Paysage des environs de Taybeh, village chrétien palestinien de Cisjordanie, au nord-est de Jérusalem. Cette localité abrite une communauté chrétienne dont l’histoire remonte à l’Antiquité. Photographie d’archive (date de prise de vue inconnue), sans lien visuel avec l’attaque du 17 octobre 2026. Photo : Abraham Sobkowski OFM / Wikimedia Commons — CC BY-SA 3.0.
À Taybeh, village palestinien de Cisjordanie dont la population est chrétienne, la récolte des olives du 17 octobre 2026 a été interrompue par une attaque de colons israéliens masqués. Des habitants, des représentants religieux et une délégation comprenant des diplomates européens et un maire français se trouvaient sur place pour soutenir les agriculteurs. L’agression a suscité des condamnations internationales et ravivé les inquiétudes d’une communauté déjà confrontée à des violences répétées.
L’événement attire l’attention sur une réalité parfois méconnue : des Palestiniens sont chrétiens et leurs Églises sont enracinées depuis l’Antiquité dans la région où est né le christianisme. Les habitants de Taybeh ne constituent pas une communauté chrétienne étrangère récemment installée en Terre sainte.
Des récolteurs et leurs soutiens attaqués dans les oliveraies
Le samedi 17 octobre, des agriculteurs palestiniens participaient à la cueillette annuelle des olives près de Taybeh, à l’est de Ramallah, en Cisjordanie occupée. Une délégation de solidarité les accompagnait : des représentants diplomatiques belges, français et polonais, des représentants catholiques et Bernard Baudoux, maire d’Aulnoye-Aymeries, commune française liée à Taybeh par un jumelage.
Selon les témoignages recueillis par Reuters et The Guardian, des hommes masqués, présentés comme des colons israéliens, ont agressé des participants et tenté de faire cesser la récolte. Bernard Baudoux a déclaré avoir été violemment jeté au sol. The Guardian rapporte également des personnes blessées parmi les Palestiniens présents. Un véhicule diplomatique belge a été endommagé ; les représentants polonais ont indiqué que leurs diplomates n’avaient pas été blessés.
L’archevêque de Cambrai, Mgr Vincent Dollmann, figurait parmi les responsables religieux présents. Des images de la confrontation ont été diffusées par The Guardian. L’incident ne concerne donc pas uniquement la sécurité des diplomates : il s’inscrit aussi dans les difficultés rencontrées par les habitants lorsqu’ils cherchent à accéder à leurs terres et à récolter leurs olives.
Images de l’attaque diffusées par Haaretz
Le média israélien Haaretz a partagé sur X, le 17 octobre 2026, des images accompagnant son compte rendu de l’attaque visant des récolteurs palestiniens et la délégation européenne à Taybeh.
Taybeh, une communauté chrétienne palestinienne
Taybeh est généralement présentée par les responsables des Églises de Jérusalem comme la dernière localité de Cisjordanie dont la population est entièrement chrétienne. Ses habitants appartiennent notamment à trois traditions : l’Église grecque-orthodoxe, l’Église catholique latine et l’Église grecque-catholique melkite. Leur foi chrétienne s’inscrit dans une histoire locale ancienne, tandis que leur identité palestinienne est celle d’habitants de ce territoire.
La présence de chrétiens palestiniens rappelle que l’histoire religieuse de la Terre sainte ne se résume pas à une opposition entre Israéliens juifs et Palestiniens musulmans. Des communautés chrétiennes vivent aussi en Israël et dans les territoires palestiniens, au sein de sociétés traversées depuis des siècles par des héritages, des conversions et des migrations.
Repères historiques — Taybeh, l’antique Éphraïm ?
Une localité associée au récit évangélique. Taybeh est traditionnellement identifiée à Éphraïm, ville mentionnée en Jean 11:54, où Yéhoshoua (Jésus) se retira avec ses disciples avant sa dernière montée à Jérusalem. Cette localisation est défendue par certains chercheurs, mais elle reste discutée et ne doit pas être présentée comme définitivement établie.
Un témoignage matériel du christianisme ancien. Les vestiges de l’église Saint-Georges (al-Khadr), datant du Ve siècle, attestent l’implantation chrétienne à Taybeh pendant l’Antiquité tardive. Le christianisme s’est diffusé progressivement dans les campagnes de Palestine aux IVe–VIe siècles ; les communautés locales ont ensuite traversé les périodes byzantine, arabe et ottomane.
Des héritages humains entremêlés. Les populations juives, chrétiennes et musulmanes de la région ont connu des continuités locales, mais aussi des conversions, des migrations et des changements de langue. Des Israéliens et des Palestiniens peuvent ainsi partager des ascendances anciennes du Levant. Cela ne permet toutefois pas de retracer, sans sources particulières, la généalogie d’une famille de Taybeh jusqu’aux Juifs ou aux premiers chrétiens du Ier siècle.
Une succession de violences déjà dénoncée par les Églises
L’attaque du 17 octobre intervient après des épisodes inquiétants signalés l’année précédente. En juillet 2025, les prêtres des trois Églises de Taybeh et les patriarches de Jérusalem avaient dénoncé des incendies allumés près du cimetière chrétien et de l’ancienne église Saint-Georges. Ils décrivaient aussi des intrusions de colons et de leurs troupeaux sur des parcelles agricoles, ainsi que des atteintes aux oliviers dont dépendent certaines familles.
Lors d’une visite de solidarité le 14 juillet 2025, les chefs des Églises avaient demandé la protection des habitants, de leurs lieux saints et de leurs terres. Quelques semaines plus tard, ils condamnaient de nouvelles violences, notamment l’incendie de véhicules et des inscriptions menaçantes. Pour les responsables religieux, ces incidents mettent en péril non seulement la vie quotidienne du village, mais également la pérennité d’une présence chrétienne historique.
La répétition de violences contre cette localité chrétienne rend sa vulnérabilité particulièrement préoccupante. Pour autant, les informations disponibles ne permettent pas d’établir à elles seules que la religion des victimes était le mobile précis de l’attaque du 17 octobre : la volonté de perturber la récolte des olives est directement évoquée dans les témoignages et les reportages.
Autre publication vidéo sur X
Le compte HatsOff a également publié une vidéo sur X le 12 août 2026, soit avant l’attaque relatée dans cet article. Cette publication est présentée séparément afin de ne pas la confondre avec les images du 17 octobre.
Voir la publication de HatsOff sur X (12 août 2026)
Condamnations diplomatiques et enquête israélienne
Le 18 octobre, le ministère français des Affaires étrangères a condamné l’agression du maire d’Aulnoye-Aymeries et la mise en cause des diplomates, appelant les autorités israéliennes à poursuivre les responsables. Le Service européen pour l’action extérieure a condamné les attaques de colons violents, y compris celles visant les diplomates européens, et demandé une protection effective des Palestiniens et des personnes participant à la récolte.
Les autorités israéliennes ont annoncé une enquête. Le ministre des Affaires étrangères Gideon Saar a condamné les violences, tout en critiquant l’absence de coordination préalable de la visite avec l’armée. Le Premier ministre Benjamin Netanyahu a, de son côté, contesté le caractère probant des éléments initialement présentés au sujet de l’agression des diplomates.
Le 19 octobre, la police israélienne a annoncé dix arrestations dans le cadre d’opérations concernant plusieurs incidents violents survenus en Cisjordanie pendant le week-end. Ces arrestations ne signifient ni que les dix suspects auraient tous participé à l’attaque de Taybeh, ni que leurs responsabilités auraient déjà été établies par un tribunal.
Préserver la présence des chrétiens palestiniens
À Taybeh, les oliveraies et les églises racontent deux dimensions d’un même enracinement : le travail de la terre et la transmission d’une foi ancienne. Alors que les violences et les difficultés économiques alimentent les craintes d’un départ des familles, les responsables religieux appellent à permettre aux habitants de vivre, cultiver et prier en sécurité.
La situation de ce village rappelle enfin une évidence historique souvent perdue de vue dans les débats contemporains : les chrétiens palestiniens font partie de l’histoire vivante de la terre biblique. Leur présence ne peut être effacée du récit de la région, pas plus que les profondes attaches historiques juives à cette même terre.
Sources et documents
- Reuters — attaque à Taybeh et témoignages du 17 octobre 2026
- The Guardian — récit et images de la confrontation, 18 octobre 2026
- Associated Press — arrestations annoncées le 19 octobre 2026
- France Diplomatie — déclaration du 18 octobre 2026
- Service européen pour l’action extérieure — déclaration du 18 octobre 2026
- Patriarches et chefs des Églises de Jérusalem — visite à Taybeh, juillet 2025
- Patriarcat latin de Jérusalem — histoire et présentation de la paroisse de Taybeh
- Jerome Murphy-O’Connor, « Place-Names in the Fourth Gospel (II) », Revue biblique, 2013
- Ehud Keinan et al., « Where Was the City of Ephraim? », Palestine Exploration Quarterly, 2015
- Doron Bar, « The Christianisation of Rural Palestine during Late Antiquity », 2003
- Michael Ehrlich, The Islamization of the Holy Land, Cambridge, 2022







