Définition dans Jewish Encyclopedia
Arche de l'Alliance
ARK OF THE COVENANT
(hébreu, )nN JUT mu. etc. : pour la liste complète des noms de l’Arche, voir ci‑dessous). — Données bibliques : La première mention de l’Arche dans la Bible se trouve en Exode xxv. 10 sqq., où Moïse, sur le mont Sinaï, reçoit l’ordre de faire une Arche en bois d’acacia pour les Commandements qui vont être donnés. Des directions minutieuses sont données pour le plan de l’Arche. Elle doit mesurer deux coudées et demi de longueur, une coudée et demie de largeur, et une coudée et demie de hauteur. Elle doit être recouverte intérieurement et extérieurement d’or, et une couronne ou moulure d’or doit être mise tout autour. Quatre anneaux d’or doivent être mis aux coins — deux de chaque côté — et à travers ces anneaux des perches de bois d’acacia recouvertes d’or pour porter l’Arche doivent être insérées ; et celles‑ci ne doivent pas être enlevées. Un couvercle d’or (hébr. mED ; A. V., “mercy-seat”) orné de chérubins d’or doit être placé au‑dessus de l’Arche ; et de là YHWH dit qu’Il parlera à Moïse (Exode xxv. 10‑22). L’Arche doit être placée derrière un voile, dont la description complète est donnée (ibid. xxvi. 31‑38).
Même Aaron se vit interdire d’entrer trop souvent en ce lieu de l’Arche ; et il reçut l’ordre d’accomplir certaines cérémonies en y entrant (Lévitique xvi. 2 sqq.). Moïse fut dirigé à consacrer l’Arche, une fois achevée, avec l’huile de l’onction sainte (Exode xxx. 23‑26) ; et il reçut aussi l’ordre de faire l’Arche par Bezaleel, fils d’Ouri de la tribu de Juda, et par Aholiab, fils d’Ahisamach de la tribu de Dan (ibid. xxxi. 2‑7). Ces instructions Moïse les exécuta, appelant «tout homme au cœur intelligent» parmi le peuple pour aider au travail (ibid. xxxv. 10‑12). Bezaleel fit l’Arche (ibid. xxxvii. 1) ; et Moïse approuva l’ouvrage (ibid. xxxix. 43), plaça le témoignage dans l’Arche, et l’installa (ibid. xl. 20, 21).
En Deutéronome x. 1‑5 un récit assez différent de la fabrication de l’Arche est donné. Moïse y est présenté comme ayant construit l’Arche avant de monter sur le Sinaï pour recevoir le second jeu de tables. La charge de porter l’Arche et le reste des ustensiles sacrés fut donnée à la famille de Qohath, de la tribu de Lévi ; mais ils ne devaient pas toucher aux choses saintes tant que celles‑ci n’avaient pas été couvertes par Aaron (Nombres iv. 2‑15).
Dans la marche depuis le Sinaï, et à la traversée du Jourdain, l’Arche précédait le peuple et était le signal de leur avance (Nombres x. 33 ; Josué iii. 3, 6). Pendant la traversée du Jourdain la rivière s’assécha dès que les pieds des prêtres portant l’Arche touchèrent ses eaux, et resta sèche jusqu’à ce que les prêtres, avec l’Arche, eussent quitté le fleuve, après que le peuple eut passé (Josué iii. 15‑17 ; iv. 10, 11, 18). À titre de mémoriaux, douze pierres furent prises du Jourdain à l’endroit où les prêtres s’étaient tenus (ibid. iv. 1‑9). Pendant les cérémonies précédant la prise de Jéricho, l’Arche fut portée autour de la ville dans la procession quotidienne, précédée par les hommes armés et par sept prêtres portant sept trompettes de cornes de béliers (ibid. vi. 6‑15). Après la défaite à Aïn, Josué se lamenta devant l’Arche (ibid. vii. 6‑9). Lorsque Josué lut la Loi au peuple entre le mont Gerizim et le mont Ebal, ils se tinrent de chaque côté de l’Arche (ibid. viii. 33). L’Arche fut installée par Josué à Shiloh (ibid. xviii. 1) ; mais quand les Israélites combattirent Benjamin à Guibée, ils eurent l’Arche avec eux, et la consultèrent après leur défaite (Juges xx. 27).
L’Arche est ensuite mentionnée comme étant dans le Temple à Shiloh durant l’apprentissage de Samuel (1 Samuel iii. 3). Après leur première défaite à Ebenezer, les Israélites firent venir l’Arche depuis Shiloh, et accueillèrent sa venue avec une grande joie. Dans la seconde bataille les Israélites furent de nouveau battus, et les Philistins capturèrent l’Arche (ibid. iv. 3‑5, 10, 11). La nouvelle de sa capture fut immédiatement portée à Shiloh par un messager «avec ses vêtements déchirés, et de la poussière sur sa tête.» L’ancien prêtre Éli mourut en apprenant la nouvelle ; et sa belle‑fille qui portait un fils au moment de la réception de la nouvelle nomma celui‑ci Ichabod — expliqué comme «Où est la gloire ?» en référence à la perte de l’Arche (ibid. iv. 12‑22).
Les Philistins emmenèrent l’Arche en divers lieux de leur pays, et à chaque endroit un malheur leur advint (ibid. v. 1‑6). À Asdod elle fut placée dans le temple de Dagon. Le lendemain Dagon fut trouvé prosterné devant elle ; et, remis en place, il fut trouvé le jour suivant de nouveau prosterné et brisé. Le peuple d’Asdod fut frappé de furoncles (hébr. A. V. «em‑rods» — c.-à‑d. hémorroïdes) ; et une plaie de souris fut envoyée sur le pays (ibid. v. 6 ; la Septante, v. 6). Le fléau des furoncles frappa aussi le peuple de Gath et d’Ekron, où l’Arche fut successivement transportée (ibid. v. 8‑12). Après que l’Arche fut restée parmi eux sept mois, les Philistins, sur le conseil de leurs devins, la rendirent aux Israélites, accompagnant son retour d’une offrande composée d’images d’or des furoncles et des souris dont ils avaient été atteints. L’Arche fut posée dans le champ de Joshua le Beth‑shemite, et les Beth‑shemites offrirent sacrifices et holocaustes (ibid. vi. 1‑15). Par curiosité les hommes de Beth‑shemesh regardèrent dans l’Arche (A. V. «looked into») ; et comme punition plus de cinquante mille d’entre eux furent frappés par le Seigneur (ibid. 19). Les Beth‑shemites envoyèrent à Kiriath‑jearim, ou Baal‑Judée, pour faire enlever l’Arche (ibid. 21) ; et elle fut emportée chez Abinadab, dont le fils Éléazar fut sanctifié pour la garder (ibid. vii. 1). Kiriath‑jearim fut la demeure de l’Arche pendant vingt ans (ibid. 2). Sous Saül l’Arche était avec l’armée avant qu’il n’eût d’abord rencontré les Philistins, mais le roi fut trop impatient pour la consulter avant d’engager la bataille (ibid. xiv. 18, 19). En 1 Chroniques xiii. 3 il est dit que le peuple n’avait pas l’habitude de consulter l’Arche aux jours de Saül.
Au tout début de son règne David retira l’Arche de Kiriath‑jearim au milieu d’un grand réjouissement. En chemin vers Sion, Ouzzaï, l’un des conducteurs du char sur lequel l’Arche était portée, tendit la main pour la soutenir, et fut frappé par le Seigneur pour l’avoir touchée. David, pris de crainte, mit l’Arche de côté dans la maison d’Obed‑Édom le Guitte, au lieu de la porter à Sion, et elle y demeura trois mois (2 Samuel vi. 1‑11 ; 1 Chroniques xiii. 1‑13). En apprenant que le Seigneur avait béni Obed‑Édom à cause de la présence de l’Arche dans sa maison, David fit venir l’Arche à Sion par les Lévites, tandis que lui‑même, «ceint d’un éphod de lin», «dansait devant le Seigneur de toute sa force» — une action pour laquelle il fut méprisé et réprimandé par Michal, la fille de Saül (2 Samuel vi. 12‑16, 20‑22 ; 1 Chroniques xv.). À Sion il mit l’Arche dans le tabernacle qu’il avait préparé pour elle, offrit des sacrifices, distribua des aliments, et bénit le peuple et sa propre maison (2 Samuel vi. 17‑20 ; 1 Chroniques xvi. 1‑3 ; 2 Chroniques i.). Des Lévites furent nommés pour servir devant l’Arche (1 Chroniques xvi. 4). Le projet de David de bâtir un temple pour l’Arche fut arrêté sur le conseil de YHWH (2 Samuel vii. 1‑17 ; 1 Chroniques xvii. 1‑15 ; xxviii. 2, 3). L’Arche était avec l’armée pendant le siège de Rabbah (2 Samuel xi. 11) ; et quand David partit de Jérusalem à l’époque de la conspiration d’Absalom, l’Arche fut portée avec lui jusqu’à ce qu’il ordonnât à Sadok le prêtre de la ramener à Jérusalem (2 Samuel xv. 24‑29).
Lorsque Abiathar fut écarté de la prêtrise par Salomon pour avoir pris part à la conspiration d’Adonija contre David, sa vie fut épargnée parce qu’il avait autrefois porté l’Arche (1 Rois ii. 26). Salomon adora devant l’Arche après le rêve où YHWH lui promit la sagesse (ibid. iii. 15). Dans le Temple de Salomon un Saint des Saints (hébr. T21, A. V., «oracle») fut préparé pour recevoir l’Arche (ibid. vi. 19) ; et quand le Temple fut dédié, l’Arche, ne contenant rien d’autre que les deux tables mosaïques de pierre, y fut placée (ibid. viii. 1‑9 ; 2 Chroniques v. 1‑10). Quand les prêtres sortirent du lieu saint après y avoir placé l’Arche, le Temple fut rempli par un nuage, «car la gloire du Seigneur avait rempli la maison du Seigneur» (1 Rois viii. 10‑11 ; 2 Chroniques v. 13, 14). Lorsque Salomon épousa la fille du Pharaon, il la fit demeurer dans une maison hors de Sion, car Sion était consacré à cause de la présence de l’Arche (2 Chroniques viii. 11). Le roi Josias fit mettre l’Arche dans le Temple (2 Chroniques xxxv. 3), d’où il apparaît qu’elle avait de nouveau été enlevée par quelque prédécesseur.
La seule mention de l’Arche chez les Prophètes se trouve dans une allusion par Jérémie, qui, parlant au temps de Josias (Jér. iii. 16), prophétise un temps où l’Arche ne sera plus nécessaire en raison de la justice du peuple.
Dans les Psaumes l’Arche est deux fois évoquée. Au Psaume lxviii (lxviii‑?) son emprise par les Philistins est mentionnée, et l’Arche y est appelée «la force et la gloire de Dieu» ; et au Psaume cxxxii. 8, elle est dite «l’arche de la force du Seigneur». L’Arche est mentionnée dans un seul passage des Apocryphes (2 Maccabées ii. 4‑10), qui contient une légende selon laquelle le prophète Jérémie, «prévenu par Dieu», prit l’Arche, le tabernacle et l’autel des parfums, et les enterra dans une grotte sur le mont Sinaï, informant ceux de ses disciples qui souhaitaient trouver l’endroit qu’il resterait inconnu «jusqu’au temps où Dieu rassemblera à nouveau son peuple, et les recevra en miséricorde.»
L’Arche est appelée par plusieurs noms dans la Bible, comme suit :
I. «L’arche» (ppxn) : Exode xxv. 14 et suiv. ; Lévitique xvi. 2 ; Nombres iii. 31 et suiv. ; Deutéronome x. 2 et suiv. ; Josué iii. 15 et suiv. ; 1 Samuel vi. 13 et suiv. ; 2 Samuel vi. 4 et suiv. ; 1 Rois viii. 3 et suiv. ; 1 Chroniques vi. 16 et suiv. ; 2 Chroniques v. 4 et suiv.
II. «l’arche du témoignage» (1. rnj?L' ppxn) : Exode xxxi. 7 ; (2. mpn pis) : Exode xxv. 22 et suiv. ; Nombres iv. 5 et suiv. ; Josué iv. 16.
III. a «l’arche du pacte» (1. rvnm pis) : Josué iii. 6 et suiv. ; (2. n'-on ppxn) : Josué iii. 14.
b «l’arche du pacte de YHWH» ; comparer IV. a (1. mm pnj ppx) : Nombres x. 33 et suiv. ; Deutéronome x. 8 et suiv. ; Josué iv. 7 et suiv. ; 1 Samuel iv. 3 et suiv. ; 1 Rois iii. 15 et suiv. ; 1 Chroniques xv. 25 et suiv. ; 2 Chroniques v. 2 et suiv. ; Jérémie iii. 16 ; (2. mm mp3 ppxn) : Josué iii. 17.
c «l’arche où est le pacte du Seigneur, qu’il fit avec nos pères, quand il les fit sortir du pays d’Égypte» : 1 Rois viii. 21.
d «l’arche où est le pacte du Seigneur, qu’il fit avec les enfants d’Israël» : 2 Chroniques vi. 11.
e «l’arche du pacte du Seigneur de toute la terre» ; comparer IV. b : Josué iii. 11.
f «l’arche du pacte du Seigneur des armées, qui habite entre les chérubins» ; comparer IV. i, j : II Sam. vi. 2.
g «l’arche du pacte de YHWH votre Dieu» ; comparer IV. c, e : Deutéronome xxxi. 26 ; Josué iii. 3.
h «l’arche du pacte de Dieu» ; comparer IV. f, a : Juges xx. 27 ; 1 Samuel iv. 4 ; 2 Samuel xv. 24 ; 1 Chroniques xvi. 6.
IV. a «l’arche du Seigneur [YHWH]» ; comparer III. b : Josué iv. 11 et suiv. ; 1 Samuel iv. 3 et suiv. ; 2 Samuel vi. 9 et suiv. ; 1 Chroniques xv. 3 et suiv. ; 2 Chroniques viii. 11.
b «l’arche du Seigneur [YHWH], le Seigneur de toute la terre» ; comparer III. e : Josué iii. 13.
c «l’arche du Seigneur Dieu [YHWH]» ; comparer III. y : 1 Rois ii. 25.
d «l’arche du Seigneur Dieu d’Israël» : 1 Chroniques xv. 12 et suiv.
e «l’arche du Seigneur [YHWH] votre Dieu» ; comparer III. y : Josué iv. 5.
f «l’arche de Dieu» ; comparer III. h : 1 Samuel iii. 3 et suiv. ; 1 Samuel iv. 13 et suiv. ; 2 Samuel vi. 3 et suiv. ; 1 Chroniques xiii. 3 et suiv. ; 2 Chroniques i. 4.
g «l’arche de notre Dieu» : 1 Chroniques xiii. 3.
h «l’arche du Dieu d’Israël» : 1 Samuel v. 8 et suiv.
i «l’arche de Dieu appelée par le Nom, le Nom du Seigneur [YHWH] des armées qui habite entre les chérubins» ; comparer III. f : 2 Samuel vi. 2, R. V.
j «l’arche de Dieu, le Seigneur [YHWH], qui habite entre les chérubins, qui est appelée le Nom» [traduction littérale] ; comparer III. f : 1 Chroniques xiii. 6.
V. «l’arche sainte» (ipnpnpns) : 2 Chroniques xxxv. 3.
VI. «l’arche de ta [de la] force» (pt^ pnN) : Psaume cxxxii. 8 ; 2 Chroniques vi. 41.
Différents noms pour l’Arche prédominent dans différents livres, ainsi : Dans l’Exode, Nos. I. et II. 2 ; dans les Nombres, Nos. II. 2 et III. b, 1 ; dans le Deutéronome, No. III. b, 1 ; dans Josué, Nos. IV. a et III. a, 1 ; dans 1 Samuel, Nos. IV. a et f, 2 ; dans 2 Samuel, Nos. IV. a et f, 2 ; dans 1 Rois, Nos. I. et III. b, 1 ; dans 1 Chroniques, Nos. I. et III. b, 1 ; et dans 2 Chroniques, Nos. I. et III. b, 1.
— J. jr. C. J. M.
Dans la littérature rabbinique : L’Arche, en raison de sa prééminence dans la Bible, constitue un sujet important de discussion chez les rabbins ; on trouve un grand nombre de dits à son sujet dans le Talmud et les Midrashim. Ils discutent des dimensions, de la position, du matériau, du contenu, des pouvoirs miraculeux, du sort final, et des divers incidents directement ou indirectement liés à l’Arche. De telles discussions recèlent parfois des légendes populaires, et sont aussi intéressantes comme reflétant l’esprit poétique qui animait nombre de rabbins.
Ainsi il est relaté (B. B. 99c) que l’espace disponible dans le Saint des Saints n’était nullement diminué par l’Arche et les chérubins — c.-à‑d. que, par le travail d’un miracle, l’Arche et les chérubins transcendèrent les limites de l’espace. Quant à la position de l’Arche dans le Saint des Saints, il existe le dicton pittoresque suivant dans le Tanhuma, Kedoshim, x. :
«La Palestine est le centre du monde, Jérusalem le centre de la Palestine, le Temple le centre de Jérusalem, le Saint des Saints le centre du Temple, l’Arche le centre du Saint des Saints ; et devant l’Arche se trouvait une pierre appelée mere pH, la pierre fondamentale du monde.»
En Yoma 72b, et Yer. Shek., vi. 49c, il est rapporté que Bezaleel fit trois arches qui furent mises l’une dans l’autre. L’extérieur et l’intérieur étaient d’or, et mesuraient respectivement dix coudées et une fraction et huit coudées, tandis que l’arche du milieu était de bois et mesurait neuf coudées. Encore, selon une opinion (Yer. Shek. vi. 49c), il y avait deux arches voyageant avec les Israélites dans le désert. L’une contenait la Loi, en plus des tables des Dix Commandements, et l’autre contenait les tables de pierre que Moïse avait brisées. Celle qui contenait la Loi était placée dans la «tente de rencontre» ; l’autre, contenant les tables brisées, accompagnait les Israélites dans leurs diverses excursions, et apparaissait parfois sur le champ de bataille. Selon une autre vue (ibid.), il n’y avait qu’une seule Arche, et elle contenait à la fois la Loi et les tables brisées (Ber. 8b ; B. B. 14b). R. Jonathan au nom de Simon ben Yoḥai, fondant son opinion sur la répétition du mot «nom» (DK>) en 2 Samuel vi. 2, soutient que l’Arche contenait le Nom ineffable et tous les autres épithètes de Dieu (B. B. loc. cit. ; Num. R. iv. 20). Marchant à l’avant des Israélites, l’Arche aplatissait les collines devant eux (Ber. 54b ; voir Arnon). Elle portait les prêtres, qui à leur tour devaient la porter sur leurs épaules dans le passage du Jourdain (Sotah 35a). Lorsque le roi David fit faire venir l’Arche de la maison d’Abinadab et la porta sur un char neuf, les deux fils de ce dernier, conduisant le char, furent lancés par une force invisible en l’air et jetés à terre encore et encore, jusqu’à ce qu’Aḥitophel expliquât à David que cela était dû à la transgression de la loi, qui imposait aux fils de Qohath de porter l’Arche sur leurs épaules (Nombres vii. 9 ; Yer. Sanh. x. 29c). Lorsque les Philistins renvoyèrent l’Arche sur un char attelé de deux vaches laitières sans conducteur, les vaches non seulement conduisirent directement l’Arche à Beth‑shemesh (1 Samuel vi. 8‑12), mais elles chantèrent aussi un chant (prenant «imyixhsharnah», v. 12, «et elles prirent le chemin droit», dérivé de skirah, «un chant»). Selon R. Meïr, leur chant fut le verset : «Je chanterai au Seigneur, car il a triomphé magnifiquement» (Exode xv. 1) ; selon R. Jonathan, «Rendez grâce au Seigneur, invoquez son nom» (Psaume cv. 1) ; d’autres suggèrent Ps. xcviii, xcvii, xcv, xcix, ou cvi ; mais R. Isaac Nappalia a une tradition, conservée dans Tanna debe Eliyahu, xi. (comparer ‘Ab. Zarah 245), qu’elles chantèrent l’hymne processionnel suivant :
«Lève‑toi, ô lève‑toi, coffre d’acacia !
Avance, avance dans ta grande beauté !
Finement ouvragé avec tes ornements d’or !
Hautement révéré dans les retraites du sanctuaire !
Ombreux entre les deux Chérubins !»
— Midr. Sam. xii. ; ‘Ab. Zarah 66 ; Gen. R. liv.
«Quand Salomon apporta l’Arche dans le Temple, tous les arbres dorés qui étaient dans le Temple démarièrent d’humidité et produisirent des fruits abondants, au grand profit et plaisir de la caste sacerdotale ; jusqu’à ce que le roi Manassé mit une image d’idole dans le Temple, ce qui provoqua le départ de la Présence Divine et le dessèchement du fruit» (Tan., Terumah, xi. ; aussi, avec de légères variantes, Yoma 39b).
L’Arche n’était pas simplement un réceptacle pour la Loi ; elle était une protection contre les ennemis des Israélites, et déblayait les routes dans le désert pour eux. Deux étincelles, selon la tradition, sortaient d’entre les deux chérubins, qui tuaient tous serpents et scorpions, et brûlaient les épines, dont la fumée, en montant, répandait un parfum agréable à travers le monde, et les nations de la terre s’exclamaient avec admiration (Cant. iii. 6), «Qu’est‑ce qui monte du désert comme colonnes de fumée ?» (Tan., Wayakhel. ii.).
Les opinions divergent quant au sort final de l’Arche lors de la destruction du Temple. Certains, fondant leur opinion sur 2 Chroniques xxxvi. 10 et Isaïe xxxix. 6, déclarent (Yoma 53b) qu’elle fut emmenée en Babylonie, tandis que d’autres (ibid.) soutiennent qu’elle ne fut pas emportée en captivité, mais cachée dans le Temple, dans l’appartement où l’on conservait le bois de chauffage ; et il est raconté qu’un certain prêtre, en travaillant dans cet appartement, remarqua que quelques pierres du dallage du sol dépassaient les autres. Il n’eut pas plus commencé à le raconter à un confrère qu’il expira. Cela fut considéré comme un signe certain que l’Arche avait été enterrée en ce lieu (Yer. Shek. vi. 49c). Une autre tradition rapporte que c’est le roi Josias qui cacha l’Arche et d’autres vases sacrés, de peur que, si on les emmenait en Babylonie, ils ne fussent jamais rapportés (ibid.).
«Pourquoi une distance de 2 000 coudées était‑elle toujours gardée entre l’Arche et le peuple ? Afin que, lorsque la marche s’arrêtait chaque jour du sabbat, tout le peuple pût se rendre aussi loin que l’Arche pour offrir ses prières» (Num. R. ii. 9). «Un fils d’Obed‑Édom porte par son nom, ‘Peulthai, car Dieu l’a béni’ (1 Chroniques xxvi. 5), la bénédiction portée sur la maison de son père ; il honora l’Arche en plaçant chaque matin et soir une nouvelle chandelle devant elle» (Num. R. iv. 20).
L’Arche est utilisée figurativement pour un maître de la Loi dans une allocution d’adieu ; «Si Obed‑Édom fut grandement béni pour avoir gardé l’Arche dans sa maison, combien plus doit‑être béni celui qui montre l’hospitalité aux étudiants de la Loi ?» (Ber. 6a).
— J. sit. I. Hr.
Dans la littérature mahométane : Dans le Coran l’Arche de l’Alliance et l’arche de joncs de Moïse sont toutes deux désignées par un seul mot «tabut», terme qui vient certainement de l’hébreu «tebah», par l’aramaïque juive «tebuta». La référence dans le Coran à l’Arche de l’Alliance se rencontre au milieu de l’histoire du choix de Saül pour roi. Là le peuple demande un signe que Dieu l’a choisi, et le récit continue (ii. 249) : «et leur prophète leur dit : ‘Voici le signe de sa royauté : l’arche [tabut] viendra vers vous avec une Sakinah en elle de la part de votre Seigneur, et avec un reste de ce que la famille de Moïse et la famille d’Aaron laissèrent — des anges la portant. En cela il y a assurément un signe pour vous si vous êtes croyants !’» Baidawi (ad loc.) explique «tabut» comme dérivé de la racine tub (retour), et comme signifiant un coffre auquel une chose prise en sortait sûre de revenir. C’était le coffre où la Taurat était conservée, et il mesurait environ trois coudées par deux, et était fait de bois doré. «Sakinah», dit‑il, signifie «repos», «tranquillité» ; et elle vint aux Israélites lors de la venue de l’Arche, ou c’était la Taurat elle‑même, apportée dans l’Arche et les calmant par sa présence (voir Shekinah). Moïse avait l’habitude de la faire aller devant lui au combat, et elle arrêtait les Israélites et empêchait leur fuite.
D’autres disaient qu’il y avait dans l’Arche une figure de chrysolithe ou de rubis avec la tête et la queue d’un chat et avec deux ailes. Elle pousserait un gémissement, et l’Arche se précipiterait vers l’ennemi avec les Israélites la suivant. Quand elle s’arrêtait, ils se tenaient et étaient tranquilles, et la victoire venait. Par «reste» en elle on entend les fragments des tables brisées, le bâton et les vêtements de Moïse, et le turban d’Aaron. Après la mort de Moïse, Dieu l’emporta en Lui‑même, et les anges la faisaient maintenant descendre. Mais d’autres disaient qu’elle resta auprès des prophètes qui succédèrent à Moïse, et qu’ils remportèrent des victoires par son moyen jusqu’à ce qu’ils agissent corruptement et que les incrédules l’emportassent sur eux. Ainsi elle demeura dans le pays de Goliath jusqu’à ce que Dieu fit roi Saül. Il fit alors calamité sur les Philistins et détruisit cinq villes. Reconnaissant que cela se faisait par l’Arche, ils la placèrent sur deux bœufs, et les anges la menèrent vers Saül.
Al‑Tha‘labi, dans son «Kisas al‑Anbiya» (p. 150 de l’éd. du Caire, A. H. 1314), donne des détails sur l’histoire antérieure et postérieure de l’Arche. Il la met en relation avec l’importante doctrine musulmane de la Lumière de Mahomet, la première de toutes les choses créées, pour laquelle Dieu créa les mondes. L’Arche fut envoyée du paradis par Dieu avec Adam lorsqu’il tomba. En elle, taillée dans un rubis, il y avait des figures de tous les prophètes à venir, spécialement de Mahomet et de ses quatre premiers califes et successeurs immédiats. À la mort d’Adam elle passa à Seth, et ainsi de suite jusqu’à Abraham. D’Abraham, Ismaël la reçut comme fils aîné. Elle passa ensuite au fils d’Ismaël, Ivedar, mais fut réclamée d’icelui par Jacob. Qedar refusa de la remettre, mais il fut commandé divinement de la céder, car elle devait demeurer dans la lignée des prophètes de Dieu, qui était maintenant celle d’Israël. D’autre part, la Lumière de Mahomet, qui brillait sur le front de chaque ancêtre en ligne de sa descendance, resta dans la lignée arabe de Qedar. Ainsi l’Arche passa ensuite à Moïse. Comment et quand elle fut perdue, les historiens musulmans ne le disent pas. Selon Ibn ‘Abbas, cousin de Mahomet et fondateur de l’exégèse coranique, elle, avec le bâton de Moïse, gît maintenant dans le lac de Tibériade, et sera portée au jour dernier. L’histoire de l’image à tête et queue de chat remonte à Wahb ibn Munabbili, qui était d’origine juive. Elle a probablement une source midrashique. Ce qui est apparemment une forme antérieure de cette légende est donnée dans la «Hhamis» d’al‑Diyarbakri (i. 24 et suiv. ; comparer l’éd. du Caire, 1302).
Dans celle‑ci le coffre avec des images des prophètes n’est pas mis en relation avec l’Arche de l’Alliance. Le coffre, appelé aussi tabut, qui avait été donné à Adam comme ci‑dessus, était en la possession de l’empereur Héraclius, et fut montré par lui à des ambassadeurs d’Abu Bakr, le premier calife. Il avait été apporté de l’extrême Ouest (Maghreb) par Alexandre, et avait ainsi passé aux empereurs romains. D. B. M.
