Définition dans Jewish Encyclopedia
Iyov
JOB
(3PN) — Données bibliques : Héros titulaire du Livre de Job. Il était natif d’Ouz (Uz), riche, fort pieux et droit ; il eut sept fils et trois filles. Ses fils faisaient à tour de rôle un festin dans leurs maisons, l’un chaque jour ; et à la fin de la semaine Job offrait sept holocaustes, selon le nombre de ses fils, pensant peut‑être que ces derniers, en festoyant, avaient commis des péchés (Job i. 1-5).
Un jour, dans le conseil céleste, à la suite d’une question posée par YHWH, la piété de Job fut discutée par l’accusateur Satan, qui soutint que si Job était frappé par le malheur il pécherait certainement. Satan, ayant reçu la permission de traiter Job comme il l’entendait, lui infligea d’abord la pauvreté en faisant voler tout son bétail ; puis il causa la mort de tous les enfants de Job. Mais Job ne pécha pas. Au contraire, il déclara l’acte d’Elohîm juste, disant : « YHWH a donné, et YHWH a repris » (ib. i. 6-22).
À une seconde assemblée des « fils d’Elohîm », Satan obtint la permission d’affliger le corps même de Job. Il le frappa d’une maladie des plus pénibles (lèpre ?); Job n’en prononça pas moins de plainte contre YHWH. Même lorsque sa femme lui conseilla de maudire Elohîm et de mourir, il répondit qu’il devait accepter le mal de Sa main comme il avait reçu le bien (ib. ii. 1-10). Trois amis vinrent le consoler et restèrent avec lui sept jours et sept nuits en silence (ib. ii. 11-13), après quoi commencèrent les colloques entre lui et ses amis qui constituent le texte du Livre de Job.
Finalement, Elohîm rétablit Job dans son ancien état, lui donnant deux fois plus qu’il n’avait eu auparavant, jusqu’à quatorze fils. Les filles, toutefois, nées après sa restauration, furent seulement trois en nombre. Job vécut encore 140 ans et vit quatre générations (ib. xlii. 10-17). Il est mentionné par Ézéchiel (Ézek. xiv. 14, 20) avec Noé et Daniel parmi les trois hommes les plus justes. Voir Job, Livre de.
Dans la littérature rabbinique : En raison de l’importance du Livre de Job, les talmudistes se sont fréquemment occupés de son personnage principal. Un des amoraïm exprima devant Samuel b. Nahmani l’opinion que Job n’a jamais existé et que tout le récit était une fable (B. B. 15a). Une opinion formulée de façon analogue par Siméon ben Lakish fut interprétée comme signifiant qu’un tel personnage que Job existait, mais que les narrations du drame sont des inventions (Gen. R. lvii.). Mis à part ces propos, tous les rabbins donnèrent pour acquis l’existence de Job, mais divergèrent largement quant’à l’époque où il vécut et quant’à sa nationalité, deux points liés. Chacun des talmudistes inférait l’époque et la nationalité de Job d’après une analogie entre deux mots ou phrases bibliques. Selon Bar Kappara, Job vécut au temps d’Abraham ; selon Abba b. Kahana, au temps de Jacob, étant marié à Dina, fille de Jacob (ib., B. B. 15b ; comp. additions dans Targ. Yer. à Job ii. 9). R. Lévi dit que Job vécut à l’époque des fils de Jacob ; et il dit encore, au nom de Jose b. Halafta, que Job naquit quand Jacob et ses enfants entrèrent en Égypte et qu’il mourut quand les Israélites quittèrent ce pays. Job aurait ainsi vécu 210 ans (comp. Rashi sur Ex. xii. 40). Lorsque Satan vint accuser les Israélites d’idolâtrie, Elohîm le mit en face de Job, d’où les malheurs de Job (Gen. R. l.c.). Cette opinion est soutenue par l’affirmation que Job, comme Jethro et Balaam, fut consulté par Pharaon quant’aux moyens de réduire le nombre des enfants d’Israël et que Job resta silencieux et fut frappé (Sanh. 106a ; Sotah 11a). Cette légende figure différemment dans le Sefer ha‑Yashar (section « Shemot », p. 110a, éd. Leghorn, 1870) : Job, d’abord eunuque et conseiller de Pharaon, conseilla au roi de faire périr tout enfant mâle (Ex. i. 16). Plus tard, Pharaon, ayant fait un songe prédisant la naissance d’un sauveur, consulta de nouveau Job, qui répondit évasivement : « Que le roi fasse comme il lui plaira » (Sefer ha‑Yashar, l.c. p. 111a). Lévi b. Lahma plaça Job au temps de Moïse, et attribua à Moïse la paternité du Livre de Job. Certains rabbins déclarent même que l’un des serviteurs de Pharaon qui craignit la parole d’Elohîm (Ex. ix. 20) était Job (Ex. R. xii. 3). Raba, localisant plus précisément l’époque, déclara que Job vécut au temps des explorateurs envoyés par Moïse pour visiter la terre de Canaan (B. B. 15a). Selon ces rabbins, Job était un gentil — opinion exprimée ailleurs plus explicitement en ce que Job est appelé un gentil pieux ou un des prophètes des Gentils (ib. 15b ; Seder ‘Olam R. xxi.). D’autres tannaim placent Job diversément au règne de Saba, à l’époque des Chaldéens, ou au règne d’Ahasuerus. R. Johanan et R. Éléazar déclarèrent que Job était de ceux qui revinrent de la captivité et que sa beth ha‑midrash se trouvait à Tibériade (Yer. Sotah v. 8 ; B. B. l.c. ; Gen. R. l.c.). Il est dit dans B. B. (ib.) que ces tannaim considéraient donc nécessairement Job comme Israelite ; mais R. Hananeel (floruit incertain) lit dans son texte : « Tous les Tannaim et Amoraim, à l’exception de celui qui plaça Job au temps de Jacob, étaient d’avis que Job était un Israelite » (comp. aussi Gen. R. l.c.).
Job tient une grande place dans les légendes haggadiques. Sa prospérité est ainsi décrite : Samuel b. Isaac disait : « Celui qui reçut une perutah de Job prospéra dans ses affaires. » Jose b. Hanina inféra de Job i. 10 que les chèvres de Job pouvaient tuer les loups ; R. Johanan inféra de Job i. 14 qu’Elohîm donna à Job un avant‑goût des délices du paradis (B. B. 15b). Satan, voyant l’extraordinaire prospérité de Job, fut rempli d’envie et commença dans les conseils du ciel à déprécier la piété de Job.
Selon le Targum de Jérusalem (Job i. 6 ; ii. 1), les deux assemblées du ciel eurent lieu respectivement à Rosh ha‑Shanah et à Yom Kippour. Quand le messager annonça à Job que les Sabéens avaient enlevé ses bœufs, il arma ses serviteurs et se prépara à leur faire la guerre. Mais le second messager vint annoncer qu’un feu venu du ciel avait détruit ses brebis, et il dit alors : « Maintenant je ne puis rien faire » (Lev. R. xvii. 4). Le vent qui renversa sa maison fut l’un des trois grands vents dont la puissance suffit à détruire le monde (Gen. R. xxiv. 4). Satan frappa Job de cinquante plaies différentes (Ex. R. xxiii. 10). Sa maison fut remplie d’une mauvaise odeur, et Job s’assit sur un fumier. Sa chair fut envahie de vers qui lui firent des cavités et se mirent à combattre entre eux ; Job plaça chaque ver dans son trou, disant : « C’est ma chair, et vous vous querellez pour elle » (Ab. R. N., éd. Schechter, p. 164 ; comp. Kohler, Testament of Job, v. 6-8, in Kohut Memorial Volume, pp. 264-295). Les souffrances de Job durèrent douze mois (‘Eduy. ii. 10 ; comp. Testament of Job, v. 9, où le nombre d’années est donné comme sept) ; puis Elohîm, cédant à la prière des anges, le guérit et lui rendit le double de ce qu’il possédait (Ab. R. N. l.c.). Seule la nombre de filles de Job ne fut pas doublée ; néanmoins leur beauté fut doublée, et pour cela leurs noms (Job xlii. 14), indiquant leurs charmes extraordinaires, sont donnés (B. B. 16b). Les récits légendaires sur Job s’étendent aussi à ses trois amis. Ceux‑ci entrèrent dans sa maison simultanément bien qu’ils vécussent à 300 milles de distance. Chacun avait une couronne ou, selon une autre assertion, un arbre sur lequel les images des trois amis étaient sculptées ; quand un malheur frappait l’un d’eux son image était altérée (ib. ; comp. Targ. à Job ii. 11). Il est dit que Job vécut 210 ans ; on l’infère de Job xlii. 16, où il est écrit qu’il vécut 140 ans après sa guérison (Gen. R. lviii. 3, lxi. 4 ; comp. Yalk., Kings, 243, et Testament of Job, xii. 8). On dit aussi que le monde entier pleura la mort de Job (Sotah 35a).
Mais ce qui intéressa surtout les rabbins fut le caractère et la piété de Job. Il est particulièrement présenté comme un homme d’une générosité exemplaire. À l’instar d’Abraham il bâtit une auberge à la croisée des routes, avec quatre portes ouvrant vers les quatre points cardinaux, afin que les voyageurs n’aient aucune peine pour trouver une entrée, et son nom fut loué de tous. Son temps entier était occupé par les œuvres de charité, visite des malades, etc. (Ab. R. N., éd. Schechter, pp. 33-34, 164 ; Midr. Ma'yan Gannim, éd. Buber, p. 92 ; comp. Gen. R. xxx. 9). Plus caractéristique est la conclusion de Raba que Job prenait, apparemment de force, un champ appartenant à des orphelins, l’amendait pour le semis, puis le rendait à ses propriétaires (B. B. l.c.). Job était aussi d’une piété exemplaire. Comme Abraham il reconnut Elohîm par intuition (Num. R. xiv. 7). Rien de ce qu’il possédait n’avait été acquis par la rapacité, et sa prière était pure (Ex. R. xii. 4). Lui, Melchisédek et Hénok furent aussi irréprochables qu’Abraham (Midr. Teh. à Ps. xxxvii.). Il prenait le plus grand soin de se tenir à l’écart de tout acte inconvenant (Ab. R. N. ch. ii., Recension B, éd. Schechter, p. 8). Selon Targ. Sheni à Esth. i., le nom de Job était gravé parmi les sept sur les sept branches du chandelier d’or.
Cependant ces traits firent craindre aux Rabbins que Job n’éclipsât Abraham ; et quelques‑uns d’entre eux déprécièrent la piété de Job. Johanan b. Zakkai avait coutume de dire que la piété de Job venait seulement de sa crainte du châtiment (Sotah 27a ; Yer. Sotah v. 5). Dans Ab. R. N., Recension A, p. 34, où la générosité de Job est tant louée, il est conclu que lorsque, après son affliction, il se plaignit d’être insuffisamment récompensé, Elohîm lui dit : « Ta générosité n’a pas encore atteint la moitié de celle d’Abraham. » R. Lévi alla jusqu’à disculper Satan, déclarant qu’il eut la même crainte qu’Elohîm oublie la piété d’Abraham (B. B. 16a). Pourtant parmi les Tannaim Job eut ses défenseurs, par ex. Josué b. Hyrcanus, dont l’opinion fut que Job adorait Elohîm par pur amour (Sotah l.c.). Cette divergence exista aussi quant à l’attitude de Job durant son malheur. R. Éliézer dit que Job blasphéma Elohîm (l’expression talmudique étant « il voulut renverser le plat »), tandis que R. Josué considérait que Job adressa des paroles dures seulement à Satan (B. B. 16a). Ce débat se poursuivit entre Abaye et Raba, le premier plaidant pour Job, le second suivant R. Éliézer. L’expression de Raba (selon un autre texte, Rab) fut « de la poussière dans la bouche de Job ». Il inféra du passage « et Job ne pécha point avec ses lèvres » (Job ii. 10) que Job pécha dans son cœur (ib.).
Dans la littérature talmudique il est généralement supposé que Job pécha ou, comme s’exprime la tradition, « il se révolta » (« ba’at » ; Midr. Teh. xxvi.). Il est en outre dit que si Job n’avait pas péché on aurait récité dans la prière « et le Dieu de Job », de même que l’on invoque « le Dieu d’Abraham, d’Isaac et de Jacob », mais qu’il se révolta (Pesik. R. Ahare Mot, éd. Friedmann, p. 190a ; comp. Ex. R. xxx. 8). La plainte principale de Job fut, selon Raba, que l’homme est poussé au péché par le séducteur (yezer ha‑ra‘), que Elohîm Lui‑même a créé, et qu’il est pourtant puni (comp. Job X. 7). Mais Eliphaz lui répondit : « Tu as peur pour rien » (ib. xv. 4), signifiant que si Elohîm créa le séducteur, Il créa aussi la Torah, par laquelle l’homme peut réduire le séducteur (B. B. l.c.). Raba conclut aussi que Job nia la résurrection (ib.).
Un traitement plus pittoresque de l’amertume de Job envers Elohîm est rapporté par Rabbali (selon B. B. 16a), ou Kaba (selon Niddah 52a) : Job blasphéma Elohîm en employant le terme « tempête » lorsqu’il dit : « Car il me brise d’une tempête » (Job ix. 17), ce passage étant interprété par les Rabbins comme signifiant : « Peut‑être une tempête passa devant Toi qui causa la confusion entre aVN [= Job] et [= ennemi] ». Elohîm répondit donc à Job du milieu de la tempête (ib. xxxviii.-xxxix.), passages interprétés comme une réfutation de l’accusation de Job. Toujours, l’opinion de Rabbi fut que Job loua Elohîm plus qu’Élihu (Ex. R. xxxiv. 1).
Il a déjà été dit que le Livre de Job fut attribué par les Rabbins à Moïse. Sa place dans le canon est entre les Psaumes et les Proverbes (HI‑ B. 14b). Le grand prêtre lisait le Livre de Job pour se distraire avant Yom Kippour (Yoma i. 4 [18b]). Selon le Talmud, celui qui voit le Livre de Job en songe peut s’attendre à un malheur (Ber. 57b). Il existait un ancien Targum sur Job qui était considéré par les talmudistes comme une œuvre dangereuse (comp. Tosef., Shab. xiv.).
Bibliographie : Israel Schwarz, Tikwat Enosh, Berlin, 1868 ; Wiernikowsky, Das Buch Hiobi, Breslau, 1902. S. S. M. Sel.
