Définition dans Jewish Encyclopedia
Chypre
CYPRUS
La grande île du bassin le plus oriental de la Méditerranée, dérivant probablement son nom de la fleur de cyprès (Keirpoc), dont l'appellation hébraïque est 123. Josèphe déclare ("Ant." i. 6, § 1) que l'île, appelée Dûl en hébreu, fut nommée d'après la ville « Ketion » ou « Kition ». Néanmoins le terme « îles de Kittim » (Jér. ii. 10; Ez. xxvii. 6) indique que « Kittim » désignait toutes les îles et côtes de l'Ouest, et, selon 1 Macc. i. 1 (Xerrei/j) et viii. 5 (K/ruotv PaatMa), englobait la Macédoine, et, selon Dan. xi. 30, même l'Italie. Les habitants de Chypre furent d'abord peut‑être des Cariens; à l'époque historique, des Phéniciens; puis des Grecs. Sous cette dernière période, comme l'écrit l'juif Agrippa à l'empereur Caius, les Juifs y étaient nombreux (Philon, "Legatio ad Caium," 36; ii. 587, éd. Mange?). Ils entretenaient des relations étroites avec les habitants de l'île, et le décret favorable des Romains concernant les sujets juifs fut adressé aussi à Chypre (1 Macc. xv. 23). Lors de la guerre pour la ville de Ptolémaïs entre Alexandre Jannée et Ptolémée Lathyrus, roi de Chypre, les Juifs subirent de lourdes pertes, et Cléopâtre III d'Égypte, mère du roi chypriote, envoya ses commandants hébreux Chelkias et Ananias au secours d'Alexandre Jannée, qui vainquit alors les Cypriotes. À ce sujet, Josèphe ("Ant." xiii. 10, § 4) cite Strabon, selon lequel les Juifs de Chypre demeurèrent fidèles à la partie de Lathyrus, malgré la grande faveur dont ils jouissaient auprès de la reine Cléopâtre.
À Chypre comme en Égypte, les Juifs prospérèrent alors; et un Hébreu distingué, Timée de nom, épousa Alexandra, fille de Phasaelus et de Salampsho, cette dernière étant petite‑fille d'Hérode le Grand. Cette union resta toutefois stérile ("Ant." xviii. 5, § 4). Le christianisme se prêcha ici tôt parmi les Juifs. Paul fut le premier, et Barnabas, natif de Chypre, le second, à diffuser la nouvelle doctrine (Actes iv. 36; xi. 19; xiii. 5; xv. 39); et, selon une légende, Barnabas aurait été tué ici par les Juifs ("Acta Barnalia," § 23). Il existe aussi un récit, concordant avec les auteurs classiques au sujet de la fertilité de Chypre, que la reine Hélène d'Adiabène fit apporter des fruits de l'île à Jérusalem. Sous la conduite d'un certain Artemion, les Juifs chypriotes participèrent à la grande révolte contre les Romains sous Trajan (117), et ils sont dits avoir massacré 240 000 Grecs (Dion Cassius, lxviii. 32). Cette insurrection fut finalement réprimée après de grands effusions de sang (peut‑être par Q. Marcius Turbo, qui réprima la révolte en Cyrène et en Égypte), avec pour résultat que les Juifs de Chypre furent presque entièrement exterminés. Le sang des Juifs massacrés en Palestine serait allé jusqu'à Chypre (Lam. R. i. 16, iv. 19); c.-à‑d. que l'insurrection et le massacre qui s'ensuivit atteignirent Chypre. En punition on promulgua une loi sévère d'après laquelle aucun Juif ne devait plus mettre le pied sur le sol chypriote, pas même en cas de naufrage; néanmoins des résidants juifs se retrouvèrent plus tard sur l'île; et les produits du sol, auxquels les talmudistes font souvent référence (par ex., le « cumin » de Chypre, Yer. Dem. ii. 1), furent probablement amenés au marché par eux. Les Juifs se multiplièrent si rapidement qu'en 610 ils furent suffisamment nombreux pour participer à l'insurrection contre les Grecs sous Héraclius.
Un savant, Moses de Chypre, aurait été arbitre (xiie s.) entre Arméniens et Grecs ("Zeit. für Hebr. Bibl." vi. 116). Benjamin de Tudèle trouva à Chypre plusieurs communautés juives, dont l'une avait le péché d'hérésie de garder le shabbat du samedi matin au dimanche matin, au lieu de le commencer du vendredi soir au samedi soir. Judah Mosconi visita aussi l'île, de même que Menahem ben Perez (Zunz, "Gesam. Schriften," i. 168). En 646 et de nouveau en 1154 Chypre fut dévastée par les Arabes; en 1571 elle fut annexée par la Turquie, ayant été arrachée aux Vénitiens sur le conseil de Don Joseph Nasi, qui faillit accéder à la dignité de la couronne chypriote (Hammer, "Gesch. der Osmanen," iii. 564). En 1878 Chypre passa sous domination anglaise.
G. S. Kr.
Durant les vingt dernières années du XIXe siècle plusieurs tentatives furent faites pour coloniser des réfugiés juifs russes et roumains à Chypre. La première tentative, en 1883, fut entreprise par Friedland, et une colonie de plusieurs centaines de Russes fut établie à Orides près de Paphos. En 1885, 27 familles roumaines s'installèrent dans l'île comme colons, mais sans succès (voir "Ha‑Meliz," 1888, no 71, col. 1136). Non découragés, des Juifs roumains achetèrent encore des terres en 1891, bien qu'ils n'émigrassent pas eux‑mêmes. Quinze familles russes sous la conduite de Walter S. Cohen fondèrent une colonie en 1897 à Margo, avec l'aide de l'Ahawat Zion de Londres et de la Jewish Colonization Association; et en 1899 Davis Trietsch préconisa de nouveau la colonisation à Chypre, spécialement pour les Juifs roumains. En tant que délégué au Troisième Congrès sioniste à Bâle, en août 1899, il chercha à obtenir l'approbation du congrès pour le projet; il se heurta toutefois à un refus catégorique ("Stenographisches Protocoll des III. Zionisten‑Congresses," p. 232). Il persévéra néanmoins, amenant une douzaine de Juifs roumains et, au printemps 1900, douze des mineurs de Borislav à émigrer sur l'île. Vingt‑huit familles roumaines suivirent; et les colons reçurent le secours de la Jewish Colonization Association. Ces colons ont des fermes à Margo et à Ashcriton ("Jewish Chronicle," 20 avril 1900, p. 18). Les colons à Chypre n'ont pas prospéré; et l'on dit que le gouvernement s'oppose à une immigration massive de Roumains ("Bulletin All. Isr.", 1900, no 25, 32). Néanmoins la Jewish Colonization Association a continué à apporter un petit soutien au travail à Chypre.
En 1900 on comptait 36 personnes vivant à Margo ("Palestina," i. 65). En 1902 un pamphlet fut présenté au comité parlementaire sur l'immigration étrangère à Londres, intitulé "The Problem of Jewish Immigration to England and the United States Solved by Furthering the Jewish Colonization of Cyprus." En 1901 la population juive de l'île était de 63 mâles et 56 femelles. Voir W. Bambus, "Jüdische Kolonisation in Cypern," dans "Allg. Zeit. des Jud." 1899, p. 436.
Bibliographie : Davis Trietsch, in Jew. Chron., 5 sept. 1902 ; Greater Palestine, in Palestina, iii. 154 s. ; E. Oberhummer, Die Insel Cypern, pp. 15-20, 23-32, Munich, 1903. G.
