moïse possédait la « hod » (splendeur), mais Josué seulement le « hadar » (degré moindre de gloire ; selon Friedmann, référence au fait que la royauté fut refusée à Josué) ; car si Moïse avait donné à Josué sa part, il eût été irrésistible. Josué reçut la force du bœuf mais la beauté du « re'em » (Sifre ; Yalkut, Deut. 959). Lorsque Josué, rentrant avec les espions, trouva le peuple ingrat, il fut le seul à être si profondément consterné qu'il tomba face contre terre, comme Moïse et Aaron, et déchira ses vêtements, comme Caleb (Yalkut, Num. 744).
On dit que Moïse ajouta la lettre yod au nom « Hoshea » (Num. xiii. 16) parce qu'il avait prié que YHWH n'amenât pas Josué à se joindre à la conspiration des espions, et aussi parce que, comme récompense de Caleb consistant en une portion du pays, la compensation de Josué devait être sa propre attribution et celle des dix autres (= « yod ») espions (Sotah 34b ; Tannaïm ad loc. ; Num. R. xvi.). Selon Yer. Sheb. vi. 1, le nom « Hoshea » fut changé dès que Josué entra au service de Moïse, ou au plus tard après la victoire sur Amalek.
Les rabbins représentent Josué comme n'ayant pas voulu s'intituler « ‘eved » (serviteur) ; toutefois Elohîm le dignifia (Sifre, Wa'ethanan, cité dans Yalkut, Jos. 1). Les espions que Josué envoya à Jéricho furent Phinées et Caleb (Yalkut). Quand Josué ordonna au soleil de s'arrêter il employa l'expression « Dôm » (= « cesse » ; Jos. x. 12) ; le soleil ne voulut pas obéir à Josué avant que celui-ci ne lui eût assuré qu'il chanterait à son tour les louanges d'Elohîm (Yalkut, loc. cit. 22). Josué dirigea et gouverna le peuple trente‑huit ans (Seder Olam R. ; Yalkut, loc. cit. 35). Les Rabbins représentent Israël comme peu empressé à lui rendre hommage lors de ses obsèques (Yalkut, loc. cit.).
Rahab serait devenue épouse de Josué. Ils eurent des filles mais pas de fils. De cette union descendirent plusieurs prophètes ; Hannah serait la réincarnation de Rahab. Rahab aurait eu dix ans quand Israël sortit d'Égypte, et durant les quarante années suivantes elle fut une grande pécheresse ; mais quand les espions vinrent elle se convertit. Il existe quelque incertitude quant au fait qu'elle n'eût que des filles par Josué (voir Zeb. 116b ; Mek., Yitro [début] ; Rachi sur Jos. ii. ; Yalkut, Jos. 9 ; Meg. 14a ; Gedaliah ibn Yahya, Shalshelet ha‑Kabbalah, p. 14a).
Selon Pirqe de-Rabbi Éléazar xlii., lorsque Josué combattait pour les Gabaonites le sabbat allait commencer. Voyant la réticence de son peuple à continuer la bataille au risque de profaner le sabbat, et constatant que les magiciens des païens incitaient les constellations à aider les ennemis, il étendit la main vers la lumière du soleil et de la lune et « se souvint sur eux » du Nom ineffable, après quoi le soleil et la lune restèrent immobiles pendant trente‑six heures (Yalkut, Gen. Lek‑Leka). Le cantique entonné par Josué après sa victoire est donné en entier dans le Sefer ha‑Yashar (chapitre sur Josué). Josué avait exhorté Israël avant la traversée du Jourdain non, comme le texte le dit littéralement, à préparer des provisions pour le voyage — cela n'était pas nécessaire, car la manne n'avait pas encore cessé — mais à se repentir (Pirke R. El. vi.).
Le nom de Josué est associé à de nombreuses takkanot, par ex. la bénédiction à l'entrée de la terre sainte (Ber. 48b) ; la licence de pâturer dans des labours d'autrui sans être accusé de vol (B. K. 60b) ; la permission de ramasser du bois dans le champ d'un voisin (ibid. 61b) ; la permission de cueillir de l'herbe partout et sept autres mesures énumérées par Maïmonide (Yad, Nizké Mamon, viii. 5), réglant certains privilèges, permettant certains actes naturels ou nécessaires (en plein champ ou lors du passage dans des vignes), et assurant au mort inconnu inhumé par la collectivité la possession paisible de sa sépulture (voir Dead, Duty to the ; Bloch, Die Institutionen des Judentums, i. 54-68, Vienne, 1879).
E. G. H.
