Définition dans Jewish Encyclopedia
Shemouél
SAMUEL
Données bibliques : Samuel était le fils d’Elkanah et d’Hannah, de Rama‑Tam‑Zophim, dans le pays montagneux d’Éphraïm (I Samuel i. 1). Il naquit tandis qu’Eli était juge. Consacré à YHWH en accomplissement d’un vœu de sa mère, qui avait longtemps été stérile, il fut conduit à Shiloh par Hannah dès qu’il eut été sevré, pour servir YHWH pendant la vie d’Eli (i. 11, 22-23, 28).
Les fils d’Eli, étant fils de Belial, étaient méchants et cupides ; Samuel servait devant YHWH à leur place, étant dès sa jeunesse ceint d’un ephod de lin (ii. 12 et suiv., 22 et suiv.). Sa mère lui apportait, à l’occasion de ses visites annuelles, une robe. En grandissant, Samuel gagna une faveur croissante auprès de YHWH et des hommes (ii. 26). La manière dont il fut appelé par YHWH se rapporte ainsi : Eli, vieux et à la vue faible, s’était couché, comme Samuel, dans le Temple de YHWH, où était l’Arche. Alors YHWH appela : «Samuel !» Répondant «Me voici», Samuel, croyant qu’Eli l’avait interpellé, courut vers lui en expliquant qu’il était venu en obéissance à son appel. Eli, toutefois, le renvoya à son couchage. La répétition du fait trois fois éveilla enfin la compréhension d’Eli ; il sut que c’était YHWH qui appelait le garçon. Il lui conseilla donc de se recoucher et, si on l’appelait encore, de dire : «Parle, car ton serviteur écoute.» Samuel fit comme on le lui avait ordonné. YHWH lui révéla alors son dessein d’exterminer la maison d’Eli.
Samuel hésita à informer Eli de la vision, mais le lendemain, à la sollicitation d’Eli, il rapporta ce qu’il avait entendu (iii. 1-18). YHWH était avec Samuel et n’abandonna aucune de Ses paroles «à terre». Tout Israël, de Dan à Bershéba, le reconnut comme oint pour être prophète de YHWH ; et Samuel continua de recevoir des révélations à Shiloh qu’il transmettait à tout Israël (iii. 19-21).
Pendant la guerre avec les Philistins l’Arche fut prise par l’ennemi. Après que sa seule présence parmi les Philistins leur eut apporté des maux, elle fut rendue et portée à Kirjath‑Jearim. Tant qu’elle y resta, Samuel parla aux enfants d’Israël, les appelant à revenir à YHWH et à mettre loin d’eux les dieux étrangers, afin qu’ils fussent délivrés des mains des Philistins (vii. 2 et suiv.). L’épreuve eut lieu à Mizpah, où, à l’appel de Samuel, tout Israël s’était assemblé, sous la promesse qu’il prierait YHWH pour eux, et où ils jeûnèrent, confessèrent et furent jugés par lui (vii. 5-6). Avant que les Philistins n’attaquassent, Samuel immola un agneau qu’il tenait comme succulent et l’offrit en holocauste, appelant YHWH à l’aide : et, lorsque les Philistins se mirent en ordre de bataille, YHWH «tonna d’un grand tonnerre» sur eux, «et ils furent battus devant Israël». En souvenir de la victoire Samuel dressa une pierre entre Mizpah et Shen, l’appelant «Eben‑Ezer» (= «jusqu’ici YHWH nous a aidés»). Cette défaite écrasante tint les Philistins en respect pendant tous les jours de Samuel (vii. 7-14).
À titre de juge Samuel faisait chaque année un circuit à Béthel, à Guilgal et à Mizpah, mais il demeurait à Rama, où il bâtit un autel (vii. 16 et suiv.). Devenu vieux et prêt à céder ses fonctions à ses fils, ni Joël, l’aîné, ni Abija, le second, ne se montrèrent dignes ; «ils se détournèrent vers l’intérêt et prirent des présents» (viii. 1-3). Cela incita les anciens à se rendre à Rama et à demander à Samuel de leur donner un roi, puisque toutes les autres nations avaient des rois. Samuel fut très contrarié, mais après avoir prié YHWH et reçu la direction divine de se soumettre, il acquiesça, prononçant un discours vigoureux décrivant le despotisme que les gens et leurs descendants allaient s’attirer ; ce discours, toutefois, ne détourna pas le peuple de son dessein (viii. 3 et suiv.). En cette crise Samuel rencontra Saül (Saul), qui était venu consulter le voyant au sujet d’ânesses perdues. YHWH l’avait déjà informé de la venue de Saül et lui avait ordonné d’oindre ce visiteur roi. Lorsque Saül demanda le chemin de la maison du voyant, Samuel lui révéla son identité et l’invita au repas sacrificiel au «haut lieu», où environ trente personnes avaient été conviées. Il témoigna un grand honneur à Saül, qui, surpris et incapable de concilier ces marques d’estime avec ses humbles origines, reçut le lendemain l’onction de la main de Samuel, qui lui donna des «signes» qui, accomplis, démontreraient que Dieu était avec lui, et le dirigea d’aller à Guilgal et d’y attendre l’apparition de Samuel (ix., x. 1-9).
En préparation de l’intronisation, Samuel rassembla le peuple à Mizpah, où l’on confirma par tirage au sort l’onction privée de Saül (x. 17-24). Samuel prit part aussi, dit‑on, au couronnement de Saül à Guilgal (xi. 12-15). Il profita de l’occasion pour rappeler au peuple sa propre vie et obtenir leur reconnaissance de sa probité. Après une solennelle admonition à la fidélité à YHWH, Samuel suscita la foudre et la pluie comme signe que la demande d’un roi reposait sur un mal fondamental ; ce prodige impressionna tant le peuple qu’il implora Samuel d’intercéder auprès de YHWH pour qu’ils ne mourussent point : Samuel transforma la scène en une leçon solennelle sur les peines de la désobéissance (xii.).
Un conflit avec Saül éclata à Guilgal parce que, en l’absence de Samuel, le roi avait offert l’holocauste. Samuel annonça alors publiquement que la dynastie de Saül ne demeurerait pas au pouvoir (xiii. 8-14). Néanmoins Samuel envoya Saül pour accomplir l’extermination d’Amalec (xv.). De nouveau Saül fut rétif, épargnant Agag, roi des Amalécites, ainsi que les troupeaux et tout ce qui avait de la valeur. La parole de YHWH vint alors à Samuel pour annoncer le renversement de Saül. Rencontrant Saül, Samuel déclara son rejet et, de sa propre main, exécuta Agag (xv.). Ceci entraîna la séparation définitive entre Samuel et Saül (xv. 34-35). En pleurant Saül, Samuel fut ordonné par YHWH d’aller chez Jessé, le Bethléhémite, dont l’un des fils devait être choisi pour roi à la place de Saül (xvi. 4). Craignant que Saül ne découvre l’intention, Samuel recourut à la ruse, prétextant s’être rendu à Bethléhem pour sacrifier. Au festin sacrificiel, après avoir passé en revue les fils de Jessé et constaté qu’aucun des présents n’était choisi par YHWH, Samuel ordonna qu’on aille chercher le plus jeune, David, qui gardait les brebis. Dès que David parut, YHWH commanda à Samuel de l’oindre, après quoi Samuel retourna à Rama (xvi. 5-13).
Plus rien n’est dit de Samuel jusqu’à la fuite de David auprès de lui à Rama, quand il accompagna son ami fugitif à Naioth. Là, par l’intervention de Samuel, les messagers de Saül, ainsi que le roi lui‑même, se mirent à prophétiser «devant Samuel» (xix. 18 et suiv.). La fin de Samuel est racontée en note brève : «Et Samuel mourut, et tout Israël se rassembla, et le pleura, et l’enterra dans sa maison à Rama» (xxv. 1, héb.). Mais après sa mort, Saül, par l’entremise de la femme d’En‑Dor, fit revenir Samuel du tombeau, pour n’entendre de lui que la prédiction de sa mort imminente (xxviii. 3 et suiv.).
En I Chron. xxvi. 28, Samuel le voyant est mentionné comme ayant consacré des dons au Sanctuaire. Il est encore représenté dans I Chron. xi. 3 comme ayant, au nom de YHWH, annoncé l’élévation de David au trône. On lui attribue en outre l’institution des «portiers aux portes» (I Chron. ix. 22).
Dans le récit biblique Samuel paraît à la fois comme le dernier des Juges et le premier des Prophètes, comme le fondateur du royaume et comme l’officiant légitime des sacrifices aux autels (I Sam. vii. 9 et suiv., ix. 22 et suiv., x. 8, xi. 15, xvi. 1 et suiv.). En fait, Chroniques (I Chron. vi. 28) le fait descendre des Lévites. Selon I Sam. ix. 9, les prophètes précédant Samuel étaient appelés voyants, tandis qu’il semble être le premier à être connu sous le nom de nabi, ou «prophète». Il était l’homme de Dieu (ix. 7-8), et le peuple croyait qu’il pouvait révéler l’endroit où se trouvaient des bêtes perdues. De son temps existaient des «écoles de prophètes», ou plus exactement des «groupes de prophètes». Le fait que ces groupes soient mentionnés en liaison avec Guibea (I Sam. x. 5, 10), Jéricho (II Rois ii. 5), Rama (I Sam. xix. 18 et suiv.), Beth‑El (II Rois ii. 3) et Guilgal (II Rois iv. 38) — lieux centraux dans la carrière de Samuel — permet de conclure que c’est à Samuel qu’on doit l’organisation de ces sociétés. Dans les Actes des Apôtres (xiii. 20) Samuel apparaît comme le dernier des Juges et le premier vrai prophète en Israël (Actes iii. 24, xiii. 20 ; Hébr. xi. 32), tandis qu’un glossaire de Chroniques (II Chron. xxxv. 18) rattache son époque à une des célébrations mémorables de la Pâque. L’Ancien Testament ne donne pas de données chronologiques précises sur sa vie. Si l’on en croit Josèphe (Ant. vi. 13, § 5), Samuel exerça la charge de juge douze années avant l’avènement de Saül. L’année 1095 a.v. n. è. est communément acceptée comme celle de l’avènement de Saül. E. G. H.
DANS LA LITTÉRATURE RABBINIQUE : Samuel était un Lévite (Lev. H. xxii. 6), de la famille de Koré (Num. R. xviii. 17), et il fut aussi Nazaréen (Naz. 66a). À l’instar d’Asahel il était d’une délicatesse extrême (Hag. 6a), mais très développé intellectuellement. Ainsi, lorsqu’il fut sevré et conduit par sa mère à Shiloh, il remarqua que les prêtres prenaient grand soin que les victimes sacrificielles fussent égorgées par l’un des leurs. Samuel déclara cependant que même un profane pouvait offrir un sacrifice, et fut conduit devant Eli qui l’interrogea sur son assertion. Samuel répondit : «Il n’est pas écrit que le prêtre doive égorger la victime, mais seulement qu’il doive en présenter le sang» (Lev. i. 5 ; comp. Zeb. 32a). Eli reconnut la validité de son argument, mais déclara que Samuel méritait la peine de mort pour avoir rendu un jugement juridique en présence d’un maître ; et ce ne fut que par l’imploration de la mère de Samuel que l’enfant fut sauvé (Ber. 31b). Lorsque Dieu se révéla à Samuel pour la première fois et appela son nom, il répondit avec prudence seulement «Parle» (I Sam. iii. 10) et non, comme Eli le lui avait prescrit, «Parle, ô Dieu» (Shah. 113b).
Samuel était très riche. Lors de ses voyages annuels comme juge vers diverses cités (comp. I Sam. vii. 16-17) il était accompagné de tout son personnel domestique, et n’acceptait l’hospitalité de personne (Ber. 10b ; Ned. 38a). Alors que Moïse ordonna au peuple de venir à lui pour qu’il leur déclarât la Loi (comp. Ex. xviii. 14-16), Samuel visita toutes les cités du pays pour épargner aux gens de pénibles déplacements ; et tandis que Samuel était regardé comme l’égal de Moïse et d’Aaron (Ber. 31b ; Ta’an. 6b), il fut favorisé par rapport à Moïse en ceci : ce dernier devait se rendre au Tabernacle pour recevoir une révélation de Dieu, alors que Dieu lui‑même venait à Samuel pour lui révéler Sa volonté (Ex. R. xvi. 4). Samuel jugea Israël durant dix ans ; mais dans la dixième année le peuple demanda un roi. Samuel oignit Saül ; et quand celui‑ci fut rejeté par YHWH, Samuel souffrit tellement qu’il vieillit prématurément (Ta’an. 5b). Cruel bien qu’il fût à démembrer Agag, ceci constitua néanmoins un châtiment juste pour l’Amalécite, qui s’était montré aussi barbare envers les enfants d’Israël (Lam. R. iii. 43).
Samuel rédigea les livres des Juges et de Ruth, ainsi que ceux qui portent son nom, bien que ceux‑ci furent complétés par le voyant Gad (B. B. 14b-15a). Il mourut à l’âge de cinquante‑deux ans (M. K. 28a). Lorsqu’il fut fait revenir des morts par la femme d’En‑Dor à la requête de Saül (comp. I Sam. xxviii. 7-19), il fut pris de frayeur, car il crut être appelé pour comparaître devant le tribunal divin ; il prit donc Moïse avec lui afin de témoigner qu’il avait observé tous les préceptes de la Torah (Hag. 4b).
w. B. J. Z. L.
