Définition dans Jewish Encyclopedia
Exode
EXODUS
BOOK OF.— Données bibliques : Le second livre de la Torah ou du Pentateuque est appelé par les Juifs d’après les premiers mots, ou plus brièvement niDEf’-. Le nom grec est 'Efodof (dans Pliilo aussi ’E^ayuy^), c.-à-d. « départ » ; le latin, « [Liber] Exodus ». Il contient, d’après la Massorah, 1 209 (?) versets en 164 sections (« parashiyyot »), 69 se terminant au milieu de la ligne (« petuhot » = « ouvertes »), et 95 avec une espace au milieu de la ligne (« setumot » = « fermées »), en 29 chapitres (« sedarim »), et 14 sections (« piskot »), pour la lecture du sabbat, en 11 leçons. La division courante en 40 chapitres est tirée de la Vulgate.
Le second livre de la Torah est la continuation organique du premier livre. Il narre la sortie des descendants des Patriarches, accrus jusqu’à former un peuple, de la servitude en Égypte, leur voyage jusqu’au Sinaï, et les révélations et lois qu’ils reçurent là. C’est une œuvre bien conçue et bien ordonnée, faisant preuve d’un grand art littéraire dans la maîtrise de masses importantes de matière ainsi que dans le groupement des faits. Elle est homogène dans ses vues, et n’est pas encombrée de répétitions inutiles, bien que la suite en soit donnée seulement dans les livres suivants. Elle se divise en deux sections principales : (1) chap. i.-xviii., relatant la délivrance d’Israël d’Égypte ; (2) chap. xix.-xl., la promulgation de la Loi. Celles-ci se subdivisent encore.
Chap. i.-iv. : L’appel de Moïse. Les Israélites vivant en Égypte sont opprimés par des travaux forcés imposés à eux par un nouveau Pharaon qui veut les anéantir (i.). L’enfant mâle exposé d’une famille lévite (dont le nom, afin de ne pas détourner l’intérêt de l’intrigue principale, n’est pas donné ici), est trouvé par la fille du Pharaon, qui l’appelle « Moïse » et l’adopte. Moïse, arrivé à l’âge d’homme, s’attendrit sur ses frères souffrants, et fuit le pays parce qu’il a tué un contremaître égyptien. Il va au Midian, devient berger chez le prêtre Jéthro, et épouse la fille de celui-ci, Sippora (ii.). Alors qu’il garde les brebis sur le mont Horeb, il fait une expérience merveilleuse. Elohîm lui apparaît d’un buisson ardent qui, bien que brûlant, ne se consume pas. Il se révèle comme le Dieu des Pères d’Israël, et ordonne à Moïse d’aller devant Pharaon et d’exiger la libération de ses frères. Elohîm surmonte la réticence de Moïse par Ses promesses d’aide suprême, et nomme son frère Aaron pour être son auxiliaire. Moïse retourne alors en Égypte.
Chap. V., VI. : La préparation. Pharaon non seulement refuse la demande de Moïse, mais opprime encore davantage le peuple ; Moïse se plaint à Elohîm, qui lui annonce qu’Il montrera maintenant Sa puissance et qu’Il libérera sûrement Israël. À ce point la généalogie de Moïse et de sa famille est insérée, afin qu’elle n’interrompe ni n’affaiblisse plus tard d’aucune façon l’histoire qui suit.
Chap. vii.-x. : Les plaies : preuves de la puissance d’Elohîm. Après qu’Elohîm a assigné leurs tâches à Moïse et à Aaron, et prédit l’obstination de Pharaon, et après qu’ils eurent attesté leur mission en opérant un miracle devant Pharaon (vii. 1-13), Elohîm envoie neuf plaies sur Pharaon et son pays : (1) la transformation des eaux du Nil en sang (Exode vii. 14-25) ; (2) les grenouilles (vii. 28-viii. 11) ; (3) les insectes nuisibles (viii. 12-15) ; (4) les bêtes nuisibles (viii. 16-28) ; (5) la mort du bétail (ix. 1-7) ; (6) des ulcères sur hommes et bêtes (ix. 9-12) ; (7) des tempêtes tuant hommes et bêtes (ix. 13-35) ; (8) des sauterelles qui dévorent toute végétation (x. 1-20) ; (9) une obscurité profonde pendant trois jours (x. 21-29). Ces plaies, qui témoignent de la puissance d’Elohîm sur la nature, deviennent de plus en plus pénibles et dangereuses, et sont arrangées de telle sorte que chaque troisième plaie (donc narrée plus brièvement) confirme les deux précédentes (narrées plus en détail), et chaque groupe suit naturellement le précédent. Le récit montre un habile crescendo, un rythme et de la variété. Pharaon, cependant, n’est pas atteint par la première plaie, que ses magiciens peuvent imiter ; après la seconde, qu’ils peuvent reproduire mais non arrêter, il commence à supplier ; après la troisième il laisse ses magiciens le consoler ; à partir de la troisième il fait de nouvelles promesses après chaque plaie, mais les rappelle quand le danger est passé, et demeure obstiné.
Chap. xi.-xiii. 16 : Le départ. Le dernier coup décisif, à savoir la mort de tous les premiers-nés des Égyptiens (nnOi n^D), et le départ, sont annoncés. Pour la protection de leurs maisons, les Israélites sont commandés de tuer un agneau (HDD) et de le manger rapidement avec du pain sans levain (nVD) et des herbes amères (D'HID), le quatorzième jour du premier mois, et d’être prêts pour un départ immédiat. Les premiers-nés de tous les Égyptiens meurent. Pharaon renvoie les Israélites. Au nombre de 600 000 hommes, sans compter femmes et enfants, ils quittent le pays après un séjour de 430 ans, emportant avec eux de riches cadeaux de la part d’Égyptiens bienveillants. Ils partent d’abord de Ramsès vers Soukkoth. Les chaps. xii. 43 — xiii. 16 contiennent des prescriptions supplémentaires concernant l’observation future de la Pâque.
Chap. xiii. 17-xv. 21 : La mort de Pharaon. Repentant de sa clémence, Pharaon, avec chars et cavaliers, poursuit les Israélites, qui sont arrivés sur les rives de la Mer Rouge (FilD D'), divinement guidés le jour par une colonne de nuée, et la nuit par une colonne de feu. Les Israélites traversent à pied sec les eaux, qui reculent miraculeusement devant eux tandis qu’elles engloutissent Pharaon et toute son armée. Moïse et son peuple chantent un chant de louange à Elohîm.
Chap. XV. 22-xviii. : La marche vers le Sinaï. Les Israélites cheminent dans le désert de Shur, vers Mara. Le peuple, se plaignant du manque d’eau, est rassasié. Ils atteignent Elim. Dans le désert de Sin ils se plaignent du manque de nourriture. Elohîm leur envoie des cailles, et depuis ce temps, sauf le sabbat, leur envoie chaque jour une averse de manne. À l’arrivée à Rephidim le peuple se plaint de nouveau du manque d’eau. Elohîm leur donne de l’eau d’un rocher (« Massah et Méribah » = « lieu de tentation et de querelles » ; xvii. 7). Amalek attaque Israël et est vaincu par Josué. Elohîm commande la guerre éternelle contre Amalek. Le beau-père de Moïse, Jéthro, ayant appris la délivrance d’Israël, rend visite à Moïse, lui apportant sa femme Sippora et leurs deux enfants, que Moïse avait laissés chez lui. Sur le conseil de Jéthro, Moïse nomme des juges subalternes.
Chap. xix.-xx. : L’appel d’Israël : la promulgation des Dix Commandements au mont Sinaï. Au troisième mois, les Israélites arrivent dans le désert du Sinaï et campent au pied de la montagne. Elohîm leur annonce par l’intermédiaire de Moïse que, les ayant libérés par Sa puissance, Il va maintenant les constituer Son peuple, faisant d’eux une nation de prêtres et un peuple saint. Les Israélites acceptent cet appel d’un seul cœur, et après s’être préparés dignement, Elohîm, par la médiation de Moïse et avec tonnerre et éclairs, nuées de fumée et bruit de trompettes, Se révèle à eux sur le mont Sinaï et prononce les dix commandements fondamentaux de la religion et de la morale, suivis d’un commandement concernant l’autel.
Chap. xxi.-xxiv. : La Loi et l’Alliance. Les Dix Commandements, déclarant formellement la volonté divine concernant l’attitude de l’homme envers Elohîm et envers toutes Ses créatures, sont suivis de dispositions relatives au droit civil ; (1) réparations pour blessures infligées à un semblable ; (2) devoirs envers des personnes qui n’ont pas de réclamations réelles, bien qu’elles dépendent de la bonne volonté d’autrui. En conclusion il y a la promesse de la terre de Canaan comme récompense de l’obéissance, et l’avertissement contre les habitants païens. Elohîm entre ensuite en une alliance solennelle avec le peuple, par l’intermédiaire de Moïse. Il appelle Moïse sur la montagne pour recevoir les tables de pierre de la Loi et des instructions supplémentaires.
Chap. xxv.-xxxi. : Le sanctuaire et les prêtres. Afin qu’Elohîm puisse habiter de façon permanente parmi les Israélites, on leur donne des instructions pour ériger un sanctuaire. Les directives prévoient : (1) une arche en bois, dorée à l’intérieur et à l’extérieur, pour les Tables de l’Alliance, avec un couvercle pareillement doré comme « propitiatoire » pour la Présence Divine ; (2) une table dorée pour le soi-disant « pain de proposition » (D'JS DD^) ; (3) un candélabre d’or pour une lumière à n’éteindre jamais ; (4) l’habitation, comprenant les rideaux pour le toit, les parois faites de planches reposant sur des pieds d’argent et maintenues par des chevilles de bois, le rideau pour voiler le Saint des Saints, la table et le candélabre, et le rideau extérieur ; (5) un autel sacrificiel fait de planches de bronze ; (6) la cour extérieure formée de colonnes reposant sur piédestaux de bronze et reliées par crochets et traverses d’argent, avec des rideaux brodés ; (7) la préparation de l’huile pour le candélabre. Ensuite suivent les directives pour les vêtements des prêtres : (1) un épaulière (éfod) avec deux pierres d’onyx, sur chacune desquelles sont gravés les noms de six des tribus d’Israël, aussi des chaînes d’or pour tenir le pectoral (« hoshen ») serti de douze pierres précieuses, en quatre rangées ; (2) un manteau pour l’éfod, avec des grelots et des grenades autour de la bordure ; (3) une plaque d’or pour la mitre portant l’inscription « Sainteté à YHWH » ; (4) une tunique ; (5) une miterre ; (6) une ceinture. Toutes ces choses sont pour Aaron. Pour ses fils seront faites tuniques, bonnets, ceintures et culottes de lin. Suivent alors les prescriptions pour l’ordination des prêtres, y compris la mise des vêtements, l’onction (d’Aaron) et sept jours de sacrifices ; l’institution des offrandes quotidiennes du matin et du soir ; instructions pour fabriquer un autel d’or pour l’encens, à placer devant le rideau intérieur, en face de l’Arche de l’Alliance, et sur lequel une expiation doit être opérée une fois par an avec le sang de l’offrande pour le péché ; directives pour un impôt annuel d’un demi-sicle à payer par chaque Israélite recensé au recensement en vue des dépenses de ce service ; directives pour fabriquer un bassin et son support en bronze, à placer entre le Tabernacle et l’autel des holocaustes ; la préparation de l’huile sainte pour l’onction et de l’encens sacré ; la nomination des chefs-ouvriers Bezaleel et Aholiab pour diriger l’œuvre ; l’observance du sabbat.
Le point le plus remarquable dans cette énumération est la place donnée aux prescriptions concernant l’autel de l’encens, qui, pour s’accorder avec l’agencement tel que décrit aux chapitres xxxv.-xl., devrait suivre les prescriptions pour le candélabre d’or (xxv. 31-40). Cela a été une énigme pour les critiques, qui en ont fait le fondement des hypothèses les plus vastes. On a supposé non seulement que le passage était une interpolation postérieure, mais on a affirmé qu’à l’origine il n’y avait pas d’autel d’encens, pas même dans le Temple d’Hérode ! L’énigme peut être résolue ainsi : dans xxxv.-xl. les objets sont énumérés dans l’ordre où ils furent installés, tandis qu’ici ils sont énumérés selon leur usage. L’autel d’or pour l’encens se tenait ensuite dans le Tabernacle, entre la table et le candélabre, fait qui a conduit à supposer que, comme eux, il appartenait au Tabernacle. Mais comme, dans la littérature ancienne, les offrandes de sacrifice et l’encens sont deux actes indépendants et coordonnés de culte, l’autel d’encens était, à tous égards, un élément indépendant du culte aussi important que le reste de l’appareil. C’est pourquoi tout ce qui est nécessaire à l’habitation d’Elohîm et aux sacrifices qui garantissent Sa présence est décrit d’abord, et l’autel d’encens ensuite (comp., surtout Lévitique xvi, 16-17 : d’abord, l’expiation pour le Saint des Saints et le « tabernacle ... qui demeure au milieu de leurs impuretés » ; puis, le nettoyage et la sanctification de l’autel d’encens « des impuretés des enfants d’Israël »).
Le sacrifice présuppose la présence d’Elohîm, tandis que l’objet de l’encens est d’assurer la continuation de Sa présence. Les choses qui doivent être renouvelées sont placées à la fin, à savoir l’huile pour l’éclairage ; l’impôt annuel ; le bassin avec son support, consistant en miroirs qui étaient démontés après usage et ne sont donc pas énumérés dans Nombres iv, 14 ; l’huile d’onction ; et l’encens. En conclusion, il est fait mention des directives pour l’atelier, de la nomination du maître d’œuvre et de l’organisation du travail. Ces prescriptions sont remarquablement pensées, jusque dans le moindre détail.
Chap. xxxii.-xxxiv. : Le péché du peuple avec le Veau d’or. Pendant que Moïse est sur la montagne, le peuple s’impatiente et presse Aaron de leur fabriquer un veau d’or, qu’ils adorent avec une joie idolâtre. Elohîm informe Moïse et menace d’abandonner Israël. Moïse intercède d’abord pour le peuple, mais quand il descend et voit leur folie, il brise avec colère les deux tables contenant l’écriture divine. Après avoir prononcé jugement sur Aaron et le peuple, il remonte vers Elohîm pour implorer le pardon pour eux, Elohîm étant sur le point de retirer d’eux Sa présence bénie et de les laisser sans guide dans le désert. L’intercession de Moïse prévaut. Lorsqu’il demande à Elohîm qui les accompagnera, ce qu’Il entend faire et comment Il manifestera Sa splendeur, Elohîm lui commande de faire de nouvelles tables, et Se révèle à Moïse comme un Elohîm d’amour et de miséricorde inexhaustibles. Il assure Moïse qu’en dépit de leur égarement Il conduira Israël dans la Terre Promise, donnant à Moïse en gage de cela de nouveaux commandements applicables seulement à cette terre. Il ordonne aux Israélites de ne pas avoir commerce avec les autochtones païens, de s’abstenir de toute idolâtrie, et d’apparaître devant Lui lors des trois fêtes de pèlerinage. Moïse redescend alors vers le peuple, qui l’écoute en respectueux silence.
Chap. xxxv.-xl. : Le sanctuaire et les vêtements des prêtres (presque dans les mêmes termes que ch. xxv.-xxxi.). Moïse rassemble l’assemblée, leur prescrit l’observance du sabbat, et demande des dons pour le sanctuaire. L’ensemble du peuple, hommes et femmes, hauts et bas, répond volontiers et promptement, et sous la direction du surintendant ils fabriquent : (1) l’habitation, y compris les rideaux, les parois et le voile ; (2) l’Arche et son couvercle ; (3) la table ; (4) le candélabre d’or ; (5) l’autel d’or pour l’encens ; (6) l’autel des holocaustes ; (7) le bassin ; (8) la cour extérieure. Suit une estimation du coût du matériau. Vient ensuite la confection des vêtements sacerdotaux, comprenant : (1) l’éfod avec les pierres d’onyx, avec le pectoral et ses douze pierres précieuses et ses chaînes d’or ; (2) le manteau de l’éfod ; (3) les tuniques pour Aaron et ses fils ; (4) la mitre et les bonnets ; (5) les culottes ; (6) la ceinture ; (7) la plaque d’or de la couronne. Moïse inspecte le travail achevé et le loue, et le sanctuaire est dressé le premier jour du second mois.
En rapport avec cette section (xxxv.-xl.) se posent les questions : pourquoi la longue répétition des chap. xxv.-xxxi. en xxxv.-xl. ? et pourquoi la différence dans l’ordre où les divers objets sont décrits ? À la première question la réponse est : quand le peuple est déchu et qu’Elohîm l’a renié, les tables de l’alliance semblaient avoir perdu leur utilité, et Moïse les brisa. Mais après que le peuple eut été pardonné, de nouvelles tables furent faites et les promesses relatives au pays durent être répétées. De plus, la promesse d’Elohîm qu’Il habitera parmi Israël, dans un sanctuaire érigé par eux et où ils adoreront, ne devait pas rester sans effet ; c’est pourquoi la construction du sanctuaire initialement prévue est entreprise de nouveau, mais selon l’idée originelle. Ainsi ch. xxxii.-xxxiv. s’insèrent nécessairement entre ch. xxv.-xxxi. et xxxv.-xl. À la seconde question la réponse est que dans xxv.-xxxi., qui contiennent le plan, les pièces sont énumérées selon les usages auxquels elles sont destinées, tandis que dans xxxv.-xl. (ainsi que dans les plans de travail donnés aux surveillants en xxxi. 7 sqq.), qui racontent le déroulement des travaux, elles sont énumérées d’après leur agencement.
Exodus contient les révélations les plus fondamentales et sublimes sur la nature et la volonté d’Elohîm, et décrit les commencements de la religion, la constitution théocratique du peuple israélite et les fondements de son éthique, de son droit, de ses usages et de son culte. Elohîm, tel qu’Il est révélé dans Exodus, n’est pas un Dieu nouveau, jusque-là inconnu : Il est le Elohîm d’Abraham, d’Isaac et de Jacob — les Pères du peuple — qui les a protégés et qui a été adoré par eux (Exode ii, 24 ; iii, 6, 13-18 ; iv, 5 ; vi, 3, 8 ; xv, 2 ; xxxii, 13). Il Se désigne Lui-même par le nom sous lequel Il doit être invoqué ; « mn’ [Yhwh], le Elohîm de vos pères, le Elohîm d’Abraham, le Elohîm d’Isaac et le Elohîm de Jacob » (iii, 15). Le livre, cependant, a pour but exprès de révéler, ou de développer pleinement, pour la première fois certains aspects de la nature divine qui n’avaient pas été jusqu’alors notés. Lorsque Elohîm apparaît à Moïse dans le buisson enflammé et le charge d’annoncer aux Israélites leur libération prochaine, Moïse demande, doutant (iii, 13) : « Voici, quand je serai venu vers les enfants d’Israël, et que je leur dirai : Le Elohîm de vos pères m’a envoyé vers vous ; et ils me diront : Quel est son nom ? Que leur dirai-je ? » Moïse cherche à connaître, non pas le nom d’Elohîm, mais ce que le nom d’Elohîm, dont il sait qu’il est plein de signification, exprime dans ce cas particulier. Moïse est bien conscient que le nom « Yhwh » signifie « l’Almighty », et que le salut dépend d’Elohîm ; mais dans son anxiété, qui tient à un manque de foi, il veut savoir tout de suite comment Elohîm sauvera. Elohîm, cependant, ne l’annonce pas maintenant ; le réconfortant seulement en lui disant (iii, 14) rihlX n'HX (« Je serai là [aidant quand nécessaire] d’une manière que je jugerai appropriée » ; Version Autorisée King James ‘I AM THAT I AM’). « Je me manifesterai comme l’Almighty, le sauveur infaillible. » Sur ce passage, si on l’interprète correctement, repose le passage vi, 2, où Elohîm encourage Moïse — qui est déçu parce que la référence à ce nom ne lui a rien valu — en disant « Je suis le Elohîm. J’ai été connu comme El Shaddai auprès d’Abraham, d’Isaac et de Jacob, sans qu’ils m’aient connu sous mon nom Ynwn. » Et maintenant Elohîm accomplit Ses miracles, tous dans l’intention expresse que le peuple « sache que je suis Ynwn » (vi, 7 ; vii, 5, 17 ; viii, 6, 18 ; ix, 14, 25, 29 ; x, 2 ; xiv, 18 ; xvi, 12). Ainsi, Elohîm est, comme Son nom Ynwn le suggère, le Sauveur tout-puissant, soumis seulement à Sa propre volonté, indépendant, au-dessus de la nature et la commandant ; le Elohîm des miracles ; le Elohîm secourable, qui emploie Sa puissance à des fins morales pour établir la loi et la liberté dans le monde, en détruisant les méchants et en sauvant les opprimés (iii, 8 ; vi, 6 ; vii, 5 ; xv, 2, 3, 11), en qui résident le jugement et le salut (iii., iv., vi, 1-8).
Dans ch. xxxii. et suivants se révèle un autre côté de la nature d’Elohîm. Israël mérite Sa colère destructive à cause de son péché avec le veau d’or. Mais Elohîm non seulement s’abstient de la destruction et de rappeler Sa parole concernant la terre promise ; Il écoute même la prière de Moïse pour accorder Sa présence au peuple. Lorsque Moïse demande de nouveau : « Fais-moi voir Ta gloire », Elohîm répond : « Je ferai passer devant toi toute ma bonté, et je prononcerai le nom de Ynwii devant toi, et je serai miséricordieux envers qui je veux être miséricordieux, et je ferai grâce à qui je veux faire grâce » (xxxiii, 18-19). Et encore : « Tu ne pourras pas voir ma face ; car l’homme ne peut me voir et vivre ; ... tu verras mon arrière-train ; mais ma face ne sera pas vue » (ib. 20, 23, Version Autorisée King James). Quand Elohîm apparaît à Moïse Il Se révèle comme « Yhwh, Yhwh Elohîm, miséricordieux et gracieux, lent à la colère, et abondant en bonté et en vérité, qui garde la miséricorde pour des milliers, qui pardonne l’iniquité, la transgression et le péché, et qui ne laisse point le coupable impuni ; qui visite l’iniquité des pères sur les enfants et sur les enfants des enfants jusqu’à la troisième et la quatrième génération » (xxxiv, 6-7). En ces paroles Elohîm Se révèle comme un être plein d’un saint zèle contre la méchanceté — un zèle, toutefois, qui est contrebalancé par la puissance incomparablement plus grande de Son amour, de Sa miséricorde et de Son pardon, car ceux-ci sont inépuisables. Mais même cela ne constitue pas tout Son être, qui en sa profondeur et sa clarté dépasse la compréhension humaine.
Ces deux révélations renferment l’aperçu le plus élevé et le plus béni sur la nature d’Elohîm jamais atteint ; et autour d’elles peuvent se grouper les autres déclarations au sujet d’Elohîm que contient le livre de l’Exode.
Elohîm est l’Être absolument élevé, qui ne peut être comparé à aucun autre dieu ; même le Madianite Jéthro admet que YHWH est plus grand que tous les dieux (xv, 1, 11 ; xviii, 11). Le monde tout entier appartient à Elohîm : Il a créé les cieux et la terre et tout ce qu’ils contiennent ; Il règne pour toujours ; Il accomplit des prodiges ; rien de semblable à Lui n’a jamais été ; d’où Il est objet de vénération (xv, 11, 18 ; xix. 5 ; xx. 11 ; xxxiv. 10). Il donne la parole à l’homme, ou le laisse sourd et muet ; Il donne la vue, ou rend aveugle (iv, 11). Il a pouvoir sur les cœurs des hommes, soit pour les encourager au bien (iii, 21 ; xi, 3 ; xii, 36), soit, ayant des fins plus larges en vue, pour ne pas empêcher qu’ils fassent le mal (« endurcissant le cœur », iv, 21 ; vii, 3 ; x, 1, 20 ; xiv, 4, 17). Elohîm est omniscient ; Il connaît le lointain, l’avenir, ce que l’homme fera d’après sa nature (vi, 4-13, 29 ; viii, 11, 15 ; ix, 12, 35 ; xxiv, 20 ; xxxiv, 10-12). De Lui procèdent l’inspiration artistique, la sagesse, l’intelligence, la connaissance et l’habileté (xxxi, 3 ; xxxv, 31, 34 ; xxxvi, 1, 3).
Elohîm est la Providence (ii, 25) ; Il récompense les bonnes actions, qu’elles soient faites par crainte ou par amour pour Lui (i, 21 ; xx, 6). Il n’est pas indifférent à la misère humaine ; Il voit, entend et intervient au moment opportun (iii, 7 ; iv, 31 ; vi, 5 ; xxii, 22, 26) ; Il fait des promesses qu’Il tient (ii, 24 ; iii, 16 ; iv, 31 ; vi, 5 ; xxxii, 13). Elohîm est jaloux et ne laisse rien impuni (xx, 7 ; xxxiv, 7) ; mais Il punit toujours le pécheur Lui-même, n’admettant pas de mort vicariante, même si elle est offerte (xxxii, 33). Sa grande indignation morale (« colère ») contre le péché serait destructive (xxxii, 10, 33) si son amour pardonneur n’était encore plus grand (xx, 5 ; xxxii, 14 ; xxxiii, 19). Il est gracieux et plein de miséricorde (xv, 13 ; xxxiv, 6). Sa présence signifie grâce ; elle sanctifie ; car Il-même « est glorieux en sainteté » (xv, 11 ; xxix, 43).
L’homme ne peut percevoir Elohîm dans toute Sa nature ; il ne peut que regarder Elohîm lorsqu’Il est passé et l’imaginer (Dillmann sur Exode xxxiii, 22).
Pourtant Elohîm Se révèle à l’homme ; c.-à-d. Il informe l’homme de Sa présence et de Sa volonté, visible et audible. Elohîm, qui déjà était apparu aux Pères, apparaît dans le buisson ardent, dans la colonne de nuée et de feu lors de la marche, dans les nuées au moment de Sa descente sur le Sinaï, dans le feu sur la montagne, dans la nuée dans le désert, dans la colonne de nuée sur la tente de Moïse, dans la nuée d’où Il appelle Moïse et dont émanent Ses attributs de grâce, dans la nuée et le feu qui servent de signaux aux Israélites pour partir ou camper (vi, 3 ; xiii, 21 ; xiv, 19 ; xix, 11 ; xx. ; xxiv, 15, 17 ; xxxiii, 9 ; xxxiv, 5 ; xl, 34-36). Cette manifestation divine est appelée le message d’Elohîm (xiv, 19 ; xxiii, 20, 23 ; xxxii, 34 ; xxxiii, 2) ou Sa gloire (xvi, 7, 10 ; xxiv, 16-17 ; xxxiii, 22 ; xl, 34).
Elohîm apparaît afin de se faire connaître, de donner des commandements et d’inspirer la crainte menant à l’obéissance (xvi, 10 ; xix, 9 ; xx, 20). Elohîm parle surtout avec Moïse ; Il met les paroles dans la bouche de Moïse, et lui dit quoi dire ; Il lui parle face à face, comme un homme avec son prochain, et lui donne un bâton en signe de son office (iii, 15 ; iv, 17 ; vii, 2, 17, 20 ; ix, 23 ; x, 13 ; xxxiii, 11). Mais Elohîm parle aussi du ciel à toute l’assemblée (xx, 22), et ordonne pour Lui-même une demeure permanente parmi eux dans le Tabernacle dressé selon Ses directives (xxv, 8 ; xxix, 45) ; Il y descend afin de parler avec Moïse, Son lieu spécial étant le propitiatoire de l’Arche de l’Alliance, entre les deux chérubins (xxv, 22 ; xxix, 43 ; xxx, 6).
Elohîm a conclu une alliance avec les Pères du peuple, Abraham, Isaac et Jacob, qu’Il les multiplierait comme les étoiles du ciel ; qu’Il se souviendrait d’eux, les sauverait, et donnerait à eux et à leurs descendants la terre de Canaan — une terre « coulante de lait et de miel », et qu’Israël atteindrait « de la Mer Rouge jusques à la mer des Philistins, et du désert jusqu’au fleuve » (ii, 24 ; iii, 8, 17 ; vi, 4-8 ; xiii, 5 ; xxiii, 31 ; xxxii, 13 ; xxxiii, 3). Elohîm se souvient de cette alliance et la tient malgré tout, comme ensuite illustré dans la délivrance d’Israël et la destruction de Pharaon (i, 7, 12 ; iii, 7 ; vi, 1 ; xxiii, 20) ; Il n’en oublie pas même face au découragement et aux murmures du peuple (vi, 9 ; xiv, 10 ; xv, 24 ; xvi, 2, 27 ; xvii, 3), à leur culte du veau d’or et à leur obstination (xxxii, 9 ; xxxiii, 3, 5 ; xxxiv, 9). Il guide, combat pour, guérit et instruit Israël et détruit les ennemis d’Israël (xiii, 17 ; xiv, 14, 25 ; xv, 3, 26 ; xvi, 4 ; xx, 20 ; xxiii, 22, 23, 27 ; xxxiii, 2 ; xxxiv, 11, 24). Les Israélites sont le peuple d’Elohîm. Son armée. Son fils premier-né (vi, 7 ; vii, 4 ; xii, 41 ; xv, 16 ; xxxii, 11 sqq. ; xxxiii, 13, 16). Ynwn sera le Elohîm d’Israël (vi, 7 ; xxix, 5). Israël est Sa propriété (« segullah »). Avant tous les peuples Israël sera Son peuple, « un royaume de sacrificateurs et une nation sainte », si Israël écoute la voix d’Elohîm et garde Son alliance (xix, 5-6). C’est pourquoi Il donne aux Israélites des commandements, descend vers eux dans Sa gloire, les honore de révélations renouvelées, et institue le culte divin (xxiv, 8 ; xxxiv, 27).
Dans Exodus se trouvent pour la première fois les caractères prééminents de la loi israélite : son origine et sa connexion pragmatique avec l’histoire. Un recueil de lois est donné en relation avec les événements qui les ont provoquées. Ainsi, d’une part, l’histoire explique et justifie la loi morale, tandis que d’autre part la Loi maintient vivante et commémore l’histoire et ses enseignements. De plus, comme Elohîm est sujet de l’histoire autant que législateur, la religion d’Israël prend ici le caractère fondamental qui déterminera tout son développement futur : c’est une loi fondée sur Elohîm tel qu’Il s’est révélé dans l’histoire. La base est le Décalogue, les Dix Commandements (Exode XX, 1-17), dans lesquels tous les devoirs sont désignés comme devoirs envers le Elohîm qui libéra Israël de l’esclavage d’Égypte. Israël ne doit reconnaître aucun autre dieu ; l’idolâtrie et la fabrication et l’adoration d’images sont interdites (xx. 2-5, 23 ; xxiii. 13, 24, 33 ; xxxii. ; xxxiv. 12-14, 17) ; Israël doit se garder de relations séduisantes avec les Cananéens idolâtres ; sacrifier à des idoles, et la magie, sont punissables de mort. Non plus le nom du vrai Elohîm ne doit être appliqué à des idoles vaines (c’est la seule explication correcte de xx. 7). Elohîm est reconnu comme Créateur du monde par la sanctification du sabbat, où homme et bétail doivent se reposer de tout travail (xvi. 23 et suiv., xx. 7 et suiv., xxiii. 12, xxxi. 12-17, xxxv. 1-3), et aussi par l’observance de l’année sabbatique (xxiii. 10). Il est reconnu comme le sauveur d’Israël de l’oppression égyptienne par la célébration de la Pâque (voir plus bas).
« Honore ton père et ta mère, afin que tes jours se prolongent sur la terre que YHWH ton Elohîm te donne » (xx. 12, cinquième commandement). Celui qui frappe ou insulte son père ou sa mère est puni de mort (xxi. 15, 17). Honneur doit aussi être rendu aux autorités (xxii. 27 [Version Autorisée King James 28]).
« Tu ne tueras point » (xx. 13). Le meurtre est punissable de mort (xxi. 12) ; il n’y a pas de lieu d’asile pour le meurtrier volontaire, comme il en existe pour l’homicide accidentel, même à l’autel (xxi. 13-14). Pour les blessures corporelles il y a une amende (xxi. 18-19, 22-25, 28-31).
« Tu ne commettras point d’adultère » (xx. 14). La fornication et les relations avec des animaux sont punissables de mort (xxii. 17) ; le séducteur d’une vierge doit soit l’épouser soit compenser son père (xxii. 15 sqq.). « Tu ne voleras point » (xx. 15). L’enlèvement est punissable de mort (xxi. 16). La mise à mort d’un cambrioleur est justifiable. Celui qui vole du bétail, le tue et le vend, doit payer quatre ou cinq fois sa valeur ; si on le retrouve vivant, le double ; si le voleur ne peut payer il est vendu comme esclave (xxi. 37 ; xxii. 3). Les biens détruits ou endommagés doivent être réparés (xxi. 33-36 ; xxii. 4-14).
« Tu ne porteras point de faux témoignage contre ton prochain » (xx. 16). La justice, la véracité, l’impartialité, l’honnêteté au tribunal sont prescrites (xxiii. 1, 2, 6-8). On exige un serment quand il y a soupçon de défaillance (xxii. 7 sqq.).
« Tu ne convoiteras point la maison de ton prochain, tu ne convoiteras point la femme de ton prochain, ni son serviteur, ni sa servante, ni son bœuf, ni son âne, ni rien de ce qui est à ton prochain » (xx. 17).
Les devoirs envers le prochain comprennent à la fois des actes bons et des pensées bienveillantes. Le pauvre doit être secouru ; la justice lui doit être rendue ; on doit lui faire crédit ; on ne doit pas l’exiger avec insistance ; on ne doit pas prendre en gage les nécessités de la vie (xxii. 24 sqq.). Veuves et orphelins ne doivent pas être opprimés ; car Elohîm est leur avocat (xxii. 21). Les étrangers ne doivent pas être lésés ou opprimés, « car vous avez été étrangers dans le pays d’Égypte » (xxii. 20 ; xxiii. 9) ; eux aussi doivent se reposer au sabbat (xx. 10). Un serviteur hébreu ne doit pas servir au-delà de six ans, à moins qu’il choisisse de rester. Il ne doit pas gagner de salaires pour lui-même pendant son service. Le maître d’une fille vendue en servitude doit l’épouser ou lui donner une dot. Les serviteurs doivent être affranchis s’ils subissent des blessures corporelles ; et la mort causée par un animal est compensée (xxi. 1-11, 20, 21, 26, 27, 32). Les serviteurs se reposent aussi au sabbat (xx. 10 ; xxiii. 12). Les animaux doivent être traités avec douceur (xxiii. 4, 5, 19), et laissés au repos le sabbat (xx. 10 ; xxiii. 12). La considération pour un ennemi est prescrite (xxiii. 4, 5). Observer ces commandements, c’est obéir à Elohîm (xv. 26 ; xvi. 28 ; xx. 6 ; xxiii. 13). Israël doit placer sa confiance en Lui (iii.-vi. ; xiv. 31 ; xvi. ; xvii. 7 ; xix. 9) ; et dans un passage significatif (xx. 6) l’amour pour Elohîm est mis en évidence.
Dans Exodus se voient les commencements du culte national. Il est strictement défendu de fabriquer ou d’adorer des idoles (xx. 3, 23 ; xxiii. 24 ; xxxii. ; xxxiv. 13, 17). Le symbole de la Présence Divine est le Tabernacle construit selon les directives d’Elohîm, plus particulièrement le propitiatoire de l’Arche de l’Alliance et l’espace entre les chérubins qui s’y trouve (voir Tabernacle). Le culte par des prêtres spécialement sanctifiés doit s’observer dans ce sanctuaire (voir Lévitique). Les fêtes comprennent le sabbat, pour lequel aucun rituel n’est mentionné, et trois « fêtes de pèlerinage », où tous les hommes doivent comparaître devant Elohîm (xxiii. 14-17 ; xxxiv. 18-23).
La Pâque est discutée en détail ; une grande partie du livre lui est consacrée (xii. 1-28, 43-50 ; xiii. 1-2, 20 ; xxiii. 15 ; xxxiv. 18-20) ; et son origine historique doit être rappelée à toutes les générations futures (xii. 2, 14, 17, 24-27, 42 ; xiii. 5-10, 16 ; voir Mazzaii ; Pessah ; Seder). Vers le soir du 14e jour du premier mois, un agneau d’un an ou un chevreau sans défaut doit être égorgé, rôti au feu, et mangé au repas familial avec pain sans levain et herbes amères. Il doit être rôti entier, avec les pattes et les entrailles, et aucun os ne doit être brisé ; aucune viande ne doit être emportée hors de la maison, mais ce qui reste jusqu’au matin doit être brûlé. En lien avec cela il y a une fête de sept jours, la Fête des Mazzioth (pain sans levain). Ce pain doit être mangé pendant sept jours, du 14e au 21e jour du premier mois (le mois d’Abib, mois où Israël sortit d’Égypte ; xxiii. 15 ; xxxiv. 18). Il est strictement interdit de manger quelque chose de levé ; on doit ôter le levain de la maison le premier jour. Le premier et le septième jour sont des jours de repos absolu, où l’on ne prépare que la nourriture nécessaire. La sanctification des prémices et des premiers-nés qui appartiennent à Elohîm est aussi liée à la Pâque. Le premier-né humain, et celui de l’âne, qui ne peut être sacrifié, doivent être rachetés par un agneau (xiii. 1 sqq. ; xxii. 28 ; xxxiv. 19 sqq.). D’autres fêtes sont : (1) la coupe des prémices de la moisson (« Hag ha-Kazir ») ou la Fête des Semaines (« Hag Shabu'ot »), et (2) la fête des récoltes (« Hag ha-Asif ») à la fin de l’année, après la moisson, quand elle est rentrée (xxiii. 16 ; xxxiv. 22). À ces fêtes le peuple ne doit pas paraître les mains vides devant Elohîm ; ils ne doivent pas mêler le sang du sacrifice pascal avec du pain levé, ni quitter le sacrifice jusqu’au matin ; ils doivent présenter les prémices du champ dans la maison d’Elohîm, et ils ne doivent pas faire bouillir le chevreau dans le lait de sa mère (xxiii. 18, 19 ; xxxiv. 25, 26). Les dîmes du grenier et de la vigne ne doivent pas être retardées. Les animaux déchirés sur le champ (« terefah ») ne doivent pas être mangés, mais jetés aux chiens, car « ils doivent être saints » (xxii. 28-30 ; Version Autorisée King James 29-31).
E. G. II. B. J.
Vue critique I. : Le livre de l’Exode, comme les autres livres de l’Hexateuque, est d’origine composite, étant compilé à partir de documents primitivement distincts, qui ont été extraits et combinés par un rédacteur (voir Pentateuque). Les deux sources principales utilisées dans l’Exode sont celle aujourd’hui généralement connue sous le nom de « JE », dont les éléments principaux datent probablement du VIIe ou VIIIe siècle av. J.-C., et celle désignée par « P », que l’on considère généralement comme ayant été rédigée pendant ou peu après la captivité babylonienne. La première de ces sources est, par son ton et son caractère, proche des écrits des grands prophètes ; la seconde est manifestement l’œuvre d’un prêtre, dont l’intérêt principal était de retrouver leur origine et de décrire avec toute la particularité nécessaire les institutions cérémonielles de son peuple. Il est impossible, dans les limites du présent article, d’exposer les détails de l’analyse, du moins en ce qui concerne la ligne de démarcation entre J et E, ou de discuter les difficiles problèmes qui se posent en rapport avec le récit de la législation contenue dans JE (xix.-xxiv. et xxxii.-xxxiv.) ; mais la large et importante démarcation entre P et JE peut être indiquée, et les traits dominants des sources principales peuvent être brièvement esquissés.
Les parties de l’Exode qui appartiennent à P sont : i. 1-5, 7, 13-14, ii. 23b-25 (l’oppression) ; vi. 2-vii. 13 (commission de Moïse, avec généalogie, vi. 14-27) ; vii. 19-20a, 21b-22, viii. 1-3, 11b-15 (Version Autorisée King James 5-7, 15b-19), x. 8-12, xi. 9-10 (les plaies) ; xii. 1-20, 37a, 40, 41, 43-51, xiii. 1-2, 20 (Pâque, mazzioth, consécration des premiers-nés) ; xiv. 1-4, 8-9, 15-18, 21a, c, 22-23, 27a, 28a-29 (la traversée de la Mer Rouge) ; xvi. 1-3, 6-24, 31-36 (la manne) ; xvii. 1a, xix. 1-2a (voyage au Sinaï) ; xxiv. 15-18a, xxv. 1-xxxxi. 18a (instructions concernant le Tabernacle) ; xxxiv. 29-35, xxxv.-xl. (la construction et l’érection du Tabernacle). Le reste du livre consiste en J et E, qui (avant d’être combinés avec P) avaient été unis en un tout par un rédacteur, et en même temps, il semble, étendus à certains endroits (surtout dans les parties législatives) par des additions parénétiques ou didactiques, approchant le style du Deutéronome.
Dans le récit de JE, particulièrement dans les parties appartenant à J, le style est pittoresque et graphique, les descriptions sont vives et abondent en détails et dialogues, et l’émotion et le sentiment religieux s’expriment chaudement et avec sympathie. Entre J et E il existe parfois des différences de représentation. Dans le récit des plaies, par exemple, les Israélites sont représentés par J comme vivant à part dans Goshen (viii. 18 [Version Autorisée King James 22], ix. 26 ; comparer Genèse xlv. 10, xlvi. 28, etc. ; aussi J) ; et les plaies sont envoyées par Ynwn à un moment déterminé annoncé d’avance à Pharaon par Moïse. Dans E les Israélites sont représentés, non pas comme habitant un district à part, mais comme vivant côte à côte avec les Égyptiens (iii. 22 ; xi. 2 ; xii. 35 sqq.), et la plaie arrive sur place par l’intervention de Moïse avec son bâton (vii. 20b ; ix. 23 ; x. 12 ; comparer iv. 2, 17, 20b ; xvii. 5 ; aussi E) ou par sa main (x. 22). Un chapitre intéressant appartenant à E est xviii., qui présente une image de Moïse légiférant. Des disputes surgissent parmi le peuple ; elles sont portées devant Moïse pour règlement ; et ses décisions sont appelées « les statuts et ordonnances [« torot »] de Elohîm ». Ce fut la charge des prêtres par la suite de donner des avis (miH, min) sur des cas soumis, tant en droit civil (Deutéronome xvii. 17) qu’en matière cérémonielle (ib. xxiv. 8 ; Aggée ii. 11-13) ; et il est difficile de ne pas penser qu’en Exode xviii. il y ait une tradition historique authentique de la manière dont le noyau du droit hébreu fut créé par Moïse lui-même.
Le récit de la législation sinaitique de JE se trouve dans xix. 3-xxiv. 14, 18b ; xxxi. 18b-xxxiv. 28. Ce récit, lorsqu’on l’examine attentivement, révèle des marques manifestes de structure composite. La plus grande partie en appartient assez clairement à E, à savoir : xix. 3-19 ; xx.-xxiii. 33 (élargi en partie par le compilateur) ; xxiv. 3-8, 12-14, 18b ; xxxi. 18b ; xxxii. 1-8 (9-14, probablement du compilateur), 15-35 ; xxxiii. 5-11. À J appartiennent xix. 20-25, xxiv. 1-2, 9-11 (fragments d’un récit de la théophanie au Sinaï) ; et xxxiii. 1-4, xxxiii. 12-xxxiv. 28 semblent aussi basés sur J, mais amplifiés par le compilateur. Un passage particulièrement notable dans le récit d’E est xxxiii. 7-11, qui conserve la plus ancienne représentation de la « Tente de Rencontre » ; elle était hors du camp (comparer Nombres xi. 16, 17, 21-30 ; xii. 4 ; aussi E ; et contraster la représentation de P dans Nombres ii. et s.) ; le jeune Josué en était le gardien ; et Moïse s’y rendait de temps à autre pour y communiquer avec Ynwn. Évidemment la Tente de Rencontre, telle que dépeinte par E, était une structure beaucoup plus simple que celle de la représentation de P (xxvi.-xxxi., etc.), tout comme l’autel (xx. 24-26), les fêtes, etc. (xxiii. 10-19) présentés par E reflètent l’usage d’un âge plus simple et plus primitif que les prescriptions correspondantes de P.
Les lois de JE se trouvent en xii. 21-27 (Pâque) ; xiii. 3-16 (mazzioth et consécration des premiers-nés) ; xx. 1-17 (le Décalogue) ; xx. 22-xxiii. 33 (le « Livre de l’Alliance » ; voir xxiv. 7) ; et la répétition (avec de légères différences verbales, et l’addition en xxxiv. 12-17 d’avertissements plus spécifiques contre l’idolâtrie) de xiii. 12-13, et de la section théocratique du Livre de l’Alliance (xxiii. 10-19) en xxxiv. 10-26 (parfois appelée le « Petit Livre de l’Alliance »). Le Décalogue et le Livre de l’Alliance appartiennent en particulier à E.
Ces lois ont en de nombreux endroits reçu des additions parénétiques faites par le compilateur (par ex., une grande partie de xiii. 3-16 ; les commentaires explicatifs en xx. 4-6, 9-11, 12b, 17 ; xxii. 21b, 22 ; xxiii. 23-25a). Les lois en xxxiv. 10-26 sont présentées ostensiblement comme les conditions de renouvellement de l’Alliance après qu’elle eut été rompue par le péché du veau d’or ; mais on suppose généralement qu’à l’origine elles formaient une collection séparée, qui fut introduite indépendamment, sous des recensions légèrement différentes, dans E en xxiii. 10-19, et dans J ici, et qui probablement, lorsque J fut complet, se trouvait comme suite directe de xxiv. 1-2, 9-11. De plus, bien que par l’auteur de xxxiv. 1-28 dans sa forme actuelle (voir verset 1b) les « dix paroles » (hébr. « dix mots ») de 28b soient évidemment censées être le Décalogue de xx. 1-17, le sujet naturel de « Et il écrivit » au verset 28 est « Moïse » (comparer verset 27) ; d’où beaucoup de critiques infèrent que, dans le contexte original du verset 28, les « dix paroles » étaient le groupe de lois précédent (versets 10-26), qui, bien que maintenant élargi par le compilateur, comprenait alors vraisemblablement dix prescriptions particulières (le « Décalogue rituel » de J, par opposition au « Décalogue moral » d’E en xx. 1-17). Quelle que soit l’explication véritable de la double apparition de ce petit groupe de lois, il s’agit en tout cas de la plus ancienne formulation existante de ce que l’on considérait alors comme les observances rituelles essentielles de la religion de Ynwn.
Les caractéristiques littéraires et autres de P sont, mutatis mutandis, les mêmes dans l’Exode que dans d’autres parties de l’Hexateuque. Les mêmes formules stéréotypées apparaissent ; et (comme le montrera la synopse ci-dessus) il y a la même disposition à réduire le récit d’événements ordinaires à un résumé sec, mais à développer tout ce qui est en rapport avec les institutions cérémonielles. Dans i.-xi. le récit de P court parallèlement à celui de JE ; et le compilateur a parfois conservé des versions divergentes des mêmes événements. Ainsi, si l’on compare vi. 2-vii. 13 avec iii. 1-vi. 1, on verra qu’il ne s’agit pas de la suite de ce dernier, mais d’un récit parallèle et en partie divergent de la mission de Moïse et des démarches préliminaires qu’il fit pour obtenir la libération du peuple. Dans le récit des plaies il existe des différences systématiques entre P et JE : ainsi en P Aaron coopère avec Moïse ; aucune demande de libération d’Israël n’est jamais faite à Pharaon, les plaies étant plutôt vues comme des signes ou preuves de puissance ; la description est brève ; le succès ou l’échec des magiciens égyptiens (qui ne sont mentionnés que dans ce récit) est noté, et l’endurcissement du cœur de Pharaon est exprimé par le verbe « hazak », « hizzak » (ce verbe est aussi employé par E ; mais J emploie régulièrement « kabed », « hikbid »). En xii.-xiii. la double couche est particulièrement évidente : P et JE donnent les récits du sacrifice pascal, des mazzioth et de la consécration des premiers-nés en double (en P, xii. 1-13 [43-50 suppl.], 14-20, 28, 37a, 40-41, 51 ; xiii. 1-2 ; en JE, xii. 21-27 [que la comparaison attentive montrera n’être pas vraiment la suite de xii. 1-13], 29-36, 37b-39, 42a ; xiii. 3-10, 11-16).
La partie la plus caractéristique de P est cependant le récit des instructions données à Moïse sur la montagne (xxiv. 15-18a) pour la construction du Tabernacle et la nomination d’un sacerdoce (xxv.-xxxi.). Ces instructions se divisent en deux parties : (1) xxv.-xxix. ; (2) xxx.-xxxi. Dans xxv.-xxix. on traite des sujets suivants : l’Arche, la table du pain de proposition et le candélabre (xxv.) ; le Tabernacle (« mishkan »), ses rideaux, ses planches et son voile (xxvi.) ; l’autel des holocaustes et la cour (xxvii.) ; l’habillement des prêtres (xxviii.) ; le rituel de leur consécration et l’offrande quotidienne des holocaustes, qui est le devoir primordial du sacerdoce (xxix. 1-42) ; et enfin ce qui est apparemment la clôture formelle de l’ensemble des instructions, la promesse de Ynwn de prendre Sa demeure dans le sanctuaire ainsi établi (xxix. 43-46). Les chapitres xxx.-xxxi. contiennent des directions concernant l’autel d’encens, le maintien du culte public, le bassin de bronze, l’huile d’onction, l’encens (xxx.) ; la nomination de Bezaleel et Aholiab, et l’observance du sabbat (xxxi.). Si l’on ne doute plus que xxv.-xxix., à de rares exceptions près, font partie de la législation originelle de P, on soutient généralement que xxx.-xxxi. appartiennent à une strate secondaire et postérieure de P, reflétant un stade plus tardif de pratiques cérémonielles. La raison principale de cette conclusion est la façon dont l’autel d’encens est introduit (xxxi. 1-10). Si un tel autel avait été envisagé par l’auteur de xxv.-xxix., il l’aurait introduit dans xxv., avec les autres meubles du Lieu Saint, et l’aurait aussi mentionné en xxvi. 33-35 ; de plus, il aurait naturellement distingué l’autel décrit en xxvii. 1-8 de l’autel d’encens, et non pas s’en tenir à en parler simplement comme « l’autel ». Cette conclusion concernant le caractère secondaire de l’autel d’encens semble confirmée par le fait que, dans d’autres lois de P, il existe une strate où un tel autel n’est pas reconnu (par ex., Lévitique xvi.). Il y a aussi d’autres indications montrant que xxx.-xxxi. appartiennent à une strate postérieure de P, comparée à xxv.-xxix. Les chapitres xxxv.-xl. décrivent, en grande partie dans les mêmes mots que xxv.-xxxi. (les temps seuls étant changés), mais avec plusieurs différences d’ordre, la manière dont les instructions données à Moïse furent exécutées. Dans ces chapitres l’autel d’encens et le bassin de bronze (xxx. 17-21) sont introduits aux endroits où on s’attendrait naturellement à les trouver, à savoir dans les descriptions du Lieu Saint et de la cour respectivement (xxxvii. 25-28 ; xxxviii. 8). Il en résulte que si xxx.-xxxi. appartiennent à une strate secondaire de P, il en va de même pour xxxv.-xl. L’origine plus tardive de xxxv.-xl. semble être en outre soutenue par le fait que la version des Septante de ces chapitres n’est pas de la même main que le reste du livre ; si bien qu’elles étaient vraisemblablement absentes du manuscrit utilisé par les traducteurs originels. Ces chapitres, si cette vue est correcte, ont donc pris la place d’un récit beaucoup plus bref de la manière dont la construction du Tabernacle fut menée.
La représentation de P du Tabernacle et de ses objets ne peut être historique. Les Israélites dans le désert eurent sans doute un « ohel mo’ed » ; mais c’était le simple « ohel mo’ed » d’E (Exode xxxiii. 7-11 ; Nombres xi., xii.), non le Tabernacle coûteux et élaboré décrit par P. La représentation de P est l’incarnation d’un idéal historique ; c’est un « produit de l’idéalisme religieux », construisant pour l’époque mosaïque, sur la base de traditions ou de souvenirs du Temple de Salomon, un sanctuaire capable d’être adéquat à la majesté de Ynwn et de symboliser dignement Sa présence au milieu de Son peuple (comparer Ottley, « Aspects of the O. T. », p. 226).
Bibliographie : Les introductions à l’Ancien Testament par Kuenen, Driver, Holzinger, König, Cornill, Baudissin ; les commentaires de Dillmann, Baentsch (1900), Holzinger (1900), et A. H. S. Kennedy (à paraître) ; G. A. Briggs, The Higher Criticism of the Hexateuch, 1897 ; Carpenter et Harford Battersby, The Hexateuch, Oxford, 1900, spécialement ii. 79-... (texte de l’Exode, avec les sources distinguées typographiquement, et notes critiques complètes) ; G. F. Moore, Exodus, dans Cheyne et Black, Encyc. Bibl. ii. (où l’on trouvera d’autres références bibliographiques).
E. G. H. S. R. I.
