Définition dans Jewish Encyclopedia
Livre de Ruth
RUTH, BOOK OF
Le Livre de Ruth, qui est d’un caractère poétique et idyllique, bien que le récit soit en prose, contient un épisode de la période des Juges. Pour cette raison il est placé dans la Septante après le Livre des Juges ; cet ordre est suivi dans la Vulgate et dans les traductions anglaises. Dans la Bible hébraïque, cependant, Ruth se trouve parmi les Ketouvim, ou troisième partie du canon, où il se tient immédiatement après le Cantique des Cantiques, étant le second des Cinq Mégillot. Dans des manuscrits espagnols et dans une Bible de 1009 Ruth vient en tête (Buhl, « Canon of the Old Testament », i., § 10 ; voir Canon de la Bible). Cette position, comme on le notera plus loin, s’accorde probablement mieux avec la date du livre ; car il fut rédigé si longtemps après l’époque dont il traite que plusieurs des coutumes auxquelles il fait allusion étaient devenues antiques.
Données bibliques : Le livre tire son nom de l’une de ses personnages, qui, avec sa belle‑mère Naomi, partage l’honneur d’être son héroïne. L’histoire est la suivante : Elimelech, homme de Bethléhem‑Judée, avec sa femme Naomi et ses deux fils Mahlon et Kilion, alla en temps de famine séjourner en pays de Moab. Là Elimelech mourut, et les deux fils épousèrent — Mahlon prit Ruth pour épouse, et Kilion prit Orpa — toutes deux femmes de Moab ; puis les deux fils moururent également. En temps voulu Naomi apprit que la famine en Judée avait pris fin et résolut d’y retourner. Ruth, malgré les instances de Naomi, accompagna sa belle‑mère à Bethléhem et se lia au peuple de Juda. Les deux femmes arrivèrent à Bethléhem au commencement de la moisson de l’orge. Elles se trouvèrent naturellement dans une grande indigence. Elimelech avait une héritage parmi ses frères, mais, à moins qu’un Go’el pût être trouvé, Naomi serait obligée de le vendre (en Ruth iv. 3 m3D devrait être pointé msb = « va vendre » ; comp. « Am. Jour. Semit. Lang. » xi.x. 145). Elimelech avait un parent prospère à Bethléhem, nommé Booz, qui, comme d’autres, travaillait aux moissons. Naomi envoya Ruth glaner dans ses champs, et, après qu’il eut parlé aimablement à la jeune femme et lui eut témoigné quelques faveurs, celle‑ci, suivant encore le conseil de sa belle‑mère, se présenta à Booz pendant la nuit et se mit sous sa protection. Booz fut attiré par elle, mais l’informa qu’il existait un parent plus proche que lui qui avait le premier droit de racheter l’héritage d’Elimelech, et qu’il serait nécessaire que ce parent renonçât à son droit avant que lui (Booz) pût procéder. Il fit donc appeler ce parent à la porte de la ville devant les anciens, et lui exposa la condition de la femme et de la belle‑fille d’Elimelech, et son droit de racheter l’héritage et d’épouser Ruth. Le parent déclara qu’il ne désirait pas le faire, et ôta sa chaussure en signe de renonciation en faveur de Booz. Booz acheta dès lors l’héritage de Naomi, épousa Ruth, et devint par elle le père d’Obed, qui devint à son tour le père d’Jessé, père du roi David.
Vue critique : Il faut noter que dans le récit du Livre de Ruth plusieurs points ne sont pas tout à fait clairs. Dans certaines parties, comme i. 12-14, l’action semble présupposer l’existence de la loi du lévirat (comp. Gen. xxxviii. et Deut. xxv. 5 et seq.), tandis que dans d’autres, comme iv. 3 et seq., le rachat de l’héritage d’Elimelech pour sa veuve semble être le point principal de la discussion. Cela paraît présupposer l’extension aux épouses de la loi relative à l’héritage des filles (Num. xxxvi.). De plus, d’après le cours général du récit, on a l’impression que Booz est le Go’el ; mais en iv. 13 seq. le go’el semble être Obed (comp. Nowack, « Handkommentar zum Alten Testament », p. 199, s.v. « Richter », « Ruth », etc. ; Bertholet, in « K. II. C. » ad loc.). Enfin, si le lévirat avait réellement été accompli, Obed eût dû être compté fils de Mahlon, fils d’Elimelech, alors qu’il est réellement appelé (iv. 21) fils de Booz.
Bewer (dans « Am. Jour. Semit. Lang. » xix. 143 et seq.) fait observer que quatre étapes dans le développement du lévirat sont rencontrées dans l’Ancien Testament ; (1) le go’el n’a pas besoin d’être un frère, mais peut être tout parent du défunt, comme dans Gen. xxxviii. ; (2) il doit être un frère (bien que cette forme ne soit pas réellement attestée, elle est nécessairement présupposée par la suivante) ; (3) seuls les frères ayant vécu avec le défunt sont tenus d’exercer les devoirs du lévirat (comp. Deut. xxv. 5 et seq.) ; et (4) aucun homme n’est autorisé à prendre la femme de son frère (Lev. XX. 21). Selon cette classification, la forme de lévirat dans le Livre de Ruth est la plus ancienne de toutes, mais l’on y rencontre la difficulté que la forme décrite d’achat de l’héritage de Naomi n’accorde nullement avec aucune forme du lévirat, mais avec la loi de Lev. xxv. 25 (Code de la Sainteté, cité ci‑après comme H). Bewer conclut donc que l’idée du lévirat n’est pas partie originale du Livre de Ruth, mais que l’ouvrage fut d’abord composé sur la base de Lev. xxv. 25, et fut plus tard interpolé dans une certaine mesure pour y greffer l’idée du lévirat. Les phénomènes du livre peuvent cependant fort bien être expliqués d’une autre manière, comme il sera indiqué ci‑dessous.
Selon Bewer le Livre de Ruth est post‑H., c.-à‑d. post‑exilique. Ce point de vue sur la datation est partagé pour d’autres raisons par de nombreux érudits (par ex., Kuenen, « Historische Bücher des Alten Testaments », i., part. 2, p. 195 ; Cornill, « Einleitung », p. 241 ; Nowack, l.c. ; Bertholet, l.c. ; et Kautzsch, « Literature of the Old Testament », p. 129). Les jours des Juges sont évoqués comme un temps lointain (i. 1), et même la loi de Deut. xxv. 5 et seq. est évoquée comme une coutume maintenant désuète (comp. Ruth iv. 7) ; la langue du livre contient plusieurs aramaismes (par ex., D'C'J Nti’J, i. 4 ; -ins', pt?. i. 13 ; et D’p, iv. 7) ; l’intérêt pour la généalogie davidique (iv. 18 et seq.) est considéré comme indiquant une date où David était devenu l’idéal de la nation ; et l’intérêt manifeste de l’auteur pour le mariage d’un Israélite avec une Moabite — intérêt en net contraste avec la loi de Deut. xxiii. 3 et seq. ainsi qu’avec la procédure d’Esdras et Néhémie (Esdras ix., x., et Néhémie xiii. 23 et seq.) — indique que l’auteur de Ruth fut contemporain d’Esdras et de Néhémie et écrivit le livre pour montrer que leur opposition aux mariages étrangers était contraire à un ancien et honorable précédent.
Bien que Driver (« Introduction », p. 427) soutienne que la beauté générale et la pureté du style de Ruth indiquent une date pré‑exilique, tenant que la généalogie davidique finale est probablement une addition postérieure, l’origine post‑exilique de Ruth semble confirmée par sa place parmi les Ketouvim, dans la troisième partie du canon. La vue qui fait du livre un tract contre la politique matrimoniale d’Esdras et de Néhémie paraît la plus probable.
Bewer (l.c. xx. 205 et seq.) soutient que l’œuvre fut écrite à cette époque et pour ce dessein, et que, dans sa forme originale, sans la référence au lévirat, elle constituait une arme plus efficace dans la controverse qu’elle ne l’est maintenant. Son opinion est qu’un ami d’Esdras ajouta par la suite des interpolations relatives au lévirat afin de faire apparaître que le mariage étranger de Booz n’était pas un précédent pour les gens ordinaires, le lévirat l’obligeant à agir ainsi.
Si le livre fut composé à l’époque supposée, il est clair d’après la loi de H (Lev. xx. 21) que le lévirat avait disparu. Il est donc excessif d’attendre un compte rendu absolument clair et exact de son fonctionnement. Que l’écrivain mêlât ses dispositions avec celles de Lev. xxv., qui se rapportent au rachat des biens des pauvres, serait à cette date très naturel. La confusion quant à l’identité exacte du go’el eût également été naturelle. La théorie des interpolations de Bewer semble, de ce fait, superflue. L’opinion de Cheyne (« Encyc. Bibl. » s.v.) selon laquelle Elimelech était un érymée‑Jerahmeelite et qu’il alla séjourner en pays de Missur est une des curiosités de sa théorie Jerahmeel‑Missur.
Bibliographie : Outre les travaux cités dans l’article, voir Bleek, Einleitung in das Alte Testament, éd. Wellhausen, 1893 ; König, Einleitung, 1893 ; Strack, Einleitung, 4e éd., 1895 ; Oettli, Ruth, in Kurzgefasster Kommentar, 1889.
E. c. G. A. B.
