Définition dans Jewish Encyclopedia
Bar Kokhba et sa révolte
BAR KOKBA AND BAR KOKBA WAR
L’insurrection des Juifs de Cyrène, de Chypre et d’Égypte dans les dernières années de l’empereur Trajan n’avait pas été entièrement écrasée lorsque Hadrien prit les rênes du gouvernement en 118. Le théâtre de la guerre fut transféré en Palestine, où s’était réfugié le chef juif Lucwas (Abulfaraj, dans Miinter, “Der Judische Krieg,” p. 18, Altona et Leipsic, 1821). Marcius Turbo l’avait poursuivi, et avait condamné à mort les frères Julian et Pappus, qui avaient été l’âme de la rébellion. Mais Turbo fut lui-même exécuté sur des ordres particuliers envoyés de Rome, et la vie des frères fut sauvée (Sifra, Emor, viii. 9 [éd. Weiss, p. 99d] ; Meg. Ta'anit xii. ; Ta'anit 18* ; Sem. viii. ; Eccl. R. iii. 17). Lucius Quietus, le vainqueur des Juifs de Mésopotamie, commandait alors l’armée romaine en Palestine et assiégea Lydda, où s’étaient rassemblés les Juifs. La détresse devint si grande que le patriarche Rabban Gamaliel II., alors enfermé là et mort peu après, permit des jeûnes même à Hanoucca ; toutefois d’autres rabbins, tels que le pacifique R. Joshua b. Hananiah, condamnèrent cette mesure (Ta’anit ii. 10 ; Y"er. Ta'anit ii. 66« ; Yer. Meg. i. 70r/ ; R. H. 186). Peu après, Lydda fut prise et des masses de Juifs furent exécutées ; les « morts de Lydda » sont souvent évoqués avec des paroles de vénération dans le Talmud (Pes. 50a ; B. B. 10* ; Eccl. R. ix. 10). Pappus et Julian figuraient parmi ceux exécutés par les Romains la même année (Ta'anit 18* ; Yer. Ta'anit 66*). Les événements ci-dessus sont les plus importants de la campagne de Quietus tels qu’ils sont mentionnés dans les sources rabbiniques (voir aussi « Revue des Études Juives », xxx. 212).
Une source juive ancienne affirme que seize ans s’écoulèrent entre le « polemos » (= guerre) de Quietus et la rébellion de Bar Kokba (Seder ‘Olam R., vers la fin ; comparer Azariah dei Rossi, dans « Me‘or ‘Enayim », xix.), et tant la chronique arménienne d’Eusèbe (« Chronicorum Canonum », éd. Mai et Zohrab, p. 383, Milan, 1818) que celle de Jérôme mentionnent une guerre juive survenue pendant la première année du règne d’Hadrien. Les événements postérieurs ne peuvent être interprétés qu’en gardant cette guerre à l’esprit. Car si Hadrien, immédiatement après son accession au trône, poursuivit une politique pacifique envers les Juifs, et leur fit des concessions, il doit auparavant avoir ressenti leur résistance (Gratz, « Gesch. der Juden », 3e éd., iv. 410). Spartianus, le biographe d’Hadrien (« Hadrian », v. 2), affirme aussi que l’empereur souhaitait la paix dans tout l’Empire romain, et se réfère à l’agitation parmi les peuples de Libye et de Palestine — référence qui vise sans doute les Juifs. Il semble qu’Hadrien avait déjà accordé la permission de rebâtir le Temple ; que les Juifs de la diaspora avaient commencé à retourner à Jérusalem, et que les frères Pappus et Julian avaient pourvu aux échanges de monnaies étrangères contre des pièces romaines, lorsque, par la calomnie des Samaritains, Hadrien ordonna la cessation des travaux sur le Temple en voie de reconstruction (Gen. R. lxiv.). De la tentative de reconstruction du Temple sous Hadrien il est fait mention par Chrysostome (« Orat. iii. in Judacos »), dans la « Chron. Alex. » (pour l’an 118), par Nicephore (« Hist. Eccl. » iii. 24) et par Cedrenus (« Script. Byz. » xii. 249). Une monnaie de l’époque représentant un portique à quatre colonnes est rapportée à ce mouvement. Le chef et surintendant des travaux — soit de la ville de Jérusalem, soit du Temple — est dit avoir été le pieux prosélyte Aquila (Épiphane, « De Pond. et Mens. » xiv.). Hadrien n’avait pas encore osé empêcher ouvertement la reconstruction du Temple, mais demanda que l’emplacement du nouvel édifice fût quelque peu déplacé par rapport à l’ancien emplacement — condition que les Juifs ne purent évidemment accepter. Ils prirent les armes et se rassemblèrent dans la vallée de Rimmon, sur la célèbre plaine historique d’Issacar (Jezreel) ; une rébellion sembla imminente, lorsque R. Joshua b. Hananiah, en convainquant le peuple du danger encouru, parvint finalement à le pacifier (Gen. R. lxiv.). Mais les Juifs restèrent tranquilles seulement en apparence ; en réalité, durant plus de quinze ans, ils se préparèrent à la lutte contre Rome. Les armes que les Romains leur avaient ordonné de fabriquer, ils les construisirent volontairement de mauvaise façon, afin de pouvoir les garder lorsqu’elles seraient rejetées et de les récupérer. Ils transformèrent les cavernes des montagnes en refuges et fortifications, reliés par des passages souterrains (Dio Cassius, lxix. 12). On suppose que les voyages du célèbre maître de la Loi, Rabbi Akiba, eurent pour but d’intéresser les Juifs des contrées les plus lointaines à la lutte à venir ; ces voyages s’étendirent en Parthie, en Asie Mineure, en Cappadoce et en Phrygie, et peut‑être même en Europe et en Afrique. Des préparatifs conçus à une si grande échelle n’auraient guère pu être institués sans organisation, et l’on peut donc supposer que le chef, Bar Kokba, se préparait déjà en secret pour cette guerre dans les premières années du règne d’Hadrien.
Bar Kokba, le héros de la troisième guerre contre Rome, apparaît sous ce nom seulement chez les écrivains ecclésiastiques : les auteurs païens ne le mentionnent pas ; et les sources juives l’appellent Ben (ou Bar) Koziba ou Ivozba. Nombre d’érudits croient que ce nom dérive de la ville de Cliezib (Genèse xxxviii. 5) ou de Chozeba (1 Chroniques iv. 22), bien qu’il soit plus probable qu’il s’agissait simplement du nom de son père. D’autres estiment que Bar Koziba fut un sobriquet méprisant (« Fils du Mensonge »), attribué après l’issue malheureuse de la révolte. Bien que cela semble aussi impliqué par les paroles du patriarche R. Judah I. (Lam. R. ii. 2), cela ne prouve que le malheureux héros fut tôt tenu pour responsable du malheur national. En revanche, il est certain que le nom Bar Kokba n’est qu’un épithète dérivé de l’application par R. Akiba du verset à Koziba : « Il sortira une étoile [“kokab”] de Jacob, et il frappera les coins de Moab, et détruira tous les enfants de Seth » (Nombres xxiv. 17). Eusèbe aussi (« Hist. Eccl. » iv. 6, 2) ajoute au nom barx^x^ai la remarque qu’il signifie « étoile », et de même Syncellus (« Chronographia », dans la « Script. Byz. » ix. 348), indiquant qu’ils savaient que le nom n’était que figuratif. Il est singulier que Syncellus appelle aussi Bar Kokba « fils unique » (povoyF.vris), ce qui correspond à l’hébreu yahid. Si ce n’est pas un nom messianique, comme Renan le suppose (« L'Eglise Chrétienne », 2e éd., p. 200), il faut y voir le fait familial intéressant que Bar Kokba était l’unique fils de ses parents ; même dans cette futilité, l’imagination exaltée des défenseurs de la liberté chercha à trouver quelque mérite particulier. On tenta aussi de découvrir dans le nom d’une certaine fausse monnaie (« maliaginot », Yer. Ket. i. 255) le mot povoyevfc (N. Briill, dans « Jahrbücher », i. 183 ; comparer Rapoport, « Orient », 1840, p. 248) ; et de le rapporter à Bar Kokba ; comme le Talmud mentionne des « monnaies de Kozbi » ; c’est‑à‑dire des monnaies de Bar Kokba (Tos. Ma'as. Sheni i. 6, et Bab. B. K. 975) ; mais une telle interprétation du mot est rendue impossible par le contexte. Ces dernières pièces laisseraient entendre que le nom de Bar Kokba était Siméon ; des exemples semblables d’omission de ce nom se trouvent chez Ben Zoma et Ben Azzai, chacun d’eux nommé aussi Siméon ; mais, comme les pièces en question ont été attribuées à Siméon le Hasmonéen, leur association avec Bar Kokba est intenable (Renan, ib. p. 197).
Voilà à peu près tout ce que l’on sait de la personnalité de Bar Kokba ; et même les maigres éléments ici présentés sont si incertains que le nom même du héros est douteux. Tout le reste le concernant est mythique. À la manière de l’esclave prince « Eunus de Sicile », on raconte qu’il crachait des torches enflammées de sa bouche (Jérôme, « Apol. ii. adv. Ruf. ») ; on le disait d’une force telle qu’il pouvait renvoyer d’un coup de genou les pierres lancées par les balistes romaines (Lam. R. ii. 2). Bar Kokba aurait éprouvé le courage de ses soldats en ordonnant à chacun de couper un doigt ; et lorsque les sages virent cette automutilation, ils s’opposèrent et le conseillèrent d’ordonner plutôt que chaque cavalier montrât qu’il pouvait arracher un cèdre du Liban par les racines tout en galopant à pleine vitesse. Ainsi il parvint finalement à avoir 200 000 soldats qui passèrent la première épreuve, et 200 000 héros qui accomplirent la seconde (Yer. Ta'anit iv. 68d). C’est probablement pendant la guerre, lorsqu’il avait déjà accompli des prodiges de valeur, que R. Akiba dit de lui : « C’est le Roi‑Mashiah » ; mais selon la légende il eut l’imprudence de prier Elohîm : « Nous Te prions, ne donne pas d’aide à l’ennemi ; nous, Tu n’as pas besoin de nous aider ! » (ib. ; Lam. R. ii. 2 ; Git. 57 et ss. ; Yalk., Deut. 946) ; il était inévitable que beaucoup, parmi eux son oncle R. Eleazar de Modi'im, doutassent de sa mission messianique.
Les sources juives médiévales mentionnent aussi un fils et un neveu de Bar Kokba. Après la mort de ce dernier, son fils Rufus — dont le nom s’explique justement par « roux » — lui succéda comme chef, et il fut suivi par son fils Romulus ; et ce n’est qu’aux jours de Romulus, fils de Rufus, fils de Koziba, que l’empereur Hadrien parvint à réprimer l’insurrection (Abr. b. David, dans les « Medieval Jewish Chronicles » de Neubauer, i. 55). Joseph ibn Zaddik (ib. p. 90) mentionne Romulus, mais non Bar Kokba. L’ancien Nizzalion (éd. Hackspa'n) sur Daniel ix. 24 ajoute que Bar Kokba était de la maison de David, assertion qui paraît vraisemblable, dans la mesure où une telle parenté eût été essentielle à la mission messianique. Tant Gedaliah ibn Yahyah, dans « Shalshelet li‑Kabbalah » (s.v. « R. Akiba »), que Heilprin, dans « Seder ha‑Dorot » (i. 126a, éd. Wilna, 1891), mentionnent trois générations de ces rois — fait contesté par David Gans dans « Zemah David » (partie i. pour l’an 880), qui ajoute cependant que Romulus, comme son grand‑père, était appelé Koziba, et qu’il n’y a pas de contradiction avec les récits talmudiques. Les vingt et un ans revendiqués par Gans pour Bar Kokba et ses fils peuvent s’expliquer si l’on accepte toute la période de 118 à 135, ce qui ne ferait toutefois que dix-sept ans. Singulièrement, Graetz et d’autres historiens juifs ne parlent pas du tout de ces traditions juives, tandis que Miinter (ib. pp. 47, 75) et Gregorovius (« Der Kaiser Hadrian », p. 195, note 1, Stuttgart, 1884) les jugèrent au moins dignes d’être mentionnées.
Pour accroître l’irritation des Juifs, il advint alors que le gouvernement de la Judée avait été confié à l’un des sujets les plus détestables de l’Empire romain, le gouverneur général Tinnius Rufus, ainsi nommé probablement de façon correcte (Borghesi, Gregorovius, Renan, Mommsen et Schurer ; d’autres le nomment Tinnius, Titus Annius, ou Taciuius Rufus). Rufus outragerait les Juifs dans leurs relations les plus sacrées. On le réputait débauché envers les jeunes femmes (G. Rösch, dans « Theol. Studien und Kritiken », 1873, pp. 77 et s.), et il fut probablement le prototype d’où fut tirée la description du voluptueux Holopherne donnée dans le Livre de Judith. À cet égard s’ajoute la saga talmudique selon laquelle la cause immédiate de la guerre fut l’insulte faite par les Romains à un couple de jeunes mariés (Git. 57a). Tant que l’empereur Hadrien resta dans les parages — c.-à‑d. en Syrie et en Égypte (environ 130 apr. J.‑C.) — les Juifs se tinrent tranquilles (Dio Cassius, lxix. 12) et frappèrent même des pièces en son honneur, portant la devise « Adventui Aug. Judaea? », en commémoration de la visite de l’empereur en Judée. C’est probablement à ce moment qu’Hadrien envisagea d’ériger la colonie romaine Aelia Capitolina sur les ruines de Jérusalem, et de remplacer l’ancien Temple par un sanctuaire dédié à Jupiter Capitolin. Dio Cassius mentionne au moins ce fait comme cause de la guerre, tandis qu’Eusèbe et d’autres historiens ecclésiastiques le donnent comme conséquence. On suppose donc que la construction avait déjà été entreprise avant la guerre, mais interrompue par celle‑ci (Milnter, Graetz, Gregorovius). Le rapport (Spartianus, ch. xiv.) selon lequel on aurait interdit aux Juifs la circoncision pourrait également être postérieur à la guerre ; mais les sources juives déclarent que, aux jours de Bar Kokba, beaucoup de ceux qui auparavant avaient cherché à dissimuler l’alliance d’Abraham se soumirent de nouveau à la circoncision (Shab. ix. 1 ; Yer. ib. 17a ; Yeb. 72a ; Yer. Yeb. viii. 9 ; Gen. R. xlvi.). Il ne s’ensuit toutefois pas des passages précédents que les judéo‑chrétiens aient été contraints par Bar Kokba à se faire circoncire (Basnage, « L'Histoire des Juifs », xi. 361, Rotterdam, 1707), et l’affirmation selon laquelle les chrétiens furent torturés par Bar Kokba s’ils ne reniaient pas Yéhoshoua est faite uniquement par des auteurs chrétiens (Justin, « Apologia », ii. 71 ; comparer « Dial. » cx. ; Eusèbe, dans « Hist. Eccl. » iv.6, § 2, et dans sa « Chronique », où il qualifie Bar Kokba de brigand et meurtrier ; Jérôme, dans sa « Chronique » ; Orose, « Hist. » vii. 13). La raison effective semble avoir été que les chrétiens refusèrent de s’unir aux Juifs dans la lutte. Les Samaritains, cependant, prirent part au conflit, et des Juifs résidant à l’étranger affluèrent aussi en masses, le nombre des combattants étant encore accru par des adjonctions païennes ; et il s’ensuivit, comme l’observe Dio Cassius, une guerre ni de peu d’ampleur ni de courte durée.
Rufus ne put d’abord résister à l’assaut des Juifs, qui le contraignirent à abandonner lieu après lieu presque sans combat ; ainsi environ cinquante places fortes et 985 villes et villages sans défense tombèrent entre leurs mains (Dio Cassius, lxix. 14). Ces cinquante places fortes étaient situées en Palestine, et peuvent être localisées avec une exactitude raisonnable (« Magazin für die Wissenschaft des Judenthums », xix. 229 ; « Monatschrift », xliii. 509). Mais bien que les armes juives ne pénétrassent pas au‑delà de la frontière palestinienne, leur succès fit prendre conscience du danger aux Romains. Ils dépêchèrent Publius Marcellus, légat de Syrie, pour secourir Rufus ; mais ce général fut également vaincu. Il est incertain si les insurgés prirent possession de Jérusalem : les sources juives n’en font pas mention ; et les monnaies portant l’inscription « In Commemoration of the Liberation of Jerusalem » sont peu fiables puisqu’elles peuvent provenir de Simon le Hasmonéen. Parmi les historiens, Graetz est presque le seul à accepter l’hypothèse d’une conquête de Jérusalem. Mais si tel avait été le cas, les insurgés n’auraient pas fait de Bethar, mais de Jérusalem, leur centre d’opérations. De plus Bethar, selon Eusèbe, se situait dans le voisinage de Jérusalem, assertion qui peut s’appliquer aussi bien à un lieu au nord qu’au sud de la Ville Sainte. Quoi qu’il en soit, une ville de la taille attribuée à Bethar dans les sources juives n’aurait jamais pu naître dans l’immédiate proximité de Jérusalem.
Hadrien fut alors contraint de rappeler de Bretagne le plus grand général de son temps, Julius Severus, pour conduire la campagne contre les Juifs ; Severus fut accompagné du légat Hadrianus Quintus Lollius Urbicus, ancien gouverneur de Germanie. Il s’ensuit donc (contrairement à l’opinion exprimée dans les sources juives et dans les écrits de Moïse de Corène, « Hist. Arm. » ii. lvii., et dans les ouvrages de Münter et Lebrecht) qu’Hadrien ne participa pas personnellement à la guerre. Les troupes romaines engagées en Palestine furent la Xe Légion (Fretensis), la IIe (Trajana), la IIIe (Gallica) et la IVe (Scythica), toutes provenant de Syrie ; mais même avec une armée aussi considérable, Severus n’osa pas livrer bataille ouverte aux Juifs. Il chercha à les déloger progressivement de leurs places fortes. Les Romains durent entrer par le nord, et y capturèrent les cités populeuses et bien fortifiées de Cabul, Sichem et Migdal, surnommée Zebuaya (« Ville des Teinturiers »). La ville suivante investie fut la prétendue « Har ha‑Melek » (Tur Malka, « Montagne du Roi »), où un certain Bar‑Deroma, peut‑être identique à Bar Kokba, commandait côté juif. La vallée de Rimmon, peut‑être aussi appelée Bik'at‑Yadayim, point de départ de la rébellion, devint le théâtre d’un combat meurtrier (Eliyalm R. xxx. ; comparer Lam. R. i. 16 ; Gen. R. lxiv.). Les Romains auraient livré cinquante‑deux batailles — selon certains écrivains cinquante‑quatre — jusqu’à ce que finalement Bethar seul restât ; et cet endroit tomba enfin, par perfidie, entre les mains des Romains, qui, pendant longtemps, refusèrent d’accorder la permission d’inhumer les morts.
La guerre prit fin, et Bar Kokba trouva la mort sur les murailles de Bethar. Une misère indescriptible s’étendit sur la Palestine ; le pays devint un désert ; les Juifs furent massacrés par masses, et le Talmud et le Midrash lamentent les horreurs de la conquête romaine. Selon Dio Cassius, 580 000 Juifs tombèrent au combat, sans compter ceux qui succombèrent à la faim et aux pestes. On dut considérer comme un mauvais présage pour les Juifs la chute spontanée d’une colonne de Salomon à Jérusalem. En vérité, la fin de la nation juive paraissait être survenue. Les Romains aussi eurent de lourdes pertes ; et l’on rapporte qu’Hadrien n’envoya même pas le message habituel à Rome annonçant qu’il et l’armée étaient sains et saufs (Dio Cassius, ib.) — récit qui ne peut être vrai eu égard à l’opinion déjà exprimée selon laquelle Hadrien n’était pas présent durant le conflit (voir cependant « Revue des Études Juives », i. 49). Hadrianus fut pour la seconde fois proclamé imperator par le Sénat, et Julius Severus fut honoré des ornamenta triumphalia. (Le gouverneur de Bithynie loué par Dio Cassius, nommé Severus, était une autre personne, Sextus Julius Severus.)
Cette guerre, désignée par la Mishnah (Sotah ix. 14) comme « le polemos final », dura trois ans et demi (Seder ‘Olam R., vers la fin, selon la lecture de Dei Rossi ; non pas deux ans et demi, comme dans la lecture commune ; Yer. Ta‘anit iv. 68d et s. ; Lam. R. ii. 2 ; Jérôme sur Daniel ix.). Mais cela ne s’applique qu’à la lutte effective pour Bethar ; après la chute de cette cité, qui, selon la tradition, eut lieu le 9 Ab, 135, deux frères à Kephar‑Haruba, dans le voisinage de Tibériade, durent encore être vaincus (Yalk., Deut. 946 ; l’éd. de Venise lit cependant ici « Kephar Hananyah », autrement comme dans Yer. Ta'anit et Lam. R.). Dans trois villes — Hamat près de Tibériade, Kephar Lekutyali et Béthel — Hadrien avait posté des garnisons afin de capturer les fugitifs juifs (Lam. R. i. 16 ; légèrement différent dans éd. Buber, p. 82). Là, comme dans la vallée de Rimmon déjà mentionnée, on dit que les Juifs furent amenés par de fausses promesses. Beaucoup furent vendus comme esclaves ; et à cette fin un marché eut lieu sous le térébinthe que la tradition identifiait à la Chênaïm d’Abraham, où l’on vendait des Juifs au prix d’un cheval. D’autres furent vendus au marché de Gaza, et les restes furent transportés en Égypte (« Chronicon Alexandrinum », 224e Olympiade, in Hunter, ib. p. 113 ; Jérôme sur Zach. xi. 5 ; Jér. xxxi. 15). Quelques‑uns eurent la chance de pouvoir fuir soit en Asie Mineure (Justin, « Dialogus cum Tryphone », i.), soit même en Arménie (Lam. R. i. 15, éd. Buber, p. 77).
La période suivante fut une époque de danger ( « sha'at hascka'ah ») pour les Juifs de Palestine, pendant laquelle les plus importantes observances rituelles furent interdites ; c’est pourquoi le Talmud rapporte (Geiger, « Jüd. Zeit. » i. 199, ii. 126 ; Weiss, « Dor », ii. 131 ; « Rev. Et. Juives », xxxii. 41) que certaines régulations furent édictées pour répondre à l’urgence. On l’appela aussi l’âge de la gézerah ou de la persécution (« shemad », Shah. 60a ; Cant. R. ii. 5).
Les dix martyrs, glorifiés dans la légende, subirent en ces jours la mort pour leur foi ; car le but du gouvernement était de détruire l’essence même du judaïsme en empêchant l’étude de la Loi. D’autres interdictions furent promulguées concernant le Shabbat, la circoncision, les tefilin et les mezouzot, constituant un ensemble d’ordonnances communément désigné sous le terme de « persécution hadrianique ». Une interdiction d’une inhumanité positive fut prescrite qui empêchait les Juifs de marcher dans le voisinage de Jérusalem, afin qu’ils ne pussent même verser leurs deuils sur le sol sacré. Le projet initial d’Hadrien fut alors également mis en exécution ; après que la charrue eut été passée sur la montagne du Temple, Jérusalem devint une cité païenne sous le nom d’Aelia Capitolina.
Bibliographie : L’histoire de la guerre de Bar Kokba fut écrite par le rhéteur Antonius Julianas, dont l’ouvrage est cependant perdu. Un extrait du rapport d’Ariston de Pella se trouve dans l’Hist. Eccl. iv. 6 d’Eusèbe. Mais la source principale d’information est l’Hist. Rom. lxix. ch. 12–14 de Dio Cassius, tandis que le Chronicon Alexandrinum et l’œuvre de Moïse de Corène sont aussi précieuses. Les sources juives sont riches en informations, mais doivent être consultées avec prudence ; il en va de même pour le Livre samaritain de Josué, éd. Juynboll, Leyde, 1848. Parmi les auteurs modernes, Münter, Renan, Gregorovius, Jost et Graetz sont notables ; voir aussi Derenbourg, Essai sur l’Histoire et la Géographie de la Palestine, pp. 415 et s., Paris, 1867 ; Schürer, Gesch. i. 583 et s. ; Mommsen, Römische Gesch. v. 544 et s. ; Schlatter, Die Tage Trojans und Hadrians, Gütersloh, 1897 ; Magazin für die Wissenschaft des Judenthums ; Derenbourg, Quelques Notes sur la Guerre de Bar Kozeba, dans Mélanges de l’École des Hautes Études, Paris, 1878.
G. S. Kr.
