Définition dans Jewish Encyclopedia
Hérode le Grand
HEROD I
(surnommé le Grand) : roi de Judée 40-4 av. J.-C. ; fondateur de la dynastie hérodienne ; né vers 73 av. J.-C. ; fils d’Antipater, et par conséquent d’origine iduméenne. On dit que, lorsqu’il était garçon de douze ans, un essénien nommé Ménaché prophétisa qu’il régnerait sur la Judée. La nature l’avait en effet doté de qualités d’ascendant. Il avait une prestance imposante ; il excellait dans les exercices physiques ; il fut un diplomate habile ; et, par-dessus tout, il était prêt à commettre n’importe quel crime pour satisfaire son ambition sans bornes.
À l’âge de vingt‑cinq ans (l’âge de quinze ans donné par Josephus est généralement considéré comme erroné) Hérode fut nommé préfet de la Galilée par son père, qui était procurateur de Judée. Dès son premier acte Hérode montra qu’il entendait plaire aux Romains à tout prix. Contrairement à la loi juive, qui accordait au plus vil des criminels le droit d’être jugé par le Sanhédrin, auquel seule appartenait l’autorité de prononcer la peine de mort, Hérode exécuta une bande de fanatiques qui avaient attaqué des villes païennes et pillé des caravanes. Cette usurpation de pouvoir, pour laquelle il fut vivement loué par les Romains, exaspéra les chefs du parti national, qui pressentirent les desseins ultimes d’Hérode. En exerçant des pressions sur le faible Hyrcan II, ils obtinrent la permission de traduire le préfet devant le Sanhédrin. Au lieu de se présenter devant ce vénérable tribunal vêtu de noir, comme c’était l’usage, Hérode apparut paré de pourpre et entouré d’une forte garde, capable de faire face à toute éventualité. Il ne daigna offrir la moindre défense de sa conduite, mais présenta une lettre de Sextus César, gouverneur de Syrie, dans laquelle Hyrcan était menacé de graves conséquences si Hérode n’était pas acquitté. Intimidés, les juges n’osèrent prononcer un mot de condamnation jusqu’à ce que le président du tribunal, Shemaiah, se leva pour réprimander leur pusillanimité et avertit ses collègues qu’un jour ils paieraient cher leur faiblesse. À ce tournant, Hyrcan ajourna la séance jusqu’au lendemain et recommanda au coupable de quitter Jérusalem pendant la nuit. Hérode prit alors la fuite auprès de Sextus César, qui le nomma préfet de la Coelé‑Syrie. Hérode rassembla une armée et marcha sur Jérusalem pour châtier le Sanhédrin ; mais il fut dissuadé de sa vengeance par son père et son frère Phasael.
Les troubles à travers l’empire romain causés par l’assassinat de Jules César (44 av. J.-C.) n’empêchèrent pas l’ascension d’Hérode, qui sut tirer parti de chaque circonstance. Le protégé de Sextus César devint, après l’assassinat de celui‑ci, l’ami du gouverneur romain de Syrie, Cassius, dont il gagna les bonnes grâces en levant promptement les cent talents que la Galilée devait contribuer à l’impôt de guerre de sept cents talents imposé à la Judée. Il fut confirmé dans sa position de préfet de la Coelé‑Syrie, et reçut même de Cassius la promesse d’être reconnu roi de Syrie lorsque la guerre contre les triumvirs serait terminée. Entre‑temps, son père fut empoisonné (43 av. J.-C.) par la ruse d’un nommé Malich, qui aspirait à une position influente en Judée. Hérode s’empressa de prendre la place de son père, mais ne négligea pas de venger la mort de celui‑ci. Malich fut attiré à Tyr et là assassiné par des mercenaires, avec la connivence de Cassius. Cependant, après le départ de ce dernier, la Judée se trouva en état de révolte. Antigone, le plus jeune fils d’Aristobule II, tenta, avec l’aide de Ptolémée, fils de Mennaeus de Chalcis, d’assurer la souveraineté de la Palestine. Hérode parvint à réprimer la révolte et à battre Antigone. À son retour à Jérusalem, il fut accueilli comme un général triomphant par Hyrcan, qui, le voyant libérateur du pays, le donna en mariage à sa belle‑petite‑fille Mariamne, fille d’Alexandre et d’Alexandra.
La bataille de Philippes (42 av. J.-C.) mit fin au règne des meurtriers de Jules César. Le parti national à Jérusalem espérait alors la chute d’Hérode et de son frère Phasael, qui avaient pris parti contre les vainqueurs. Quelques nobles juifs alléguèrent la mauvaise administration de la Judée devant Antoine à Sinope et se plaignirent de leurs gouvernants. Mais Hérode sut par des présents et des flatteries gagner la faveur d’Antoine, qui se souvenait que, tandis qu’il combattait sous Gabinius en Orient, Antipater lui avait rendu maints services. Les accusations contre Hérode furent plusieurs fois renouvelées, mais sans résultat. Hyrcan lui‑même plaida la cause des frères iduméens, qui furent nommés par Antoine gouverneurs de Judée avec le titre de « tétrarques ».
L’année 40 fut un tournant pour Hérode. Avec l’aide des Parthes, qui envahirent la Syrie cette année‑là, Antigone fut proclamé roi de Palestine. Phasael fut pris dans une embuscade et contraint au suicide ; Hérode échappa à un sort analogue en prenant la fuite. Après de grandes épreuves et de plus grands dangers, il parvint à la forteresse de Massada, où il confia sa famille à son frère Joseph. Après avoir vainement tenté d’obtenir secours des Nabatéens de Pétra, Hérode se rendit en Alexandrie.
Cléopâtre lui offrit un commandement dans son armée ; il le déclina et, bravant tous les dangers, se rendit à Rome. Le triumvir Octave fut gagné, comme Antoine l’avait été. Les deux, plaidant la cause d’Hérode devant le Sénat, investirent ce dernier de la royauté qu’il désirait ardemment. À la fin de la séance, Hérode, marchant entre Antoine et Octave et précédé par les consuls, se rendit au Capitole pour rendre grâce aux dieux.
Le nouveau roi débarqua à Acre et se trouva bientôt à la tête d’une petite armée. Les généraux romains Ventidius et Silo reçurent l’ordre de l’aider dans la conquête de la Judée, laquelle naturellement ne voulut pas reconnaître sa souveraineté ; mais ils avaient été achetés par Antigone, et leur appui fut inefficace. Ce ne fut qu’au printemps de l’an 37 qu’Hérode, assisté d’une importante force romaine commandée par Caius Sosius, assiégea Jérusalem. Pendant que les ouvrages étaient en cours d’exécution, il alla à Samarie célébrer son mariage avec la princesse hasmonéenne Mariamne, à laquelle il avait été fiancé pendant cinq ans, après avoir répudié sa première épouse, Doris, mère d’Antipater.
Après un siège de plusieurs mois, Jérusalem tomba probablement en juillet aux mains des Romains. Durant plusieurs jours les troupes, sans retenue, se livrèrent à meurtres et pillages, et Hérode, pour arrêter ces horreurs, dut payer de sa propre fortune de fortes sommes aux légionnaires. Antigone fut emmené captif par Sosius à Antioche où, sur l’ordre d’Antoine et à l’instigation d’Hérode, il fut exécuté.
Hérode inaugura son règne par des actes de vengeance et de cruauté. Quarante‑cinq des plus riches et des plus notables des partisans d’Antigone furent exécutés, et leurs domaines furent confisqués pour remplir le trésor vide. Les agents d’Hérode se montrèrent si cupides qu’ils secouèrent les cadavres pour découvrir l’or caché dans les bandelettes funéraires. Tous les membres du Sanhédrin, à l’exception de Pollio (Abtalion) et Shemaiah, furent mis à mort. Parmi les membres de la famille hasmonéenne dont Hérode dut se méfier, sa plus acharnée ennemie fut sa belle‑mère.
Hostilité d’Alexandra. Comme l’ancien Hyrcan, revenu de son exil parmi les Parthes, ne pouvait réintégrer la haute‑prêtrise en raison de la mutilation physique qu’Antigone lui avait infligée, Hérode choisit comme grand‑prêtre un juif babylonien tout à fait inconnu et sans influence de la famille sacerdotale, nommé Hananéel. Ce choix offensa Alexandra, qui estimait que son jeune fils Aristobule, frère de Mariamne, était en droit d’occuper cette charge. Elle se plaignit à Cléopâtre ; Hérode, craignant que celle‑ci n’exerce son influence sur Antoine, déposa Hananéel et donna la charge à Aristobule, son beau‑frère, alors âgé de seize ans (37 av. J.-C.). Quand le jeune grand‑prêtre parut en public à la fête des Tabernacles, vêtu des somptueux ornements de sa charge, un grand enthousiasme se manifesta, et une démonstration eut lieu en sa faveur. Hérode, qui le considérait comme un rival possible, s’en irrita et résolut de s’en débarrasser. À la fin de la fête il accompagna le prêtre à Jéricho, où Alexandra les avait invités à un festin. Après le repas, tandis qu’Aristobule se rafraîchissait avec d’autres dans le bain, il fut plongé sous l’eau, comme en jeu, par des baigneurs achetés par Hérode, et maintenu sous l’eau jusqu’à la noyade. Hérode feignit le plus profond chagrin ; mais personne ne fut dupe de ses larmes, et moins encore Alexandra. Elle invoqua de nouveau l’aide de Cléopâtre, et Hérode fut sommé de se rendre à Laodicée (34 av. J.-C. ?) pour se justifier devant Antoine. Il n’y alla cependant pas les mains vides et en ressortit honoré.
Avec cet événement commença le premier acte du drame dont la maison d’Hérode allait plus tard servir de théâtre. Avant de quitter Jérusalem, Hérode avait confié Mariamne aux soins de son oncle et beau‑frère Joseph, en lui ordonnant de la tuer s’il ne revenait pas. À son arrivée en Judée, la soeur d’Hérode, Salomé, qui voulait se débarrasser de son mari Joseph et en même temps se venger de la princesse hautaine qui la raillait de sa basse naissance, l’accusa d’adultère. D’abord Hérode ne prêta pas attention à la calomnie ; mais quand il sut que Mariamne connaissait l’ordre secret qu’il avait donné à Joseph, il conclut que les accusations de Salomé étaient fondées et fit exécuter Joseph sans lui donner la moindre occasion de défendre sa cause. La même année Hérode eut l’humiliation de devoir recevoir à Jérusalem son ennemie Cléopâtre, venue inspecter la côte palestinienne et le district le plus précieux des domaines d’Hérode, la région de Jéricho, que lui avait donnée Antoine.
Pendant la guerre civile entre Antoine et Octave (32 av. J.-C.), Hérode, qui aurait aidé son protecteur Antoine, fut par une heureuse circonstance envoyé par Cléopâtre combattre le roi nabatéen Malich. D’abord l’armée d’Hérode subit une défaite cuisante, mais finit par l’emporter. De retour chez lui, Hérode apprit la défaite de son protecteur. La question était alors de savoir comment le nouveau maître de Rome traiterait l’ami du vaincu. Hérode décida promptement de sa conduite et résolut d’aller au-devant d’Octave. Il fit cependant en sorte que l’ancien Hyrcan, seul susceptible de devenir un rival dangereux en raison de sa proximité de la royauté, fût éliminé ; sous le prétexte d’une conspiration contre Hérode avec le roi arabe, Hyrcan fut exécuté.
Au printemps de 30 av. J.-C. Hérode rencontra Octave à Rhodes. Avec une grande habileté, il fit valoir la grande amitié qui avait existé entre lui et Antoine et les services qu’Antoine en avait retirés. Il se déclara prêt à donner la même amitié à Octave. Octave crut Hérode et le confirma dans tous ses titres. Hérode eut si grande faveur auprès de César qu’en l’année suivante Octave lui rendit Jéricho et les autres villes qu’Antoine lui avait enlevées, leur ajoutant les cités de Gadara, Hippos, Samarie, Gaza, Anthedon, Joppé et la Tour de Straton.
Tandis que ses affaires politiques prospéraient, son foyer devint la scène d’une tragédie dont Mariamne fut l’héroïne. Avant d’être parti pour Rhodes, Hérode avait donné l’ordre à un certain Sohemus d’exécuter Mariamne si elle ne respectait pas la promesse qu’elle lui avait faite. Mariamne apprit cela et, au retour d’Hérode, lui donna des preuves de son aversion. L’accusation d’intercours illicite fut répétée par Salomé ; Hérode vit de nouveau dans la trahison de son ordre secret la preuve de sa culpabilité. Sohemus fut immédiatement exécuté ; Mariamne, après une enquête judiciaire menée par une sorte de conseil privé, fut condamnée et exécutée (29 av. J.-C.).
Après l’exécution, Hérode, torturé par le remords, se livra à des excès pour distraire ses pensées. Lorsqu’il chassait en Samarie il tomba malade. Une rumeur de sa mort se répandit à Jérusalem. Alexandra alors imagina des manœuvres pour, en cas de décès d’Hérode, s’emparer du trône. Elle chercha à gagner les commandants des deux forteresses de Jérusalem ; cela fut rapporté à Hérode, qui la fit exécuter (28 av. J.-C.). Le rétablissement d’Hérode fut le signal de nouveaux crimes et de nouveaux massacres. Les membres d’une famille appelée « les fils de Baba » s’étaient fait remarquer sous Antigone par leur zèle pour le prince hasmonéen. Au moment du danger ils furent sauvés par Costobarus, qui, après l’exécution de Joseph, avait épousé Salomé, la sœur d’Hérode. Salomé, lasse de son mari, trahit tous ses secrets à Hérode, qui fit aussitôt exécuter Costobarus et les fils de Baba (25 av. J.-C.).
Le trône était désormais fermement établi. Parmi les membres de la famille hasmonéenne qui pouvaient lui nuire ne restait plus que la fille d’Antigone. Hérode entra alors dans une période prospère de son règne. D’imposants travaux publics furent entrepris et de nouvelles villes furent fondées. Ainsi Hérode reconstruisit la cité de Samarie, à laquelle il donna le nom de « Sébaste », en l’honneur de l’empereur romain. La petite ville côtière appelée la Tour de Straton fut transformée en une ville magnifique avec un port artificiel d’une grandeur extrême, et nommée « Césarée ». Des temples en l’honneur d’Auguste se multiplièrent dans toutes les directions. Pour célébrer les jeux quinquennaux institués dans presque toutes les provinces romaines en l’honneur d’Auguste, Hérode fit ériger à Jérusalem un théâtre, un amphithéâtre et un hippodrome. Citadelles et cités s’élevèrent en l’honneur des membres de la famille d’Hérode ; Antipatris, en l’honneur de son père ; Cypros, commémorant sa mère ; Phasaelis, mémoire à son frère ; et les deux forteresses nommées Hérodeion en son honneur. Des colonies militaires furent implantées à Gabaa en Galilée et à Heshbon ; et les forteresses Alexandrium, Hyrcania, Macherus et Massada furent rendues imprenables.
De toutes les entreprises architecturales d’Hérode, la plus magnifique fut cependant la restauration du Temple de Jérusalem. Cette œuvre, commencée la dix‑huitième année du règne d’Hérode, fut achevée dans ses parties essentielles en huit ans. Sa beauté était proverbiale. « Celui qui n’a pas vu le bâtiment d’Hérode n’a rien vu de beau », était un proverbe courant de l’époque (comp. Suk. 51b ; B. B. 4a ; voir Temple).
En outre, Hérode ne se borna pas à ériger des monuments architecturaux dans son pays seul ; Ashkelon, Acre, Tyr, Sidon, Byblos, Berytus, Tripolis, Damas, Antioche, Rhodes, Chios, Nicopolis, Athènes et Sparte reçurent aussi la preuve de sa générosité en de nombreux édifices. Il finança également l’édification à Rhodes d’un temple dédié à l’Apollon pythien, et institua un fonds pour prix et sacrifices aux jeux olympiques.
Toute la pompe et la splendeur mondaines qui rendaient Hérode populaire parmi les païens le rendaient cependant odieux aux Juifs, qui ne purent lui pardonner d’avoir insulté leurs sentiments religieux en leur imposant des jeux païens et des combats d’animaux. L’annexion à la Judée des districts de Trachonitis, Batanea, Auranitis, Zenodorus, Ulatha et Panias, qu’Hérode obtint d’Auguste par ses flatteries, ne put compenser ses crimes. Aux yeux du Juif pieux, le gouvernement d’Hérode ne valait pas mieux que celui d’Antiochus Épiphane. À l’instar de celui‑ci, mais par d’autres moyens, Hérode chercha à helléniser la Judée. Mais l’approbation du monde païen lui était plus précieuse que les sentiments religieux des Juifs.
Les fonctions les plus importantes de l’État furent confiées à des Grecs. Nicolas de Damas et son frère Ptolémée furent les conseillers d’Hérode ; un autre Ptolémée dirigea les finances. Il n’est donc pas surprenant que de temps à autre des conspirations aient été ourdies contre la vie d’Hérode. Ces conspirations furent étouffées avec la plus grande cruauté. Les forteresses, spécialement Hyrcania, furent remplies de prisonniers qui, après une brève détention, furent mis à mort. Au moindre signe d’insurrection, les soldats, tous mercenaires — Thraces, Germains et Galates — frappèrent à droite et à gauche. Une seule fois durant son long règne Hérode fit preuve d’intérêt pour ses sujets juifs : ce fut pendant les années de famine, 24‑23 av. J.-C. Il renonça à sa vaisselle d’argent et acheta en Égypte de grandes quantités de blé, qu’il distribua gratuitement aux habitants.
Les dernières années du règne d’Hérode furent, comme les premières, pleines d’horreurs. Les acteurs de la tragédie qui avait abouti à l’exécution de Mariamne reprirent leur œuvre de calomnies au retour de ses deux fils, Alexandre et Aristobule, de Rome (17 av. J.-C.), où ils avaient été élevés. Dotés de la beauté physique de leur mère, rehaussée par les manières policées acquises dans la société romaine, Alexandre et Aristobule furent fort aimés des habitants de Jérusalem, qui se souvenaient encore de leur mère et de ses ancêtres, les légitimes souverains du pays. Cette popularité, qui les rendit peut‑être quelque peu orgueilleux et imprudents, fut une épine dans le flanc de Salomé, sœur d’Hérode, pleine d’une haine sombre contre la race hasmonéenne. En complicité avec son frère Phéroras, tétrarque de Pérée, elle trama la ruine des deux frères, quoique l’un d’eux, Aristobule, fût devenu son gendre en épousant sa fille Bérénice. Hérode fut sans cesse averti du danger qu’ils représentaient. On disait qu’ils avouaient ouvertement leur intention de venger la mort de leur mère. Pour blesser leur orgueil et leur montrer qu’il existait un autre héritier possible au trône, Hérode donna un poste élevé à la cour à Antipater, qui, avec sa mère Doris, la première épouse d’Hérode, avait été gardé à l’écart. Ce geste fut fort malencontreux, car Antipater, à partir de ce moment, s’efforça par tous les moyens d’éliminer ses demi‑frères afin de lever tout obstacle entre lui et le trône. La rupture entre le père et ses fils Alexandre et Aristobule s’élargit au point qu’Hérode les conduisit à Acre et les accusa devant Auguste. Ce dernier obtint une réconciliation ; mais elle ne fut pas de longue durée.
Dès que Hérode et ses fils revinrent, Antipater, soutenu par Salomé et Phéroras, reprit ses machinations. Des lettres furent falsifiées et des aveux arrachés à des esclaves torturés. Une nouvelle réconciliation fut obtenue par l’intervention d’Archélaüs, roi de Cappadoce, beau‑père d’Alexandre ; mais, comme la première, elle ne dura pas. Par l’entremise d’un Lacédémonien nommé Eurylecos, alors résident à la cour, Antipater porta une nouvelle accusation contre les deux frères ; ayant obtenu l’assentiment d’Auguste pour les inculper, Hérode les diffama lors d’un simulacre de procès tenu à Berytus, où ils furent condamnés sans avoir été entendus. Peu après, ils furent étranglés à Sébaste sur l’ordre d’Hérode (6 av. J.-C.).
Les infamies d’Antipater ne restèrent pas impunies. L’enquête sur la mort subite de Phéroras révéla toutes les intrigues fomentées par Antipater pour se débarrasser de son père. Le fils coupable, alors à Rome, n’anticipait aucun mal ; il fut néanmoins amené sous de fausses promesses à rentrer, et à son arrivée fut traduit devant le gouverneur de Syrie, Varus. Comme sa culpabilité était manifeste, Hérode le fit enchaîner et écrivit à Auguste, demandant la permission d’exécuter la sentence capitale. Entre‑temps Hérode fut atteint d’une maladie incurable. Au lieu de se montrer plus doux et miséricordieux, la pensée de la mort le porta à de nouvelles cruautés. Pour une tentative d’arrachage de l’aigle romaine à la porte du Temple — faite, sur la rumeur de sa mort, par quelques jeunes gens menés par deux maîtres de la Loi, Judah ben Sarifai et Mattathias ben Margalot — quarante‑deux personnes, y compris les maîtres, furent brûlées vives. Pendant sa maladie Hérode ne songea qu’aux moyens d’amener les Juifs à pleurer le jour de sa mort. De retour des bains de Callirrhoé à Jéricho, il aurait donné l’ordre que, dès son décès, les plus éminents de la nation, qu’il avait fait enfermer dans l’arène de ce lieu, soient tués, afin qu’un grand deuil marque son passage. Dans sa folie il tenta de se suicider, et le palais résonna de lamentations. Antipater, dont la prison était voisine, entendant ces cris crut qu’Hérode était mort et tenta de corrompre son geôlier pour se faire libérer ; mais le geôlier en avertit Hérode, qui ordonna aussitôt l’exécution d’Antipater. À l’annonce de cela, Auguste aurait dit : « Il vaudrait mieux être le porc d’un tel homme que son fils » (voir, cependant, Jew. Encyc. i. 640, s.v. Antipater).
Cinq jours après l’exécution d’Antipater, Hérode mourut à Jéricho, laissant le trône à son fils Archélaüs. Le corps fut transporté avec faste de Jéricho à Hérodeion, où eut lieu l’inhumation. Le jour de sa mort fut marqué dans le calendrier juif comme un jour de deuil.
Hérode eut en tout dix épouses successives : (1) Doris, mère d’Antipater ; (2) Mariamne, mère d’Aristobule et d’Alexandre ainsi que de deux filles ; (3) et (4) deux de ses nièces, dont les noms ne sont pas mentionnés, et par lesquelles il n’eut point d’enfants ; (5) une seconde Mariamne, fille de Simon Boethus (que Hérode nomma grand‑prêtre), mère d’Hérode Philippe ; (6) une Samaritaine nommée Malthacé, mère d’Archélaüs, d’Hérode Antipas et d’une fille nommée Olympias ; (7) Cléopâtre de Jérusalem, mère d’un fils nommé Hérode et de Philippe, tétrarque d’Iturée ; (8) Pallas, mère de Phasael ; (9) Phédré, mère de Roxane ; et (10) Elpis, mère de Salomé.
Le lien d’Hérode avec le prétendu massacre des Innocents, tel qu’il est relaté dans le Nouveau Testament, est aujourd’hui généralement admis par des penseurs chrétiens indépendants comme légendaire.
Bibliographie : Josephus, Ant. xv., xvi., xvii. 1‑8 ; idem, B. J. i. 18‑38 ; Ewald, Geschichte des Volkes Israel, iv. 543‑585 ; Gratz, Gesch. iii. 197‑345 ; Hitzig, Gesch. des Volkes Israel, ii. 534‑559 ; Schneckenburger, Zeitschrift, pp. 175‑200 ; De Saulcy, Histoire d’Hérode, Histoire des Juifs, Paris, 1807 ; Wellhausen, Israelitische und Jüdische Gesch. 2d ed., pp. 307‑329 ; J. Berenbourg, Essai sur l’Histoire et la Géographie de la Palestine, pp. 149‑195 ; Stanley, History of the Jewish Church, pp. 458 et seq. ; F. W. Farrar, The Herods ; Schiirer, Gesch. i, 300‑418 ; Renan, Histoire du Peuple d’Israël, v. 248‑304.
J. I. Br.
